Atlantis Insurrection
"Personne ne demande à devenir un Héros, sauf que parfois ça finit comme ça..."

Et si ce Héros, c'était toi ? Tu es l'un des meilleurs dans ton domaine (Biologiste, Chirurgien, Infirmier, Diplomate, Démineur, Maître chien...) et on te propose de participer à l'expédition la plus fabuleuse mais aussi la plus dangereuse : l'expédition Atlantis.
Auras tu le cran de rejoindre Atlantis pour découvrir ses mystères et affronter les dangers de cette galaxie ?

Tu peux aussi incarner les personnages importants de la série (Ronon, Zalenka, Lorne, Teyla....) Bon niveau RP demandé.
On recherche de nombreux personnages inventés.
http://www.atlantisinsurrection.com/t387-personnages-vacants


Si tu te sens capable de franchir ce pas, tu es des nôtres ! Clique sur l'image ;-)
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RPG sur Stargate Atlantis
 
Sam 1 Juin - 18:48
Pedge Allen
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L'ENFER BY CALAHAN
23/07/2018


Dire que Pedge était contente d’être revenue serait un bien beau mensonge. En voulant s’en aller de la manoeuvre, en demandant son extraction, elle comptait bien ne jamais remettre les pieds dedans. Mais là, on lui avait plus ou moins fait comprendre qu’elle avait merdé et qu’elle devait rattraper le coup, et que ce n’était pas en s’en allant que ça allait arranger les choses. En réalité, elle avait honte d’être partie, d’avoir cédé tout simplement. Elle aurait dû continuer avec les éléments qui étaient restés fidèles à son commandement, même s’ils se comptaient sur les doigts de la main. Rien que pour eux, elle aurait dû rester. Pour elle, la manoeuvre avait été un échec dès lors que la moitié de la formation se mutinait de la sorte. Mais on lui avait fait comprendre que sur le terrain, quand ça se produisait, on ne rentrait pas à la maison en pleurnichant.
Alors oui, elle était de retour, toujours blessée dans son orgueil, d’autant plus humiliée qu’elle devait se représenter devant eux. Elle apprenait juste à ravaler sa fierté mal placée, et puisqu’elle était militaire, elle obéissait aux ordres, quand bien même ces derniers la faisaient passer pour une girouette. Le colonel Caldwell l’avait mis en face de ses défauts et de son arrogance, de sa puérilité de gamine et de sa vanité. Pour le reste, elle s’en était rendue compte toute seule comme une grande en cheminant dans les quartiers des Poètes du Cambouis, tous au trou pour l’avoir aidé directement sans aval de la hiérarchie. Alors pour eux, pour elle, et pour les loyalistes, elle devait essayer de remporter la manche.
Au moins, Ravix, Padilla et Eversman avaient rallié le campement Natus, fidèles au plan de départ. C’était une bonne chose. Tentée de faire de l’humour pour faire passer la pillule, en balançant quelque chose comme “ça fait longtemps que je vous attends ici vous avez trainé…”, Pedge n’en fit rien. Elle avait trop honte, même si elle tentait de ne rien en laisser paraître.

« Repos. », fit Pedge non sans avoir salué elle aussi les deux personnes. Elle était étonnée de ne pas voir Eversman, avant de se rappeler qu’il avait un petit différend avec les Natus et que manifestement, il n’avait pas réussi à le solder. « J’en sais un peu plus sur la manoeuvre, du moins me concernant, et donc me revoilà. J’aimerai reprendre la tête de la formation si cela ne vous dérange pas. ». Un peu d’humilité toute relative, car elle ne s’excusait en rien de s’être barrée. C’était déjà dur à admettre face à soi-même, alors face aux autres… Et puis, ne venait-elle pas de donner une raison à son départ ? La pêche aux informations. C’était relativiser, elle le savait, mais qu’importe. « Eversman s’est fait refouler par le videur ? », ponctua-t-elle finalement sa petite entrée en matière.

Elana reprit une pause plus confortable écoutant le capitaine qui leur « demandait » si cela ne les dérangeait pas de reprendre le commandement. Sur l’instant Elana se demandait qui oserait dire « oui dégage », peut-être le reste de l’équipe ? En tout cas, cela n’était pas concevable de répondre ça à un officier surtout que ce n’est qu’un phrasé qui se veut polie pour ne pas revenir en maître des lieux, imbus de son pouvoir après s’être barrée. En tout cas, elle n’avait pas remis longtemps à revenir. Ce qui était une bonne chose pour la caporale.
« C’est votre place Capitaine. » dit-elle directement. Allen avait reçu des informations sur la manœuvre du moins la concernant, peut-être allait-elle leur en dire plus ? Après si c’est des informations, comme quoi, elle a merdé comme au moins chaque personne de cette équipe (sauf peut-être Ruth en y réfléchissant bien), cela ne regarde personne d’autre qu’elle-même.
« En effet. Les Natus ne l’apprécient plus. » Elle regarda la capitaine, qui était quand même bien grande, des trois femmes elle était la plus petite.
« Suite à votre départ, nous avons filé avec le Divorce jusqu’au camps, Natus. Cependant, le divorce a rendu l’âme à l’entrée, j’escomptais trouver une aide pour le réparer si cela est encore possible » fit-elle brièvement pour le rapport, il n’avait pas grand-chose à ajouter. « Padilla a fait du très bon travail d’analyse comportementale de l’équipe, je vous invite à l’écouter. » Il fallait au moins mettre en lumière cela. L’analyse de Ruth était pertinente et aidait grandement à mieux comprendre les réactions des autres et cela aiderait surement la capitaine à capitaliser sur les évènements passés. Puisqu’il ne fallait pas se leurrer, elle devait ressentir de la honte depuis. Si cela n’était pas le cas, elle n’avait pas d’âme et elle était loin de ressembler à une machine. Par la même occasion, elle lui tendit l’antidote que lui avait donnée Iza avant de partir.

