Atlantis Insurrection
"Personne ne demande à devenir un Héros, sauf que parfois ça finit comme ça..."

Et si ce Héros, c'était toi ? Tu es l'un des meilleurs dans ton domaine (Biologiste, Chirurgien, Infirmier, Diplomate, Démineur, Maître chien...) et on te propose de participer à l'expédition la plus fabuleuse mais aussi la plus dangereuse : l'expédition Atlantis.
Auras tu le cran de rejoindre Atlantis pour découvrir ses mystères et affronter les dangers de cette galaxie ?

Tu peux aussi incarner les personnages importants de la série (Ronon, Zalenka, Lorne, Teyla....) Bon niveau RP demandé.
On recherche de nombreux personnages inventés.
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Si tu te sens capable de franchir ce pas, tu es des nôtres ! Clique sur l'image ;-)


RPG sur Stargate Atlantis
 
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Perdition Martiale

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Ven 10 Nov - 19:21
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Pedge avait peut-être fait preuve d'honnêteté et de franchise en faisant cet aveu.
Mais le moment avait été le plus mal choisi. Etait-ce volontaire de sa part ? Pour se faire détester et subir ce qu’elle espérait depuis ce temps ?

Le fait est que l’équipe soir cumulait les heures depuis plus de deux semaines. La fatigue et l’épuisement courait en chacun d’eux même s’ils ne le montraient pas. Lorsque l’on est éreinté, piégé dans ce cycle infernal en attendant simplement que cela cesse, tout le monde est à fleur de peau. Marta en était l’exemple le plus flagrant et avancé. Mais les autres n’étaient pas très loin non plus.

Alors les mots de Pedge imposèrent un silence complètement morbide que le juke-box, justement, exagérait littéralement. Donald n’alluma pas sa cigarette et fixa la jeune femme d’un air incrédule, son allumette lui brûlant jusqu’au doigt, tandis que les autres la fixaient en se demandant si elle déconnait ou pas. Son effet sur l’équipe fût dévastateur.

« T’as dit quoi là ? » Fit Franck avec une lueur bestiale dans le regard.

Il y eut une seconde de battement. Juste une seconde avant qu’il ne bondisse littéralement sur la table à la surprise générale pour se jeter sur Pedge de tout son poids. L’homme l’avait emporté avec lui dans la chute, l’arrachant du banc, et se receptionna suffisamment pour la dominer de son corps. Sa main libre l’avait empoigné par le col et l’autre s’abattit sur son visage avec fracas. Dans son dos, on entendait hurler les filles et un attroupement se faire.

Franck eût le temps de frapper deux fois. Il y avait mis toute sa rage et sa colère alors qu’un regard de fou déformait son visage. Le troisième coup ne passa pas, Matty s’était interposée en essayant de le retenir et, lorsqu’il la chassa, une paire de main solide passèrent autour de sa taille pour le soulever comme un fétu de paille.
C’était Peter, complètement imperturbable, comme non concerné par le sujet, qui soulevait son collègue et le faisait reculer du lieu de l’incident. Il battait stupidement des mains et des pieds en hurlant sa rage.

« Putain de vendue ! Sale pu** ! Je vais te crever ! Je vais te crever comme une chie*** ! »
« Franck, arrête ! Calme toi, bon sang ! »
« Un masque à oxygène, vite. »
« Je vais te saigner. Putain ! Sale garce ! Salo** ! »
« Franck. Mais merde, reprends toi ! »

L’homme continuait de hurler. Il avait complètement perdu les pédales et une bonne moitié de l’équipe tentait de le retenir de l’autre côté du dortoir. Pedge était restée à terre. Kate ne l’aida pas à se relever, le visage déformé par un début de panique, elle lui cria dans une complète incompréhension de son acte :

« Mais qu’est-ce que tu fais ?!? Tu crois que c’est le moment ? » Et elle alla aider à ramener Franck à la raison.

Le chef s’était assuré que le reste de son équipe s’occuperait bien de lui et il vint à grand pas en direction de la militaire. Il était particulièrement en colère, d’autant plus qu’il était presque sûr que Pedge n’avait dit que ce qui l’arrangeait. Gallen côtoyait très régulièrement le colonel dans le cadre de son travail et il avait appris à le connaître. L’officier ne l’aurait jamais envoyé ici pour qu’elle se fasse lapider. Il faisait donc davantage confiance au choix du colonel qu’aux propos de Pedge. Il y avait une autre raison, des éléments qu’elle avait surement omis pour s’attirer volontairement les foudres d’une équipe déjà bien éprouvée. Cela le mettait dans une colère folle. Ce n’était pas le moment de s’amuser à ça.
Il lui en voulait pour avoir lâché sa petite bombe en ce moment précis et surtout de cette façon là.

« Tu n’es pas blessée ? Non ? » Lui demanda-t-il le visage rouge de colère. Il l’empoigna par son uniforme pour la guider sans la moindre douceur. « Alors pose ton cul sur ce banc et ferme ta grande gueule. J’ai été assez clair, là ? »

Il s’éloigna en direction de Franck en la pointant du doigt.

« Tu restes ici et tu ne bouges pas ! »

L’homme était complètement paralysé par la demi-douzaine de collègue qui lui retenaient les bras et les jambes. Peter continuait de l’étreindre par la taille et Lipton maintenait un masque à oxygène prévu pour les manoeuvres anti-incendie. Epuisé après avoir autant forcé contre une marée de collègue venu le retenir, il fût contraint de respirer et de se laisser faire. Il finit par acquiescer et hocher la tête, repoussant nerveusement les bras de ses amis alors qu’un violent sentiment d’avoir été humilié en public le prit. L’homme se redressa ensuite, entouré par les techniciens. Il en chassa quelques uns tout en s’écriant, loin d’être sûr de lui :

« C’est bon ! Je suis calmé ! » Un surplus de haine l’animait encore mais il semblait avoir repris ses esprits. Il cria par-dessus le groupe pour que Pedge entende bien. « Si tu savais ce qu’on a subi. Si tu savais tout ce qu’on a dû payer à cause de toi ! »
« Arrête de te conduire comme un gamin, ça suffit. » Le chef posa un main sur son épaule, un peu abruptement, comme pour faire entrer son ordre dans sa tête. « Je te mets avec Marta sur le pont cinq. Repose toi et prends un quart double. T’as pas intérêt à cafter, ok ? »
« Bah tiens, comme si j’avais le choix ! Si je la balance, Marta trouvera un moyen de la buter. J’ai compris, je me casse ! »

Franck ramassa ses affaires sans avoir lancé un regard haineux à Pedge au passage puis quitta rapidement le dortoir. Le silence était encore revenu, toujours aussi déplaisant, et seul Eugène parvint à le briser :

« En fait, ce n’est pas notre jour de chance. »

Tyrol baissa la tête, comme plongé dans sa réflexion. Ses hommes étaient tous autour de lui et le regardaient, comme en l’attente d’un ordre ou d’un autre signe de sa part. Celui-ci fixa la table en désordre, les plaques et le casque étaient tombés au sol, éparpillant le tout autour de la nouvelle. Il soupira un instant en se calmant puis ouvrit la bouche.

« Retournez à table. Il nous reste une demi-heure, autant régler cette histoire rapidement. »

Ils acquièscérent et se mirent en place. Donald alluma finalement sa clope, Peter grommela en ramassant son assiette encore pleine qui trainait par terre. Matty et Kate s’installèrent mais sans réellement regarder leur invité. La joie avait bien disparue. L’activité reprit comme si de rien n’était. Mais c’était clairement un jeu d’acteur fait de mauvaise grâce tant l’ambiance avait été plombée. Tyrol reprit sa place en bout table, de manière patriarcale, puis il replaça son verre devant lui.

« Pedge. J’ai absolument pas besoin de me retrouver dans le bureau du colonel pour justifier ce problème. Marta et Franck sont de bons gars, tu as bien saisi ce que je te dis ? Je n’ai pas envie de les perdre parce que tu as su les faire démarrer au quart de tour. »

Matty allait intervenir mais le chef chassa ses premiers mots d’un revers de main.

« Même s’ils ont commencé en premier, je les connais, je ne suis pas con. » Son regard se retourna vers Pedge. Il n’avait pas l’intention de lui laisser de choix. « Tu vas expliquer à mon équipe pourquoi tu as fais ça, comment, dans quelle circonstances. Tu as intérêt à nous donner tous les détails, que l’on sache si tu es masochiste ou tout simplement stupide ! »

Toute l’équipe soir la fixa directement.

« On t’écoute, Pedge. »

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Ven 10 Nov - 23:29
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Le déchaînement de violence ne se fit pas attendre. A la fin de son aveu, le soumis se jeta sur elle non sans lui poser une ultime question, qui annonçait la suite aussi sûrement que la foudre annonce le roulement de tonnerre. Pedge était certaine que l’agression viendrait de lui. Elle s’était promise de ne plus le laisser la toucher, mais elle était tellement abattue qu’elle ne fit rien pour se défendre. Sa tête heurta le sol du Dédale en même temps que son dos alors qu’elle était arrachée du banc par l’homme qui venait de passer par-dessus la table. Mais aussitôt, elle fut tirée vers l’avant par son col, et le poing du type s’écrasa sur son visage, manquant de lui casser le nez au passage. Le deuxième coup s'abattit sur sa pommette. Elle acceptait son sort, sans possibilité de se défendre de toute manière. Il arma un troisième coup mais il n’arriva jamais vers le visage de la militaire. Elle était en plein maelstrom de sensation. Elle avait honte, elle se sentait conne, et elle avait envie de répliquer. Elle n’était pas faite pour se laisser défoncer la tronche sans rien dire. Elle pensait pouvoir encaisser, se laisser juger, sans rien dire, mais c’était impossible. Elle avait envie de se débattre, de se défendre, et de rendre les coups. Ce n’était tout simplement pas dans sa nature.

Mais elle resta au sol tandis que les autres éloignaient Franck sous un torrent d’insultes et quolibets. Elle se toucha le nez, pour constater qu’elle saignait un peu. Sa pommette l’élançait fortement, tandis qu’une sensation diffuse de chaleur se propageait sur son visage. Au moins, elle n’avait pas perdu de dents dans l’histoire. Elle ne se comprenait plus vraiment. La remarque paniquée de Matty n’arrangea pas les choses. Pourquoi est-ce qu’elle avait fait ça ? Souhaitait-elle se faire du mal, se torturer ? Elle venait de détruire l’ambiance de la soirée, que Marta avait déjà bien entamé. Elle n’avait fait que répondre à des stimulis en tout genre d’agression et de haine. Elle n’avait gardé que le mauvais, et pas les attentions des uns et des autres. Non, elle était braquée sur Marta, ses sous-entendus, sa haine, et tout le reste. Alors la main innocente de Gallen, ce fut un peu trop pour elle, surtout qu’elle se pensait toujours responsable de ce qui était arrivé. Elle ne s’expliquait pas. En tant qu’officier, elle aurait dû se contenir, pour la préservation de l’équipe. Ils étaient déjà à bout, épuisés par deux semaines intenses, marqués par les morts qu’ils avaient eu. Elle aurait dû penser à eux avant de penser à elle.

Mais Pedge en avait marre. Elle était dans un marasme complet d’émotion négative. Elle revoyait Matt, avachi par terre, à se morfondre. Elle avait tenté d’être forte, de se faire passer après, pour qu’il remonte la pente, et au final, encore une fois, elle n’avait pas pensé à elle. Le seul réconfort qu’elle avait résidait dans une “relation” indéfinie avec la chirurgienne d’Atlantis. Tout le reste n’était que désolation et chaos dans son esprit, et elle ne voulait plus faire bonne figure. Néanmoins, la culpabilité vint l’assaillir quand Tyrol revint vers elle pour la saisir durement par le col de son uniforme de technicien. Non elle n’était pas blessée physiquement. Son nez n’était même pas cassé. Franck tapait comme une fillette. Elle était simplement blessée dans son amour propre. Elle se sentait en danger. Elle se sentait sale. Elle voulait se barrer. Elle se retrouva durement assise sur le banc, tandis que son supérieur lui disait de la fermer un peu moins poliment. Elle ne comptait pas parler de toute façon.

Le regard obstinément braqué dans une direction vide de gens, Pedge respirait fortement, tentant de se calmer et de faire le point, mais elle était dans tous ses états. Elle avait besoin de décompresser, de prendre l'air, ne serait ce que de faire un tour pour échapper au verbiage de Franck et à l’ambiance. Et qu'est ce qu'il croyait ce connard ? Qu'il était le seul à souffrir ? Qu'il était le seul à avoir subi ? Elle avait payé de sa chair et de son esprit pour protéger des gars comme lui. Pedge ne le regarda même pas quand il se barra avec sa menace latente. Elle n’en avait rien à faire de lui. Strictement rien.

Elle s’en voulait. C'était une évidence. Elle s’en voulait d’avoir foutu le bordel, de s'être vendue, mais au moins elle avait été honnête avec eux. Ils ne pourraient pas dire par la suite qu’elle leur avait menti, et elle préférait encore qu’ils l’apprennent de par sa propre bouche que par Marta qui aurait eu l’information elle ne savait où. Bref, de toute façon, c’était fait, et même si elle se sentait conne d’avoir éprouvé une unité qui était déjà bien fatiguée, elle était soulagée de ne pas avoir gardé cela pour elle. Tyrol balança ses ordres, et ils retournèrent tous à table, avec le botteur de cul en guise de président. Logique. Quand il lui demanda de ne pas cafter au boss, parce qu’elle les avait fait démarrer au quart de tour, elle releva enfin les yeux sur lui pour l’assassiner du regard, mais elle n’ouvrit pas la bouche pour protester. Elle ne souffla même pas sur la mèche de cheveux qui lui barrait le regard. Pour qui est-ce qu’il la prenait sérieusement ? Elle n’était pas du genre à aller court-circuiter un supérieur. Et Tyrol, malgré sa remarque de merde, n’était pas incompétent, comme il était en train de le prouver. Il se rattrapa en affirmant qu’ils avaient surement commencé. C’était con, et très récréatif comme sentiment, mais au moins, la vérité était rétablie et cela fit redescendre Pedge dans les tours.

La suite, elle s’y attendait plus ou moins. L’interrogatoire, afin de déterminer si on devait la lapider pour de bon ou pas. A la place de Gallen, elle aurait fait pareil. Seulement voilà, elle n’était pas du genre à s’épancher et si elle avait passé sous silence le fait qu’elle avait été torturée, ce n’était pas pour rien. Mais elle sentait que tout le monde attendait une explication et qu’elle n’avait pas le droit de rater le coche. Elle pouvait aussi bien enfoncer le couteau dans la plaie et tourner, ou le retirer proprement.

Elle renifla un coup, non pas parce qu’elle pleurait, elle était au-delà de ça, et elle trouvait sincèrement qu’elle s’était suffisamment ridiculisée comme ça aujourd’hui, mais parce que son nez lui faisait un mal de chien.
« J’ai parlé sous la contrainte.... », commença-t-elle d’une petite voix. Elle fit un tour de table du regard, avant de se lever froidement. « Pas un seul d’entre vous n’aurait réussi à se taire. Pas un seul. » Cela était un peu présomptueux de sa part, comme-ci elle se plaçait au dessus d’eux. Si elle avait parlé, ils auraient forcément parlé. Cela serait surement pris comme ça, car c’était une façon maladroite de s’exprimer, surtout après tout ce foutoir. Cela était arrogant, alors qu’elle aurait dû faire profil bas. Mais Pedge ne disait pas cela dans ce sens là, non. Elle savait que n’importe qui aurait parlé. Même le type le plus endurant du monde aurait fini par craquer. On ne peut pas lutter contre le temps qui ne passe pas et la vie qui revient sans cesse pour mieux vous tuer. On ne peut pas. La notion même d’existence se mêlait à celle d’infini, et l’ampleur de la souffrance en était décuplée, décuplée par cette perspective d’avenir sans fin et sans limite.

« Je suis sincèrement désolée, j’ai manqué d’à propos, et je vous fais payer une guerre que j’ai perdu toute seule alors que vous avez les vôtres à mener. » Elle s’extirpa du banc. « Sergent chef », salua-t-elle avant de s’éloigner vers le couloir du dortoir. Elle voulait se barrer, arrêter avec toute cette mascarade. Elle allait retourner dans le bureau de Caldwell et lui faire signer cette putain de démission.

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Sam 11 Nov - 13:34
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Si l’amour propre de Pedge ne lui avait pas permis d’employer le terme “torture” lors de son explication, ses propos furent directement compris en ce sens par la majorité de l’équipe. Les hommes la fixait maintenant avec un tout autre regard en déduisant d’eux même l’évidence. Sans cette déduction, ils auraient effectivement très mal pris ses derniers propos. Mais ils voyaient maintenant qu’elle allait tout aussi mal qu’eux, peut-être même plus, et ils eurent clairement pitié de la position dans laquelle elle se trouvait.
D’ailleurs, cela se voyait dans certains regards qui se posaient sur elle. Qu’il s’agisse d’Eugène, Matty ou Donald, on y trouvait un élan compatissant face à l’idée qu’une femme de sa trempe, une sardine béret vert, avait dû subir quelque chose de terrible pour donner des informations sur le Dédale. Il ne fallait pas plus d’explications pour le comprendre, ça coulait de source. Ils ne savaient pas vraiment comment ça s’était passé et, d’ailleurs, pas un n’eut l’idée de lui demander les détails. Juste qu’ils avaient finalement compris.

Dans un autre endroit, le départ de la jeune femme aurait peut-être été sans effet. Tout le monde l’aurait laissé partir en haussant les épaules, se moquant bien des états d’âmes d’une nouvelle. Mais c’était différent ici, elle faisait partie de la petite famille mine de rien et ils réglaient les comptes. Ce ne pouvait être que bénéfique au final. Lorsqu’elle salua Tyrol pour quitter le dortoir, cela se fit sous des regards surpris et quelques légères protestations. Des “Hé !”, ”Tu vas où ?” avaient timidement ponctué son départ. Même un ”Pedge, attends. soufflé de la part de Kate, accompagna une prise timide sur sa manche.

Les techniciens n’allaient pas lui courir après puisqu’elle semblait résolue à s’en aller. Ils la laissèrent donc s’éloigner tout en songeant que c’était décidément une journée de merde. Les poètes du camboui avaient pris du plomb dans l’aile. Le chef Tyrol, de son côté, demeura silencieux. Son hypothèse était la bonne, la nouvelle avait effectivement dissimulé des éléments qui la déculpabilisait clairement. Il comprit enfin la raison de sa présence, la décision du colonel de l’affecter précisément dans cette équipe et il décida de rattraper le coup.

Avec tout ce bazar, son équipe était désunie, divisée. C’est ce qu’il détestait le plus et il voulait y remédier au plus vite. Pour lui, ce n’était ni la faute de Pedge, ni la faute de Marta et Franck. C’était tout simplement la guerre. Il donna rapidement ses ordres, comptant sur ses gars pour déterminer entre eux ceux qui partiraient faire la valse, puis il se mit en quête de retrouver la nouvelle.

Il n’eut pas besoin de chercher longtemps. Il la retrouva non loin de l’économat, vide de bénévoles, rendant ainsi l’endroit discret. Elle était debout, appuyée contre la paroi, elle tentait visiblement de se calmer et résister à un bouillonnement de sentiments contradictoires. Gallen s’approcha doucement et vint s’installer à côté d’elle en silence. Il attendit quelques secondes en regardant fixement devant lui. La respiration de Pedge lui servi d’indicateur. Il savait qu’elle se retiendrait immédiatement en sa présence, en cherchant une quelconque contenance et il ne pouvait pas lui en vouloir pour ça. Après tout, en-dehors de son unité, c’était un officier et il ferait pareil. L’homme ressassait ce qu’il s’était passé, ce qu’elle avait dit, et il voulait lui remonter le moral pour de bon, en un seul coup, sans s’enfoncer dans l’argumentaire.
Le chef eut alors une idée particulière.

« J’ai quelque chose à te montrer, Pedge. »

Il s’écarta de la paroi et prit le chemin de la seule porte qu’il ne lui avait pas présenté. La forge se trouvait là et, à partir de là, ils trouveraient une série de coursives pour rejoindre les anneaux. Un bon raccourci vu les difficultés pour circuler dans le croiseur.

« Suis-moi » Fit-il gentiment.

Il leur fallut une bonne dizaine de minutes de marche dans un silence très gênant. Tous les membres d’équipage saluèrent Gallen, et donc Pedge, au passage. Personne ne s’ignorait dans le croiseur, c’était visiblement la fin de service pour pas mal de monde et du personnel allaient dans les coursives de manière beaucoup plus détendue. Bien sûr, les yeux s’écarquillaient au passage en voyant les quelques blessures de Pedge. Mais au final, on la laissa tranquille pendant le chemin.

Gallen et Pedge s’enfoncèrent ainsi au plus profond du vaisseau, presque dans son coeur, entre les différents quartiers d’équipage regroupés par fonctions. La jeune femme avait l’occasion de voir que tous les dortoirs avaient un peu leur propre tradition. Par les portes parfois ouvertes, elle pouvait apercevoir les aménagements personnels, les petites familiarités qui se faisaient dans l’intimité de l’endroit. Les regards se croisaient, c’était comme être dans une immense ruche, ou une grande ville d’habitats en tout genre. Pedge mettait les pieds dans l’essence même de ce qui faisait vivre le croiseur. Les deux cents personnes qui avaient fini leur service se trouvaient là pour dormir. Mais en revanche, il n’y avait aucune installation pour faire la cuisine et pas d’économat. Cela semblait propre aux techniciens.

Tyrol parvint jusqu’à un sas particulier qui restait clos. Une peinture magnifique avait été faite sur la porte au pinceau, c’était une oeuvre d’art. Le tableau représentait une église trônant par-dessus un cimetière paysager, et entouré d’un temps magnifique. Quelque chose de reposant et de curieusement agréable.

« Tu n’es pas censée connaître cet endroit. N’en parle pas sur Atlantis. » Fit doucement le chef en tapant un code sur le pavé numérique.

Le sas s’ouvrit, les battants cisaillant l’église en deux, pour laisser l’accès à un couloir en sens unique qui se finissait sur une remise d’entretien. Les lumières étaient beaucoup moins fortes qu’à l’accoutumée et il y avait plusieurs bougies allumées. Il y en avait même plusieurs dizaines de conception Athosienne. D’ailleurs, à l’entrée, il y avait un bac contenant des friandises, des barres chocolatées et plusieurs petits effets comme du fil à coudre, des aiguilles, du dentifrice, du savon et encore plein d’autres choses. Une petite pancarte indiquait “Quête mensuelle pour les bougies du continent”. Et au-dessus de ce bac, il y avait un présentoir avec une cinquantaine de bougies prête à l’emploi. D’ailleurs, une jeune femme arborant des galons de sergent d’artillerie les dépassa après les avoir poliment salué. Elle déposa un paquet de briquet dans le bac puis récupéra une bougie et une grande allumette avant de s’enfoncer plus loin dans le couloir.

Les parois des murs étaient remplis de nombreuses photographies accrochées. Il y avait des adultes mais aussi leurs enfants, leurs bébés, des photos de familles. Des images qui provenaient forcément du portefeuille du défunt, de ses affaires personnelles, de l’album qu’il avait embarqué. Des petits mots attachés autour de ces photographies s’accompagnaient de bijoux, babioles et colifichets qui semblaient avoir un sens précis.
Il y avait beaucoup de détails qui sautaient aux yeux.

Par exemple, le cliché d’un homme heureux, sur le pont de son navire, avec un énorme poisson dans les mains. On le revoyait, beaucoup plus neutre mais serein, devant un F-302 en tenue de pilote avec ses collègues.
Un autre homme, l’air concentré, sur une table cartographique du Dédale, avec la photo cornée de deux enfants souriants à côté. Des images encore plus vieille des promotions de pilotes, ou de contingents de soldats particuliers que Pedge reconnaitrait surement.

Visuel du site:
 

Gallen demeura en retrait pour lui laisser la liberté de regarder cette vaste étendue d’images. Il y en avait vraiment partout. On aurait cru à une hécatombe. Mais cet endroit existait dès la sortie du Dédale de son usine d’assemblage, dès les premiers décès. Cela faisait un peu plus de six ans et, des décès, il y en avait tout le temps. A chaque confrontations, c’était inéluctable. D’ailleurs ce n’était pas nouveau, les équipages des navires à l’ère napoléonienne se renouvellaient sans arrêt. Les morts s’y faisaient légion à chaque affrontements. C’était une réalité qui n’échappait à aucun équipage engagé et le résultat se voyait dans ce couloir.

Tyrol laissa sa nouvelle recrue prendre en compte tout cet environnement.
Il y avait devant les murs un total de quatorze présentoirs avec les photographies des dernières pertes du Dédale. Il y avait, tout autour de la photographie principale, des images, des textes de condoléances, des mots d’adieu, des fleurs qui avaient été amené depuis le continent, des objets symbolique.
Le sergent d’artillerie était devant l’un de ces présentoirs. Elle avait allumé la bougie et demeurait silencieuse devant ce petit autel, les mains croisées devant elle, en plein recueillement.

« Nous n’avons pas le droit de nous recueillir sur Terre, devant les tombes de nos amis, à cause du Secret Défense. C’est trop risqué. » Chuchota respectueusement Tyrol en revenant auprès de Pedge. « Alors nous avons construit notre propre mémorial. Ils font tous parti du Dédale. »

Le chef pressa l’épaule d’Allen d’un geste compatissant, se demandant si ce qu’il lui montrait n’allait pas la faire déprimer davantage. Mais il fallait vraiment qu’elle comprenne. L’homme la dépassa pour se rendre devant l’avant dernier présentoir. C’était à peu près la même chose mais l’une des photos représentait l’ensemble de l’équipe nuit, ainsi que le disparu. Le dénommé Mac. Gallen resta silencieux un moment avant d’expliquer, dans l’espoir que Pedge comprenne :

« Nous avons tous signé, Pedge. On connaît tous les risques. » Il regarda l’image de Mac avant de poursuivre, toujours en chuchotant pour ne pas gêner d’autres personnes venues se recueillir. « C’est une aventure magnifique. Mais c’est aussi une loterie. Toi, moi, les gars. Tout peut s’arrêter d’un jour à l’autre. Comme ça, tout simplement. »

Il se tourna vers elle.