Pedge toisa Ravix un instant. Elle avait repris les choses en main et avait mené l’équipe à bon port. Elle remontait dans l’estime de la texane. Elle semblait méditer les propos de la française, et notamment sur le fait qu’Eversman était resté dehors.
« Bien, je verrai plus tard pour l’analyse de Padilla, j’ai moi aussi potasser de mon côté ces points là. Pour le Divorce, je doute que nous puissions trouver quelqu’un ici susceptible de le réparer. ». Elle chercha du regard le meneur, cherchant à le localiser. « Par contre, hors de question de laisser Eversman dehors. ».
Visualisant le meneur un peu plus loin, Pedge fit un signe de tête aux deux jeunes femmes et se porta au niveau du bonhomme.

Padilla demeura silencieuse. Elle écouta bien sagement l’échange tout en ajustant la couverture. Pas qu’elle avait froid mais cette attention de la part des Natus était agréable. Comme le fait d’avoir de l’eau en quantité à disposition. La jeune femme avait besoin d’échanger quelques mots avec l’officier mais ce n’était visiblement pas le moment.
Elle tourna son visage vers la française qui, avouons-le, faisait peur à voir après cette longue route. En quarante-huit heures, un peu moins, ils avaient quand même bien morflé et recouvert d’une bonne couche de crasse. Ruth se faisait toute une liste de devoir à remplir avant de songer à se reposer. Ce n’était pas maintenant qu’elle comptait se poser. Peut-être un peu plus tard. Son attention se portait néanmoins sur le caporal Ravix qu’elle verrait bien profiter en première de l’hospitalité des alliés.

« Les Natus ont des bains. » fit-elle avec un mi-sourire, comme pour lui glisser cette petite tentation dans l’esprit. Elle fit un signe de menton sur l’un des bâtiments reculés, un plus grand, rectangulaire. « Juste ici. »

Elana hocha la tête simplement. Elle laissa partir la capitaine, après lui avoir demandé s’il lui fallait d’autres éléments ou si elle voulait qu’elles fassent quelque chose avant de se reposer. La française suivit du regard la texane, qui semblait être déterminé pour que Matt ne dorme pas à la belle étoile. Que sa confiance, soit soldée par une réussite, il serait bon que tout le monde goûte à un peu de confort. Et en parlant de ça, Padilla sonna une douce mélodie aux oreilles de la française. Elle ignorait à quoi elle pouvait ressembler et soyons clair : elle en avait rien à battre. Elle n’était pas du tout intéressée sur son état. Mais, l’idée d’être dans de l’eau chaude et de se faire peau neuve après ses deux jours fastidieux, lui apparaissait comme ma seconde plus belle récompense (la première avait été de boire de la vraie eau auparavant).

« Bien. On y va ensemble alors. » C’est bien quand on touche le confort, qu’on se rend compte qu’on est épuisé, déjà son corps avait hâte de s’étendre et trouver un repos bien mérité.
« J’en rêve depuis longtemps. » Admit la jeune femme en prenant la tête.

Le duo se rendit en direction du bâtiment. Comme on pouvait l’attendre d’un édifice de pierres en briques de rocailles, l’ouverture de la lourde porte en bois dégagea une brusque projection d’humidité et de chaleur. Dans d’autres circonstances, ça aurait pu être désagréable. Mais là, c’était comme la promesse d’un moment ultime à savourer.
Ruth Padilla laissa poliment sa collègue entrer à l’intérieur puis elle s’approcha du pupitre de l’antichambre pour l’examiner. Derrière, dans un couloir qu’un simple rideau dissimulait, il y avait pas mal d’activité. De nombreux soldats Natus étaient vraisemblablement en train de se laver.
« Hmmm. Je crois qu’on débarque en heure de pointe. » Souligna-t-elle en tournant son regard vers un étrange outil. Des rails et des billes qui faisaient penser à un jeu de société. Mais en y laissant courir son esprit analytique, Ruth désigna toutes les billes qui se trouvaient du côté gauche.
« Ces bassins sont occupés. »
« Ouep... » Elana espérait qu’elles allaient quand même trouver un peu de place quelque part, sinon ça serait la grande déception.
Et il ne restait qu’une seule bille sur le bord droit. Padilla s’en empara dans le but de la glisser vers ses cousines, désignant cet emplacement comme occupé. Mais elle se ravisa pour questionner sa collègue.
« Tu es pudique ? »
Elana observait elle aussi l’outil de billes, un système simple et astucieux. Sur terre, cela serait via un bouton rouge ou bien vert et il avait bien moins de charme que ces petites billes dans leurs rails.
« Absolument pas. Et toi ? » Elana n’était pas pudique pour un sous, que ça soit avec d’autres femmes ou mêmes avec les hommes. L’armée, vous brise ce genre de barrière durant les classes. Et elle n’éprouvait aucune gêne de montrer son corps qui n’avait à ses yeux pas grand intérêt à être reluquer.
« Absolument. Mais je vais faire un effort. »
« Je me tournerai si tu veux. » proposa la française.