« Écoute, nous ne sommes que des techniciens. Si toi tu abandonnes, si tu démissionnes, qui va nous protéger ? » Il posait la question sincèrement mais peut-être maladroitement. Pedge avait suffisamment songé aux autres, elle devait penser à elle maintenant. Gallen en avait conscience. Il se récupéra en ajoutant : « Ce qui t’es arrivée, ça a dû être horrible. Mais tu ne peux pas contrôler qui va vivre et mourir. Comme tu ne peux pas contrôler ceux qui t’ont forcé à parler. Si tu pars en te croyant responsable : ce mur, là, il continuera de se remplir avec ou sans toi. Pareil pour Atlantis. Je parie que tu le supporteras pas une fois sur Terre. Mais là, par contre, il sera trop tard... »

Il baissa le nez sur le visage souriant du Mac. Il était assez âgé, toutes les photos de lui étaient faites sur le Dédale, et il n’y avait aucun cliché de famille. Il ne devait pas en avoir sur Terre. Les seuls qui semblaient plus personnels provenaient de lui et Marta. La jeune femme à la coupe particulière déposait un gâteau d’anniversaire et ils souriaient tous les deux... ils semblaient heureux comme un père et une fille réunis.
Gallen fît un geste parcourant les treize autres présentoirs.

« Est-ce que tu comprends ? Ce n’est pas toi qui les a tué. Ce sont les Wraiths, pas toi. Ce n’est pas de ta faute. »

Il appuya ses derniers mots dans l’espoir de les lui faire entrer dans le crâne.
Le chef voulait que le “Pas de ta faute” lui tourne plus en tête que le “Je suis responsable” qu’elle leur avait servi à table. Il la regarda une énième fois pour voir s’il avait enfin fait mouche. Et il répéta une dernière fois, quitte à en devenir pénible.

« Ce n’est pas ta faute. »

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Mar 14 Nov - 17:49
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Sans douceur, elle s’était dégagée de la prise timide de Kate pour s’éloigner, et elle ignora superbement les autres revendications visant à ce qu’elle reste. Elle ne faisait pas partie de ce groupe, elle était seulement volontaire, même si ce n’était pas tout à fait vrai. Et tout ce qu’ils avaient trouvé pour l’accueillir était de laisser deux personnes de cette « famille » lui tomber sur le râble sans aucune forme de procès, juste sous prétexte qu’ils avaient eu des pertes et que l’arrivée d’une nouvelle peu de temps après dans le groupe était mal vécu. Et pourtant, c’était l’armée. Des ressources humaines venaient à manquer, on les comblait d’une façon ou d’une autre. Si une unité tournait sur un nombre de personnes précis, ce n’était pas pour rien. Bref, elle était, à son insu, devenue le catalyseur d’une rancœur et d’une haine dont elle n’était pas forcément responsable. Peut-être un peu, et c’était pour ça qu’elle avait fermé sa gueule, et c’était aussi pour ça qu’elle s’en allait, parce qu’elle savait que sa responsabilité dans cette affaire ne donnait pas le droit aux autres de l’humilier davantage. Mine de rien, les propos de Marta étaient durs, blessant, vexant, et terriblement déplacés. Alors oui, elle encaissait, elle comprenait, mais il y avait des limites. Et maintenant Franck qui venait de lui refaire le portrait. C’était bon, elle avait donné. Elle en avait marre. Marre qu’on lui tape dessus.

« Putain ! », fit-elle avec rage, après avoir marché une minute dans le couloir pour mettre de la distance entre elle et le dortoir. Elle claqua ses deux mains sur la paroi du vaisseau dans un geste agressif visant à décharger une certaine tension, avant de s’appuyer dessus, tremblante comme une feuille. Ce n’était pas elle ça ! On ne lui tapait pas dessus impunément ! On ne la traitait pas comme de la merde gratuitement ! Elle ne s’était pas engagée dans l’armée pour continuer à servir de punching-ball, ou même de serpillère à humeur changeante d’autres personnes. Elle était un être humain, et elle en protégeait d’autre, elle estimait avoir le droit au respect, quoiqu’elle ait fait. Et puis quoi sérieux ?! Elle pensait ce qu’elle avait dit ! Personne n’aurait tenu face à la reine, personne… même pas elle. Et c’était ça le plus dur à avaler, le fait qu’elle ait craqué. Craqué malgré toute sa volonté de résister, et elle en était là, à se flageller avec une responsabilité qui n’était pas la sienne.

Elle s’était battue jusqu’au bout, et elle avait perdu. Pourtant, elle avait tout donné. Et de ça, elle aurait dû être fière, accepter sa défaite dans toute la gloire de sa résistance, avec le sentiment qu’elle avait fait son possible sans se cacher derrière un quelconque prétexte pour que la torture s’arrête. Mais non, elle ne l’acceptait pas, parce qu’elle était la meilleure, parce qu’elle était élitiste.

Bref… Elle n’aurait jamais dû accepter de servir dans l’équipe de technicien. Elle aurait dû s’en tenir au plan, démissionner, et laisser tout ça derrière elle. Pourtant, au fond d’elle-même, elle n’en avait pas envie. Elle s’était donnée deux semaines de sursis dans l’armée en acceptant l’offre du Colonel Caldwell. Un peu comme une droguée qui acceptait un dernier shoot avant de se sevrer, tout en sachant qu’elle n’y arriverait pas. Elle ne voulait pas partir au fond, elle voulait juste aller mieux, et elle ne savait pas comment. Avait-elle besoin d’aide ? Très certainement. Après tout, elle était juste en train de s’autodétruire à petit feu. Et elle en prenait petit à petit conscience. C’était déjà un bon début.

Des pas la tirèrent de ses pensées. Elle se rendit compte qu’elle n’avait pas bougé depuis toute à l’heure, le dos contre la paroi vibrante du Dédale, près de l’économat vide. Du coin de l’œil, elle repéra la silhouette de Tyrol, qui vint se poser près d’elle. Elle gardait le regard résolument braqué sur le mur d’en face, nerveuse. Elle devait faire face aux humains. Elle n’était pas un objet. Du moins, elle ne l’était plus. Elle devait retrouver sa place dans la hiérarchie, tant militaire que de son espèce. La reine lui avait pris son humanité en la plaçant encore plus bas qu’un animal, et elle ne devait pas lui faire le cadeau de capitaliser dessus. Non, elle devait rebondir, et remonter plus haut qu’elle ne l’était avant. Mais c’était facile à dire, pas à faire. C’était sans doute pour ça qu’elle ne se sauva pas une nouvelle fois quand son supérieur provisoire vint à sa recherche.

Il parla enfin, voulant lui montrer quelque chose. Il l’invita à la suivre gentiment. Sur le moment, elle était tentée de l’envoyer chier, mais elle mit sa rancune au placard, et, sans un mot, elle lui emboita le pas par des coursives qu’elle ne connaissait pas encore. Elle boudait comme une enfant, ou alors, elle était gênée de son élan de mauvaise humeur de toute à l’heure, sans parler du fait qu’elle avait foutu la soirée déjà bien entamée par Marta, en l’air. La jeune femme ignora superbement les gens qui la dévisageaient en passant. Ce connard de Franck avait tapé si fort que ça ? Certes, elle sentait un engourdissement sur sa joue et son nez, mais elle n’avait pas une douleur folle. Ça lançait, ça, elle ne pouvait le nier. Marcher lui fit du bien, de même que de se changer les idées en observant son environnement. Ils passaient dans les zones « de vie » du vaisseau, les zones dortoirs, qui reflétaient souvent la justesse de l’âme de l’équipage. C’était leur endroit, leur nid, leur cocon de repos, là où ils rangeaient leur peine et leur lassitude de la journée pour essayer de soustraire à la guerre un peu de sommeil réparateur afin d’attaquer la nouvelle journée quelques heures après. Les autres quartiers n’étaient pas agencés de la même façon que celui des techniciens. Il semblait manquer des pièces qui leur étaient propres. Pedge observait tout cela sans vraiment le voir, toujours plongée dans ses démons intérieurs, tout en suivant son homologue.

Il stoppa sa progression devant une porte peinte, sur laquelle s’affichait une église surplombant un cimetière. Sans même avoir pénétré dans cette pièce, Pedge en comprit la signification. Ce n’était pas anodin, et le message était là, sur la porte. Un peu bêtement, elle s’attendait à trouver une espèce de crypte interne à ce vaisseau, où reposait les restes des membres morts pendant l’exercice de leur devoir. Un peu comme une morgue, qui gardait ses défunts ressortissants jusqu’au retour sur Terre pour les livrer à leur famille. C’était surtout l’imaginaire qui travaillait chez la texane sur le coup. Tyrol lui demanda de ne pas en parler sur Atlantis, car elle n’aurait pas dû connaitre cet endroit. Mais bon, il lui montrait par là qu’elle venait d’entrer de plein pied dans la famille des techniciens, et plus largement, du Dédale. Elle trouva quelque peu choquant que ce soit une église qui fermait cet endroit, et pas quelque chose de plutôt pluriculturel, inter religieux, mais qu’importe. Elle n’était pas là pour juger. C’était un vaisseau américain, quoiqu’on en dise. Elle était plus ouverte d’esprit sur ces sujets là que la plupart de ses concitoyens, tout simplement parce qu’elle avait côtoyé des cultures différentes, des hommes et des femmes ayant des religions différentes, et qu’elle avait accepté cela, même si elle se battait contre certains qui essayaient d’imposer leur dogme extrémiste de leur vision de leur religion. Enfin qu’importe, au moins, dans la galaxie de Pégase, on se battait contre un ennemi supérieur qui considérait l’humain comme un bon steak saignant… Mais même cela n’unissait pas les différentes factions humaines qui se tiraient dans les pattes quand même, à l’instar des Géniis.

Elle donna son assentiment par un geste de la tête, et il ouvrit le sas. Le ton était donné. Il y avait des bougies, et une ambiance de crypte sacrée, ne serait-ce que par les lumières moins éclairantes. Tout était organisé pour collecter les bougies sur le continent, et Pedge observait tout ça avec intérêt, même si elle se sentait dépassée par la chose. L’humain avait besoin de lieu pour se recueillir, pour la mémoire et le souvenir. C'était normal. C'était une sorte de monument au mort. Les armées saluaient également la mémoire de leur membre disparu régulièrement, et tout cela participait à un devoir de mémoire collectif pour ne pas oublier. Ne faisait elle pas ça elle aussi ? Avec son appareil photo ? Un petit peu quand même. C'était moins collectif mais c'était aussi pour se souvenir.

Elle salua le sergent venu se recueillir, d'un signe de tête, ne souhaitant pas briser le silence des lieux. La mise en scène était bien faite, et on se croyait presque dans une paroisse ecclésiastique. Sur les murs étaient accrochés des photos et Pedge devina sans mal qu'il s’agissait des défunts, que les survivants garnissaient de souvenirs en tout genre, bien qu’essentiellement photographique. Ici et là des bijoux, des fleurs et autres babioles en tout genre se disputaient la place à des mots, des poèmes, des dernières paroles adressées au défunt pour l’accompagner tout en soulageant ceux qui les avaient écrites.

Elle ne comprenait pas vraiment pourquoi il l'emmenait dans cet endroit pour le moins privé. La texane préférait ne pas s’attarder ici, ne pas violer l'intimité des gens… Un moment de paranoïa l’a pris, quand elle se fit la réflexion qu'il lui montrait l'étendu du désastre de sa traîtrise. Mais elle se faisait certainement des idées et il ne tarda pas à lui livrer le fond de sa pensée alors qu’ils se trouvaient tous les deux devant quatorze présentoirs. Les morts les plus récents. Les morts que l’on pouvait associer le plus facilement à l’embuscade des croiseurs Wraiths.

Il chuchotait, pour lui expliquer pourquoi est-ce qu’ils avaient créé ce mémorial. Pedge ne comprenait pas pourquoi ils ne pouvaient pas le faire sur Terre. Dans un cimetière militaire, ce n’était pas déconnant que d’autres viennent saluer la mémoire d’un camarade… Encore d’un civil. Quoiqu’il suffisait d’y aller sans l’uniforme et l’affaire était dans le sac. Pour elle, le secret défense n’était pas un obstacle. Néanmoins, ce mémorial était une bonne idée, une forme de mausolée à la mémoire de ceux qui ont servi cette entité vivante qu’est le Dédale. Ils étaient son sang, ses influx nerveux, mais aussi ses anticorps, ses plaquettes, etc. La machine volante de l’espace était en réalité une grande famille qui œuvrait tous dans un sens commun. Elle restait plantée là, à regarder les différents présentoirs, sans vraiment regarder les visages. Le geste compatissant de Tyrol la ramena à la réalité, et elle approcha avec lui de l’avant dernier présentoir. Nul besoin d’être devin pour savoir qu’il s’agissait du dénommé Mac. L’équipe nuit était au complet dessus, et Gallen ne l’avait pas emmené là par hasard. Il continua, toujours dans un murmure pour ne pas attirer l’attention et respecter l’intimité du lieu de recueillement.

Ce n’était pas stupide comme stratégie. Cela évitait à Pedge de s’énerver et d’hausser le ton, même si au final, ce n’était pas tellement son genre. Quand il se tourna vers elle, elle gardait les yeux obstinément braqués sur les photos, qu’elle regardait sans les voir, pendant que les paroles du sous-officier rentraient dans sa petite tête attentive. Il avait raison. Ils avaient tous signé en connaissance de cause, elle la première. Néanmoins, elle aurait détesté être tuée parce qu’un des siens avait parlé. Néanmoins, elle savait également qu’elle n’aurait pas pu revenir sous la forme d’un esprit vengeur pour houspiller un camarade qui avait parlé à la reine Wraith sous la torture, surtout après ce qu’il aurait enduré dans ce croiseur. Et elle se disait cela en connaissance de cause. Il ponctua son propos en lui disant par deux fois que ce n’était pas de sa faute. Elle savait, au fond d’elle-même, que ça ne l’était pas. Mais c’était difficile d’encaisser. Elle ne faisait pas cela pour se faire mal voir, simplement, elle cherchait à se punir d’être encore là après toutes ses tortures. Son esprit en avait pris un coup, et il essayait, par un moyen quelconque, de s’en sortir.

Elle baissa les yeux après avoir observé un instant la photographie de Marta et du dénommé Mac. Pedge se doutait un peu que ces deux-là partageaient un lien assez solide, surtout quand on voyait comment la blonde réagissait au quart de tour. Elle semblait être celle qui avait perdu plus que les autres, et elle comprenait pourquoi en voyant les photographies, qui montraient une jeune femme souriante, et pas haineuse.

« Je vous ai fait perdre assez de temps », finit-elle par dire au bout de quelques secondes, sans vraiment lui répondre, sans vraiment rebondir sur les paroles qu’il venait de prononcer. Elle tourna son regard vide vers lui, alors que ses propos tournaient en boucle dans sa tête. « Assignez moi une tâche, je vais la faire, je vais soulager l’équipe comme je pourrai. ». Elle avait besoin de se vider la tête, de penser à autre chose, de faire quelque chose de ses mains et de laisser faire le temps. Elle savait qu’elle n’allait pas bien, elle le savait, et elle cherchait par tous les moyens à se vider l’esprit de tout ça. Elle tourna le dos aux différents présentoirs pour retourner vers les lumières normales des couloirs normaux du Dédale. Ce n’était pas de sa faute s’ils étaient là. Pas de sa faute.

« Je suis désolée chef, d’avoir foutu le bordel. J’aurai dû la fermer. », finit-elle par reconnaître. C’était égoïste de sa part d’avoir réagi de la sorte, mais elle ne pouvait pas toujours se contrôler. Elle se sentait seule, terriblement seule, et elle aurait donné tout ce qu’elle avait pour repasser un moment avec Isia : redormir dans ses bras quelques heures, reprendre des forces, s’obliger à être elle-même.

Les paroles de Gallen résonnaient encore dans sa tête. Oui, tout cela continuerait, qu’elle soit là ou pas. L’avantage d’être de la partie résidait de le fait qu’elle avait une certaine forme de pouvoir quant au déroulement des choses. Elle pouvait agir directement dessus, sans passer par un intermédiaire, sans être spectatrice. Sur Terre, elle ne pourrait qu’imaginer, imaginer et attendre. L’horreur absolue. Elle détestait être passive, et maintenant qu’elle connaissait l’univers et ce qu’il contenait, un retour en arrière était tout bonnement impossible. Qu’est-ce qu’elle n’aimerait pas l’idée de retourner sur la planète bleue dans une autre affectation… Elle n’avait pas bien vécu son retour en Afghanistan, pour être honnête.


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Le chef d’équipe suivi silencieusement sa nouvelle recrue jusqu’à la sortie, il l’avait écouté jusqu’au bout. Il ne s’inquiéta pas du fait que Pedge n’avait pas relevé ses arguments à l’intérieur du mémorial concernant son hypothétique responsabilité. Il devinait qu’elle n’était pas du genre à s'épancher longuement sur le problème ou à argumenter. Il apprécia de ne pas avoir à la materner d’ailleurs, son changement de sujet aurait pu être mal pris mais Gallen savait que ses mots avaient fait mouche. Peut-être qu’elle ne le reconnaîtrait pas dans l’immédiat mais, il en avait la certitude, le lieutenant était assez intelligent pour y ressasser plus tard. Il avait près d’une trentaine de personnes sous son commandement et il savait cette jeune femme d’un tempérament plutôt fort et vigoureux. Son état ne serait qu’une passade. Le chef demeura donc silencieux, respectueux, en la voyant s’excuser. Il acquiesça légèrement en laissant un fin sourire éclairer son visage.

« Marta et Franck ont foutu le “bordel” avant toi. » Admit-il. Il l'entraîna en direction du chemin inverse pour retourner au dortoir. « L’abcès est crevé, c’est le principal. Nous allons redémarrer sur de bonnes bases et j’ai la chance d’avoir des gars qui ne sont pas rancuniers. »

Il fît une pause avant de lancer le célèbre “mais”...

« Par contre, tu n’échapperas pas à la punition pour avoir tourné le dos à tes coéquipiers. Demain, tu seras de corvée de graille : j’espère que tu es bonne cuisinière, tu demanderas aux autres comment ça fonctionne. »

Le ton avait été empreint d’humour, avec un peu d’autorité néanmoins, mais dans un registre plutôt bon-enfant. Et le chef, d’ailleurs, avait écarté tout semblant de sexisme par l’intonation de sa voix, ce n’était pas le but. Juste le fait de ne pas être restée, même à raison, qui l’amenait à remplacer Calamy le lendemain.
Au final, alors qu’ils retournaient au dortoir, il reçut un nouvel appel radio. L’une des réparations n’avait pas l’air de bien se dérouler et l’équipe sur place réclamait sa présence. L’homme prit les informations puis contacta le service nuit pour savoir comment ils s’étaient répartis.

« La fête continue, je dois filer Pedge... » Fit-il nerveusement en refermant sa combinaison. Encore une fois, une mauvaise odeur de vieille transpiration agressa les narines de la jeune femme. « Tu seras avec Malarkins pour cette nuit. Le type avec son bonnet qui joue aux cartes, ça te dit quelque chose ? » Il attendit son approbation avant de lui donner les consignes. « Bien. Récupère ton matériel au dortoir et fait un crochet à l’infirmerie : ta pommette gauche n’est pas belle à voir. Ensuite tu rejoins ton binôme sur la nacelle de poupe T-120, dans la salle des machines au niveau dix, le poste 09.02. Attends... »

Tyrol prit un marqueur dans sa poche avant et s’empara de la main du sous-lieutenant. Il écrivit sur la paume ”NP-120/10/09.02”.
« Si tu t’égares, tu donnes cette référence au Pôle-com et ils te méneront à bon port. N’oublie pas tes lunettes et ton matériel surtout. Si tu as un problème, tu te cales sur la fréquence de l’équipe technique et tu tomberas forcément sur moi. »

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Mar 21 Nov - 11:28
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Elle ne pouvait pas dire le contraire. Ils avaient foutu le bordel avant elle, c’était certain, mais à la différence d’eux, elle était un officier de l’armée, et elle aurait dû réagir autrement. Seulement voilà, elle était en arrêt maladie, et elle commençait à se dire que ce n’était pas pour rien, surtout en considérant ses réactions quelques peu suicidaires. Elle cherchait à se faire du mal. Outre les propos de Tyrol dans la salle funéraire, les deux pêches qu’elle avait prise dans la gueule de la part de Frank mettait en lumière toute la connerie dont elle avait fait preuve. Son amour propre en avait pris un coup, et elle voyait parfaitement qu’elle avait presque tout fait pour en arriver aux mains. A quoi est-ce qu’elle jouait au final ? Ce n’était pas normal de réagir comme ça. Ce n’était pas normal d’essayer de détruire une carrière qu’elle avait mise des années à construire, au mérite et à la sueur de son front. Il fallait qu’elle arrête ses conneries, qu’elle prenne sur elle, qu’elle avance.

Facile à dire là maintenant, quand la honte était encore présente. Mais qu’en serait-il dans quelques heures ? Il fallait qu’elle repense à ce moment. D’un autre côté, sa pommette le lui rappellerait surement, car elle allait l’élancer un moment. Elle attendait le fameux « mais » en ruminant. Oui l’abcès était crevé, du moins en partie. Il restait encore à y mettre les doigts pour en extraire tout le pu. Mais cela se ferait avec le temps. Au final, elle qui aimait se faire mal pour se punir, ou pour ne pas se focaliser sur des éléments vraiment insupportables pour elle (comme le fait de vomir), avait tout fait pour que ce soit quelqu’un d’autre qui la cogne. Elle s’était montrée manipulatrice et perfide dans sa manœuvre de s’arroger tout le mérite du fiasco spatial du Dédale en affirmant de but en blanc qu’elle avait bavé auprès de l’ennemi, sans préciser comment… Elle se sentait vraiment conne. Un peu comme la gamine qui balance un mensonge et qui est contrainte de dire la vérité ensuite. C’était limite plus humiliant de reconnaître après coup qu’elle avait été torturée, plutôt que de l’avouer de but en blanc comme ça. Un peu comme si elle cherchait à se faire plaindre.

Mais n’était-ce pas ce qu’elle cherchait au fond ? De l’affection ? Elle utilisait surement les mauvaises méthodes, la mauvaise approche, mais elle ne savait pas en demander. Elle lui était souvent imposée sans qu’elle ne le consente, mais la plupart du temps, son air froid et distant empêchait les gens de lui montrer des signes affectifs. C’était sans doute pour cela qu’elle avait vraiment envie de revoir la doctoresse, et elle se demandait quelle forme de lien était en train de se tisser entre elles. Mais elle aurait tout donné pour se retrouver dans son canapé scandinave devant un film à se papouiller simplement les cheveux dans une atmosphère de détente complète.

Elle cessa de ruminer quand le « mais » tomba finalement, sous le regard malicieux de Tyrol. Ainsi donc, elle se retrouvait à jouer les marmitons pour l’équipe. Elle se ferma un peu plus, si c’était possible. Ça ne l’enchantait pas du tout, mais elle s’y plierait, de mauvaise grâce. Elle n’aimait pas cuisiner. Elle ne vit pas de sexisme dans cette corvée. Pour elle, ce n’était ni plus ni moins qu’une corvée militaire classique, comme la fameuse corvée de patate qui consistait à éplucher des pommes de terre à la chaîne pour toute la garnison. Elle y avait déjà eu le droit, comme le récurage des chiottes. L’arrogance, ça se paie toujours un peu.

« Bien », fit-elle simplement, acceptant son sort. De toute façon, elle n’avait pas vraiment le choix, et après avoir joué les techniciennes, elle jouerait les cantinières. C’était un peu ce à quoi elle était destinée finalement.

Sur le chemin du retour vers le dortoir, Gallen reçut un appel radio concernant les réparations. Il allait devoir filer. Elle s’en voulait toujours de lui avoir pris de précieuses secondes, voir minutes, alors qu’il n’en avait pas à distribuer. Néanmoins, il avait pris de son temps pour effectuer son rôle d’officier, en rattrapant ses hommes à la dérive. L’humain avant tout. Une belle preuve d’ouverture d’esprit et d’évolution. A d’autres époques, on l’aurait laissé se barrer en qualifiant cela « d’hystérie de bonne femme » et basta.

« Oui, je vois qui c’est, pas de problème », confirma Pedge qui, par le détail mnémotechnique du bonnet voyait très bien de qui il parlait. Il continua en lui donnant les coordonnées de là où elle allait retrouver le technicien Malarkins, avant de finalement lui écrire sur la main. Son air endormi avait dû lui laisser penser qu’elle ne piperait rien. D’un côté, c’était rassurant d’avoir une carte écrite sur la paume, si jamais elle se mélangeait les pinceaux. L’environnement était trop nouveau pour qu’elle s’y sente comme un poisson dans l’eau. Ils se séparèrent donc, et elle fila en direction du dortoir. Elle s’était plutôt bien repérée et ils s’étaient quittés non loin de ce dernier. Elle récupéra ses affaires, jetant un coup d’œil à la salle maintenant vide. Ils étaient tous partis bosser. Elle resta quelques secondes à baigner dans les dernières odeurs de nourriture, pas celles du barbecue mais celle du repas en elle-même, qui s’évacuaient déjà par les différentes conduites de renouvellement de l’air. La jeune femme glissa les lunettes high-techs dans sa poche, et elle fila vers l’infirmerie faire examiner sa pommette. Si ça ne tenait qu’à elle, elle sauterait cette étape, ne s’inquiétant pas trop pour sa joue, mais bon. Elle n’allait pas se montrer encore une fois contrariante, si ?

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Mer 22 Nov - 1:34
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Un peu plus tard, lorsque Pedge entra à l’infirmerie de bord, une jeune femme répondant au nom de Frasier s’occupa directement d’elle. Elle étudia ses blessures en la rassurant sur le côté très limité de leur importance. Franck n’avait visiblement pas tout donné, ou alors Pedge encaissait particulièrement bien. Un petite compresse de gaz pour éponger le reliquat sang qui ne coulait plus de son nez. La pommette, en revanche, demandait un peu plus d’attention. Le coup avait formé une petite poche de sang sous le derme. Et la pression était responsable des élancements réguliers que ressentait Pedge.
Cassandra lui demanda, dans un petit moment d’humour, si elle avait heurté une porte au passage ou un “type stupide”. Elle prit une seringue plutôt petite avec une aiguille assez fine pour l’enfoncer doucement sous la peau. Le sang qui s’était accumulé se retrouva dans le tube et un soulagement déferla sur la joue gauche de la jeune femme. Ce n’était rien et on lui apposa simplement un petit pansement à retirer le lendemain.

Equipée, soignée et sur la bonne route, Pedge progressa en direction de la nacelle de poupe, dans la salle des machines. Ce bloc énorme et démesuré de machines, tuyaux et mécanique en tout genre montaient à des hauteurs vertigineuses à travers les différents ponts. Des échafaudages très solides armés d’une multitude de passerelles permettaient à de nombreux techniciens de faire fonctionner la propulsion subluminique du croiseur. Une partie de cet endroit, d’ailleurs, était complètement calcinée et éventrée. C’était vers là que Pedge devait se rendre.
L’endroit avait été colmaté et l’atmosphère ne fuyait visiblement pas. Mais une explosion interne semblait avoir soufflé bon nombre de passerelles et de supports. Des échelles étaient quasiment impraticables au point qu’on y avait mis des cordes et des barres de métaux pour en faire des réparations sommaires. Même les crevasses de certaines passerelles avaient été colmaté avec des panneaux entiers.

Trois techniciens dont elle ignorait l’appartenance, probablement l’équipe du midi en pleine heure supplémentaire, découpaient à la disqueuse une armoire de commande littéralement explosée. C’était comme si le métal s’était déchiré comme un chou fleur et que ses pics dangereux s’étaient orientés vers l’extérieur. Cet appareil semblait important, il faisait la taille d’une camionnette et se reliait à divers machines qui se situaient en contrebas.
Juste derrière, l’autre technicien réparait les câblages électriques. C’était rien de moins que des centaines de terminaison qu’il adaptait à différentes plaquettes électroniques en vue de les ranger plus tard. Il y avait, pour ça, des racks métalliques neufs qui se trouvaient à sa droite. Pedge eut le droit à des saluts de leurs parts. Ils ne la connaissaient pas mais elle portait l’uniforme des techniciens, c’était bien suffisant.

L’environnement général était assez saisissant.
Les nombreux techniciens affectés à la réparation de cette partie de la salle des machines procédaient comme des fourmies, allant et venant avec du matériel de remplacement et des outils. Plus Pedge s’enfonçait en direction de son objectif et plus la surface métallique des parois étaient noircies par le carbone. A certains endroits, des tuyaux avaient complètement fondus. Et des pans de murs entiers, qui tenaient pourtant encore, témoignaient d’une chaleur excessive qui avait laissé des marques importantes.

La jeune femme descendit quelques échelles pour entrer dans une salle un peu excentrée. La lumière ne fonctionnait plus et c’était un groupe extérieur qui produisait l’éclairage. D’ailleurs, un oxygénateur mobile y était déployé et son cordon d’alimentation filait droit vers une autre pièce pour y disparaître. Il y avait deux énormes tuyaux ressemblant fort à ceux que l’on pourrait trouver dans une raffinerie. Ils montaient en direction du plafond puis s’éloignaient en direction de la proue du croiseur à travers les différentes salles, les sas et les niveaux. Un à droite et un à gauche. Les plaques ventrales qui servaient visiblement d’accès de service avaient été déboulonnée et déposée. A partir d’un escabeau, Donald inspectait l’intérieur avec une lampe de poche et consultait sa tablette numérique. Il ne portait ni ses gants, ni son casque, mais le bonnet avec une cigarette coincée dans la pliure avec son briquet à clapet.

Il descendit et capta le regard de Pedge tandis qu’il s’approchait de l’accès du tuyau opposé.
« Hé ! » Fit-il dans un élan d’accueil agréable. « Content de voir que t’es toujours de la partie... »

L’homme posa son escabeau et inspecta une nouvelle fois l’intérieur à la lampe en regardant l’intérieur. Il faisait exactement la même manoeuvre avant de redescendre. Il considéra la jeune femme tout en parlant :
« T’es pas claustro, j’espère ? On va passer un bon moment à ramper là-dedans. Je t’explique ?»

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Jeu 23 Nov - 18:03
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Son passage à l’infirmerie fut rapide. Les quelques soins allèrent assez rapidement, et Pedge ne répondit pas spécialement à la tentative d’humour. C’était trop frais pour qu’elle ne s’adonne à ce genre de blague. A dire vrai, elle n’avait pas envie de causer, toujours plongée dans ses ressassements latents, habituels depuis quelques jours. Elle remercia néanmoins la jeune femme qui s’était occupée d’elle, et elle ressortie de là avec un pansement. Encore une fois, elle était tentée de le retirer, mais elle ne le fit pas. Qu’elle porte les stigmates d’un enfoiré qui tapait comme un enfant la faisait chier, mais de toute façon, elle n’allait pas passer la nuit avec toute l’équipe, et Marta et Franck (qu’elle n’incorporait pas encore dedans, tout comme elle se voyait encore à la marge), donc qu’importe. Il n’y aurait que Malarkins pour relater sa tronche aux autres si l’envie lui prenait.

Finalement, Pedge n’eut pas besoin d’en référer au pôle communication du Dédale. Elle s’orienta en suivant les indications de Gallen, et peut-être qu’elle n’emprunta pas le chemin le plus direct, mais elle arriva dans la salle des machines, aussi impressionnante que démesurée. Ça, c’était de la motorisation. Le croiseur était construit autour de cet élément essentiel à sa propulsion. Les ponts s’étiraient en hauteur sous l’impulsion de la vertigineuse ascension de la mécanique subliminique, entourée d’une multitude d’échafaudages pour permettre les interventions techniques quotidiennes, mais aussi d’urgences et de réparations. Et dire que c’était dans cet amas de tuyau et de rouage qu’elle allait s’amuser à découvrir le métier de technicien… Elle se sentait un peu trop petite pour la tâche, surtout face au mastodonte d’acier qui s’élevait en crevant le plafond. Il ne fallait pas être bien voyant pour remarquer les parties calcinées, broyées, explosées, défoncées, voir éventrées. C’était là qu’elle devait aller pour commencer à réparer, à n’en point douter.

En avançant, et en voyant des techniciens disquer des pièces en métal, elle se dit qu’elle n’avait absolument pas les compétences requises pour ce bordel. Quand elle allait se retrouver devant son secteur à réparer, elle ne saurait même pas par où commencer. C’était sans doute là qu’intervenait Malarkins, et il lui donnerait des tâches simples à effectuer qui ne demande pas une grande connaissance technique, mais un peu de dextérité. Bref, on ferait balayer le stagiaire pour ne pas s’emmerder à le former. Ici, l’échafaudage avait pris un coup également. Pedge pouvait constater que de nombreuses réparations sommaires avaient été effectuées pour permettre aux techniciens de se déplacer correctement autour de la zone sinistrée. Là où il y avait des barreaux bien solides, se trouvaient maintenant de la corde pour recréer des échelles artisanales, et cela ne la rassurait pas des masses d’emprunter ce genre de passage. Mais elle ne se démonta pas, y voyant là une forme de parcours du combattant qu’elle devait relever. Elle salua à son tour les techniciens quand elle passa non loin d’eux et qu’ils lui firent un signe. Avec l’uniforme, l’imposteur qu’elle était passait inaperçu. Qu’importe, elle laissa trainer son regard sur ce qu’il faisait, et de voir le type se dépêtrer avec des centaines de fils électriques lui fila des sueurs froides. Il ne fallait pas s’embrouiller là-dedans, sous peine de provoquer d’autres dégâts. Et avec l’électricité, les dommages pouvaient se faire beaucoup plus loin dans le réseau.

Elle croisa d’autres techniciens, qui emmenaient du matériel neuf vers les zones sinistrées, ou qui, au contraire, évacuaient des déchets calcinés. Une vraie fourmilière en ébullition, H24. Voilà dans quoi elle avait mis les pieds. La salle en elle-même était stupéfiante de par ses dimensions dantesques, mais les avaries l’étaient toutes autant. Le croiseur avait bien morflé, tant sur sa coque qu’au niveau interne. Quand elle vit Donald avec son bonnet, perché sur son escabeau, elle sut qu’elle était arrivée à destination. Elle se trouvait dans une salle un peu excentrée, dont le décorum était similaire à celui de la salle des machines à proprement parlé. La plupart des murs étaient calcinés, la tuyauterie fondue. D’ailleurs, deux énormes tuyaux qui partaient elle ne savait où dans le croiseur, semblaient être au centre de l’attention de Malarkins, qui avait déboulonné les trappes d’accès à ces tunnels sans fins.

« Salut », fit-elle en réponse à son « hé » de bienvenue, alors qu’il passait d’un tuyau à un autre pour l’inspecter. Elle ne répondit rien à son contentement. Elle était là, et voilà. « Non, pas que je sache. » Elle n’avait jamais vraiment œuvré dans des environnements confinés, mais aller la dedans ne lui faisait pas spécialement peur, donc à priori, elle n’était pas claustrophobe, et elle ne se découvrirait pas une nouvelle phobie aujourd’hui. « Je t’écoute. », rajouta-t-elle placidement, espérant qu’il allait être compréhensible. S’il pouvait être un peu pédagogue également, ce ne serait pas de refus.

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« Comme toute machine qui fonctionne, il y a un gros dégagement de chaleur. Le Dédale a plusieurs façons de le gérer. Le plus habituel, c’est un circuit de réfrigérant en boucle fermée. » Il pointa les deux tuyaux. « Ici, c’est un système de gaz qui recopie un peu le fonctionnement d’un poumon, tu vois ? Ca amène du gaz froid et ça l’échange avec du chaud. Ca va à l’autre bout du vaisseau et la chaleur est directement transmise dans le vide spatial par un autre système. Puis ça revient. »

Il invita Pedge à grimper sur l’escabeau pour regarder l’intérieur. Elle ne pourrait y évoluer qu’en rampant. Impossible de se mettre à genoux.

« Tu vois toute cette couche dorée, là-dedans ? C’est de la feuille magnétique à périolène opposé. Vu que le gaz est chargé de particules de fer, ça les concentre dans le tuyau en réduisant la surface d’accroche. Du coup ça offre une vitesse de circulation complètement dingue. C’est un peu comme des aimants qui se repoussent. Pas besoin d’avoir un système pour propulser ce gaz en continue. Son mouvement s’auto-alimente. Et c’est super efficace. »

Il lui mit une petite tape sur la jambe pour lui dire qu’il était temps de descendre. Donald attendit qu’elle soit à côté de lui pour la guider un peu plus au fond de la salle, là ou le premier tuyau disparaissait dans le plafond.

« Je vais te passer tous les détails. Mais en gros, il y a eu des débris provenant d’explosions qui sont passés à l’intérieur de ce circuit. Des débris en métaux qui ont été propulsés à ces mêmes vitesses et, vu que c’est bien plus gros que des particules, je donne le résultat en mille... »

Depuis l’extérieur, il pointa sa lampe sur un flanc du tuyau. Il avait été crevé depuis l’intérieur. On aurait cru que de la chevrotine l’avait percé de part en part.

« On a pas de quoi remplacer ces tuyaux. Et ça nous prendra trop de temps de couper les buses de jonctions. Donc on va colmater tout ça à la feuille depuis l’intérieur. On prend chacun un tuyau et il ne faut pas laisser passer la moindre fissure. Si tu en oublie une, la pression augmentera autour comme si ça faisait un appel d’air et BANG ! Tu fais péter le circuit... »

Malarkins l’attira ensuite au centre de la pièce pour lui montrer le matériel. Il y avait un sac rectangulaire, plutôt plat et peu encombrant, avec des sortes de “pansements” en tissu couleur or. C’était comme une couverture de survie mais en carré, de plusieurs tailles, allant de quelques centimètres à plusieurs dizaines. Donald en sortit une et s’équipa d’un étrange pistolet avec une cartouche fixée sous le canon. Cette même cartouche servait de poignée de maintien et elle s’orientait pour épouser l’avant-bras de son utilisateur. C’était visiblement adapté à des environnements très restreint.

« C’est le bon vieux principe de la rustine. Quand tu repères un trou, une fissure ou quoi que ce soit de suspect : tu appliques une couche de gel et tu colles bien ta feuille sans faire de bulle d’air. » Il fît un exemple sur un morceau de tuyau qui jonchait le sol. Il pointa sa combinaison. « T’as une lampe à ultraviolet dans la troisième poche, ton côté droit. Ca aide à faire apparaître les fissures. »

Donald prit le temps de montrer à Pedge comment faire. Il la laissa s’exercer sur le morceau de tuyau puis il lui donna des conseils. A chaque fois, il rappelait qu’il serait dans le tuyau d’à côté et qu’ils pourraient communiquer sans peine. Il s'apprêtait à régler ses lunettes censés l’aider à repérer les fissures.

« Tu seras à la traîne par rapport à moi, c’est normal vu que tu commences. Mais prends ton temps surtout. On a besoin de ce système pour faire entrer le Dédale en hyperespace et retourner à la maison. S’il y a le moindre souci, tu m’appelles. De toute façon, les gars du CGP feront un test d’essai du circuit. Mais il vaut mieux éviter de revenir, tu comprends ? » Il connecta la base des lunettes à sa tablette et sélectionna un programme parmi une liste immense. Donald appuya ensuite sur l’emplacement précis des tuyaux par rapport à un plan détaillé du Dédale. Il parla en même temps.
« Le casque et les gants, ça va t’emmerder pour bosser. Tu devrais éviter de les porter là-dedans mais tu vas aussi t’en mettre partout. Du coup c’est toi que ça regarde... »
Lorsque Pedge plaça les lunettes sur son nez, elle pouvait voir sa position par rapport à son point de départ. Combien de mètres elle avait à faire avant une série de checkpoint et la disponibilité en pourcentage du gel de son pistolet. Le HUD était assez complet et, même si cela pouvait la perdre un moment, il y aurait des informations très intéressantes.
« T’es prête ? » Demanda Donald après avoir jeté un coup d’oeil nerveux à sa montre.

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Et il commença ses explications. Le coup du poumon était compréhensible. C’était logique. Ils avaient besoin que de la chaleur soit évacuée, alors ils pompaient l’air chaud dans un tuyau et injectaient du froid par un autre. Pedge opinait du chef quand elle comprenait, suivant avec une assiduité digne d’une bonne élève les différentes explications de Malarkins. Pour elle, il était nécessaire qu’elle comprenne avant de faire, sinon ce n’était pas intéressant. Quand elle grimpa sur l’escabeau suite à son invitation à jeter un œil, elle constata que c’était plus petit qu’elle ne le pensait. Impossible de se mettre à genou là-dedans. Il allait falloir ramper. Ramper et l’armée, c’était une histoire vieille de quelques générations maintenant. Elle ne s’en formalisa pas, même si elle savait qu’elle allait éprouver le besoin de se redresser à un moment ou un autre.
Il lui expliqua ensuite le revêtement du tuyau, afin qu’elle comprenne par qu’elle mécanisme physique le gaz se déplaçait dans les conduites. C’était ingénieux, mine de rien. Elle s’extirpa de ses pensées quand elle sentit une tape sur sa jambe. Elle reporta son attention sur Donald, qui l’invitait à descendre. Elle ne se fit pas prier, et revint sur le plancher des vaches.

Il l’emmena dans le fond de la salle, où il pointa le tuyau qui s’enfonçait dans le plafond, tout en lui expliquant les causes des dommages. Tout était logique au final. Impossible de découper les tuyaux, il fallait colmater ces trous provoqués par des débris métallique. « Ok. On va essayer d’éviter de faire deux fois le boulot », ajouta Pedge, espérant qu’elle ne passerait à côté d’aucune fissure. Elle détesterait voir son tuyau péter quand il serait de nouveau sous pression. La tâche allait être rude, et la responsabilité déjà grande sur ses épaules. Mais au moins, elle n’était pas cantonnée à passer le balai derrière lui. Non, elle serait active, et elle prendrait la place d’un technicien en faisant son boulot. Bien entendu, elle trouvait ça simple de prime abord, mais elle savait qu’elle allait déchanter rapidement. Le bricolage, ça ne se passe jamais comme prévu…

Il lui montra ensuite le matos, disposé au milieu de la pièce. Elle regarda la démonstration. Bon, vu comme ça, ça n’avait pas l’air bien sorcier. Maintenant, il avait le coup de main, et elle, elle ne l’avait pas. Ce n’était pas certain que ce soit si net, mais dans le principe, elle comprenait parfaitement l’utilisation et comment ça allait se passer. C’était simple là à l’air extérieur, mais dans le tuyau avec des mouvements restreints, ça le serait d’autant moins. Enfin, qu’importe, il fallait faire avec les aléas de l’environnement. Elle farfouilla dans sa poche pour en extraire la fameuse lampe à UV. Idéal pour bronzer. Elle la rangea une fois qu’elle comprit comment s’en servir, repérant bien la poche pour ne pas avoir à chercher quand elle serait dans la tuyauterie. Ce serait chiant, surtout allongée.

Elle s’exerça donc sur le bout de tuyau sur lequel il avait déjà placé une feuille. C’était effectivement plus simple à dire qu’à faire, bien qu’au final, il suffisait de poser une quantité de gel un peu plus large que la rustine en papier doré pour ensuite bien la caler à plat. Elle épousait parfaitement la courbe cylindrique du tuyau et elle n’avait qu’à racler du centre vers l’extérieur pour évacuer les bulles d’air avant que le gel ne solidifie l’ensemble. L’ergonomie de l’outil le rendait maniable dans une certaine mesure, mais elle allait surtout devoir orienter son corps pour œuvrer, afin d’orienter son bras muni du dispositif dans les bonnes directions. Ça devrait le faire. Elle prit tous les conseils possibles, et posa toutes les questions qui lui venaient à l’esprit, profitant d’être encore avec Malarkins pour cela. Ce n’était pas une fois qu’elle serait dans le tuyau qu’elle devrait cogiter, surtout que lui serait dans celui d’à côté, sans possibilité de venir l’aider physiquement. Alors autant prendre un maximum d’information maintenant.

« Ouais, je comprends. De toute façon, je ne suis pas là pour faire la course avec toi. », répondit-elle tranquillement. En d’autres circonstances, pourquoi pas. Elle avait un esprit de compétition, mais là, elle était débutante, et elle intervenait sur un circuit qui allait être nécessaire à la propulsion hyperspatiale. Alors il ne fallait pas déconner juste sous prétexte d’aller vite. Et comme elle lui avait dit plus haut, elle n’escomptait pas faire deux fois le même boulot. Il ne lui conseilla pas de mettre le casque et les gants, parce que ce serait galère dans le conduit. Elle était un peu réticente à se salir, mais elle savait qu’elle allait devoir y passer donc pourquoi pas. « Il n’y a pas d’effets sur la santé ?. » Cela la stressait un peu de savoir si oui ou non, un contact avec la peau des différentes particules qui se trouvaient là-dedans, pouvait être risqué ou pas. Il était en train de régler ses lunettes et quand le programme se chargea, des données apparurent alors qu’elle venait de les mettre sur son nez. Un vrai jeu vidéo. Elle avait moults informations utiles qu’elle ne regarda pas vraiment pour le moment, préférant se concentrer sur l’essentiel. Elle espérait seulement que ce ne serait pas trop envahissant visuellement, qu’elle ne rate rien.

« Oui, allons-y. ». Elle ne voulait pas lui faire plus de temps que ça. Il regardait sa montre nerveusement, et elle savait qu’il devait avoir un temps imparti pour colmater avant de passer sur un autre chantier. Il y avait trop à faire pour le peu d’hommes et de femmes présents, du coup il fallait enquiller. Elle grimpa par l’escabeau dans son tuyau, se fiant aux lunettes pour ramper jusqu’au checkpoint. Sur les conseils de Donald, elle ne s’était pas encombrée de son casque ou de ses gants, même si ces derniers étaient glissés dans une de ses poches si jamais elle en avait besoin. Pour le moment, ramper le dedans n’avait rien de folichon, et cela donnait même un petit côté d’aventure à la chose. Elle était en forme physiquement, et le manque d’exercice des jours derniers lui permettait d’apprécier la contrainte qu’elle demandait à son corps pour le remettre dans le moov’. Elle arriva sur la zone.

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Mar 5 Déc - 10:44
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Les lunettes répondaient très bien. L’intelligence artificielle suivait le programme que Donald avait engagé et les fissures les plus grosses se dessinaient déjà en surbrillance avec un compteur.

// Ok Pedge. Tu devrais voir les premiers éclats. Colmater ne suffit pas, c’est comme un pneu qui a pris un clou, tu vois ? Il faut retirer le corps étranger avant d’oeuvrer. //

La radio grésilla.

// Dans ta sacoche il y a ta pince adaptable. Prend la taille adéquate et retire les débris encore fichés avant de poser tes feuilles. Et surtout ne laisse pas traîner ces saletés ou on est bon pour refaire un gruyère de ces tuyaux. Appelle-moi si tu as un souci ! //

// Reçu //, répondit-elle simplement dans sa radio. Les fissures étaient bien nettes, et elle n’avait pas spécialement besoin des lunettes pour les voir au regard de leur taille. Mais bon, elle n’allait pas cracher sur ce petit bijou de technologie surtout qu’elle n’était pas certaine de ne pas en louper. Elle farfouilla dans sa sacoche, en se positionnant sur le flanc pour pouvoir passer aisément ses bras le long du corps. Finalement, avec un peu de souplesse, ce n’était pas si dramatique que ça, et petit à petit, elle aurait tous les outils nécessaires à portée de main.

Ne voyant pas bien ce qu’elle faisait même en pliant son cou un maximum, elle extirpa plusieurs outils intéressants avant de trouver la pince adaptable dont il parlait. Effectivement, elle était ergonomique, permettant d’extirper pas mal d’objet en tous genre et de différente forme. La jeune femme fit repasser ses bras vers l’avant avec l’outil. Par chance, la première fissure sur son chemin était sur le plan horizontale, sur le bas, et pas dirigée vers le haut. Elle n’avait donc pas besoin de se retourner et de faire travailler ses bras. Ce ne serait pas toujours le cas, elle en était certaine. Dans la structure du tuyau fissuré, il y avait des morceaux de métal qu’elle extirpa avec sa pince. Ce n’était pas une opération très évidente parce qu’ils étaient parfois plantés, mais en plus de ça, certains se révélaient être en plusieurs morceaux et il ne fallait en oublier aucun !

// Je colmate comme ça ou il faut poncer un peu, ou quelque chose du genre ? //, finit-elle par demander une fois qu’elle avait extirpé les débris. Elle ne savait pas trop quoi en foutre, mais elle trouverait bien un endroit où les mettre. Une poche peut-être ? Quoiqu’il en soit, en attendant la réponse de Donald, elle vérifia qu’il ne restait plus rien.
// Si tu as rien de “proéminent” qui dépasse, tu peux coller. Le gel ne sert pas qu’à poser la rustine, il neutralise et soude les débris microscopique qu’on ne ramasse pas. //
// Et si j’ai quelque chose de proéminent ? //, répondit-elle tout en ajustant son pistolet à gel. Ce n’était pas le cas pour cette fissure, mais l’exemple viendrait tôt ou tard, ça semblait évident.
// Je me connecterai à tes lunettes avec ma tablette. Tout dépend du problème : assez petite, on utilise une disqueuse athermique. Plus gros, c’est la torche plasma. On attendra que tu sois devant le cas pour en parler, ce sera plus simple pour nous. //
// Ok. // Pratique ces lunettes n’empêche. Elle pourrait s’en servir pour se faire quelques potes sur Atlantis en allant dans le vestiaire des filles avec. Blague à part, elle se concentra pour ajuster correctement le pistolet face à la fissure. Elle déposa le gel avec précaution, prenant soin de prendre plus large que l’entaille, afin que le voile qu’elle allait poser ensuite rende tout cela hermétique. Une fois ceci fait, elle déposa sur le côté son arme de technicienne, pour attraper une feuille adéquate au niveau de la taille. Elle l’appliqua en commençant par un côté, avant de l’étirer en la plaquant de l’autre main jusqu’à l’autre côté, ceci afin de chasser l’air en allant, pour ne pas laisser de bulles. Elle était plutôt satisfaite de son premier jet !
// Je peux ramper directement dessus ou j’attends un peu ? // Elle n’était pas contre avancer, mais elle n’arriverait pas à passer par dessus la fissure qu’elle venait de colmater pour continuer sa progression, surtout que la prochaine était quelques centimètres plus loin et qu’elle s’arrêterait forcément dessus. En attendant une réponse de Malarkins, elle se dota de sa lampe à UV pour étudier son premier colmatage, afin de ne pas passer à côté d’une micro fissure. Trois autres serpentaient sur ce qui semblait être un impact invisible. Un long effilage qui partait en toile d’araignée pour s’étirer jusqu’à la prochaine fissure.
La radio grésilla, le souffle de Malarkins indiquait qu’il était en plein effort.
// C’est conçu pour ça, Pedge. Tapote avec tes doigts pour vérifier la solidité. Si tu sens que c’est dur comme du béton, tu peux danser dessus, ça bougera pas ! //
// Ok. // Elle préférait ne pas trop lui faire la conversation. Il semblait en plein effort, alors qu’elle était peinarde, posée sur sa première fissure. Bon, il fallait peut-être qu’elle augmente le rendement un petit peu. D’ailleurs, son étude à la lampe à UV lui révéla trois nouvelles entailles quasiment invisible à l’oeil nu. Les lunettes les mirent en surbrillance une fois qu’elles furent révélées par les ultraviolets. Au moins, elle savait où elle devait bosser.

« Bon, un peu de gel et je t’enrobe tout ça. », fit-elle pour elle-même. S’il y a bien quelque chose qu’elle aimait faire, c’était se parler. Et là, seule dans son tuyau, elle pouvait s’y donner à coeur joie. Elle récupéra son pistolet et elle enduisit les trois fissures, ainsi que celle qui était à l’arrivée, pour ensuite commencer à coller de long morceau de feuille dorée avec minutie. Elle utilisait la partie charnue de sa main, à l’opposé du pouce, pour bien plaquer le film protecteur, afin qu’il épouse parfaitement le gel. Elle prenait soin de tâter la zone avant de progresser pour ne pas défaire avec ses genoux ce qu’elle venait de coller. Finalement, ça prenait assez vite.

Elle commença à prendre le rythme et son souffle s’en trouvait accentué, surtout quand il fallait ramper la dedans. En plus de ça, les fissures suivantes étaient sur la partie haute, si bien qu’elle devait se mettre sur le dos et travailler à l’envers. Très vite, ça lui tira sur les épaules et les bras, ainsi que sur la nuque. Elle commençait à rêver de s’accroupir pour soulager sa tête, mais ce n’était pas possible. Quelle ne fut pas sa surprise quand elle attaqua la première de la longue série qui se trouvait au dessus d’elle. Elle aurait pourtant dû s’en douter en voyant comment le gel formait une flaque sur le sol quand elle l’étendait, mais elle ne fit pas preuve de réflexion en se collant pile sous sa fissure pour la colmater. Quand elle pressa la détente du flingue, une bonne partie du gel resta sur le plafond, mais une autre partie retomba mollement sur elle.