Il valait mieux partager cette salle d’eau à deux plutôt que d’attendre sans véritablement savoir combien de temps la prochaine se libérerait. Ruth passa dans le couloir puis se rendit devant la porte qui portait le même symbole. Elle l’ouvrit pour découvrir une grande cuve de bois taillé, comme un fût coupé en deux sur sa largeur. Bref, la façon dont les hommes se lavaient dans l’ancien temps avant la découverte du plastique. Une jeune Natus était en train de verser de l’eau chaude à l’intérieur, elle s’interrompit en les voyant débarquer. Son regard s’était couvert d’étoiles.
« Oh ! Des Atlantes. L’ont m’avait prévenu de votre possible visite. Je suis Zetah ! »
« Bonjour, brave Zetah. Je suis Ruth. Voici mon amie, Elana. Nous aimerions nous séparer de toute cette crasse. »
« C’est mon tour de corvée. Et bien agréable est-elle de m’en acquitter avec votre présence ! Je n’avais jamais vu Atlante, je m’en languissais. »
« C’est très gentil. Mais c’est la première fois que nous venons ici. Tu peux nous expliquer ? »

La jeune duelliste ne devait pas avoir plus de seize ans. Elle s’approcha d’Elana et de Ruth en papillonant, trouvant visiblement dans cette visite une source d’admiration. Elle semblait prête à se plier en quatre.
« C’est très facile. Comme en Magna, vous entrez dans l’eau pour vous nettoyer. Moi je vous apporte les sels de bain, les linges et un change. Je prends vos tenues que j’emmène auprès des corvées de blanchisserie. »
Ruth fixa Elana, hésitante, celle-ci avait la même question en tête. Elle demanda finalement :
« Et combien de temps pour récupérer nos affaires ? »
« C’est rapide. Nous les passons au feu à la suite. Vous les aurez à votre sortie du bain si vous prenez le temps. Je peux mander Candide pour vous occuper, si vous voulez vous distraire... »
Un sourire malicieux se dessina sur le visage de Padilla. Elle avait envie de rire. Ravix, avec son air des plus tendre et extravertie, dissimulait peut-être un volcan. Ruth avait soudainement envie de la tester un peu. Elle fixa sa collègue pour lui faire la traduction directe.
« Elana, Cette jeune Natus te propose un homme. »
« Ou femme...selon votre convenance. »

Le travail avait donc comme synonyme le mot corvée. Cela était péjoratif maintenant dans les bouches des terriens, signe qu’on n’avait aucun plaisir à réaliser cette tâche, mais vu le comportement de cette adolescente, cela semblait être tout le contraire. En tout cas, cette Zetah (qui au passage avait un joli patronyme) se languissait de voir des Atlantes… amusant comme constat, jamais, Elana n’aurait pensé qu’on pouvait se languire de rencontrer des Atlantes. Et cela était à la fois appréciable, gênant et étonnant. Ils étaient vraiment vu, comme des personnes particulières.
En tout cas, elles allaient être servie comme des reines, affaire propres, linges et savons (enfin sels de bains) à disposition… il avait de quoi pleurer de joie vu ce confort.

Oui, vraiment, après ces deux jours à vadrouiller dans des conditions affreuses, être ici était comme être dans un palais royal. Ainsi, quand la jeune femme leur proposa des candides pour les distraire, Elana ne pensa pas vraiment à une distraction d’ordre sexuelle. Enfin, elle n’avait pas vraiment intégré ça. A l’heure actuelle, elle ne désirait qu’une chose : rentrer dans cette eau chaude et fumante.

La française tourna un regard vers Padilla et son petit air malicieux… un homme ? Mais pour faire quoi ? Puis, elle réfléchit et elle percuta. Elle avait entendu les soldats parler de l’hospitalité des Natus et notamment des… ah oui Candides, cela lui revenait maintenant. Elle aurait dû s’attendre à ce genre de petit service bonus. Elle n’avait pas spécialement envie de s’envoyer en l’air, la fatigue et son état n’encourageait pas à des rapports sexuels… Elle ne montra aucun étonnement, juste son air apathique. Même si elle n’en pensait pas moins… on venait de leur proposer un peu de chaleur humaine, comme ça, sans aucune arrière-pensée perverse ou même sale. Comme si cela était normal, au même titre que proposé aimablement du linge propre pour le bien être des “clients”. Sur le coup, elle avait vraiment l’impression d’être dans un autre monde. et ce monde était bien plus respectable que le siens.

« Qu’est-ce qui te tente ? » renvoya t’elle avec un rictus au coins des lèvres. Elle avait bien cet air taquin sur le visage de l’ex officier et elle comptait bien lui rendre son petit jeu, surtout dans cette situation. Cela avait un côté gênant de se faire prendre dans le bain que vous partagiez avec une amie. Ainsi, qu’un côté voyeurisme.

Ruth secoua la tête.
« Tu fais ta malpolie...pour la peine, je te prive des bons produits locaux. »
Puis elle s’adressa à la jeune Natus.
« Ca me ferait plaisir d’obtenir les soins d’un bon masseur. Je ne veux pas d’un homme trop charpenté, quelqu’un de stature classique, plutôt beau garçon et qui saura faire quitter toute cette fatigue de mes épaules. »
« Telle description renvoie à l’image de Morlain. C’est courageux coursier. Nul ne le suit à la longueur. Mais il n’est point Candide... »
« Adressez-lui un message. Dites-lui que nous l’invitons avec plaisir. » Conclu Ruth avec un sourire de contentement.