« Bordel ! », jura-t-elle alors qu’elle en prenait dans les cheveux et sur le visage. Elle se retourna vivement sur le côté pour essayer d’échapper à ça, mais ça goûtait dans son dos quand même. En fait, elle voulait surtout protéger son visage. Ce n’était pas chaud, mais c’était désagréable, sans parler qu’elle ne savait pas si ça n’allait pas lui coller la peau ou pire. Et elle devait se grouiller de coller sa feuille sinon elle était bonne pour racler la croûte de gel séchée. Seulement voilà, elle en avait plein les mains, et si elle prenait le voile avec ça, elle allait se le coller aux doigts. Raaa et puis cette sensation sur le visage et dans les cheveux ! Elle était à deux doigts de s’énerver. Elle qui était tatillonne sur l’hygiène de façon générale, à en être presque toquée, ça lui filait des aigreurs.

Elle s’essuya les mains sur sa combinaison, constatant que ça faisait comme des plaques sèches qui refusaient de partir. Elle frotta avec plus de vigueur à s’en faire rougir la peau, mais rien à faire. Et dire qu’elle en avait sur la tronche !
// Ca se retire le gel sur la peau ??! //, demanda-t-elle avec une certaine forme de précipitation dans la voix. Elle avait zappé la partie mission pour le moment, essayant de se dépêtrer avec ses conneries.

Un léger ricanement débuta la réponse.
// On t’a laissé un savon spécial technicien : le Napalm-tout. Ca te dit quelque chose ? Sur la peau seulement. A éviter sur les cheveux, les yeux et l’intimité. Mais ça fait des merveilles. Pour le reste, tu demanderas aux filles de la section. // Il y eut un silence avant qu’il ne rajoute : // Te fait pas trop de mourrons. Les nanas s’en débarrassent très bien et elles te donneront des conseils pour pas te retrouver la boule à zéro. //

// Ouais, je ne me fais pas trop de mouron // grommela-t-elle dans la radio. C’était vrai qu’aucune des filles, ou des mecs présents, n’avaient de plaques de colle sur la trombine. Peut-être qu’avec l’expérience, ils arrivaient à ne plus s’en foutre partout et qu’elle mettrait des jours à virer cette colle de sa peau. Elle soupira, profondément agacée. Quel boulot de merde. Elle préférait encore ramper dans la boue gelée alors que les températures étaient négatives… Nan quoique c’était assez atroce en fait, surtout quand le sergent n’était pas content et qu’il obligeait tout le monde à prendre un bain de minuit en cassant la glace. La sélection par le froid. Elle préférait ne pas y penser, et elle fit au mieux pour colmater les fissures. Elle pouvait récupérer le gel séché, et elle le cassait en morceau pour le mettre dans une partie réservée aux débris qu’elle avait sur sa combinaison. Ce n’était pas toujours simple de se déplacer avec ce genre de poche, bien souvent, un morceau de fer se mettait en travers et la piquait quand elle rampait. Néanmoins, elle progressait, se couvrant petit à petit de nouvelles tâches de colle, sans réitérer l’exploit de s’en prendre autant d’un coup sur le coin du nez.

Elle contrôlait ses collages à la lampe à UV et au touché, prenant quand même son temps pour ne rien manquer. Elle ne savait pas trop depuis combien de temps elle était dans le tuyau, occupée comme elle était, mais elle en avait plein le cul d’être allongée. Elle rêvait de réparer une fissure en étant assise. Rien que ça, ce serait pas mal. Les pires étaient celles en l’air. Il fallait gérer la colle, les bras, les feuilles, le tout à l’envers et les épaules en prenaient un coup. Mais elle était endurante, et finalement, elle ne voyait pas ça comme une contrainte physique mais comme une façon d’entretenir son corps. Un sport comme un autre quoi. Plus loin, elle n’arriva pas sur une fissure, mais sur une déchirure complète sur quelques centimètres. L’écart était important et elle pouvait voir en dessous une autre salle dans laquelle des gens parlaient. Elle était drôlement haute dans le plafond. L’écart était important, et elle ne savait pas si le gel allait pouvoir tenir où s’il allait tomber en bas. Elle penchait pour la seconde hypothèse, vu qu’elle avait tout pris sur la tronche sur une surface à peine fissurée.

// Houston, j’ai un problème de fissure qui fait dans les 5-6 centimètres d’épaisseur. Je peux voir en dessous ce qu’il se passe. //

La réponse de Malarkins vint quasi-instantanément.

// Tu as atteint la zone sinistré. Tu vas tomber de plus en plus sur ce genre de dégât. Attends, j’allume ma tablette...//

L’homme ne semblait pas essoufflé. Il n’avait pas l’air non plus impatient ou réfractaire à l’idée d’aider Pedge, c’était peut-être même l’inverse. La jeune femme l’entendit se plaindre en se tortillant pour prendre l’objet et le silence revint pendant un certain temps. Finalement, la radio grésilla et il reprit la parole.

// Ok. Nouvelle leçon pratique soldat ! Tu devrais trouver dans ta sacoche une sorte de chalumeau blanc, avec un bec muni de deux embouts pivotable : tu le vois ? //

// Laisse moi deux minutes que je trouve ça... // fit-elle dans un souffle, signe qu’elle était déjà entrain de se tortiller pour aller fouiller sa sacoche. // Je l’ai. //, finit-elle par dire au bout de quelques secondes. Facile à trouver par sa forme. Elle le ramena devant elle. Là, si elle se cramait les sourcils ou les cheveux, les filles ne pourraient rien.

// Oui, c’est bien ça. Je le vois depuis tes lunettes. // Il toussa, piquant les oreilles de Pedge par la saturation. // Bon écoute, ce truc-là n’est pas un jouet. Je sais que t’es pas née de la dernière heure mais soit toujours prudente avec. Tu auras tôt fait de t’amputer quelques doigts si tu révasses aux tulipes. Un peu comme un de tes subordonnés qui se pulvériserait le pied avec un pompe, tu vois ? C’est ta torche plasma, ton outil de travail principal. Il est en mode de sécurité pour l’instant. //
// Je vois oui. //, fit-elle pour faire un peu de feedback.

Il prit une inspiration et s’empêcha de tousser.

// Là, tu peux faire pivoter et positionner deux embouts. L’orifice, c’est le découpeur. La pointe : le soudeur. Tu as une détente imprégnée dans la poignée, le déclenchement est automatique et demeure tant que tu as le doigt appuyé dessus. Bon...//

La radio grésilla.

// Ta fissure est trop grande et trop profonde. Tu vas découper son pourtour pour en faire un rectangle le plus droit possible d’accord ? Tes lunettes devraient t'aider. Il n’y a pas de dégagement de lumière dangereuse pour la rétine donc tu n’as rien à craindre de ce côté. Je vais suivre tes travaux à distance.//
// Un joli rectangle, ça devrait le faire. //

Il allait la laisser commencer lorsqu’il l’a rappela soudainement :

// Ah ouais ! Gueule bien un gros “DÉCOUPE” avant de commencer. Histoire d’avertir si tu as du personnel en-dessous. //
// Pas bête ! // , répliqua-t-elle alors qu’elle allait s’apprêter à passer à l’action.
Elle approcha sa bouche du trou dans le tuyau, elle s’emplit les poumons, et à la manière qu’elle gueulerait « grenade ! », elle cria un beau :
// « DÉCOUPE !! » //
Elle attendit de constater visuellement que les personnes en dessous avait enregistré l’information sans se rendre compte qu’elle n’avait pas désactivé la conversation radio.
// Putain de bordel de merde ! Aaaaaahhhh…. // Maugréa Donald dans une évidente douleur.
// Oh merde je suis désolée //, fit Pedge en se redressant dans son tuyau comme si elle était avec lui.
// Menteuse ! C’est pour te venger quand j’ai toussé dans la radio plutôt ! // Léger silence. // Merde, t’as du coffre pour une sardine, je suis devenu sourd d’une oreille. Pour la peine, je te plumerai sans pitié aux cartes tiens ! //
// C’est ça de gueuler sur les troufions à longueur de journée qu’est-ce que tu crois. //, répliqua-t-elle amusée. Elle était gênée de lui avoir bouché une oreille. Mais puisqu’il le prenait sur le ton de l’humour, elle en faisait autant. // On verra ça si je sors pas carbonisée de ce tuyau ou si je ne reste pas collée dedans, mais je suis partante pour te foutre une raclée. // finit-elle par ajouter à sa proposition de la plumer. Son esprit de compétition s’exprimait de nouveau. Bon, ce n’était pas le tout, mais il fallait commencer à découper. Elle vérifia que plus personne n’était en dessous.
En même temps, Donald rigola de bon coeur, son image d’une Pedge collée dans le tuyau comme une mouche sur un papier en spirale l’avait marqué.
// Je te vois bien appeler au secours. Dans ce tuyau comme aux cartes. On va régler nos comptes pendant la pause, tu vas pleurer ! //
// Ne compte pas sur moi pour appeler au secours. Enfin, je t’aurai prévenu, tu ne viendras pas râler quand tu n’auras plus de clope à échanger //, fit-elle du tac au tac, peu désireuse de se laisser faire.
// Ouais ! Que de la gueule ces officiers ! //
// Je suis toute fraîche dans le milieu des sardines, alors méfie toi quand même //, dit-elle en mettant la buse pour la découpe en place sur sa torche plasma. Elle avait hâte d’essayer en fait.

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Les personnes qui se trouvaient dans la salle en dessous s’en étaient allées, et ils avaient même pris le soin de tirer des cordeaux jaune et noir d’avertissement que des travaux étaient en cours dans cette salle. C’était aimable de leur part, et Pedge voyait dans ce geste tout simple la synergie et la solidarité des membres du personnels du Dédale. Dans d’autres sections, et d’autres lieux, les types se seraient barrés sans rien faire de plus, sans penser aux autres. Rassurée, la texane alluma la torche. Une flamme bleutée s’échappa de la buse de découpe. La chaleur était palpable, et elle se doutait que dans quelques minutes, l’ensemble de la zone autour de la découpe serait chaude. Elle allait transpirer. Elle ne s’en formalisa pas plus que ça, ce n’était pas la première fois qu’elle allait suer à grosse goutte. Tout le mauvais s’en allait en premier.

« Ok ma belle, c’est entre toi et moi maintenant », fit-elle à l’adresse de la déchirure dans la taule. Elle coupa la torche, la posant sur une partie saine du tuyau. Elle extirpa de ses poches un outil dépliable, sorte d’équerre de maçon mais rétractable, et un crayon marqueur. Elle dessina le rectangle proprement, et les lunettes intégrèrent le tracé. Vraiment pratique, même si elles devaient pouvoir le faire d’elles-mêmes sans passer par un crayon. Enfin qu’importe, elle préférait le faire à l’ancienne, au moins elle était certaine de son coup. Elle n’avait pas débordé des masses de la fissure, pour faire un rectangle au plus près du trou. Ainsi, elle découpait un minimum de matière.

Pedge ralluma la torche et l’approcha du revêtement du tuyau. Quand la flamme mordit dedans, des étincelles jaillirent. Cela surprit un peu la jeune femme qui éloigna vivement l’outil. Au final, c’était tout à fait normal. Mais bon, elle n’avait rien pour se protéger les yeux si ce n’était ses lunettes qui valaient extrêmement cher et qui n’étaient qu’un prototype à l’essai. Il ne fallait pas qu’elle les détériore… Allongée comme-ça dans le tube, elle n’avait pas vraiment de moyen de protection pour ses yeux. Elle mit le plus de distance possible entre elle et l’objet, en jouant sur la longueur de ses bras. Ça ferait l’affaire. Elle recommença à découper. La chaleur grimpa vite, et elle devait faire avec la transpiration qui lui coulait dans les yeux. C’était piquant, énervant, et peu confortable, mais elle ne pouvait pas s’arrêter toutes les minutes pour s’éponger le front et les yeux, sinon elle n’avancerait pas. Quand elle jugea que son rectangle était parfait, elle en informa le joueur de carte. Elle entendit en même temps le bruit métallique de la pièce découpée qui tombait lourdement au sol quelques mètres plus bas. Elle n’avait pas risqué de l’attraper de peur de se brûler. Il fallait se méfier. Elle suait à grosse goutte et elle avait soif. Elle commençait à en avoir plein le cul de la position, et depuis quelques minutes maintenant, ce n’était pas son endurance physique qui la tenait en position, mais son mental.

// Ok Donald, on dirait bien que c’est bon. //, fit-elle. Elle était exténuée.

De son côté, Malarkins était bien plus loin que Pedge. Il était également occupé à découper une part du tuyau éventrée et terminait sa tâche à la torche plasma. Il ressentit à travers l’appel la fatigue de Pedge et eut un léger sourire au souvenir d’avoir été également dans son cas à l’époque. Le métier de technicien n’est déjà pas facile en soit dans une telle période d’entretien mais les travaux ne sont jamais facile. Il n’y a rien de bien plaisant ou confortable.

// Une minute, je regarde ce que tu as fait. // Il reprit sa tablette pour considérer la découpe. Elle était très bien faite, c’était appréciable d’avoir un volontaire aussi sérieux. // C’est du beau boulot. Prochaine étape : colmater à la paille composite. Tu dois avoir une boîte grande comme ta main, la surface fait penser à du mercure qui se balade, tu la vois ? //
Pedge ne répondit pas tout de suite. Elle s’épongeait le front maintenant qu’elle était statique et plus dans la découpe. Elle se pencha sur le côté, laissant son dos épouser l’arrondie du tuyau pour glisser ses mains vers la sacoche. Elle trouva rapidement la boite en question. // Ok je l’ai. //, elle la passa devant les lunettes pour qu’il la voit.
// Super. Bon, dedans tu vas trouver des sortes de petites pailles métalliques. Ca à la tête et la fragilité des mines de critérium. Tu te rappelles de tes études ? En plus ça salit autant. // Il s’éclaircit la voix avant de reprendre. // Le but est simple, tu recouvres ton rectangle avec ces pailles en les croisant puis tu les soudes. Tu verras, dès que la pointe du soudeur va entrer en contact, ça va se durcir comme pas permis. Ca te permettra de concevoir une nouvelle couche de métal, tu n’auras plus qu’à poser ta feuille de périolyte et tu passes au suivant. Ca ira ? //

Il rappella.

// J’oubliais ! Le liquide enfermé dedans et qui ressemble à du mercure, c’est ce qui reproduit les pailles manquantes à l’intérieur même du contenant une fois que tu fermes la boîte. Ca économise de l’espace et c’est très productif comme engin. Tu seras sorti du tuyau bien avant d’arriver à cours donc soit pas radine sur la quantité. Hésite pas. //

// Ca roule, je vais faire ça. //, répondit-elle en ouvrant la boite qui contenait la paille. Ainsi donc, c’était salissant ces conneries ? Effectivement, quand elle en attrapa une, elle garda une marque grise sur la peau. Encore quelque chose qu’elle allait devoir passer au Napalm, très certainement. De toute façon, dans l’état dans lequel elle était, elle n’allait pas se plaindre d’en avoir un peu plus sur elle. La paille était fragile, et il ne fallait pas une grande torsion pour la casser. Elle se pencha sur l’ouverture, disposant les filaments en travers de la déchirure. Elle fit une ligne dans un sens, puis une dans un autre sens afin que tous les croisements se croisent. Enfin, elle chauffa avec la torche, pensant à changer de buse. Ce fut quasi instantanée. La paille se solidifia sur le rectangle découpé, formant une couche plane qu’elle entreprit de recouvrir d’une feuille. Elle préférait limite faire le boulot avec la torche que de patauger dans le gel collant. Mais bon, ils ne pouvaient pas être deux dans un tuyau pour faire ce boulot, aussi devait-elle être polyvalente pour assurer le job.

Au bout d’un certain temps, un problème physiologique et naturel s’imposa à elle, de plus en plus pressant, et elle le fit savoir à Donald qui lui indiqua la sortie la plus proche. Pont 12. Il y aurait des sanitaires. Elle en profiterait aussi pour se désaltérer, ça ne ferait pas de mal. Elle déboulonna la porte de service, la trappe permettant d’accéder à l’intérieur du Dédale depuis les tuyaux. Elle revint rapidement.

Les tâches répétitives n’avaient plus rien d’amusant maintenant qu’elle les avait faites maintes fois, s’enchainèrent. Elle avait perdu la notion du temps. Faire, défaire, refaire. Coller, découper, souder. Ramper, se tourner, avancer, reculer, elle en avait plein le cul et elle ne désirait qu’une chose, se mettre debout. Elle en avait marre d’être allongée, de ne pas pouvoir reposer sa tête comme il faudrait, et d’être toujours horizontale. A un coude, elle se tourna sur le dos, et elle posa son crâne sur le sol. Sa nuque lui faisait un mal de chien. Elle regardait le plafond, alors que les lunettes lui indiquaient la fissure suivante en clignotant. Elle les retira un moment, pour se masser le visage. Ça faisait du bien à sa nuque d’être posée, même sans oreiller. Au bout de cinq minutes, elle se remit en route, continuant son labeur le temps qu’il faudrait. Le pire, ce serait certainement le retour. Elle n’arriverait probablement pas à faire demi-tour dans le tuyau sous peine de rester coincée. Elle allait donc devoir y aller à reculons, à moins qu’elle n’arrive à la trappe suivante. Elle préférait la seconde hypothèse, à dire vrai.

Pourquoi diantre n’y avait-il pas des robots pour faire ce genre de tâche ? Ce n’était pas bien compliqué à programmer ça non ? Quoiqu’il en soit, pour le moment, c’était elle qui était dedans. Elle n’avait même pas l’envie de réfléchir, et elle était passée en mode automatique depuis bien longtemps maintenant.


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Ce fût le travail de Pedge pour les longues heures qui suivirent. Cela semblait interminable, à chaque coude, chaque embranchement, le tuyau allait encore plus loin. Elle abattit un travail impressionnant en allant jusqu’au nez du Dédale en réparant toutes les brèches et les fissures du tuyau. Donald ayant fini bien avant elle, il retourna au point de départ pour vérifier le travail de la jeune femme. Il trouva de rares fissures oubliées ou quelques débris métallique qu’elle avait dû perdre en cours de route alors qu’elle rampait. Mais en règle générale, elle avait fait un travail irréprochable. Avec le temps et la fatigue, elle aurait pu perdre patience et bâcler son travail. Mais ce ne fût pas le cas, Malarkins trouvait qu’elle avait très bien géré pour une volontaire expérimentée et qu’elle s’était montré être un atout : élément qu’il comptait bien partager avec le chef.

Le temps qu’elle finisse sa dernière brèche juste avant l’échangeur qui débouchait sur le système de proue, Malarkins l’avait rejoint. Il lui montra un panneau de service qu’elle pouvait déverrouiller automatiquement à l’aide de sa puce sous cutanée. Ils étaient tous les deux très fatigués par cet exercice qui n’avait été que trop rarement entrecoupé de repos. Le technicien l’attira alors à l’écart et s’installa dans une coursive désaffectée, assis sur le sol, dos contre la paroi pour soulager ses courbatures. Il l’invita à faire de même d’un geste tandis qu’il déboutonnait sa combinaison pour amoindrir la pression sur son corps.

« T’as fait un travail génial, Pedge. Tu peux être contente de toi. Pour une débutante, tu assures. »

Il réprima un bâillement dû à l’épuisement et se massa les tempes, trahissant un début de migraine qui n’allait pas s’arranger. Son visage, toute une partie de sa combinaison, ses avants-bras et ses mains étaient recouvert de croûte de gel et de traces grises. Pedge devait sûrement être dans un état semblable. Malarkins activa alors sa radio puis alerta les techniciens du CGP qu’ils pouvaient procéder au test de circulation du gaz. Il en informa le chef Tyrol juste après.

« Ca va prendre quelques minutes. Profite-en pour respirer. » Lui conseilla gentiment Donald en fouillant dans sa sacoche.

Il en retira une gourde qu’il déboucha avec avidité. Il s'apprêtait à l’engloutir lorsqu’il considéra sa collègue. Il devina malgré le silence qu’elle n’avait pas pensé à emmener à boire et lui tendit sa bouteille avant qu’il ne l’entame lui-même. Il partagea également sa barre protéinée, insistant en cas de refus en lui expliquant bien que cette exercice n’avait été que le début, et également le plus simple. C’était loin d’être fini et ils avaient passé énormément de temps dans le tuyau.

Une grande vibration monta dans la salle qu’ils venaient de quitter, le gaz circulait à vive allure et après quelques minutes de test, la voix d’un technicien du CGP félicita Pedge et Donald pour le travail réalisé. Le système fonctionnait de nouveau et, déjà, on sentait que la chaleur environnante commençait à s’abaisser, comme si le chauffage des lieux n’avait pas été naturel.

« Tu demanderas à quelqu’un de te masser la nuque. Ce n’est que ta première journée de travail et il faut que tu t’économises pour aller jusqu’au bout. J’ai été à ta place au début. C’est pas évident...tu as beau être solide, déterminée, si tu ne te gères pas à long terme tu finiras à l’infirmerie... »

L’homme tira le paquet de cigarette froissé qu’il avait coincé dans le rebord de son bonnet taché et en sortit le briquet avant de tendre le contenu à Pedge, qu’elle refusa poliment. Elle n’avait pas envie de commencer.
Donald fuma tranquillement tout en appréciant la pause et sa boisson, la proposant parfois à la jeune femme si elle en avait encore besoin. Ce n’était pas forcément une façon de la couver ou de vouloir la materner ; mais plus un élan de camaraderie. Ils étaient dans la même galère et ils avaient laissé tous les deux des plumes dans ce tuyau. Pedge comme Malarkins étaient rincés, épuisés. Et ce n’était visiblement pas terminé. Cette maigre barre de céréales qu’ils s’étaient partagés valait son pesant d’or.

« On va retourner au point de départ. Tu as du croiser l’énorme machinerie de la propulsion subluminique en venant me retrouver. A l’intérieur des parois porteuses, il y a l’hyperstructure qui maintient cette machinerie. On doit y terminer un boulot. »

Il se releva en gémissant sous les courbatures de son dos et de sa nuque.

« Maintenant on va voir si tu aimes l’escalade. Allez, suis-moi. »

Donald et elle repartirent dans le sens inverse. Ils traversèrent toute la longueur du Dédale à pied, montrant bien à Pedge quelle distance impressionnante elle avait parcouru en rampant. Ils rejoignirent la salle des machines où il n’y avait plus de techniciens cette fois-ci. D’ailleurs, ils avaient rencontrés très peu de monde. Si Pedge demandait l’heure, elle apprendrait qu’il était quatre heures du matin et qu’elle avait passé près de huit heures dans ce tuyau. Huit foutues heures s’étaient écoulées, en non-stop, et ils n’avaient visiblement pas terminé leur service. C’était déjà au-delà de l’amplitude horaire, Tyrol n’avait pas menti en disant qu’ils faisaient tous du supplément.

Donald semblait à bout mais il ne disait rien. Des grosses cernes pesaient sous ses paupières et un air blasé ternissait son visage alors qu’il avançait, les mains dans les poches. Il appela le chef pour lui dire qu’ils allaient commencer la deuxième partie du travail et emmena Pedge plus profondément à travers la machinerie. Ils longèrent plusieurs passerelles et échafaudages jusqu’à atteindre l’une des parois où un accès avait été démonté. Tout ce qui se trouvait derrière composait des petits couloirs de service, un vaste réseau de tunnels garni par tous les circuits de distribution. En gros, tous les systèmes d’alimentation qui ne transitaient pas par l’intérieur du Dédale s’étalaient ici. Il y avait surtout de nombreux tuyaux en suspension, soudés sur des équerres et rebords solides, avec des peintures différentes. Mais Donald alla encore plus loin.

Juste avant un passage plus étroit, une caisse avec des brelages s’y trouvaient. Il en récupéra un puis, en ayant toujours cette mine à moitié blasée, s’approcha de Pedge pour la fixer sur sa combinaison. Il lui donna un harnais de cuisse noir qu’il lui demanda d’enfiler puis il attacha le tout avec les bretelles qui cernaient ses deux épaules. Une bouteille d’oxygène était accrochée au niveau de ses reins, la canule remontait le long de son dos jusqu’à un masque de respiration qui engloberait toute la mâchoire, à portée de main.
Deux lampes, une sur chaque épaules, s’activèrent en projetant des halos très puissants. Et Donald vérifia ensuite un fil d’Ariane qui se terminait par un mousqueton d’apparence très robuste. Il replaça celle-ci à la ceinture de Pedge puis, loin de se démonter et ignorant la frontière personnelle, il s’assura qu’elle avait bien serré toutes ses sangles, même celles des cuisses, n’hésitant pas à corriger celles qu’elle n’avait pas repéré. Donald était responsable d’elle, il ne voulait rien laisser au hasard, quitte à se faire rabrouer par la suite.

Pour finir, il lui conseilla d’enfiler son casque de protection et adapta une lampe supplémentaire dessus.

« Bon, on y est. Ta deuxième poche là, juste après ton dosimètre, tu as un tube avec de la matière verte dedans. C’est un mouchard d’atmosphère. Si jamais l’oxygène se barrait et que ça devenait irrespirable, la couleur virera au rouge. Bien sûr tu peux pas toujours avoir les yeux dessus donc il y a une alarme sonore. »

Il revérifia rapidement les sangles puis le brelage.

« Si l’alarme se déclenche ; ou si tu te trouves guillerette, que tu déconnes à outrance, que tu rigoles pour un rien : tu mets immédiatement ton masque. Il s’adapte à ta mâchoire et se tient par un effet ventouse. Il y a un bouton, là, pour te permettre de le retirer sans emmener tes dents avec. Ca semble toujours très évident dit comme ça, mais en hypoxie c’est différent, donc tu essaies de te concentrer sur ma voix et tu obéis à ton mouchard sans rechigner ok ? »

Il redisposa le masque puis lui montra le mousqueton.

« Assurer sa sécurité c’est la règle d’or. Tu ne bouges jamais un orteil sans avoir fixé ton mousqueton quelque part. C’est casse-gueule comme un rien. Ton pied ripe, tu perds l’équilibre, tu es quitte pour un tas de fractures : c’est le tarif. Prête pour l’aventure ? »

Il passa un minuscule accès et prit des appuis sur des barreaux pour laisser de la place à sa collègue. A l’intérieur : une immense fondation de barres de maintien faisait la séparation entre l’intérieur de vie et le blindage brut du croiseur. Plus de séparations de pièces, plus de murs, de plafond ou de sol, c’était comme une couche de “vide” et de barres de fer entourant toute la surface du Dédale. Oui, c’était un gigantesque système d’architecture de poutres métalliques, d’arceaux, de barres et de soutiens. Il y avait également une bonne dizaine de milliers de bras à amortisseurs de différentes tailles qui soutenaient l’immensité de tout le corps interne du Dédale. Une séparation véritablement impressionnante, dantesque.

« Il peut y avoir des variations de température éclair allant de cinquante à moins trente degrés. Si tu as du mal à respirer, n’hésite pas à utiliser ton masque. »

Donald lui prit l’avant bras pour la retenir et être sûr qu’elle fasse attention où elle mettait les pieds. Il n’y avait plus de sol maintenant, plus d’endroit où poser ses pieds si ce n’est ces innombrables barreaux. C’était un véritable parcours du combattant qui demandait de jouer les contorsionnistes. Avec une obligation de sécurité du fil d’ariane qui devenait très rapidement lassant. Mais en même temps, la profondeur était vertigineuse.

Le technicien progressa doucement, donnant quelques conseils pour que Pedge ne fasse pas d’erreurs. A chaque fois il vérifiait qu’elle s’assure avec son mousqueton et ne se gênait pas de la rappeler à l’ordre dès qu’elle faisait un geste sans. Même le plus naturel pouvait conduire à une erreur. Si elle regardait autour d’elle, elle comprendrait la taille gigantesque que donnait le Dédale lorsqu’il n’y avait pas de salle pour l’occuper. La longueur, par exemple, s’étalait à perte de vue, ces innombrables barreaux formant un écran qui l'empêchait de voir le nez de l’appareil. Le halo de sa lampe s'évanouissait carrément dans l’immensité métallique. Une chute serait terrible pour elle, peut-être même mortelle non ?

Donald l’attira doucement jusqu’à la paroi d’en face. Il n’y avait pas d’éclairage, leur trois lampes pour chacun d’eux composaient la seule source de lumière. C’était comme être noyé dans les ténèbres, ou faire de la spéléologie dans une caverne immense. La surface du métal était de couleur noir avec des reflets bleutés. Il posa la main dessus et expliqua :

« Le Dédale a plusieurs couches de protection : il y a d’abord le bouclier puis le blindage en trinium. Ensuite, pour supporter la violence des impacts, dissiper la chaleur extrême, et retenir les différentes radiations sans bouclier, il y a un habillage de croisillons antithermique et amortissant en “sous-couche” : c’est le revêtement Ampex. Et encore en-dessous, il y a ça, ce que tu vois sous ma main : le blindage interne qui fait la dernière séparation protectrice.»

Il montra ensuite l’étendue de l’immense ossature.

« Les forces qui s’opposent entre armement et défense sont colossales. Cette hyperstructure est faite pour absorber quatre-vingt pour cent des vibrations dû au chocs sur les boucliers où contre ce blindage. Le reste passe néanmoins à travers et il est encaissé par les parois de notre intérieur, notre zone de vie, on surnomme ça la “carcasse”. »

Il descendit en lui demandant de le suivre. C’était effectivement de l’escalade, les ténèbres les entouraient, la seule lumière émanait d’eux.
Ils atteignirent très rapidement un endroit cerné par des lampes magnétiques qui avaient été collé au blindage. Etrangement, il n’y avait pas de reflet bleuté à cet endroit et on percevait des difformités à l’oeil nu. Le temps que Pedge se rendre comple de la surface inégale et chaotique de cette différence de couleur, elle finit par comprendre qu’il s’agissait d’une faille gigantesque qui courait le long du blindage interne sur trente mètres. Des plaques avaient été soudées pour la combler. Des seaux avec des crochets, suspendus à des barres de fer, contenaient une sorte de matière noire, gluante et pestilentielle. Comme une forme de mazout très gélatineux et repoussant. Un pinceau large de très grande taille s’y trouvait, il était planté à la perpendiculaire et ne descendait pas.

« On a perdu nos boucliers pendant la bataille et on s’est sauvé dans une ceinture d’astéroïdes pour perdre l’ennemi. La roche a déchiré le blindage comme du vulgaire papier. Ceux qui sont dehors, à faire la valse, s’occupent du plus grave. Nous, ici, on doit s’assurer que cette réparation reste hermétique. Pour qu’il n’y ai pas de fuite d’atmosphère pendant notre retour, tu comprends ? On va donc badigeonner toute la surface avec de la colle Versine. Ce mortier empêche les fuites atmosphérique à travers la coquerie, les soudures, les plaques de réparation. Ca résiste aux radiations, aux vibrations et aux fortes différences de température. »

Il lui pointa le sceau qui lui appartenait.

« Ne laisse pas tomber ton seau surtout. Le Versine est une ressource très dure à produire, on en a qu’en quantité limité. Assure tes prises, c’est le plus important, et étale-le sur toute la surface lésée. Oriente bien tes lampes. Moi je vais prendre le côté opposé et on se rejoint au centre. Des questions ? »

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Dim 10 Déc - 20:23
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Elle était contente d’elle. Ce n’était pas qu’elle pouvait, elle l’était simplement. Oui, elle avait bien bossé, s’en tirant honorablement. Elle avait tout donné pour rester concentrée sur sa tâche et elle espérait que le boulot avait été fait correctement, ce qui semblait être le cas selon le retour que Donald lui faisait. Elle était contente au fond. Quelque part, heureusement qu’elle s’était octroyée cette pause pipi et qu’elle avait recroisé Isia. Cela lui avait donné du baume au cœur et l’envie de continuer. D’un côté, elle n’avait pas forcément besoin de la belle doctoresse pour avancer au mental puisqu’elle l’avait toujours fait, mais elle faisait office de source de motivation. Enfin qu’importe, elle était bien contente de pouvoir se poser un peu hors des tuyaux. Depuis sa précédente pause s’était écoulé pas moins de 5H30, à ramper, à colmater, à souder, à découper, à coller, et elle n’en pouvait plus. Pour sa part, elle resta un moment debout, à s’étirer le dos en se penchant en avant, bras jeté devant elle, ou en se contorsionnant en arrière. Ca faisait un bien fou ! Elle était satisfaite de voir qu’elle était tout aussi arrangée que lui. Malgré l’expérience, il n’y avait pas le choix que de s’en foutre de partout, de ce satané gel !

« J’en profite. », confirma Pedge. Elle avait hâte d’avoir un retour des techniciens concernant la mise en service de la tuyauterie. Elle espérait que tout serait bon, car s’il restait une couille dans le potage, ils étaient bons pour inspecter toute la longueur encore une fois et de réparer les fissures nouvellement créées. Elle n’y tenait pas spécialement.

Donald partagea ses vivres. Comme une conne, elle n’avait rien pris… En même temps, on ne l’avait pas spécialement prévenu qu’elle passerait autant de temps dans un tuyau sans même avoir accès à une goutte d’eau. Pedge était un chameau, mais ça ne l’empêchait pas d’être déshydratée. Elle accepta donc de bon cœur la gourde, et la moitié de la barre de céréale. Il l’aidait, parce que c’était l’esprit de la section de technicien. C’était l’esprit de camaraderie militaire et elle en aurait fait autant. Inutile donc de refuser et de le faire parler pour rien. Apparemment, cet exercice n’était qu’un début, un début simple et qu’ils allaient passer à la suite désormais. Elle n’en avait pas spécialement envie, mais dans l’armée, on ne laissait pas tomber son binôme, pas plus qu’on ne comptait son temps. Elle voulait bien croire que c’était une intervention technique simple qu’ils avaient effectuée, car en effet, il n’y avait rien eu de compliqué. Le retour du test revint et il était bon. Cela augmenta l’effet de satisfaction qui se promenait en elle, même si elle ne le montra pas, accueillant la nouvelle par un hochement de tête réservé. Mais au fond, elle était assez satisfaite d’elle.

Elle se demandait s’il lui faisait une proposition pour lui masser la nuque, mais ça n’avait pas l’air d’être le cas et il semblait plutôt sérieux dans sa remarque. Elle aurait très certainement des courbatures, c’était vrai, surtout en ayant sollicité aussi longtemps les muscles de son cou. Mais d’un côté, c’était une opérationnelle habituée à porter du matériel lourd, y compris un casque blindé qui pesait son poids quand même. Oui, elle se cherchait des excuses pour qu’on ne la touche pas. N’empêche, avec tout ça, elle en avait presque oublié son nez qui l’élançait, souvenir d’un Frank au poing bien ferme tout compte fait. S’il avait continué à taper, elle aurait pris bien plus cher que ça.

« Ouais, comme un sportif de haut niveau. Je connais le topo. », fit-elle en acquiesçant. Elle se trouverait bien une victime sur le Dédale pour lui masser la nuque et plus si affinité. Sans trop savoir pourquoi, elle associait souvent les massages à des choses plus coquine ensuite. Une déformation de son esprit, certainement depuis qu’elle s’était tapée ce masseur à Kaboul… Enfin qu’importe. Elle refusa la clope poliment. Malgré les envies, qu’elle incombait au stress, elle faisait preuve de volonté. Il ne fallait pas qu’elle tombe dans ce genre de travers pour se calmer, surtout que les études démontraient que c’était l’effet inverse qui se produisait sur le corps. L’anxiété du manque diminuait, mais la pression sanguine augmentait du fait de l’appauvrissement en oxygène, le palpitant pompait plus, et forcément, la nervosité était plus grande, malgré le sentiment de soulagement de palier au manque de nicotine. Une vraie saloperie quoi.

Tandis qu’il fumait, elle finit par s’asseoir elle aussi, pour profiter de ce moment de répit. Quelques minutes s’écoulèrent où elle ferma les yeux un moment. Elle aurait pu s’endormir là, dans cette coursive, comme une clocharde appuyée sur la paroi du croiseur, mais non. Il y avait encore à faire. Le service n’était pas terminé.

« Allons terminer un boulot. J’adore l’escalade. », répondit-elle en se relevant elle aussi. Son corps commençait à refroidir et elle sentait les premières tensions dans sa nuque et dans son dos, sans parler de ses épaules. Il fallait qu’elle s’étire un peu sinon elle allait douiller sévère le lendemain et le surlendemain, quoiqu’elle était en train de se dire, tout en suivant Malarkins vers la salle des machines, que son corps n’aurait pas le temps de s’appesantir sur les courbatures qu’elle le chaufferait à nouveau par d’autres tâches. Si le boulot de technicien était aussi physique, elle allait s’éclater.

Pedge n’était pas dans un meilleur état que Donald pour le coup. Elle passait des nuits de merde depuis son retour de la Magna, et seul le câlin dans la chambre de la chirurgienne l’avait faite dormir comme une souche, où elle avait récupéré énormément. Elle s’en était voulue d’être restée toute la nuit, mais qu’importe. Par devers sa gêne, elle devait reconnaître qu’elle avait passé une bonne nuit réparatrice. Néanmoins, depuis que Matt avait tenté de se soustraire à ses obligations terrestres en voulant attenter à sa vie, elle ne dormait plus vraiment. Matt et ses idées de couples… Elle n’avait pas envie de penser à ça, pas même qu’à tout le reste depuis qu’elle était partie dans cette fichue caverne défendre ce peuple qui méritait de l’être. Ils cheminaient en silence. L’air blasé de Donald n’incitait pas à la conversation, et l’air fermé de Pedge non plus. De toute façon, elle n’avait pas envie de causer. Elle suivait le technicien, refaisant le chemin inverse vers le point de départ, et elle put constater qu’ils avaient fait un sacré bout de chemin dans ces tuyaux pour en arriver là. En même temps, les lunettes lui disaient qu’il n’était pas loin de 4H du matin… Un sacré bout de chemin pendant un sacré bout de temps.

Ils ne croisèrent pas grand monde, pour ne pas dire personne. L’heure tardive expliquait cela. Elle se demanda par ailleurs si Hoffman avait gagné son combat. Une réponse qu’elle aurait à la fin de son service. Elle espérait sincèrement qu’il avait remporté la mise, ne serait-ce que pour affirmer la domination d’Atlantis. Question de fierté en somme. Avec une soigneuse comme Isia, il avait toutes ses chances.

Ils ne croisèrent pas grand monde, pour ne pas dire personne. L’heure tardive expliquait cela. Elle se demanda par ailleurs si Hoffman avait gagné son combat. Une réponse qu’elle aurait à la fin de son service. Elle espérait sincèrement qu’il avait remporté la mise, ne serait-ce que pour affirmer la domination d’Atlantis. Question de fierté en somme. Avec une soigneuse comme Isia, il avait toutes ses chances. Le binôme de technicien s’engouffra dans un accès situé dans une paroi, après avoir traversé la salle des machines, fais des tours et des détours sur des échafaudages. Ils arrivaient dans l’envers du décor, pour ainsi dire. C’était dans les parois que toute la petite tuyauterie s’étirait d’un bout à l’autre du croiseur, alimentant ici et là les sections quand il s’agissait d’électricité. Mais Pedge n’était pas dupe, tout cela était bien plus compliqué que ça en avait l’air. Ils ne s’arrêtèrent pas là, continuant leur chemin dans le couloir, pour arriver enfin devant une caisse. Il entreprit de prendre l’équipement nécessaire pour harnacher Pedge. Il ne mentait donc pas en disant qu’ils allaient faire de l’escalade. Cela convenait bien à la nouvelle technicienne qui fit des doubles vérifications pour être certaine qu’il n’y ait pas de défaut dans l’équipement. Ce n’était pas qu’elle ne faisait pas confiance à Malarkins, mais ce dernier semblait au bout de sa vie, et elle ne voulait pas que les nombreuses heures de sommeil qu’il lui manquait joue sur sa perception des choses. La moindre petite erreur pouvait la propulser des mètres plus bas. Et elle ne savait pas encore à quel point elle avait raison.

Petit plus, cette bouteille d’oxygène qu’elle sentait peser dans son dos et qui distribuait par le biais d’une canule, un masque qu’elle pouvait mettre aisément sur son visage. Où est-ce qu’ils allaient aller pour avoir besoin d’un équipement pareil ? La tenue se compléta par des lampes fixées sur chaque épaule, qui projetaient un halo lumineux important. De quoi aveugler quelqu’un si on s’amusait un peu. Elle ne fit pas la blague de les braquer dans la tronche blasée de Malarkins en prenant un accent allemand tout en disant « j’ai les moyens de vous faire parler ! », mais elle était tentée, cependant elle préférait rester sage, surtout que prendre autant de lumen dans les yeux après avoir passé des heures dans un tuyau guère éclairé n’allait pas lui faire du bien, et elle pensait, à raison, que son appareil de vision serait très utile en cas d’escalade. Fini les conneries pour aujourd’hui. Et puis, elle n’avait plus douze ans, si ? Il prit le temps de vérifier si elle avait bien sanglé. C’était appréciable quand même, au cas où. Il valait mieux une double vérification, et elle en refit une troisième sur les sangles qu’il avait tiré un peu plus. Pour le coup, il n’y avait pas de notion de zone personnelle ou pas. C’était l’exercice, c’était le métier, un peu comme quand elle s’entrainait avec sa section sur les sauts opérationnels ou sur des séances de rappels. Chacun veillait sur chacun, pour le bien de l’équipe, parce qu’il n’y avait rien de plus détestable que de voir le copain partir en couille pour un défaut de matériel que personne n’avait pris le temps de vérifier.

Elle suivit son conseil, et elle enfila donc son casque et ses gants. Elle se sentait parée à toute éventualité, et le baudrier harnaché près du corps lui donnait un sentiment de sécurité. Elle tripota le tube et le porta devant son nez pour voir la couleur verte. Elle opina du chef, indiquant qu’elle avait compris. Ils allaient donc intervenir dans une section où l’atmosphère pouvait être réduite, et où les quantités d’oxygène pouvaient varier. Elle avait la pression. Oublié toute fatigue, oublié le tuyau, elle était pleinement concentrée sur sa tâche. Quatrième vérification des sangles. Normalement, ça devrait pas coincer à ce niveau-là vu que tout à chacun avait tiré deux fois dessus.

« Ok, un peu comme l’ivresse des profondeurs, ou ce genre de chose », fit-elle pour établir un parallèle et montrer par là qu’elle avait bien saisi ce qu’il venait de dire. Il ne fallait pas qu’elle déconne sous peine de le mettre en danger, surtout s’ils se balançaient au bout d’un fil, en suspension. Elle acquiesça une nouvelle fois quand il lui rappela l’importance du mousqueton. C’était son assurance vie et elle en avait conscience.

Une fois les modalités et les dernières consignes prisent, il passa par une ouverture, progressant vers l’extérieur du Dédale si son sens de l’orientation était bon. Il libéra le passage et Pedge suivit. Elle ne s’attendait pas vraiment à trouver « ça » derrière ce mur. Heureusement, elle n’avait pas le vertige, même si une irrésistible envie de se pencher et de voler venait la titiller. Néanmoins, elle gardait les idées claires, et automatiquement, elle s’accrocha par le biais de son mousqueton. Autant commencer tout de suite à être rigoureuse. Les mousquetons étaient par deux. La doublette servait à en décrocher un pour accrocher l’autre quelque part, et éviter de se casser la gueule pendant le décrochage du premier. C’était le moment le plus critique puisqu’on cherchait l’endroit pour accrocher le premier et du coup, on ne faisait plus vraiment attention à ce qu’on faisait de nos jambes. Autant assurer le coup. Jamais les deux mousquetons ne devaient être décroché en même temps.

Une fois dans la place, elle jeta un véritable coup d’œil à son environnement de travail. C’était impressionnant. Vraiment impressionnant. Devant elle s’étirait toute l’architecture externe du Dédale, ou du moins, une partie de celle-là. D’immense poutrelles de fer faisaient une soupape entre l’intérieur et l’extérieur, le genre de matériau qui devait plier et ne pas casser pour absorber le plus gros des chocs et dissiper l’énergie. Cela lui faisait penser à la couche intermédiaire des méninges, que l’on appelait arachnoïde et qui s’étirait entre la Pie mère et la dure mère et qui servait de soupape pour les chocs que la tête subirait. Pourquoi est-ce qu’elle pensait à ça à cet instant ? Elle n’en savait fichtrement rien… Surtout qu’elle n’avait pas de connaissance médicale à proprement parlé, mais c’était plus de la culture générale. Bref, si elle chutait, la chute serait longue et ce serait surement une des poutrelles qui s’entrecroisaient qui l’arrêterait. Elle se demandait jusqu’à où ça allait, si ça allait vers le bas du croiseur ou le haut (toute orientation semblait un peu fastidieuse, le haut serait vers le haut de sa tête, la gravité lui indiquant qu’elle était debout) et si ça en faisait vraiment le tour. Probablement que oui, de même que ça devrait être hermétique sinon il y aurait une violente dépression au niveau du point d’entrée qu’ils venaient d’emprunter.

C’était dantesque en effet. Vertigineux, impressionnant, et déroutant. Elle se sentait vraiment petite pour le coup. Elle se rendit compte qu’elle bloquait depuis quelques secondes, et ce fut l’information sur les variations de température, ainsi que sa prise sur son avant bras qui la ramena sur Terre. Du moins sur sa poutre. « D’accord, je n’hésite pas. T’inquiète pas trop Donald. », fit Pedge en le toisant de ses yeux bleus fatigués. Elle le sentait à cran, et c’était bien normal. Charge à elle de lui prouver qu’elle était aussi à l’aise dans ces conditions que sur des jambes sur un sol parfaitement plane. En fait, elle adorait ça, se mouvoir comme une araignée, aller d’un endroit à un autre dans des conditions difficiles, sans prendre le chemin le plus direct mais en étant obligée de faire des détours compliqués. Elle était sûre d’elle, sûre de son pied, de ses réflexes, de sa détente, et de sa capacité physique, néanmoins, elle voyait ça comme un défi de chaque instant, et elle gardait à l’esprit qu’il ne fallait pas qu’elle merde, qu’elle glisse ou quoi, et ce, malgré le harnachement de sécurité. Ce serait humiliant, désopilant, et profondément vexant pour elle qui se pensait au-dessus de tout ça. Cela lui rappelait un voyage sur la côté Est, en Californie, où elle avait marché sur une digue sur laquelle des rochers étaient disposés sur le côté pour briser le ressac des vagues. Au lieu de marcher avec sa sœur et sa mère sur le béton, elle avait été jusqu’au bout en sautant de rocher en rocher, comme un cabri de la cordillère.

Pedge était psychorigide. Donald n’eut pas besoin de la sermonner une seule fois sur l’assurance au fil d’Ariane. Elle le faisait à chaque fois, usant des mêmes gestes précis et méthodique qui pouvaient la caractériser. La règle, c’était la règle. Il ne fallait pas l’enfreindre. Effectivement, par endroit, c’était glissant, et elle s’accrochait avec force au niveau de ses bras pour ne pas chuter, usant de sa musculature affutée. Les séances de gainages payaient dans ce genre de condition. Elle évoluait sur les traces de Donald, à l’aise mine de rien, et ils arrivèrent bientôt sur le lieu de leur mission. C’était surréaliste et terriblement excitant à la fois. Les lampes constituaient la seule source de lumière des environs, et si elles venaient à s’éteindre, le noir le plus total les attendrait, comme au fin fond d’une grotte où même une chouette se payerait un mur étant donné qu’aucune lumière naturelle ne filtre. Il ne fallait pas avoir le vertige, mais il ne fallait pas être claustrophobe non plus parce que la noirceur des lieux pouvait rendre l’escalade oppressante. Donald l’attira vers lui pour lui expliquer un petit peu dans quoi elle avait foutu les pieds. Ils étaient arrivés au bout des poutres, contre la surface aux reflets bleutés qui composait la fin de cette partie, et qui était la plus éloignée vers l’extérieur. La dernière séparation protectrice, comme il le lui indiqua.

« C’est un peu le principe du parechoc d’une voiture… », fit Pedge pour elle-même en laissant traîner ses yeux sur l’ensemble de l’ossature. Elle aimait bien vulgariser en exemple du quotidien. Elle faisait beaucoup ça quand elle était formatrice, afin que les élèves percutent plus facilement.

La descente continua. Pedge se demandait où ils allaient finir quand la surface bleutée s’estompa pour laisser place à une surface plus grossière, nettement moins reluisante. L’endroit de leur chantier, l’endroit de la brèche dans la coque. Impressionnant, et terriblement flippant. Une odeur attira son attention, émanant d’un seau accroché en suspension dans lequel était planté un pinceau. Des lumières artificielles avait été disposées ici et là pour éclairer l’étendue du chantier qu’une équipe de technicien qui les avait précédés avait commencé. Elle comprenait parfaitement l’utilité du produit, de même que son prix. Elle préféra ne pas rebondir sur ce qu’était la valse, à l’extérieur, même si elle avait sa petite idée, et elle se demandait si elle allait pouvoir effectuer une réparation de maintenance ou de dépannage à l’extérieur, dans l’espace. Qui ne révérait pas de ça sérieusement ? Être en apesanteur, sur un morceau de métal, à la merci de l’infini, à la merci de l’univers ?

« Pas de questions. », fit-elle commençant à assurer ses prises pour pouvoir se disposer face au mur lésé et ainsi commencer l’opération de peinture au mortier Versine. La difficulté de l’opération résidait surtout dans le fait qu’il n’était pas aisé de trouver une position adéquate pour appliquer le mortier. Plusieurs fois, elle se laissa pendre au bout de son fil d’Ariane, chute qui n’en était pas une, pour pouvoir peindre sans se tenir. En plus de ça, la Versine était compacte et assez dure à étaler, et il fallait produire un effort de chaque instant pour se servir du pinceau. Ce n’était pas évident non plus de voir où elle passait exactement, du fait de ses lampes qui suivaient le mouvement de son corps et du balancier de sa suspension. Heureusement, celle sur son casque s’orientait là où elle regardait. Peu à peu, le stress de se ramasser s’estompa au profit du travail. Elle était concentrée, se sentant comme une nettoyeuse de l’extrême, une de ces personnes qui se suspendaient dans le vide, ou qui passait par des nacelles pour nettoyer l’extérieur des vitres des buildings culminant à des hauteurs vertigineuses. Ça manquait juste un peu de musique pour agrémenter tout ça, il n’empêche qu’elle était bien, dans sa bulle de noirceur.

A un moment donné, un souffle se fit sentir et la chaleur s’estompa rapidement. La sueur sur son front gela rapidement et elle fut prise de tremblement et soudainement, alors qu’elle cherchait une façon de se réchauffer, l’air revint à une température normale. C’était assez impressionnant et déroutant. Mais Donald l’avait prévenu. Elle restait à l'affût du signal sonore de son mouchard, mais ce dernier restait obstinément silencieux. Tant mieux qu’elle part. La texane progressait le long de la paroi, et parfois, elle repassait sur un endroit déjà traité qu’elle ne jugeait pas vraiment réussi. Elle préférait prendre un maximum de précaution pour ne rien rater.

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Jeu 11 Jan - 18:40
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Le temps semblait s’être de nouveau envolé. Les lunettes de Pedge lui indiquait une heure toujours de plus en plus tardive jusqu’à ce que “la nuit avancée” devienne un “petit matin”. La première équipe avait dû prendre son service mais ça ne les empêchait pas d’être toujours en activité. Tyrol l’avait dit : ils étaient à flux tendus et ils ne comptaient pas les heures pour finir le boulot. Malarkins était parti à l’autre bout depuis un petit moment et il communiquait régulièrement, sans être envahissant, juste pour s’assurer que tout allait bien.
Le technicien était à l’opposé en train de travailler et la militaire ne verrait de lui qu’une source de lumière plutôt lointaine. Comme un gros lampadaire…
Cela pouvait être assez stressant, voir intimidant, de se retrouver seul, comme ça, avec son travail. Alors son collègue veillait à couper ce sentiment déplaisant. Qu’elle sente qu’il était toujours dans le coin et attentif.

Pedge devait se demander si c’était sa dernière tâche avant un repos bien mérité. Le travail technique n’était plus éprouvant qu’une manoeuvre militaire. Mais c’était clairement différent. Vu qu’elle en avait pour deux semaines à ce rythme, elle comprenait sûrement pourquoi Donald avait insisté sur le fait de se ménager et de se soigner constamment...même les plus petits tracas pour qu’ils n’en deviennent pas des gros.

Au bout d’un moment, la texane se trouva en haut du chantier, pile sur l’énorme soudure qui avait été faite sur tout son pourtour. Elle était en train de badigeonner difficilement la versine, la matière grasse et visqueuse faisant par moment des grumeaux, lorsqu’un soudain ”PSCHHHHHH” monta dans les airs. C’était exactement le même bruit que l’on produisait en gonflant un ballon d’anniversaire mais en bien plus fort. Le pinceau de Pedge trembla dans sa main et une bulle se matérialisa tout autour en s’amplifiant de manière dramatique.
Donald lui avait expliqué comment réagir si l’atmosphère s’appauvrissait. Mais il ne lui avait rien dit sur le mortier qui se gonflerait comme un ballon de baudruche. Pedge n’eût même pas le temps de réagir.

SHHHHHBAMMMM !