Elana pouffa à la réflexion de Ruth. En tout cas, Padilla savait ce qu’elle voulait, la description était vraiment précise.
« Eh bien, tu fais ta reine à demander ce qui n’est pas au catalogue local. » la taquina t’elle.
« Tu as encore des choses à apprendre sur la base du relationnel diplomatique. » contre attaqua Ruth sur le même ton de taquinerie.
Elle se pencha au niveau du bassin et, d’un petit geste de la main, elle lui envoya un peu d’eau pour lui éclabousser le visage.
« En acceptant cette petite attention de leur part, je leur fait honneur. Je montre de l’intérêt à l’égard qu’ils nous portent. Le refuser, c’est se moquer en partie de leur hospitalité que nous tenons, sans nul doute, de la réputation du Capitaine... »
Elana hocha la tête, oui elle était loin de connaître toutes les ficelles de la diplomatie et elle était tout aussi loin de penser qu’un refuse compagnie d’un homme ou même d’une femme allait être mal prit. « J’en prend note… majesté » et elle lui balança un peu d’eau en échange avec un petit rire discret.

La jeune duelliste était ravie. Elle laissa les deux jeunes femmes se dessaper, le temps pour elles de se glisser dans l’eau tiède, puis elle disparut avec leurs affaires en laissant armes et communication. Ruth n’avait pas menti en disant qu’elle était pudique. Elle s’était plongée en se couvrant les parties intimes de ses mains avant que l’eau ne puisse rendre la vue moins précise sur ses attributs. Elle se positionna contre la paroi en bois et pencha la tête en arrière, poussant un long soupir extatique.
« Je crois que c’est la première fois que j’apprécie autant un ba... »
// Eversman pour Atlantes. Il faut que je vous voie. Maintenant. //
Le regard de Ruth s’arrondit et resta sur sa collègue avant qu’un cri de frustration n’éclate. Non, pas maintenant ! Pas au moment où elle pouvait enfin se poser et profiter d’un bon bain ! Et puis cette voix sèche et autoritaire du mec qui envoie la politesse au trou parce que la colère excuse tout. Ce n’était pas force de l’avoir motivé pour essayer de passer ces portes. La jeune femme s’en trouva passablement excédée et elle râla ouvertement :
« EVERSMAN !!!! ESPÈCE DE BOULET !!!!! »
Ruth enragea.
« Rita lui aurait fait payer tellement cher ! Quel dommage qu’elle soit pas là pour refaire son éducation. Attends, Elana, ne sort pas ! »
Elle prit le temps de se calmer pour reprendre un aspect plus professionnel puis appuya sur son oreillette.
//Capitaine, ici Ruth, avec Elana. Devons-nous faire jonction au plus vite ?//
// Négatif. Je m’en occupe. //

Elana se glissa rapidement dans cette eau divine qui l'appelait depuis plusieurs minutes, la chaleur était parfaite, quoique un peu élevée pour elle, mais cela n'avait aucune importance. Elle avait tellement besoin de se reposer et de délier ses muscles…que la chaleur lui passait au dessus. Pour ne pas gêner sa colocataire de bain, elle avait fait en sorte que son regard soit sur un point précis, sans toiser Ruth un seul instant. Enfin, tant qu'elle n'était pas totalement immergée.

Elana sentait son corps s'amollir comme une guimauve bien faite… un pur délice et l'odeur des sels de bain, apportaient un côté floral et minéral à l'eau… un savoureux mélange qui sentait le propre. Mais, ce doux moment fut ponctué par la voix si appréciable du ranger… tout comme sa collègue, la française, laissa échapper un grognement/cris d'immense frustration. Qu'avait-il encore le bichon ? Allen, allait le rejoindre pour lui annoncer le résultat de sa négociation Natus, il ne devrait plus être cantonné aux remparts normalement…Donc, il pourrait les rejoindre sous peu… et puis c'est quoi ce ton ? Il ne pouvait pas genre : spécifier le pourquoi (la politesse n'est pas sa plus grande vertu), il demande une entrevu à tout le monde ? Elle ignorait si c'est la frustration mélangée à la colère qui lui donnait cette impression, mais elle avait la sensation d'être hélée sur le même ton qu'un chien qui a fait une connerie. Et en conséquence, elle ne pouvait qu'approuver les dires de Ruth.