L’énorme cloque explosa directement au nez du lieutenant en lui projetant des morceaux de mortiers partout. Les vêtements, les bras, les jambes, le visage, elle était littéralement crépie de la tête au pied par ce truc nauséabond ! Mais au travers de tout ça, elle sentit une odeur étrange, mais agréable, quelque chose qu’elle reconnaissait comme faisant partie intégrante de son passé. C’était caractéristique, très ciblé sur sa jeunesse, peut être trop même. Cela n’était clairement pas naturel et ce ne pouvait pas être une coïncidence. Pedge régressait soudainement en âge mental.
Le mouchard d’atmosphère se mit brutalement à sonner et à vibrer dans la poche de Pedge mais elle y porta la main, presque étonnée, sans véritablement en comprendre le sens. Elle trouvait cette explosion très drôle…si drôle...
Elle, la militaire, face à cette bulle qui venait de lui éclater à la figure. Un gros PLAF ! Dans ta face la militaire péteuse, héhé !

// Hé, c’était quoi ce bruit ? //

L’odeur et une hilarité sans limite. Que ce soit le bruit du mouchard qui continuait de sonner ou la voix inquiète de son collègue, Pedge ne comprenait pas. C’était cette image de la bulle qui revenait sans cesse à son esprit alors qu’elle avait l’impression, tout simplement, de devenir une Nelly en puissance. Une joie et un humour pleinement enfantin éclata en elle de manière très fourbe…prenant sa lucidité en traître.

// Allen, déconne pas : réponds-moi ! //
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Ven 12 Jan - 15:35
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Effectivement, Pedge se demandait si c’était là sa dernière tâche avant d’aller prendre une bonne douche, avant de s’écrouler dans son plumard. Franchement, que la couchette soit à Mac, paix à son âme, elle ne ferait pas un pli pour se vautrer dans les draps et taper le roupillon du siècle. Elle n’en pouvait plus. Ca devait faire plus de 24H qu’elle n’avait pas fermé l’œil, et elle commençait à accuser le coup. Heureusement, la nouveauté et l’exercice physique la maintenaient éveillée au bout de sa corde de sécurité pour continuer à passer le pinceau de Versine sur la paroi interne du Dédale. Alors qu’elle était dans ses pensées, ruminant sa journée, sa soirée, et tout le reste de sa petite vie guère ordonnée depuis quelque temps, elle vit le mortier gonfler comme un ballon. Donald ne lui avait pas parlé de ça, ou alors elle avait totalement zappé l’information. Elle n’eut guère le temps de le contacter par radio que la bulle gonfla, gonfla, et lui péta au visage. Elle se fit recouvrir de la tête au pied de Versine. La seule pensée qui lui traversa l’esprit avant que son mouchard ne se mette en route fût un truc du genre : et dire qu’il ne m’a donné qu’un uniforme et je l’ai déjà détruit le bordel.

Pedge tripota l’objet qui vibrait et sonnait pour l’alerter mais son odorat s’était fixé sur une odeur qui lui rappelait son enfance. De la canelle, elle en était certaine. Sa mère en mettait toujours dans ses cookies, sa petite touche personnelle qui, elle le savait, ferait la joie de ses deux gamines. N’empêche, c’était marrant ce mortier, non ? PAF LA BULLE ! Pedge commença à se marrer dans sa barbe. Donald tenta bien de communiquer avec elle, mais il n’obtint qu’une réponse douteuse du genre :

// C’est ta mère qui a lâché une caisse ! // Et Pedge se fendit la gueule de cette blague puérile en mimant l’explosion de la bulle avec ses mains, en faisant un grand geste. Elle se balançait doucement au bout de son fil d’Arianne, les deux mousquetons étant bien arrimés, et fort heureusement.

« BOUM ! », fit-elle en reproduisant le geste. C’était drôlement marrant cette histoire d’explosion. Pourquoi est-ce que ça ne le refaisait pas ? En plus, y avait du son et lumière, c’était funkie ! « LA femme FONTAINE ! », cria-t-elle vers la paroi en refaisant le geste de l’explosion, ouvrant grand ses bras avec son pinceau dans sa main pour décrire un large cercle dans le vide ! C’était un souvenir de son adolescence où elle était à un feu d’artifice et une copine à elle avait crié ça en voyant une traînée argentée dans le ciel provoquée par une fusée d’artifice. Elle pétait un câble complet, et elle ne s’en rendait pas compte. Ce qu’il se passait était normal, absolument normal. Elle était dans son élément, et cette odeur si douce, si maternelle… Sa mère devait être là !

« Si tu es une bulle et que tu éclates tape dans tes mains ! » Elle tapa dans ses mains, ne répondant pas du tout à Donald. « Si tu es une buuuulllleee tape dans tes mainnnnsss si tu veux éclater !! »

// Pedge...tu as respiré ? Est-ce que tu as respiré quelque chose, réponds ! //
// Donald ??!! TAPE DANS TES MAINS SI TU VEUX QUE LA BULLE ECLATE !! ALLEZ !! //
Malarkins éclata de rire. On entendit un appel radio qui ne se faisait pas pour Pedge.
// Chef, ici Malark. On est à l’extérieur de la carcasse et Pedge a prit une bulle. Je vais la récupérer... //
// C’est une blague ?!? //
// Négatif chef. La nouvelle est aux fraises, elle fait son délire... //
// C’est dangereux. Trouve-là et appelle l’équipe de récupération s’il y a le moindre danger. Tu as saisi ? Je veux pas la retrouver couverte de fracture en train de se bidonner dans un lit d’infirmerie... //
// Reçu chef. Je te tiens au courant... //
Le technicien mit un certain temps à approcher de la position de Pedge. Il avait son masque sur le visage et respirait bruyamment le contenu de sa bouteille d’oxygène. Depuis son approche, il voyait clairement sous le faisceau de sa lampe les émanations depuis la faille dans la paroi, là où la bulle avait éclaté.
De son côté Pedge était à mille lieues de se rendre compte qu’elle était dans un délire total. Elle vit les lampes de Donald se rapprocher, mais pour elle, ce n’était qu’un divertissement supplémentaire. Heureusement, elle ne cherchait pas à se décrocher. Elle prenait appui sur la paroi, et elle poussait sur ses jambes pour se propulser en arrière et revenir brutalement contre le métal, en riant bêtement. De temps en temps, elle alpaguait la Versine pour qu’elle refasse une bulle mais rien ne se passait. Elle eut soudainement l’idée de remettre un peu de mortier là où elle venait d’en mettre avant que ça n’éclate. Elle trempa bien son pinceau dans le seau !

Donald vint jusqu’à elle et s’arrangea pour être retenu par ses mousquetons à même hauteur et par l’intermédiaire du même support. Il se retrouva rapidement dans son dos malgré ses mouvements de balancier puis tenta de l’attraper. Il dû s’y prendre à quatre reprises mais autant dire que le choc fût plutôt douloureux. Il la ceintura solidement d’un bras tandis que l’autre, agrippant son masque, l’approchait de sa mâchoire pour l’inviter à l’enfiler.
« Allez Pedge, respire ça. Il y a une bonne odeur dedans aussi. Respire bien et à fond ! »
Forcément, elle n’avait pas envie qu’on lui colle quelque chose sur le visage. C’était une agression ! Rien de plus. Et pourtant, à force d’essayer, le masque s’enclencha en ventousant le contour de sa mâchoire et l’oxygène pénétra dans ses poumons. Elle se sentait à bout de souffle, et naturellement, son corps augmenta l’amplitude de ses inspirations et expirations pour palier au manque d’oxygène qu’il ressentait. L’euphorie enfantine se barrait au fur et à mesure qu’elle respirait de l’air sain, par grande goulée. Elle se sentait contrainte par une main sur son visage et par quelqu’un dans son dos, et peu à peu, elle reprenait conscience de son environnement.

« Ca y est...tu reviens, c’est bien. Ne te débats pas. Respire doucement jusqu’à ce que tu m’entendes bien et que tu vois clair. »

Donald attendit un moment. Ils étaient tous les deux suspendus au plein centre de l’émanation de gaz qui était en train de se tarir. Pedge devait sentir son mouchard qui continuait de sonner alors que Donald relachait sa main de son visage.
« Ce coup-là, tu vas faire des jaloux. Tu m’entends bien ? Tu peux parler ? »
« Ca va… ça va. », fit-elle en râlant dans son masque, contente qu’il la lâche. Elle ne comprenait pas ce qu’il foutait là, ni ce qu’elle foutait là en fait. Son mouchard gueulait et elle avait envie de le balancer.
« T’excite pas surtout. On est encore pendu à l’extérieur de la carcasse. Tu es devant la réparation de la brêche du blindage interne, tu te souviens ? Avec le Versine ! »

« Ouais ça me revient. Ca a fait une bulle. » Elle chercha à s’observer, mais le masque contraignait ses mouvements. « On a fini ? ». Elle ne se rappelait pas l’avoir rejoint au milieu.
« Non, pas encore. On en a fait à peine la moitié. » Il lui montra la faille et son pinceau. « Tu as pris une bulle, ça arrive une fois sur mille. Quand le blindage prends un tir plasma, le revêtement Ampex fond et produit un gaz. Et si celui-ci est piégé en poche sans s’évacuer dans l’espace, il vieillit pour devenir un gaz hilarant... »
Malarkins s’éloigna. Il retourna Pedge pour qu’elle lui fasse face et appuya sur le bord de ses paupières pour vérifier ses rétines.
« C’est tellement rare qu’on considère ça comme une légende. Les collègues vont être jaloux d’apprendre que c’est la petite nouvelle qui s’est fait son snif de gaz... »
Il rigola.

« Tu n’as rien à craindre. Le gaz se dilue dans ta saturation d’oxygène et tu l’évacues petit à petit, ce n’est pas dangereux pour la santé. On va finir ça en vitesse, sans retirer les masques. Et si tu as un doute, je t’accompagne jusqu’à l’infirmerie, ça te va ? »
Elle se laissait manipuler, faisant confiance à l’expérience même si manifestement, c’était une première pour lui, puisque son histoire confinait à la légende. Elle pouvait témoigner que non, et franchement, elle se serait bien passée d’être la “chanceuse” de la journée. « Je me sens blasée, mais je ne pense pas avoir besoin d’aller à l’infirmerie. ». Elle s’écarta doucement, en clignant des yeux et en secouant un peu la tête. Elle ne sentait rien de particulier. Il avait pu voir qu’elle avait les rétines dilatées, mais elles allaient reprendre de la contenance rapidement avec la filtration de l’air dans son sang. « Désolée pour le contre temps... ». Oui, elle était blasée. Contrecoup du gaz hilarant, ou le sentiment de s’être tournée en ridicule. Elle ne savait pas.

« Ne stresse pas. On fini ça et on pourra enfin aller pioncer. »
Le reste du chantier progressa sans encombre. Pedge pu travailler sans être alertée de nouveau par son mouchard ou en voyant une nouvelle bulle se former sous son nez. Non, tout allait bien, sa malchance sur mille ne se reproduirait pas. Oeuvrer avec un masque à oxygène n’était pas facile mais c’était préférable, en peu de temps, Pedge se sentit pleinement en possession de ses moyens et nullement altérée. Ca ne l’empêchait pas de se souvenir clairement de son délire.
Forcément, Donald évolua plus vite qu’elle. Le point de rendez-vous situé “au milieu” fût en réalité dès qu’il rejoignit la texane une heure plus tard. Que ce soit elle ou lui, ils étaient complètement épuisés et avaient hâte de retourner jusqu’aux quartiers. Donald appela le chef Tyrol pour annoncer la fin des travaux et, ensemble, ils retournèrent sur le plancher des vaches pour retourner au dortoir. Au voyage, les membres d’équipage commençaient tous à se lever. Ils faisaient la queue devant les différentes salles de bains et de toilettes. Mais fort heureusement, Malarkins eut la gentillesse de lui expliquer que les techniciens avaient leur propres douches. En somme, Pedge ne rencontrerait pas de masse bouillonnante de soldats là où elle s’était changée au début du service.
« Tu as assuré Pedge. Et je suis pas le genre de type à faire de la lèche. Marta a tort de te traiter comme elle l’a fait, t’es motivée pour une sardine. »

« Tu crois que je suis devenue une sardine comment ? Pas en me tapant l’officier supérieur mais parce que je bossais pour. J’ai commencé première classe. », fit-elle par un sursaut d’orgueil. Elle n’avait rien demandé à personne pour en arriver là. Rien du tout.
« Hé, te vexe pas. Je connais pas beaucoup de sardines qui auraient accepté de ramper comme tu l’a fait...c’était un compliment. »

« Je sais, c’est juste que tout le monde semble un peu à cran parce que je suis officier. Seulement là, je suis comme vous, j’ai plus de galon, quedal, et si on me dit de ramper dans un tuyau, je le ferai. » Elle le toisa avant d’ajouter : « Bref, désolée, j’suis un peu stressée de retrouver l’équipe après ce qu’il s’est passé tout à l’heure. »
« C’est pas à cause de ton galon et t’y est pour rien, vraiment. N’écoute pas les deux zigotos, c’est ceux qui ont prit le plus cher dans l’équipe. Quand ils verront que t’es pas la sardine feignasse et touriste qu’ils s’imaginaient, ça va rapidement changer. »

« Ouais... ». Elle n’y croyait pas trop, mais elle préférait arrêter d’en discuter.
De toute façon, le technicien s’approchait des douches. Il s’arrêta pour lui donner des détails.
« Il y a une énorme corbeille générale, je ne sais pas si tu l’as vu. Balance-y tes affaires et elles te reviendront nickel demain. Ah...on a aussi des collègues qui sont peut-être déjà en train de pioncer donc consigne de silence, je ne t’apprends rien. »

« Et on a des affaires hors travail ? Je ne veux pas affoler tout le dortoir. », demanda-t-elle quand même.
« Tu as tout ce qu’il faut dans ton casier normalement. L’intendant était passé ce midi pour une dotation complète. »

« Parfait. »

Il lui tendit la main.

« Ca a été un plaisir Pedge. Tout se passera bien pour tes deux semaines si tu continue comme ça, c’est certain... »

Elle la lui serra avec fermeté malgré l’envie de pioncer. « On en reparle dans deux semaines. Merci d’avoir veillé sur moi. », dit-elle en inclinant un peu la tête pour ponctuer sa phrase.
Elle s’engouffra dans les douches privatives dédiées aux techniciens du Dédale. C’était une bonne chose car elle se voyait mal faire la queue avec les soldats pour aller se rincer. Elle n’en aurait pas eu le courage. Curieusement, ses tocs sanitaires ne se firent pas du tout sentir. Elle était surement trop lasse pour ce genre de connerie psychiquement barrée. Elle avait récupéré au préalable son petit sac avec tous les présents de l’équipe. Il fallait bien qu’elle passe par la case Napalm-Tout pour se retirer la colle séchée du gel, sans parler de la Versine qui lui faisait un masque. Les lunettes avaient prises elles aussi, et elle espérait qu’elle ne les avait pas flingué. N’empêche… Ce délire quoi. Elle s’en souvenait parfaitement. Elle était en pleine régression en enfance, et elle avait presque la nostalgie des biscuits à la cannelle de sa mère. Elle ne pouvait même pas se dire qu’elle irait s’enfiler une part de tarte aux pommes saupoudrées de ce condiment, car souvent, les pâtissiers en mettaient de trop et elle ne retrouvait pas la note que sa mère mettait dedans.

Elle se sépara de sa tenue de techniciens dans le panier que Malarkins lui avait dit, et elle pénétra dans sa cabine de douche. Les vestiaires n’étaient pas mixtes comme le lui avait dit Tyrol, et elle ne craignait pas de tomber sur un bonhomme quand elle sortirait de la douche en serviette. Le produit maison était terriblement efficace, laissant une sensation de peau propre et lisse, même si elle se fit la réflexion qu’il ne fallait sûrement pas en abuser trop souvent sous peine de se desquamer la tronche. Elle demanderait à l’une des filles demain. L’eau chaude lui fit du bien, mais au lieu de dissiper la fatigue, elle la renforça. Elle eut le bénéfice quand même de soulager les douleurs dans ses muscles. Elle se rinça plusieurs fois les cheveux et la peau, jusqu’à se satisfaire de la sensation de propreté qui émanait d’elle. Elle détestait dormir crade, et même si elle s’était faite la réflexion qu’elle ne prendrait pas de douche s’il fallait faire la queue, elle aurait été incapable de se glisser dans ses draps.
Quand elle sortit de la douche, elle entendit quelqu’un terminer de prendre la sienne. Surement une des filles. Elle se dirigea vers son vestiaire pour récupérer ses affaires propres. Le temps qu’elle ait le dos tourné, l’hypothétique collègue venait de sortir. Le bruit de ses pas s’entendaient clairement sur le carrelage et une forme de mouvement d’arrêt s’éleva, comme si la personne s’était soudainement interrompu pour la regarder fixement. Mais le silence demeura et les pas reprirent pour permettre à la collègue en question d’atteindre son vestiaire. Pedge se rendrait rapidement compte, à la coiffure très particulière, qu’il s’agissait de Marta.

Forcément, en prenant ses affaires, son regard hostile et sombre se posa lourdement sur elle, du genre à dire : ”T’es encore là toi ? Tu as pas compris la leçon ?”. Mais Tyrol avait visiblement fait le nécessaire puisqu’elle ne se permit aucun commentaire. Au lieu de ça, elle claqua la porte de son vestiaire d’un air mauvais alors qu’elle se tenait de trois quart. Mis à part le fait qu’elle était entièrement nue et peu pudique, surement dans l’intention de l'intimider, la texane eu surtout le regard attiré par le centre de sa poitrine. Pas pour la reluquer mais plus pour obtenir la surprenante confirmation de la marque, à peine cicatrisée, qu’elle portait en plein centre de son sternum…

Une déchirure de l’épiderme prenant une forme ovale, quelques pointes au-dessus dénotant les doigts en appui. C’était clairement la signature d’une tentative de ponction Wraith. Et c’était très récent, datant forcément d’il y a deux semaines durant les péripéties du Dédale.

Marta se rendit compte de son erreur.
En voulant impressionner Pedge sans vraiment réfléchir, comme un caïd qui aurait voulu repousser un prétendant en bombant le torse et roulant des mécaniques, elle en avait oublié les plaies qu’elle portait. Son regard se baissa un instant sous l’idée de son échec évident, puisqu’elle était percée à jour, puis elle se détourna de son ennemie pour s’éloigner, passant rapidement ses bras dans une chemise non réglementaire.

Marta se détourna pour lui dissimuler la marque au centre de sa poitrine mais se faisant, elle exposa son dos qui n’avait, visiblement, pas été préservé.

Deux autres marques similaires s’y trouvaient. Un au niveau de l’omoplate droite, l’autre au niveau des lombaires. Quelques traces de griffures et d’ecchymoses s’y étalaient également.

Pedge ne savait que trop bien quel type d’ennemi était capable de laisser ce genre de trace. Et surtout dans quelle circonstance...
Pedge ferma la porte de son casier tranquillement. Elle n’était pas plus impressionnée que ça par Marta. Bien au contraire, surtout depuis qu’elle avait pris la résolution de faire partie de cette équipe et de mener à bien les tâches qu’on lui demanderait de faire. Si la blonde à la coiffure de rebelle désirait la faire chier, qu’elle le fasse, mais elle en répondrait devant Tyrol. Toujours est-il que Pedge la considéra un instant alors qu’elle faisait claquer sa porte de vestiaire. Qu’elle fasse sa midinette pleine d’hormone, cela lui était égal. Cela dit, les marques qu’elle portait sur le corps n’étaient pas anodines, et il ne fallait pas une clairvoyance extraordinaire pour en deviner l’origine ni même la cause. Quant à la date… N’en parlons même pas. Quelque part, cela rendait plus humains cette connasse, tout en la rendant plus faible. C’était con, mais elle portait des marques de prédateurs, elle était donc une proie… Un peu facile, pour qui avait eut la chance d’avoir toutes les marques de ponctions effacées. Seul vestige de cette histoire : le pansement qu’elle avait sur un trapèze, là où la balle était entrée avant de ressortir de l’autre côté.

D’ailleurs, son bras commençait à lui tirer sérieusement. Elle n’aurait pas dû s’en servir autant. Elle espérait simplement qu’elle ne s’était pas déchiré un peu plus le muscle, mais il était hors de question qu’elle sorte de l’aventure pour raison médicale, alors elle ferait avec. Un peu de pommade et hop. Ça irradiait tellement que la douleur occultait celle de son visage. Heureusement qu’il y avait eu son nez, sinon elle l’aurait prise en plein dans la gueule. Cette remarque, saugrenue à souhait, qu’elle avait entendu quelque part, faillit la faire rire. Les nerfs qui lâchaient ou presque. Elle récupéra ses vêtements, et sa sacoche de travail. Ça faisait du bien d’être propre. Ses cheveux noués en queue de cheval lui laissait une impression de fraicheur agréable.

« Bonne nuit. », lâcha Pedge en la dépassant tout en la frôlant. C’était un peu de la provoc, elle devait le reconnaître. Elle aurait très bien pu se contenter de soutenir son regard et de continuer à l’étudier, en attendant qu’elle parte, en occupant le terrain. Mais elle ne rêvait que d’une chose, rejoindre sa couche et s’endormir pour récupérer. L’autre lui répondit un vague « à demain ». Mais Pedge ne l’écoutait pas vraiment, déjà la porte se refermait sur elle. Elle aurait pu lui demander comment elle le vivait, comment elle se sentait, ou tout un tas de truc qu’on les victimes de Wraith en commun, mais elle n’en avait pas envie. Cette femme était trop fière pour accepter quoique ce soit d’elle, et bien soit. De toute façon, la texane ne comptait pas familiariser avec elle pendant ces deux semaines. Si elle voulait en parler, pourquoi pas, mais qu’elle commence par la respecter et prendre des pincettes et peut-être qu’elle lui reconnaîtrait un statut différent que la conasse de service.

Une fois dans le couloir, elle s’orienta vers les dortoirs. Une idée fixe lui trottait en tête. Isia avait répondu à son mail et elle voulait savoir un peu ce qu’elle avait mis. Vraiment, cette nana avait le don de lui faire faire n’importe quoi, sans parler de celui de lui recharger les batteries. Discrètement, elle se faufila jusque dans son lit, et elle tira les rideaux pour avoir un peu d’intimité. Ca ronflait déjà. Elle se cala confortablement, poussant un soupir de bien être en s’enfonçant dans le matelas et le coussin. Son dos lui disait merci, et les muscles de sa nuque étaient déjà en train de se détendre. La luminosité de la tablette s’étala sur son faciès tandis qu’elle se connectait à l’intranet pour consulter sa boite mail. Effectivement, il y avait un message de la chirurgienne :


_A___Pedge Allen : pedge.allen@atlantis.com)
_De___Isia Taylor Laurence : isia.taylor.laurence@atlantis.com)
_Objet___RE : Message de Doudou

_Date & Heure ___23/05/17 à 15h29
Coucou mon doudou

Faute de vous donner la permission de rafistoler le radeau de papi, je ne sais pas si je pourrai vous donner l'autorisation de prendre ma main étant donner qu'une belle blonde m'a mise la bague au doigt. ;-)

Amusez-vous vous bien. Par contre allez y molo pour la reprise. J'aime vous voir mais pas forcément sur une table d'auscultation.

Bisou où ça vous fait du bien.

Isia

FICHE PAR SUANA


De l’avoir vu et d’avoir son message fit du bien à Pedge. Elle repensait à cet épisode sur le lavabo, et à tout ce qu’elle aurait pu lui faire dans un autre endroit. Il ne fallait pas trop qu’elle se projette car elle aurait envie de mettre la main dans sa culotte et elle n’était pas certaine d’avoir envie de se faire du bien dans ce dortoir. D’ailleurs, elle ne s’était jamais touchée en pensant à elle pour le moment, mettant un point d’honneur à ne pas tomber dans les projections trop sexuelles, comme-ci la chirurgienne le devinerait en la voyant. C’était aussi une forme de frustration qu’elle cultivait pour mieux lui rentrer dedans ensuite. Bref, elle se maitrisait.

Elle entreprit de lui répondre avant de fermer la tablette pour dormir. Ses yeux piquaient et la luminosité, bien que faible, commençait à lui faire poindre quelques larmes. Elle se laissa aller à quelque chose de plus naturel, avec des sous-entendus et de l’ironie, tout en faisant un peu de provocation gratuite.


_A___Isia Taylor Laurence : isia.taylor.laurence@atlantis.com)
_De___Pedge Allen : pedge.allen@atlantis.com)
_Objet___RE: RE: Message de Doudou

_Date & Heure ___24/05/17 à 06:26
Je ne demande jamais l’autorisation pour quoique ce soit de personnel. De toute façon, je ne suis pas libre non plus, une toute aussi belle blonde m’a également passée la bague au doigt. Ca nous fait un point commun autre que les lavabos ! (je crois d’ailleurs que c’est l’endroit où vous aimez me voir manifestement, plutôt que sur une table d’auscultation).
Je ne vous dirai pas où vos bisous ont attérit pour me faire du bien. A bientôt.
Bisous partout.
P.S. J’espère que Monsieur Hoffman a remporté la mise, même si j’étais pour Barry naturellement.

FICHE PAR SUANA


Satisfaite, elle l’envoya après s’être relue, pour ne pas commettre d’impair. Le sommeil la demandait, et elle sombra rapidement dans les bras de Morphée. Ce dernier la berça tant et si bien qu’elle ne vit pas passer la « nuit ». Elle était tellement éreintée qu’elle dormit d’un sommeil sans rêves, sans cauchemars, sans Wraiths. Le repos du guerrier, sans aucun doute, qu’on pouvait requalifier en repos du technicien.

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JOUR 2 (24 mai), 15H45

La majorité des rideaux des couchettes personnelles étaient tirés pour garantir une certaine intimité des techniciens. Sur la paroi, un écran tactile intégré permettait pas mal d’activité, y compris de programmer une alarme silencieuse reliée à l’éclairage individuel. Une forme de simulateur d’aube, une lumière grandissante de manière progressive et douce pour ne pas brutaliser le réveil, le rendre efficace.
Lorsque Matty et Kate se levèrent, l’une réveillant toujours l’autre, elles constatèrent l’absence du chef Tyrol, qui dormaient toujours moins que les autres pour superviser les équipes de jour, et Marta qui semblait être partie après quelques heures de sommeil seulement.