La raison, lui fit dire qu'il avait surement une raison, bonne ou non, cela elles le verraient une fois sur place. Dans un grand soupir Elana comptait se lever, alors que Ruth lui indiquait la sentence qu'aurait fait l'italienne… oh oui, Rita aurait fini par le castrer pour lui apprendre à être polie… en tout cas, elle se remit dans l'eau suite à la fin de la phrase de l'ex-officier. La réponse du capitaine était égoïstement agréable. Elles n'auraient pas à se bouger, remettre des affaires sales et cavaler dans la nuit pour rejoindre Matt. Elle en était satisfaite sur le coup. Elle se détendit, en se laissant glisser jusqu'à la nuque dans l'eau.
« Parfait… je n’avais aucune envie de quitter ce bain. Tu penses qu’il a reçu une nouvelle livraison de pizza ? » Après tout il faisait nuit et il avait reçu deux pizza empoisonné à ce moment-là.
« Vu sa façon de brailler comme un âne... » grommela Ruth.
« Ouai… il a dû recevoir une nouvelle photo de ses exploits de Don Juan.» Elana soupira, fermant un peu les yeux avant d’ajouter : « Enfin je ne suis pas mécontente que la capitaine s’en charge. Je ne tiens pas spécialement à découvrir une autre révélation amoureuse. »
« C’est sa vie privée. Mais Calahan en profite pour enseigner une leçon de base. »
Vie privée ou non Elana n’était pas friande de ce genre de révélation même pour une leçon. Surtout en public.
L’intellect entendit du bruit dans son dos. Elle se retourna pour y voir un homme entrer poliment.
« Je suis Morlain. »
Coupée dans son explication, Ruth venait de passer à autre chose en détaillant le Natus. Il quittait son arme qu’il déposait contre le mur et retirait le boutons de sa lourde vareuse. La jeune femme fronça un instant des sourcils, se demandant s’il allait carrément entrer dans le bain, mais elle se rassura en remarquant qu’il se mettait tout simplement à l’aise.
« Bonjour Morlain. Moi c’est Ruth. Mon amie s’appelle Elana. »
Elle se colla le dos contre la paroi en bois, recouvrant sa poitrine d’un bras.
« Voulez-vous bien vous occuper de mes épaules ? »
Le Natus accepta immédiatement. Il prit un tabouret qu’il installa pour se tenir derrière Ruth puis débuta un massage de ses muscles endoloris. Il comprit sa pudeur et, par respect, il se tenait de sorte à ne pas avoir le regard baladeur. Le visage de l’ancienne galonnée se détendit peu à peu et elle apprécia longuement l’art du Natus.
« Tu m’envies hein ? » Envoya-t-elle malicieusement à Elana.
Au moment où l’homme avait franchit la porte, la militaire avait porté son regard délavé vers celui-ci… elle y trouva une forme d’irritation d’être dérangée, mais cela passa rapidement se souvenant qu’elles devaient de toute manière être dérangées par un natus au doigts de fée.
« Oh si tu savais … » lâcha la française qui ne l’enviait mais alors pas du tout, mais elle laissait croire que si au vu de son ton, pour ne pas gâcher leur complicité. Elle n’était pas tactile alors cela ne lui manquait pas. Cependant elle s’approcha quand même du petit couple pour s’intéresser à l’homme.
« Dit moi la Magna est comment ? » question, de but en blanc. Mais cela lui était venu, elle se demandait comment était leur lieu de vie originel, autrement que dans les fades racontars des autres soldats qui ne juraient que par l’antre des égarements.
« Je n’y suis jamais allée. On pourrait se prévoir ça pour notre prochaine permission, qu’en penses-tu ? »
Elle avait posé la question plus pour le Natus que pour Ruth, mais dans les deux cas, cette réponse lui convenait très bien.
« J’en pense que ça me va ! Tu pourras me narrer tout ton savoir ! » La française se mit à côté de Ruth, se laissant couler dans l’onde jusqu’aux épaules. Elle profitait largement de ce temps de pause, savourant chaque minutes, chaque secondes avant de retourner dans l’enfer de Calahan.

BIEN PLUS TÔT, DU CÔTÉ DE PEDGE ET MATT.


Nullement impressionnée, la texane l’aborda de façon professionnelle et respectueuse.

« Meneur Jelsok. J’aimerai avoir une discussion franche avec vous au sujet d’Eversman. Me feriez vous cet honneur ? »

Il était en train de débriefer avec la chasseresse Danne, l’officier en second du campement. Celle-ci salua Allen à la façon des Natus en lui présentant son arme puis elle s’effaça avec le même respect de rigueur pour distribuer les ordres. L’un d’eux visait à installer confortablement les Atlantes et leur offrir de quoi se refaire une santé.
Le regard du Meneur Jelsok n’était pas le même envers Allen.

« Bien évidemment l’Atlante ! Vous savez porter bons mots à oreille Natus. Il serait bien indélicat de ma part d’ignorer brave guerroyeuse que vous êtes. »
Il la toisa un petit moment.
« Eversman, voilà une bien regrettable déchéance vivante. Vous faites l’amertume de le voir ripailler au pied de mes murailles ? »

« Cela me contrarie en effet. », fit Pedge en y allant pas par quatre chemins. « Comment pourrai-je vous convaincre de le laisser s’installer avec nous, son équipe, et profiter de l’hospitalité que vous nous offrez de bonne grâce et qui a un sens pour les gens comme moi. »
« Lorsqu’il cessera de se conduire en pleutre. »

Le Meneur agita son index pour pointer la silhouette de la texane. Il s’apprêtait à la tester également pour lui montrer l’exemple de ce qu’il attendait.

« Ma fille s’appelait Evielle. Elle adorait les contes de légendes, riant des horreurs Wraiths que nous lui servions avant son sommeil. Vous avez donné l’ordre qui l’a conduite à la mort, avec toutes les autres pauvres âmes corrompus par le dévoreur. »

Il la fixa dans les yeux en attendant sa réaction.

« Et croyez moi Meneur, j’ai conscience de ce que j’ai fait et pourquoi, et jamais jusqu’à la fin de ma vie je n’oublierai ces enfants. Evielle et ceux qui n’ont pas de noms pour moi. », affirma Pedge sans ciller. Elle était sur le point d’embrayer sur Eversman, mais elle préféra attendre, ne trouvant pas le moment bien choisi pour continuer dans sa lancée. Elle regrettait que l’homme dérive sur ce genre de sujet, mais elle le comprenait aussi. Elle n’avait jamais été en Magna par la suite pour affronter les personnes à qui elle avait pris les enfants, même si au fond, elle savait que c’était avant tout Méda’Iyda qui l’avait fait.