Comme si c’était une habitude coutumière, les rideaux se tirèrent tous les uns après les autres en dévoilant des visages fatigués dans les dix minutes qui suivirent. Ils se saluèrent silencieusement, prenant le temps de bien s’éveiller, avant de se rendre aux douches pour se préparer pendant que le café coulait.
A seize heures trente, tout le monde était debout. Malarkins avait attiré Franck, Harry et Eugène sur une partie de carte qui devenait palpitante. Pendant ce temps, Matty et Kate tentait de convaincre Peter d’aller réveiller la nouvelle. Lui qui mâchouillait son éternel morceau de cigare dans une profonde nervosité secoua négativement la tête tout en grommelant. Il ne voulait pas l’approcher, il en avait peur. Devoir adresser la parole à une femme inconnue le stressait au point qu’il ne cessait de jeter des coups d’oeil paniqué en direction de sa couchette. Lui demander de choisir sa viande la veille lui avait fait beaucoup de mal en son for intérieur. Et là, les deux filles insistaient, à croire qu’elles jouaient cruellement avec la peur insidieuse de ses tripes. En réalité, elles tentaient de faire tomber une barrière. Mais Peter ne voyait pas ça de cette manière. Paradoxalement, il n’osait pas leur refuser ce “service”.

« Allons Peter, ce n’est pas la mer à boire, ça va t’entrainer ! » Fît Kate de manière rassurante.
« Elle va travailler avec nous pendant deux semaines tu sais, il faut bien que tu apprennes à lui adresser la parole... » Ajouta Matty en l’empêchant de s’enfuir.
« Allez, courage. Et ne fait pas comme pour moi hein ? On ne réveille pas les femmes en leur tapotant la poitrine ! Trouve un autre endroit... »

Peter, ce gros nounours, grogna une fois de plus en esquivant le regard des deux techniciennes. Il avait été tellement nerveux et maladroit ce jour-là qu’il ne savait même pas ce qu’il avait touché à travers la couverture. Pas question de retenter l’expérience mais les deux jeunes femmes le lui demandaient gentiment. Elles se montraient agréables et rassurantes, comme pour le guider. Il accepta à contrecoeur tout en approchant de manière très lente en direction du dernier rideau fermé. Il malmena ses mains en fermant ses poings à plusieurs reprises, comme s’il espérait chasser des crampes de ses doigts, et machouilla le cigare avant de faire soudainement demi-tour. D’un coup, comme ça, il s’enfuyait rapidement, au risque de rouler sur les deux filles comme un bulldozer. Elles rièrent en coeur en le voyant faire, sans moquerie, avant de l’agripper gentiment et de le renvoyer sur la bonne piste.

Le technicien n’était pas du tout rassuré. C’était comme s’il craignait de voir un diable émerger soudainement de ce rideau et il gardait une distance de sécurité tout en tournant un regard anxieux vers les deux filles qui n’avaient pas l’intention de le lâcher comme ça. Pris au piège, il voulu trouver une échappatoire jusqu’à ce qu’il tombe sur la tasse de café que Lipton n’avait pas encore entamé. Il s’en empara en ignorant carrément le “Hé ! Fait comme chez toi !” ironique de son collègue qui ne s’en offusqua pas, et le lui laissa de bon coeur. Avec le temps, ils se comprenaient bien.

Là, Peter revint et tira le rideau lentement, visiblement très gêné, avant de considérer d’un oeil fuyant une Pedge profondément endormie. Elle était sur le côté, un bras sous l’oreiller soutenant sa tête, ses cheveux éparpillés alentours tandis que son autre bras était posé au dessus, les doigts légèrement devant sa bouche. Elle dormait en débardeur assez ample, les épaules dénudées, et la couverture était descendue jusqu’à son bassin, dévoilant son nombril. La couleur blanche de son vêtement ne cachait en rien l’auréole plus sombre de sa poitrine qui était visible à l’endroit où son coude faisait un angle, par contraste de couleur, poitrine qui se soulevait paisiblement au rythme de sa respiration endormie. Son visage habituellement neutre était paisible, ses traits étaient détendus et elle écrasait vraiment comme le montrait ce sommeil de plomb.
L’oeil du technicien allait et venait, subtilement attiré par ce nombril, alors que sa volonté et sa timidité était partagé entre l’envie d’en voir plus et celui de s’enfuir. Mais finalement, comme s’il avait été hypnotisé, Peter remonta son regard le long de ce ventre fin pour s’arrêter sur cette auréole plus sombre, là où se devinait sans peine les contours de sa féminité. L’homme s’y attarda un instant, son imaginaire retirant soudainement le vêtement pour en obtenir la plus belle exposition, tout aussi surpris qu’affligé de se laisser aller à cette contemplation.

Il trouva Pedge tout à fait charmante. Du moins, c’est ce qu’il pensa dans son esprit avant de secouer soudainement la tête, comme s’il était parvenu à reprendre le contrôle. Il cligna des yeux comme un rêveur qui venait tout juste de décrocher et, tandis que ses joues s’empourpraient dangereusement, il avança un main jusqu’au ventre de Pedge.

D’un air horriblement gêné, et se faisant violence pour ne pas retourner dans une observation perverse de cette beauté vivante, il pinça la couverture à deux doigts et la ramena lentement jusqu’à ses épaules. Il avait poussé un discret mais long grognement de malaise tout au long de ce mouvement qui avait pourtant été très doux. Le pansement qu’elle avait à l’épaule ne lui avait pas échappé et, s’il devinait qu’il s’agissait d’une blessure assez conséquente, il n’avait pas envisagé qu’elle avait pour origine une arme à feu. Lui qui avait voulu la réveiller en tapotant cette zone devait trouver une autre solution. Il ne voulait pas lui faire mal...

Pendant une bonne trentaine de secondes, il hésita entre sauter le pas et s’enfuir en courant. Mais il prit une inspiration après un léger grognement. Il passa sa main libre en direction de celle de l’endormie, visant son poignet, et il le tapota d’un doigt maladroit, une sorte de ”Tac-tac-tac” qui avait pour but de la ramener à la réalité. Mais comme elle ne semblait pas réagir, il prit son poignet avec deux doigts seulement, comme s’il avait peur de lui faire mal avec sa grosse main, et la secoua de nouveau.

Peter gronda brusquement en rencontrant le regard endormi de Pedge, il détourna immédiatement les yeux pour fixer ses chaussures, comme si elle était en train de lui percer les vêtements et lui brûler la peau au fer rouge. Il avait le visage rouge tomate et il fuyait furieusement ce regard. Et d’une main mal assurée, il lui tendit finalement la tasse de café.

« Pour toi... » Maugréa-t-il maladroitement.

Il resta planté là quelques secondes, regardant sur le côté comme si son cou s’était bloqué et qu’il ne pouvait rien faire d’autre. Il hésita à deux reprises puis, à la troisième tentative, il peina à articuler une phrase, comme si ça lui coûtait de parler. Il déclara finalement d’une voix à moitié faiblarde et involontairement sèche :

« T’es de graille... »

Dès que Pedge récupéra la tasse à café, le technicien se sauva et fut intercepté par les deux âmes soeurs qui le félicitèrent pour son courage. Calamy hocha la tête en grognant encore une fois d’un air gêné puis il repartit en direction de la table pour regarder le jeu de carte en cours. Il évitait très soigneusement le regard de Pedge, comme si le fait d’être apparu dans son champ de vision allait lui valoir une pluie de problèmes.
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Ven 16 Fév - 5:01
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Elle ne s'attendait pas à être réveillée aussi vite. Pourtant elle avait bien dormi, plus que d'habitude. Elle accumulait un manque de sommeil assez conséquent depuis son retour de la Magna, comme ci ce dernier se refusait à elle, ou… comme ci elle se refusait à lui. Hors là, elle avait dormi comme un bébé, loin des cauchemars de sa conscience, loin de la reine Wraith, de Matt et de sa TS. Elle papillona des cils en sentant qu'on la secouait. Habituellement elle se levait en un clin d’oeil mais là elle n’en avait pas envie. Pas du tout même. Elle s'étira sous sa couverture, tandis qu'elle croisait le regard d'un Peter empourpré, lequel tourna les yeux rapidement en constatant qu’elle le regardait. La jeune femme ne s’en formalisa pas. Elle avait bien compris la veille qu’elle avait à faire avec un timide maladif, timidité qui s’exprimait surtout en présence de la gente féminine, comme le lui avait expliqué les deux amies.

« 'lut… ok merci. »

Elle s'étira à nouveau puis elle se redressa pour attraper la tasse. tandis qu'il lui rappelait qu’elle était de graille le midi. Super… Elle n’en avait pas envie. N'empêche fallait qu’elle pense à mieux manger parce qu'au final, à part la barre de céréales que Malarkins lui avait donnée, elle n’avait rien mangé d’autre que le repas de la veille. Si ce deuxième jour était de la même veine que le premier, ce serait là le seul repas de la journée et de la nuit. D'ailleurs, elle se mangerait bien quelque chose de bien gras comme du fromage, du fromage bien américain, genre Cheddar ou quelque chose comme ça...

« Je sais. », fit elle en basculant sur le côté dans sa couverture tandis qu'il faisait demi tour. Elle s’enfila le café avec une grimace. Il était presque froid. Elle s’habilla promptement, couvrant ses jambes nues, usant du déodorant offert par l'équipe. Elle appréhendait de sortir de là et de les retrouver. Elle gardait son haut et ses sous vêtements actuels pour la nuit, aussi les rangea-t-elle dans un coin de sa couchette. Manifestement tout le monde était réveillé. Normal pour la nouvelle de faire du rabe quelque part, elle accusait le coup. Son corps se rappela à elle, surtout au niveau de son épaule déjà meurtrie. Elle fit quelques rotations avec son bras en se tenant son pansement et elle était presque soulagée de ne sentir que des courbatures habituelles dû à un exercice physique important. Une douleur qu'elle aimait bien, saine et signe qu'elle s'était donnée à fond. Elle prit une inspiration et elle tira le rideau, embrassant la pièce du regard. Ils étaient tous là.

« Salut la compagnie », fit elle histoire de ne pas paraître mal polie.
Les hommes répondirent quasi instantanément, même Franck avait lâché un “salut la bleue”, faisant de Peter le seul à ne pas lui avoir répondu. Enfin, lui, il s’était contenté d’un vague signe de tête en direction d’un fantôme pour ça.
Elle avait faim. Fidèle à lui même, Malarkins jouait aux cartes avec les trois techniciens, dont Franck, les filles étaient ensemble, Peter faisait style qu’elle existait pas, mais elle savait que ce n'était pas par méchanceté, Marta n'était pas là, quant aux autres ils devaient s’occuper ailleurs, aux douches ou autre. Elle ne les avait pas vu depuis la bagarre de la veille et elle ne savait pas trop comment elle devait agir. S’excuser ? Elle n’en avait pas spécialement envie même si elle le savait que les non dits dans une équipe n’étaient pas spécialement réputés pour faire du bien. Cependant, elle avait la rancune tenace et elle préférait ne pas faire remonter un goût amer dans sa bouche. Sans parler de la honte qui la titillait, celle qui mettait en exergue son comportement stupide, se disputant avec la componction liée à la Wraith Méda’lyda.

Elle fourra les mains dans ses poches en approchant de la table des joueurs de carte. Elle était tentée de demander à Franck de l’accompagner aux cuisines pour le repas, mais les quatre joueurs semblaient plongés dans leur partie de carte, laquelle était disputée et elle préféra ne pas le faire chier. Du coup, elle se tourna vers les deux filles. « Je dois m’occuper du repas et … je ne sais pas trop comment je dois m’y prendre. », leur confia-t-elle. Elle était toujours gênée par son attitude de la veille, et du coup, elle avait du mal à se comporter naturellement.

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Sam 17 Fév - 12:26
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« Tu es de graille du coup ? Tu es bonne cuisinière ? »

Pedge leva les yeux au ciel d’un air de dire “tu m’as vu ?”.
Les deux filles échangèrent un regard quasiment blasé en comprenant que ce n’était pas le cas. Du genre de dire : ”Mais quand est-ce qu’on aura quelqu’un capable de faire la bouffe ?!?”. Pedge haussa des épaules d’un air désolé.

« Ok. » Enchaîna immédiatement Kate. « On mange tous à dix-sept heures trente. Si tu n’es pas douée, fait-nous quelque chose de simple ou que tu maîtrises bien. »
« Ouais, Peter est grognon si on tarde de trop et les garçons font la gueule quand ça foire. »
« Donc, là, tu as une heure pour faire la bouffe pour neuf personnes. On va te mettre le couvert et te préparer le grill, ça te fera gagner du temps. »

Les filles attirèrent Pedge jusqu’au fond du dortoir, là où se trouvait leur cuisine de fortune. Ils avaient bricolé ça de manière très ingénieuse.

« Tu as tout ce qu’il te faut pour cuisiner ici. Four, micro-onde, plaques électriques, ect. Demande à quelqu’un de t’emmener chez Goose, au mess du pont dix, tu trouveras tout ce dont tu as besoin. »
« T’en fait pas. Pour le seul repas de la vacation, tu trouveras toujours une bonne âme pour t’y accompagner. S’il te manque des ingrédients ou des petits trucs, n’hésite pas, contacte-nous. L’équipe ajoute toujours un quelque chose provenant de l’économat pour soutenir son cuistot du jour. »

C’était un sentiment étrange qui allait atteindre Pedge. Car jusqu’à présent, tout donnait l'impression que l’incident d’hier n’avait jamais eu lieu, ou que tout cela était déjà oublié. Il n’y avait pas de regard déplacé, les filles lui parlaient comme si elle avait partagé un repas sans accroc la veille. Et maintenant que tout le monde était debout, le jukebox entonnait l’air de ”Born to be Wild” en guise de démarrage.

Après tout, une nouvelle journée de forçat les attendait et ils n’avaient que quelques heures de tranquillité devant eux avant de repartir au charbon. C’était compréhensible, pour Pedge comme pour eux, de ne pas s’étendre sur des comportements rancuniers. Sur la table des joueurs, Franck enragea d’avoir perdu la majorité de ses cigarettes et abandonna, balançant les cartes au milieu de la mise et en grommelant plein de mauvaise foi :
« C’est une putain de chance de cocu, rien de plus ! »
Malarkins le chambra tout en lui rendant ses cigarettes les une après les autres. Il ne garda que les deux dernières qu’il renifla, comme pour s’assurer qu’elles étaient encore bonnes, avant de les coincer dans son bonnet avec le briquet à clapet.

Le sas du dortoir s’ouvrit en dévoilant le chef Tyrol qui, les cheveux visiblement trempés, continuait de les essuyer avec sa serviette de bain. Il avait déjà revêtit la combinaison orange fluo et il salua distraitement Pedge en approchant de son vestiaire. ll donnait l’air d’avoir dormi encore moins que les autres avec ses cernes encore plus profondes. En tant que chef d’équipe, l’homme continuait de suivre et d’organiser les deux autres sections de techniciens. Il avait de petits yeux, presque fermés, et il s’installa à table en faisant tomber dans son café des cachets d’aspirine effervescent, se fichant surement du goût désastreux qu’aurait ce mélange. Il était évident qu’il était au bout du rouleau et qu’il n’avait pas l’intention de s’arrêter là.
Matty tapota l’épaule de Pedge, comme pour l’encourager à aller se choisir quelqu’un pour l’accompagner jusqu’au mess.
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Lun 19 Fév - 21:17
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Oui Tyrol ne savait pas trop ce qu’il avait fait en lui infligeant cette « punition ». Elle allait la partager avec tout le monde puisqu’elle n’était pas une excellente cuisinière. Et pour cause, elle s’était engagée très tôt dans l’armée et depuis, elle partageait un repas préparé par d’autres matin, midi, et soir. Autant dire qu’elle n’avait jamais eu l’occasion de pratiquer. Alors oui, elle savait faire cuire des pâtes, du riz, des patates, faire des frites, bref, que des trucs élémentaires que le premier célibataire venu avec un minimum de conscience et d’éveil savait faire, ne serait-ce que pour survivre dans son appartement d’étudiant. Quand elle rentrait aux Etats-Unis, elle avait sa propre demeure, mais elle passait le plus clair de son temps chez sa mère ou sa sœur pour profiter de leur présence. Militaire, elle mangeait plus pour tenir le coup que par plaisir, il ne fallait pas se leurrer.

Les filles l’entrainèrent jusqu’au fond de la salle pour lui montrer la cuisine qu’elle avait eu l’occasion d’apercevoir la veille, sans vraiment s’y intéresser. Elle n’avait pas envie de s’y coller, mais c’était sa corvée de la journée, et certainement la seule fois où elle allait régaler tout le monde pendant ces deux semaines… Quoique si roulement il y avait, elle était bonne pour recommencer l’expérience. Elle avait déjà sa petite idée de ce qu’elle allait faire, mais tout dépendrait de ce qu’elle trouverait aux cuisines. Etant loin de la Terre, le Dédale vivait sur ses réserves, celles qu’il avait emmené, et celles qu’ils pouvaient obtenir via Atlantis et ses multiples partenariats avec des peuplades différentes.

Les deux jeunes femmes faisaient comme si de rien n’était, et cela perturbait Pedge. Est-ce que c’était une forme de concession, ou tout simplement de l’hypocrisie ? Ou bien étaient-elles passées tout bonnement à autre chose afin d’avancer dans ces moments où tout était contre eux ? Pedge opta pour la dernière hypothèse et elle préférait ne rien ramener sur le tapis. Comme elle l’avait dit à Tyrol, elle regrettait ses propos. Elle aurait dû la fermer hier. Au final, c’était comme s’il ne s’était rien passé. L’ambiance était similaire à la veille, le jukebox entonnant des chansons l’air de rien.

Pedge était en train d’observer Frank qui maudissait sa chance disparue, avant d’aviser Tyrol qui entrait dans le dortoir, l’air absent. Il avait une mine affreuse, et il fallait faire quelque chose pour le soulager, c’était évident. L’homme ne tiendrait pas longtemps sur ce rythme infernal et ce n’était pas les cachets d’aspirines qu’il mettait dans son café qui allaient dire le contraire. La jeune femme reporta son attention sur Matty qui venait de l’encourager en lui tapotant sur l’épaule.

« Il faut trouver une solution pour qu’il prenne un peu de repos. Il va vous péter dans les mains », fit elle en donnant un coup de menton pour désigner Gallen. C’était plus l’officier qui parlait que le première classe Allen, mais qu’importe. Elle avait bien conscience de la charge de travail, mais il allait rapidement ne plus être dans la partie s’il continuait ainsi. Sans parler des décisions qu’il pourrait prendre, assombrie par son hébétement due à la fatigue et aux cachets.

Matty et Katleen avaient déjà porté quelques regards inquiets en direction de leur chef mais elles semblaient un peu impuissante. Ce n’était pas la première situation de crise que Tyrol encaissait et elles l’avaient déjà vu dans un état encore plus déplorable. Le sergent ne s'arrêtait véritablement pour dormir que lorsqu’il savait que son esprit déraillait. Sinon, tant qu’il n’était pas par terre, l’homme continuait d’être sur tous les fronts. L’aide que Matty et Kate avaient souvent voulu lui apporter n’avait fait qu'accroître sa résolution, comme s’il déduisait par leur réaction qu’il montrait beaucoup trop sa fatigue et sa faiblesse. Elles eurent un sourire gêné en choeur, comme le reflet d’un miroir alors que l’une répondait :

« On va faire notre possible...mais il nous faudra des munitions. Matty ? »
« Hum...si, j’ai trouvé. Trouve-lui de la réglisse d’accord ? Et une poche de glace aussi. »

Pedge mit ses mains sur l’épaule de Matty et de Katleen, les laissant glisser en s’éloignant sans attendre une quelconque réponse, dans un geste de réconfort. Elle avait enregistré ce qu’il fallait.

Elle approcha de la table des joueurs de cartes mais cette fois, l’ambiance semblait de plus en plus lourde à mesure qu’elle se rendait près d’eux et elle en avait bien conscience. Peter avait foutu le camp à l’autre bout de la table, logique vis à vis de sa timidité, mais l’un finissait son café en examinant de manière peu discrète la réaction de Franck tandis que Malarkins cornait ses cartes, prêt à les distribuer, mais sans le faire.

« Franck ? J’ai besoin de bras pour porter le repas. Tu es plutôt costaud, tu m’aides ? ». Elle le considéra simplement, sans animosité. C’était une main tendue.

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Lun 12 Mar - 22:59
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L’homme avait évité de la regarder. Ou plutôt, il ne voulait pas voir les traces de ses coups sur son visage. Quelque part, il aurait préféré qu’elle observe la partie ou joue sans lui adresser la parole. Et ce n’était pas une réaction de lâcheté ou de honte, c’était un malaise qui l’habitait pour l’avoir frappé sans réfléchir une minute.
Dès que Pedge avait proposé de l’aider, il considéra chacun des joueurs tout en se raclant la gorge. Il avait les nouvelles cartes que Malarkins avait distribué en main mais ne considéra pas son jeu, comme s’il était en proie à un gros dilemme, alors plongé dans ses pensées. Il crevait d’envie de la renvoyer chier, de maintenir le conflit par pure fierté personnelle, rien que parce qu’elle s’était bien foutu de sa gueule en ne donnant pas le suite de son histoire. Mais ce n’est pas de cette façon que ça allait s’arranger, bien au contraire, et le chef avait autre chose à foutre que d’organiser les équipes selon les préférences. Tôt ou tard, ils allaient finir par bosser ensemble et il valait mieux qu’ils ne soient pas sur le point de s’entretuer à ce moment-là.

« Au moins, ça me préservera de ce foutu voleur de clopes ! » Lâcha-t-il finalement, en lançant ses cartes en direction de Donald.

Il quitta la table tout en assurant sa veste et lui fit face. C’était un sentiment bien étrange pour lui et il avait le regard noir d’une certaine rancune. Mais il se sentait surtout de plus en plus con de l’avoir frappé. Maintenant qu’il connaissait l’histoire, la simple présence de Pedge lui rappelait combien sa réaction avait été ridicule et irréfléchie. C’était surtout pour ça qu’il n’appréciait pas trop lui faire face. Parce qu’il lui semblait qu’avec un peu plus de self contrôle, il n’aurait pas jeté une sardine par-dessus la table pour lui refaire le portrait.

« Ok, on va chez Goose au pont dix. » Fît-il en débutant la marche, passant en direction du sas. « Et pas besoin de sortir la flatterie la prochaine fois que tu veux un coup de main... » Pedge opina du chef. C’était juste pour l’aborder, mais elle s’en tiendrait à faire moins de lèche puisque ça passait pour cela. Elle lui emboita le pas.

Franck resta ensuite silencieux, avec un air peu bourru et revêche, alors qu’il la guidait en direction du mess. Il salua quelques soldats de sa connaissance au passage et profita, à un moment, d’être dans une coursive vide pour briser le silence et mettre les pieds dans le plat. Il parla simplement, sans la regarder au début, fixant un point invisible vers l’horizon :

« Je m’excuserai pas. Ces deux bourre-pifs, tu les mérites. Mais pas pour la bonne raison... »

Il arrêta de marcher pour lui faire face, sans animosité, mais bien dans la volonté de dissiper le malaise. L’hypothèse de Pedge se confirmait, Franck comme le reste de l’équipe ne pouvait pas se permettre de rester sur les problèmes de la veille. Il fallait avancer, ils n’avaient pas le temps pour ça, le reste de l’équipage attendait qu’ils fassent leur boulot pour rentrer à la maison. Qu’ils rapatrient aussi les corps. Ca dépassait de loin les conflits qu’il pouvait y avoir et Franck en profitait pour aussi crever l'abcès. Il soupira avant de reprendre. Le fait qu’il soit gêné l’amenait à être plus rude dans ses propos. Il ne s’encombrait pas de la politesse mais gardait cette fois-ci un ton calme, sans agressivité :

« T’es qu’une conne, tu le sais ça ? T’as dis pile ce qu’il fallait pour que je démarre au quart de tour sans réfléchir. Et c’est en revenant que j’apprends des copains que tu avais pas tout dit...qu’ils t’avaient torturé pour t’arracher les infos. »
Il secoua négativement la tête avant de lever les bras dans un “pourquoi” non verbal.
« Putain de toi là ! Mais qu’est-ce que tu cherchais en fait ? Qu’on te pende par les pieds et qu’on te lapide à coups de clés à molette ? Qu’on te colle la gueule à la Versine sur le grill ? C’était quoi ton but ? »

Franck la pointa d’un doigt accusateur qui tapota doucement sa poitrine.

« T’aurais dû le dire au lieu de lâcher ta bombe : j’ai perdu des amis dans cette embuscade. Mac y est resté et je suis en train de perdre Marta. La cerise, putain, c’est toi : voilà que j’agresse une victime qui n’est pas coupable. »

Son visage avait rougi sous une colère tournée contre lui même. Il s’en voulait un peu de ne pas avoir réfléchi.

« Alors évite ça à l’avenir... »
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Mar 13 Mar - 4:11
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Ils marchaient en silence, se contentant de répondre au bref salut des soldats qu’ils croisaient. Pedge attendait le bon moment pour discuter avec lui, et ce fut l’homme qui prit l’initiative en premier. Elle l’écoutait, sans rien dire alors qu’il vidait son sac. Elle s’arrêta même avec lui, lui faisant face simplement, dans une posture d’attente tandis qu’il continuait de lui dire ce qu’il avait sur le coeur et sur la conscience, sans y mettre les formes, mais ce n’était pas un problème pour la texane qui préférait largement qu’il s’exprime comme il le ferait à un première classe plutôt qu’il essaye de lui lécher la rondelle parce qu’elle était une sardine, ou tout simplement parce qu’il s’en voulait de l’avoir cogné.

Elle le laissa même tapoter sa poitrine, sans rien dire, attendant patiemment qu’il termine. Elle l’écoutait réellement, même si des fois, avec son air morne, ses paupières lourdes, elle pouvait laisser penser qu’elle était à l’ouest. Elle espérait que Franck ne le verrait pas tel quel, et de toute façon, quand il ponctua pour lui dire d’éviter ça à l’avenir, elle entreprit de répondre à son tour.

« Je n’attendais pas d’excuses. », commença-t-elle en croisant les bras, plantée au milieu de la coursive déserte. « Je ne t’en ferai pas non plus. En fait, je vais te remercier plutôt. Quelqu’un aurait dû me coller une droite depuis quelques jours déjà. Ca m’aurait remis les idées en place et j’aurai arrêté de faire ma pauvre victime qui veut se faire punir, en foutant le bordel. »

Elle tourna les yeux vers la fin du couloir, comme si elle fixait un point quelconque qui sortirait du giron du regard de Franck. Elle allait continuer, l’homme pouvait le sentir, et cela ne manqua pas. Au bout de quelques secondes de parfait silence pesant, elle reporta ses yeux sur les yeux et ajouta :

« Par moment, je me sens responsable de tout ça », fit elle en écartant les bras pour englober symboliquement le Dédale dans son entièreté. « Je n’arrive pas à me dire que je n’ai pas réussi à fermer ma gueule et je veux qu’on me le fasse payer. Quoiqu’il en soit, merci. Tes deux bourres pifs m’ont remis les idées en place sur pas mal de chose. » Elle le toisa quelques secondes avant d’opérer un pivot sur elle-même pour continuer à avancer.