Contrairement à ce que pensait Pedge à ce moment-là, il y avait un lien que le Meneur lui exposa. Il hocha la tête avec son air rude et son regard sévère. Ce n’était pas dirigé contre elle, il souhaitait simplement qu’elle fasse la comparaison pour savoir ce qu’il attendait du soldat déchu.
« Voilà. » fit-il simplement. « Telle attitude est une obligation élémentaire. Atlante, ou Natus, ainsi brave guerrier se doit de se comporter. Eversman doit apprendre. Il ne franchira ces portes qu’en s’habillant de ce devoir des plus anodins. Comme vous faites le votre à cette heure. Comprenez-vous ? »

« Je comprends. Je suppose donc qu’il n’a pas cherché à se montrer digne. Je vais lui en parler et je me présenterai à vous en sa compagnie. », répondit Pedge qui se demandait comment Matt s’était présenté et qu’est-ce qu’il avait pu dire… Ou quel comportement avait-il pu adopter. Ce type était une bourrique, rien ne surprenait plus Pedge de toute façon.
« Soit. Puisse-t-il faire honneur à l’attention que vous lui portez. Je vais faire prévenir la garde pour cette exception. Vous me trouverez ici-lieu. »

// Eversman pour Atlantes. Il faut que je vous voie. Maintenant. //

Le Meneur Jelsok n’ayant pas entendu la communication se déplaça après l’avoir salué de son arme. Il se rapprocha de son second pour faire circuler le mot.

Le ton impérieux de Matt tombait à pic, et cela lui donnait finalement un prétexte pour aller le voir. Pedge salua d’un signe de tête le meneur et se dirigea donc vers la sortie du fortin, espérant y retrouver Ravix et Padilla par la même occasion.



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Matt Eversman
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C’est avec surprise qu’Eversman pénétra à l’intérieur du campement. Il se tenait pourtant prêt à sauter du divorce de manière à obtempérer aux ordres du leader s’attendant à l’entendre lui hurler de dégager de là. Rien ne vint. Il put ainsi découvrir les lieux et cela ne faisait que rendre la suite plus douloureuse. Lui montrer l’environnement plutôt sympathique auquel il n’aurait pas le droit de goûter. C’était comme tendre un verre d’eau à une personne assoiffé et le reprendre au dernier moment avant de le boire devant lui. C’était frustrant et laissait un sacré goût amer au Ranger.

C’était ainsi, il n’avait pas le choix et obtempéra. La ration et la gourde d’eau furent glissées à l’intérieur de sa veste pour qu’il puisse récupérer la couverture. Un bon point, elle n’était pas trouée de partout et semblait plutôt épaisse. Un bon point même s’il doutait d’avoir son compte côté sommeil. C’était déjà mieux que rien. Il avait passé la dernière en calbut donc ça ne pouvait qu’être mieux.

« Je vous suis. » Déclara-t-il aux gardes Natus qui venaient de lui ordonner de quitter les lieux. Le pestiféré qu’il était fut conduit jusqu’à l’entrée du fortin, les portes se refermant juste après son passage. Le message était on ne peut plus clair, il n’était pas le bienvenue à l’intérieur. Après un soupir, Eversman inspecta visuellement les alentours à la recherche du lieu adapté. Les torches montées en haut des remparts diffusaient une lumière douce, d’autres feux étaient allumés dans la pleine permettant de surveiller les alentours et d’être à l’abri d’une éventuelle attaque. Enfin pour ceux à l’intérieur, lui il pouvait visiblement crevé la gueule ouverte.

Les deux côtés étant semblables, il finit par choisir le flanc gauche parcourant quelques mètres avant de finalement se lancer dans l’installation de son bivouac de fortune. L’équipement fut posé au sol, faisant un bien fou pour le dos. Un petit feu fut rapidement allumé permettant de se réchauffer un peu et de disposer de sa propre source de lumière. Pas d’arbre à proximité alors il brûlait ce qu’il y avait aux alentours : brindilles, restes d’armement ou même morceaux tombés des fortifications. La ration fut rapidement préparée. Matt dût se faire violence pour ne pas la dévorer en une traite s’obligeant à faire des pauses entre chaque bouchée. Le repas avait beau être consistant, il avait toujours faim et n’aurait pas été contre une deuxième. C’était déjà ça, il fallait relativiser ce qu’il essayait de faire en multipliant les soupirs.

La ration désormais vide, il profita du récipient pour faire chauffer un peu d’eau et ainsi effectuer une brève toilette. C’était plus que nécessaire au vue de la crasse qu’il retira. Un peu de lessive ne serait pas de trop aussi… ça sentait le fauve là-dedans et que dire de l’état de ses chaussettes. Il devait pouvoir réveiller un mort avec l’odeur qui s’en dégageait. Le répulsif pour ne pas se faire attaquer cette nuit était tout trouvé. Le précaire uniforme et les rangers constitueraient le restant de la barrière de protection.

La couverture fut transformée en sac de couchage dans lequel il se lova prenant avec lui armes et munitions pour éviter tout vol. Il avait un peu l’impression de retrouver ses classes avec les campements précaires et les instructeurs toujours prêt à voler ce qui trainait, notamment un fusil laissé négligemment. A défaut d’une femme entre ses bras, il tenait un P-90 contre lui. N’ayant rien à faire d’autre que contempler le ciel étoilé, personne à qui parler, Eversman piqua rapidement du nez. Forcément on dormait rarement bien dans ce genre de situation. Il fallait rester aux aguets tout en essayant de profiter un peu du calme pour se reposer.