Pedge était certaine qu’il ne s’attendait pas à ce qu’elle venait de lui dire. Il ne la connaissait pas, et elle ne le connaissait pas non plus. Cependant, elle avait bien réfléchi pendant la nuit, pendant son service, pendant l’intermède lavabo avec Isia, pendant qu’elle dormait du repos du guerrier. Elle était dans l’impasse, et ce n’était pas en fuyant qu’elle résoudrait son problème de conscience. Qu’elle fasse quelque chose pour rattraper ses supposées erreurs déjà. Elle était tombée bien bas en quelques jours, accumulation de beaucoup de nouvelle un peu trop conséquentes même pour son esprit de fer : La capture des Natus pour qui elle s’était battu ; La défaite du Dédale à cause des informations qu’elle avait donné ; Les aveux sentimentaux de Matt et sa tentative de suicide parce qu’elle l’avait repoussé… Même si elle semblait encaisser, être toujours droite, il y a un moment où quelqu’un doit décompresser. Habituellement, elle faisait ça par le sexe, le sport à outrance, et en se canalisant par ses petits rituels. Mais là, c’était trop ! Toutes les sphères de sa personnalité étaient touchées : Son boulot, son intégrité physique, ses sentiments. Elle était impactée sur trop de fronts à la fois pour réagir normalement et convenablement. Elle avait eut envie de dire merde, de fuir tout simplement ce trop plein d’émotion. Le sexe ne suffisait plus, et de toute façon, à part de concrétiser réellement avec la chirurgienne, elle n’avait plus envie de personne, trop focalisée sur elle. Le sport ? Avec son bras peu mobile et son repos, elle n’avait pas sa dose suffisante, sans parler du fait que son corps imposait des limites. Ses petits rituels ? Inefficace pour chasser les pensées qui la tourmentait. Elle pouvait s’arracher les cheveux, ranger sa chambre trois fois, nettoyer tout dix fois, se rincer les mains quinze fois, refaire sa chambre, n’importe quoi ne suffisait pas !

Émotionnellement, elle ne savait pas gérer ce trop plein. Peut-être qu’elle était arrivé au stade évoqué par le psychologue, lequel lui avait dit que la patiente, tôt ou tard, n’arriverait pas à gérer et qu’elle se planterait. Et elle était en train de se planter, bien comme il fallait. Sa carrière en prenait un coup, son existence même en prenait un coup. Elle n’avait aucun moyen d’évacuer, et la recherche de conflit avec les techniciens avait été le point culminant de sa recherche d’autodestruction refusée par le colonel Caldwell. Elle avait pris conscience de tout ça, peu à peu, petit à petit, et maintenant, cela lui semblait être une évidence : elle craquait. Parler avec Franck, un inconnu, qui avait eu le mérite de lui coller deux baignes sans sourciller, avait quelque chose de salvateur. Elle commençait, sans l’aide de personne, une démarche de remobilisation, de récupération des commandes de son esprit, et c’était l’environnement et les rencontres qui étaient la clé de son salut.

« Marta te parle de ce qu’elle a vécu avec les Wraiths ? », finit-elle par demander en continuant de marcher. Elle commençait à se dire que la jeune femme blonde était dans la même démarche qu’elle, et peut-être qu’elle avait besoin d’aide pour ne pas s’auto détruire.

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Le front de Franck s’était étiré sur une expression dubitative lorsqu’elle l’avait remercié. Elle se prenait deux poings dans la face et elle lui était reconnaissante ? C’était sérieux, elle se foutait pas de sa gueule ?!?
Le technicien la sonda un instant, visiblement sceptique, avant de secouer négativement la tête. Il l’écouta sagement, les poings sur les hanches, alors qu’elle s’expliquait. Et ce qui le laissa pantois fût ensuite sa confidence. Hier, ils se battaient. Et aujourd’hui ils échangeaient. L’homme avait envie de la détester, par pure fierté masculine, juste pour s’assurer qu’elle n’était pas en train de le prendre pour un faible et le retourner comme une vulgaire crêpe. Mais une partie de lui, plus forte, était presque soulagée, flattée, par cette main tendue.
Au final, l’homme acquiesça pensivement, faisant un lien entre Marta et Pedge. Il se disait qu’elles avaient visiblement pas mal de points en commun sur leur mésaventure. Et que c’était probablement aussi pour ça que la viking lui en voulait autant. D’aussi loin que remonte ses souvenirs, même agacée, elle n’avait jamais manqué de respect. Et ce n’était pas son genre de s’attaquer gratuitement à une nouvelle qui venait de perdre le galon d’officier. Cela n’empêchait pas Franck d’assumer ce qu’il avait lui-même dit, trouvant qu’elle n’avait rien à foutre chez les techniciens.
Mais...la situation venait de changer…

« Ok...Si tu veux une distribution supplémentaire, tu sais où me trouver. » Blagua-t-il avec un sourire qu’il s’acharna à faire disparaître. Son regard monta ensuite, pour la première fois, sur ses blessures au visage sans qu’il ne cherche à se sauver. « Mais je viserai ailleurs. »

Il venait de reprendre la marche en silence.
Le technicien s’en voulait en partie de s’entendre avec Pedge. Il savait que son amie allait mal le vivre mais il fallait évoluer. Ne pas rester dans le conflit. L’homme en était là de sa réflexion lorsqu’il entendit la question génante. Son regard se teinta d’une nouvelle colère alors qu’il considérait la jeune femme. C’était pour ça au final, l’armistice ? Lui tirer les vers du nez concernant Marta ?

Il regarda droit devant sans lui répondre, partagé entre l’envie de se confier et une sourde méfiance qui risquait de porter préjudice à sa collègue. Il se massa le menton, tout en franchissant un sas, avant de soupirer.

« J’étais là... »

Il hésita encore longuement avant de s’arrêter de nouveau dans la coursive. Il regarda aux alentours, s’assurant qu’il n’y avait pas grand monde. Pedge semblait ouverte, elle semblait vouloir comprendre, savoir ce qu’il s’était passé. Alors Franck céda :

« Marta, Mac et moi étions sur l’un des arceaux racines de la carcasse. C’est...une sorte de carrefour du réseau de distribution. Une défaillance injectait du gaz toxique dans la ventilation de l’infirmerie. Les tuyaux étaient flingués : un vrai tas de merde, sérieux. On s’acharnait à essayer de l’isoler quand il nous est tombé sur la gueule. »

Franck avait rougi. Il fit quelques pas, comme s’il ne voulait plus avoir Pedge dans son champs de vision, et fixa un point invisible devant lui :

« On s’est fait abordé par les cales. Les détecteurs étaient naze dans cette zone. Les gars de la sécurité n’étaient même pas au courant. Dès qu’il a débarqué sur nous, on s’est barré en vitesse vers l’un des sas de secours mais j’ai été le seul à le franchir. »

Silence. La mâchoire de Franck se serra au point qu’on pouvait entendre crisser ses dents. Il envoya rageusement un coup de poing dans la paroi. Il se raidit soudainement sous la douleur inutile qu’il venait de s’infliger et regarda ailleurs, presque honteux, en se massant la main.

« Un putain de tir de précision Pedge ! Pile sur le pavé d’accès ! Forcément, mesure de sécurité oblige, la porte se ferme. J’étais à l’abri moi. Mais Mac et Marta...ils sont restés derrière. »

Il secoua négativement la tête tout en collant son dos contre la paroi, les mains dans les poches.

« Il avait un habit noir. Je crois que vous appelez ça un “originel” dans votre jargon. Mac a mis Marta derrière lui pour la protéger, il a prit un tuyau qui trainait et... »

L’homme soupira.

« Il a pas fait un pli putain ! »

Le regard de Franck était vide, il revivait clairement la scène. Coincé comme un con dans le sas de secours, Marta et Mac piégé avec un foutu Wraith. Et pas de radio à cause des avaries des coms. Ils étaient seuls, isolés, face à un ennemi qu’ils n’avaient jamais vu en direct. C’était des techniciens, des maîtres de la bricole et de la clé à molette, face à un connard qui ponctionnait les vies depuis des lustres. Mac se savait foutu. Ce regard résigné qu’il avait posé sur Franck avant que la distance mortelle ne soit comblée. Il n’avait agi que pour protéger Marta, que pour lui faire gagner du temps dans le pari vain qu’elle survive.

« Marta était paralysée, complètement paralysée. Elle voyait cette saloperie vider Mac sous ses yeux. Les hurlements, ces grands cris...je les avais jamais entendu comme ça...jamais si... »

Jamais si horrible. Un homme dans une telle agonie qu’on remuerait ciel et terre juste pour l’achever.

« Ils étaient comme les doigts de la main, tu sais ? Ils avaient des projets d’avenir, ils se soutenaient encore plus que les deux filles de l’équipe. Mais elle a pas pu...elle était bloquée. Et...quand...quand Mac n’a été qu’un tas d’os, une espèce de momie informe, y’a ce Wraith qui s’est retourné pour la regarder. »

Franck détourna le visage. Il savait qu’il devait avoir les yeux humides et il n’avait aucun intérêt à ce que Pedge le voit. Il haussa les épaules.

« J’imagine que tu sais ce que ça fait non ? Tu l’as vécu ce truc horrible. Et moi, j’étais en sécurité, sans pouvoir aider mes potes, ni appeler du secours. Cette saloperie d’impuissance que j’ai ressenti avant que...qu’il s’en prenne à elle. Son cri, je l’entends encore à des moments... »

Marta avait été paralysée par la peur au point qu’elle n’avait pas pu aider Mac. A ce moment-là, elle n’avait même pas intégré le fait qu’il était mort, que le paquet d’os dans la combinaison orange était l’homme qu’elle appréciait tant. Qu’est-ce qu’on ressent quand on voit une bestiole pareille se retourner pour vous considérer comme le suivant au diner ? Quand on a rien pour le surpasser, qu’on est piégé, qu’est-ce qu’on peut ressentir à ce moment là ?

« Il voulait savoir où était la passerelle. Ce fumier comptait buter le patron. Nous foutre la misère quoi ! Il ne l’a pas bouffé comme Mac. Ca...ça l’amusait cet enculé ! Avec sa main, il la plantait et la retirait. Il déchirait la combinaison de Marta...ce bruit que ça faisait...le sang qui giclait à chaque fois...cette cruauté. »

Il secoua négativement la tête.

« Je sais pas comment elle a réussi à reprendre l’avantage. Peut-être l’énergie du désespoir, celui de l’agonie, j’en sais rien...mais elle avait réussi à prendre la torche plasma. Mode soudure. Et elle l’a rendu aveugle... »

Franck fixa la texane.

« Je pensais pas que c’était aussi increvable ces trucs. Je croyais que c’était que des conneries, du romancé qui permettait aux militaires de se la péter, de se faire valoir. Mais cette chose...même aveugle...Marta a pris une de ces branlées. J’ai cru que je l’avais perdue pour de bon. Il allait finir de la bouffer, surement pour régénérer ses yeux aussi et...elle avait toujours la torche dans la main...le mode était passé en découpe...elle a donné tout ce qui lui restait dans les tripes... »

L’homme hocha la tête.

« Marta quoi...elle lui a découpé la gueule à la torche plasma. Elle y a mis trois minutes à s’acharner comme une dingue sur lui. Elle hurlait comme une bête enragée, une sauvage, il y avait vraiment rien d’humain dans sa gorge. Elle était au-dessus du Wraith, comme ça, à se prendre des tartes dans la tronche, à encaisser sans broncher, pendant qu’elle lui fondait le visage petit à petit. Et elle l’a découpé du front jusqu’à la gorge. »

Un silence morbide s’installa dans la coursive. Franck regrettait d’avoir parlé. Mais une petite partie de lui espérait que Pedge comprendrait ce qu’avait vécu Marta. Si elle avait bien été torturée, que cela avait conduit à tout ça sur le Dédale, elle comprendrait surement pourquoi la viking était aussi agressive, aussi violente dans son comportement. Peut-être que ce témoignage allait amener du positif entre les deux femmes. Que ça allait changer les choses. Qu’il récupérerait Marta comme elle était avant...

« Après ça, Marta est restée enfermée deux heures...couchée à côté du cadavre de Mac avant que les secours n’arrivent...et depuis...on en a jamais discuté...Elle...elle boit maintenant. Pourtant il n’y a que du dénaturé en circulation sur le Dédale. Je sais pas où elle se procure l’alcool. Peut-être de la contrebande depuis le continent, j’en sais rien. »

Franck secoua la tête. Il était bouffé par l’inquiétude et il se livrait à la dernière personne qu’il aurait pensé appeler. Mais c’était aussi la mieux placée. C’était comme un pari en somme. Soit elle utilisait ça contre Marta pour se venger, la saquer pour de bon. Soit elle comprenait et se mettrait surement en tête de l’aider...

« Je fais le boulot à sa place pour la couvrir. Mais le chef va forcément découvrir son état tôt ou tard. Ils vont finir par la démobiliser de l’unité et tu sais comment ça fini non ? Le Dédale, l’équipe, c’est tout ce qui lui reste ! Si elle perd ça, elle va se… »

La fin de sa phrase mourut. Il ne se sentait incapable d’aller jusqu’au bout de cette évidence. Marta était dans les cordes. L’homme avait beau chercher, il ne savait pas comment l’aider. Il se sentait tout aussi impuissant que lorsqu’il était piégé dans le sas. Et elle allait finir par faire une connerie, c’était certain. Marta risquait d’en finir pour de bon.
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Mar 13 Mar - 13:34
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Pedge haussa des épaules. Il viserait où il voulait, mais de toute façon, elle ne lui donnerait aucune raison de recommencer à lui en coller une. Ce n’était pas le genre de la maison, et elle ne prendrait plus sur elle pour ne pas répondre. Elle était sympa dans la limite du raisonnable, et elle estimait qu’hier soir, elle avait merdé, que malgré son ambition de ne pas être arrogante, elle l’avait été, en plus d’être suffisante à souhait et qu’il était grand temps que quelqu’un lui en mette une pour qu’elle arrête de larmoyer sur son sort. Elle était vivante, en pleine santé, sans séquelle si ce n’était ce bras un peu raide, que voulait-elle de plus ? Qu’on lui enlève le souvenir de cette souffrance ? Elle savait qu’il passerait, qu’à la longue, ce serait une vague émotion qu’elle avait ressentie et qu’elle serait incapable de se remémorer. Alors à quoi bon ?

« Je ne serai pas toujours passive par contre... », fit-elle avec un rictus, histoire de ne pas le froisser à nouveau. Mais elle préférait être claire, au cas où il lui prendrait l’envie de lui en coller une autre pour une raison X ou Y. Elle orienta de toute façon le sujet sur Marta, et sur les marques qu’elle avait vu sur son corps la veille au soir… Ou était-ce matin ? Plutôt la dernière option. La texane était dévariée.

Elle ne voulait pas le mettre en porte à faux avec la blonde de l’équipe, mais elle pensait que ce serait utile de lui en parler. Il semblait être la personne la plus proche d’elle, comme s’ils étaient amis, ou quelque chose dans le genre. Le fait qu’ils s’en soient pris à elle à deux prouvait qu’ils s’entendaient là-dessus du moins, et les multiples propos du jeune homme aussi. Bref, elle faisait levier sur lui pour essayer de calmer l’ambiance la concernant, tout en essayant d’aider à sa manière. Ce n’était pas une forme de manipulation, ou peut-être que oui, mais elle n’était pas consciente et elle ne visait pas à obtenir des informations pour les retourner ensuite contre celle qui était concernée. Non, elle était sincère dans sa démarche de s’intéresser à cette femme. Après tout, elle avait un problème avec elle, et il fallait qu’elle le règle.

Pedge n’insisterait pas s’il ne voulait pas en parler, elle n’était pas là pour quémander quoique ce soit. Elle continuait juste à tendre une main, à lui de la saisir ou pas. Il restait silencieux en marchant dans le couloir. Elle le suivait, à sa hauteur, sans le regarder, pour ne pas paraître insistante. Finalement, il commença, avant de s’arrêter, dans son phrasée et dans sa démarche. Il vérifia que personne n’était présent dans les environs, et Pedge s’en assura également, avant de s’adosser à la coursive, sentant l’histoire du mélodrame arriver. Elle allait savoir comment Marta avait récolté ces marques sur son corps bien fait, comment elle en était arrivée à être aussi détestable (bien qu’elle commençait à se faire à l’idée qu’elle était naturellement comme ça et c’était l’opinion des autres membres de l’équipe qui faisait qu’elle ne la cataloguait pas directement).

Elle le laissa faire quelque pas alors qu’il rougissait, préférant éviter son regard. Elle baissa les yeux, fixant un point bas sur la carlingue en face d’elle. Il revivait clairement la scène et elle ferma les yeux en plissant le nez quand le poing de l’homme percuta la carlingue avec violence. Elle devinait presque la suite avant qu’il ne continue. Il avait passé le sas, pas les deux autres, qui se sont retrouvés avec le Wraith.

« Un originel, oui. », confirma-t-elle à mi voix quand il posa plus ou moins la question, sans rien ajouter de plus pour ne pas le couper dans son élan, maintenant qu’il était adossé à la paroi du même côté qu’elle. Elle écoutait. Contre un originel, ils n’avaient aucune chance… Non, c’était certain qu’il n’avait pas fait un pli. Elle comprenait la situation et le drame qu’avait vécu Marta qui avait dû voir son collègue et ami mourir devant elle. En plus, ils étaient proches, vraiment proches… C’était d’autant plus horrible.

Elle plissa le nez alors qu’il décrivait les cris de Mac. Elle connaissait, malheureusement, et quand ce n’était pas elle qui hurlait de douleur, c’était Matt. Elle ferma les yeux, n’ayant pas envie de revivre tout ça mais malheureusement, les images revenaient, et les sensations avec. Oui elle savait ce que c’était, ou elle l’avait vécue, mais non, elle préférait ne rien dire, la gorge serrée, toujours appuyée sur sa carlingue qui supportait ses jambes bien trop molles pour la tenir droite. Elle conservait le regard baissé, n’en ayant cure des larmichettes de Franck. Elle comprenait son désarroi, son impuissance totale face à ce qu’il voyait…

Elle ne comprenait pas comment Marta s’en était sortie, et il n’allait pas tarder à lui expliquer. Cela tenait dans le fait qu’il ne voulait pas la tuer, tout simplement. Il voulait des informations, et comme un chat, le Wraith aimait jouer avec ses proies, ce qui les rendait d’autant plus détestable. Elle en savait quelque chose, elle qui avait été le jouet d’une Reine. Elle releva le nez quand il lui parla de la torche plasma, pour croiser le regard de Franck qui la fixait désormais. Elle avait de la ressource la petite, mine de rien. Ce n’était pas donné à tout le monde que de cramer la gueule à un originel. Pedge imaginait la scène de la découpe, pour avoir expérimenté la torche dans le tuyau la nuit dernière… Ca devait couper comme du beurre et en même temps non. La chair Wraith était rude… Et l’odeur, mon Dieu l’odeur qu’il devait y avoir. Elle comprenait facilement que Marta eut été retourné par tout ça ; non seulement elle avait vu son mentor, son ami avec qui elle était copain comme cochon, se faire bouffer jusqu’aux os, au sens premier du terme, mais ensuite, elle avait dû laisser son humanité de côté pour détruire une créature qui voulait la torturer pour avoir des informations. Quelque part, Pedge lui en voulait d’y être parvenue. C’était injuste, mais elle, de son côté, y avait mis toute sa volonté, toute son énergie et jamais elle n’avait réussit à reprendre l’avantage pour triompher. A chaque fois, c’était un leurre, un amusement supplémentaire pour Méda’lyda. Et Marta y était parvenue, elle. Cette femme qu’elle méprisait pour son comportement ouvertement hostile…

Néanmoins, elle comprenait un peu mieux pourquoi cette blonde était dans une telle fureur. Elle comprenait parfaitement. Leur histoire était semblable, bien que différente, mais des similitudes existaient. Elle toisa Franck. Pourquoi est-ce qu’ils en avaient jamais parlé ? Il aurait dû prendre ses couilles et les poser sur la table et lui rentrer dedans. Pourtant, il savait faire ça, nan ? En fait, il culpabilisait. Lui était en sécurité, c’était elle qui avait tout vécu, et il s’en voulait. Elle ne voyait que ça. Que de la culpabilité. Et maintenant Marta buvait, elle oubliait dans l’alcool, et Franck la couvrait, comme s’il rachetait une dette qu’il n’avait pas.

« Putain d’histoire ! », fit-elle plus pour elle que pour lui. Elle en revenait pas vraiment, mais elle était déjà en train de se faire une nouvelle contenance, reprenant de l’aplomb et de la confiance. Elle toisa Franck un moment avant de déclarer :

« Ça ne peut plus durer comme ça. Il faut faire quelque chose pour elle, et tu es le mieux placé. Discutes en avec elle, crève l’abcès. ». C’était clairement un appel à l’aide de la part de la jeune femme à la coupe spéciale.

Voilà pourquoi Tyrol devait lever le pied ! Il ne voyait pas ce qu’il se passait dans ses équipes. Il fallait faire quelque chose, penser aux hommes et aux femmes, les remplacer, les faire se reposer, il en allait de leur santé mentale. Elle mit une main sur son épaule :

« Elle ne voudra pas, alors passe au-dessus, mais va demander des conseils auprès du psychologue du bord. Il est plutôt compétent dans son domaine à ce qu’on dit. ». L’équipe était en train de partir en couille. Dans tous les sens. Heureusement qu’ils avaient un noyau dur de personnes solides pour soutenir la cadence, mais pour combien de temps encore ?

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Lun 19 Mar - 12:14
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La main sur l’épaule l’avait vachement dérangé.
La veille il lui mettait deux coups de poing en plein visage, le lendemain c’était ami-ami et solidaire. Ca le gênait, surtout qu’il était responsable en partie de son éclat de violence. Ca le gênait vraiment. D’un geste de main, il chassa sans brutalité le signe de compassion de Pedge et se détourna, faisant quelques pas, s’enfonçant dans une profonde réflexion.

II avait bien pensé à demander de l’aide à Sidney, ce psy avait une superbe réputation à bord et on le considérait même comme un faiseur de miracle. C’était bien le seul à avoir réussi à faire céder le vieux lorsque l’équipage avait proposé le projet du pont douze. Mais voilà, les deux étaient aussi copains comme cochon et Franck craignait que l’info filtre jusqu’aux oreilles du commandant. Il ne fallait surtout pas qu’ils démobilisent Marta même si elle était bourrée et qu’elle déconnait. Le technicien la connaissait suffisamment pour deviner qu’elle réagirait très mal, qu’elle verrait cela comme un manque de confiance soudain, une sorte de radiation, une expulsion bien sale.
Ce boulot, c’était carrément sa vie, comme bon nombre des matelots d’ailleurs. Qu’est-ce qu’il restait sur Terre à part un zest de familles, des bars à streap-tease et des gueules de bois ?

Franck secoua la tête tout en considérant Pedge.
Elle avait quand même raison. Il n’y arriverait pas tout seul et demander à la nouvelle d’intervenir, c’était comme préparer les paris du combat de boue à venir. Les deux allaient forcément se créper le chignon et vu l’engin...Marta allait se prendre sa deuxième raclée, humiliante cette fois. Franck se rapella de ses deux bons gros coups de poings qu’il lui avait balancé à la figure sans la moindre retenue. Non seulement Pedge avait encaissé ça comme si c’était de la guimauve...mais en plus ses phalanges lui faisaient mal depuis qu’il s’en était servi contre elle. Bref...la solution qu’elle proposait était déplaisante, mais vraiment déplaisante, sauf qu’elle avait pas tort : ça restait le plus logique.

« Ok… » il acquiesça une nouvelle fois. « Je vais trouver un moyen de la convaincre. Il faut vraiment que je la ramène... »

Oui, ça ne pouvait plus durer.
Son regard angoissé migra vers elle puis il reprit sa route.

« On en parle plus… » Fit-il assez lâchement.

Maintenant qu’il avait eu ce qu’il voulait, un violent sentiment de trahison envers sa collègue le prenait. C’était comme s’il venait de vendre les faiblesses de Marta à une rivale qui n’attendait que ça. Et la main sur l’épaule : c’était une petite remerciement pour avoir été si con et débile. Mais...il fallait bien qu’il trouve une solution pour elle non ? Pedge avait déjà eu une expérience similaire, il n’y avait personne d’autre sur ce foutu vaisseau pour mieux le conseiller. Le technicien avait cependant usé d’un ton assez diplomate. Il reprit le chemin puis guida Pedge jusqu’au mess du pont dix, au coeur de la zone d’habitation de l’équipage.

« Autant te prévenir : Goose est space comme mec. Il est dans son monde et il a pas la langue dans sa poche. Faut pas être susceptible quand tu discutes avec lui. Par contre, il se plie toujours en quatre... »

Il y avait personne à cette heure-là si ce n’est le personnel en cuisine. Là, une véritable effervescence y régnait, les quatre cuistots étaient en train de préparer les plats pour plus d’une centaine de personnes. Les cuisinières et les hottes aspirantes tournaient à plein régime, les couverts et casseroles claquaient. Franck entra dans les cuisines sans gêne, surtout par habitude, et passa dans la zone réservée au service. Il avait l’habitude avec le temps et il salua d’un simple geste de la main les hommes habillés en blanc.

« Ohé, Goose ! »
« QUI VA LA ?!? » Rugit une voix derrière une porte qui s’ouvrit à la volée.

Le battant en inox de la chambre froide percuta carrément le visage de Franck dans un énorme ”BONG !” sonore. Le choc fût assez violent pour que l’homme recule en battant des bras. Mais peine perdue, il tomba sur Pedge en l’emportant à moitié dans sa chute. Alors couché sur le dos, une main posée sur son front et l’autre tapant le sol d’un point rageur, il considéra l’homme qui en sortait avec une brusque colère.

Goose était très costaud. Dans la cinquantaine, bien charpenté, un peu rondouillard avec un ventre qui passait au-dessus la ceinture et un visage en sueur encadré d’une barbe noire hirsute. Les mains chargés d’une grille imposante sur laquelle étaient disposés une bonne vingtaine de pizzas prédécoupées, il demeura de trois quarts tout en considérant l’homme d’un air carrément innocent.

« Et ben ? T’as d’jà oublié qu’il faut pas rester derrière les portes quand j’ai les mains prises ?!? »
Goose les ouvraient toujours à coups de pieds pour passer. Il n’y avait rien à faire, c’était son habitude et les autres devaient s’adapter en ne restant jamais dans le coin lorsqu’il sortait quelque chose du stock.
« Putain...tu m’as défoncé la gueule... »
« C’est le métier qui rentre ! » Rétorqua-t-il en partant vers son plan de travail.
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