Alors que Morphée l’accueillait à bras ouvert, une soudaine lueur apparut. Une sorte de flash qui disparut aussi vite qu’il était venu. Forcément il n’y resta pas indifférent agrippant la crosse de son pistolet avant de s’extirper de son duvet de fortune passant les alentours au crible. Il n’y avait rien. Pas d’hommes à proximité ou même d’agitation sur les murailles. Eversman devait se résoudre à croire que tout n’était qu’un produit de son imagination débordante. Même maintenant, son cerveau ne pouvait s’empêcher de le torturer, le priver sommeil. Un long soupir s’échappa de ses lèvres alors que le dos de sa main armée passa et repassa sur son visage. C’est là qu’il découvrit une boîte blanche et rouge, bien trop reconnaissable.

« Putain... » Jura-t-il ne comprenant pas comment il avait pu passé à côté. Maintenant, Matt ne voyait plus que ça. Le pistolet retourna bien au chaud, le cran de sécurité de nouveau en place avant qu’il n’attrape cette fameuse boite encore chaude. Cette fois, il n’avait aucun doute sur le destinataire et appréhendait son ouverture. Elle fut déposée sur les cuisses. Que pouvait-il avoir glissé à l’intérieur ? Un mot pour le féliciter pour sa diplomatie, l’ordre de pénétrer à l’intérieur du fortin ou une photo de Yin aux mains des Natus. On pouvait imaginer de nombreuses choses même si l’imagination débordante de Calahan était bien plus sadique. Après encore quelques secondes de torture nerveuse et une longue inspiration, il en découvrit le contenu.

A côté de l’habituelle pizza qu’il ne pouvait plus voir en pature, un mot griffonné “Où est votre couronne ? Mon brave soldat obéissant…” ainsi qu’une photo qu’il prit d’une main tremblante. Une jeune femme agenouillée, bâillonnée et attachée. Yin. Nouveau coup de poignard de Calahan. Plutôt bien réussi au vue de la réaction du Ranger qui sentit immédiatement la haine montée en lui. Une flopée de jurons suivit alors qu’il serrait le morceau de papier dans son poing. S’il tenait ce mec en face de lui, nul doute qu’il ne serait plus reconnaissable lorsqu’il en aurait fini avec lui. A défaut de l’avoir, Eversman leva les yeux au ciel recherchant un éventuel drône qui serait en train de l’observer à ce moment précis. Nul doute que Calahan devait être en train de visionner sa réaction et il ne manqua pas de le gratifier dans le doute d’un doigt d’honneur.

Ruth avait eu beau le rappeler à l’ordre concernant la couronne, le taquet de Calahan était arrivé pour le faucher tel un mastodonte. Ce type ne laissait rien passer. Rien. Impossible de rester sagement assis dans son duvet, avaler docilement cette pizza et espérer dormir après une telle découverte. Eversman s’extirpa de son cocon commençant à effectuer les cent pas à pieds nus et en boxer. Parfois avec les mains à l’arrière du crâne, parfois repliées sur l’arête nasale. Cela dura quelques minutes avant qu’il ne finisse par s’immobiliser et ne porte une main à la radio.

// Eversman pour Atlantes. Il faut que je vous voie. Maintenant. // Lâcha-t-il sèchement. Matt resta là encore quelques instants, immobile attendant une éventuelle réponse avant de finalement se décider à se rhabiller. Il ne pouvait pas sagement rester là à attendre.





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Lun 3 Juin - 20:27
Pedge Allen
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L'ENFER BY CALAHAN
23/07/2018


Au bout de quelques minutes, le temps pour Pedge de rallier la position de Matt, le Capitaine Allen se présenta à l’ancien Sergent Maître dégradé publiquement. Le seul qui l’avait véritablement soutenue durant la phase de mutinerie, et ça, elle ne l’oubliait pas. Elle le croisa alors qu’il se dirigeait vers les portes du Fortin, qui s’étaient refermées derrière elle.
« Eversman. », salua-t-elle en arrivant, n’attendant pas spécialement de salut de la part du jeune homme.

Le campement précaire n’était plus. L’équipement sur le dos, la couverture sous le Bras, Eversman s’avançait vers les lourdes portes du fortin, prêt à y tambouriner dès qu’elles seraient à portée. Il n’eut pas à mettre à exécution son plan, une silhouette ô combien connue s’avançait vers lui.

« Allen ? » Lâcha-t-il , surpris, oubliant au passage toute idée de salutation. Méfiant, Il ne put s’empêcher de la toucher au niveau du bras comme s’il désirait être certain qu’il s agissait vraiment d’elle et non d’un hologramme ou d’un énième piège. de très nombreuses questions émergèrent dans son esprit. L’homme resta debout.
« Qu'est ce que tu fous la ? Ou sont les autres ?. » Commença-t-il avant de finalement se reprendre.« Enfin. Peu importe. » Eversman ferma les yeux quelques instants ayant besoin de balayer le trop plein de son esprit pour se focaliser sur l essentiel. La photo fut délogée de son haut avant qu’elle ne soit mise devant les yeux d’Allen. Déjà quelque peu pliée, celle ci avait subie un mauvais moment dans le poing du Ranger. Pas besoin d’ajouter quoique ce soit. Les lèvres étaient pincées, les dents serrées. S’il s’écoutait, Matt filait à sa rescousse tel un chevalier filant en pleine embuscade pour sauver la princesse du chateau. Il n’était plus le pseudo électron libre qu’il avait pu être. Ce n’était pas à lui de décider de la suite à donner. Il se devait donc de ronger son frein, de le mordre très sérieusement et d’attendre ce qui le rongeait. Le Ranger guettait les réactions dAllen, respirant bruyamment. L’explosion était proche.

Pedge n’attendait certes pas de salut de la part du jeune homme, mais elle ne s’attendait pas à se faire accueillir de la sorte non plus. Le “qu’est-ce que tu fous là” pouvait être légitime sachant qu’elle s’était enfuie après la mutinerie, mais ça restait quand même assez familier comme façon de s’adresser à un officier supérieur. « Et toi qu’est-ce que tu fous là ? Parait que tu as pas gagné ta place pour rentrer dans le fortin. Je pensais que tu étais dans une démarche pour réparer tes erreurs passés. », observa la texane en le toisant franchement. A peine eut-elle le temps de finir sa phrase qu’elle se retrouva avec une photo sous le nez. Pedge se souvenait de Yin, pour l’avoir croisée sur le théâtre du Boc.
« Je vois... », fit-elle d’un air perplexe. Elle supposait que ce n’était pas une archive personnelle d’Eversman et de ses fantasmes sexuelles, mais bel et bien un cliché envoyé par Calahan à son sbire qu’il souhaitait le tourmenter. « La photo n’est pas venue gratuitement j’imagine. Il y avait quoi avec ? Pour quelle raison est-ce qu’il la punie de la sorte ? »
« Une pizza et un message à propos de l’absence de couronne. » répondait-Il choisissant d’être honnête avec elle.
« Padilla l’a récupérée… » Il n’avait aucune envie de récupérer ce couvre-chef dont Pedge l’avait délivré un peu plus tôt mais il ne semblait d’avoir autre choix que de porter ses conneries. « Je n’ai pas respecté les termes de l’accord radio. Voici la réponse de Calahan. » Reprit-il en agitant la photo devant ses yeux.
Pedge fit fonctionner son cerveau. Cette situation
était complexe et ambigüe, et elle se déroulait sur deux tableaux. L’un Atlante, et l’autre Natus.
« Ok ok... », fit-elle en réfléchissant un peu tout en faisant quelque pas. Elle s’immobilisa. « Bon. Voilà comment je vois les choses. Tu as deux options. » Pedge leva un doigt : première option. « Tu remets cette couronne et tu attends que l’orage passe pour Yin. » Le deuxième doigt se leva : deuxième option. « Tu assumes tes actes devant le Meneur et les Natus, et tu récupères Yin. Un moyen de pression en moins pour Calahan qui sera bien frustré, et la couronne reste sagement en dehors de ta tête de peureux. » La vision de la vie d’Allen. Blanc ou noir.
Eversman l’écouta attentivement, essayant de se calmer, de ne pas s’enflammer et par conséquent ne pas tout envoyer balader. C’était la facilité de tout envoyer en l'air, celle qui choisissait toujours et résultat il avait été dégradé et humilié devant toute l’expédition. A plusieurs reprises, la bouche s’entrouvrit près à lui répondre avant de finalement hésiter et se taire. Allen n’était pas tendre mais elle avait le mérite de ne pas prendre de demi mesures.
« Yin ne mérite pas un tel traitement… Il faut que j’assume. » dit-il, la déglutition difficile et le regard baissé. « Par contre je peux pas retourner la bas, pas sur Magna. » Le regard dévia sur son avant-bras meurtri, la solution radicale qu’il avait tenté.
« Pourquoi ? », demanda-t-elle de but en blanc.
« et toi ? Tu as déjà remis un pied là bas depuis ? » répliqua-t-il du tac au tac.
« Parce que je n’ai pas eu le temps, pas pour d’autres raisons. Je pensais que tu allais mieux ? C’était du flanc ? », répondit-elle sur la même lignée que depuis le début de la conversation.

Pedge savait appuyer là où cela faisait mal et forcément cela ne le laissait pas sans réaction, lui faisant relever les yeux vers elle pour lui adresser un sombre regard, l’avant bras toujours serré.
« Magna a changé ma vie… cette mission, cette guerre. Ça a été le début de toutes mes conneries. trop de mauvais souvenirs y sont liés… Je ne veux pas retourner la bas. » Lacha-t-il avant de soupirer. « J’ai déçu tout le monde la bas… Il me prenait pour un héros. La blague… »

« Et du coup en te planquant, tu te dis que ça va arranger les choses... », observa-t-elle en laissant flotter la fin de sa phrase.
« Ca ne les empirera pas… C’est déjà pas mal. » Répondit-il en haussant les épaules. L’estime de soi légendaire du Ranger battait de l’aile depuis quelques temps maintenant. Là où il aurait fanfaronner ou répondu avec arrogance, il recherchait désormais plus la fuite ou l’aval d’un autre. Il soupira de nouveau jetant un regard sur cette Natus ligotée et bâillonnée, elle ne méritait rien de cela.

« C’est vrai que de ce que je vois, ça ne les empire pas…. Maintenant ils laissent ce tordu infliger ça à une des leurs. ». Pedge soupira. Elle reprit une contenance plus rigide. « Alors maintenant, tu arrêtes de faire ta fiote, et tu vas te comporter comme un ranger, parce que là j’ai plutôt l’impression de voir un gars des SEAL. »
« Tant que c’est pas un mec des Bérets Verts. » Répliqua-t-il en levant les yeux vers elle. Le duel Navy / Army même a des années lumières de la Terre était toujours présent et vivace. Il finit par soupirer. « Qu’est ce que tu attends de moi ? Je vais pas mentir au meneur en lui promettant d'aller là bas. »
Pedge ne releva pas la boutade. Elle était dans un autre état d’esprit que le sien. Elle était là pour le recadrer, pas pour plaisanter. Quoiqu’il en pense, il restait un subordonné.
« Commence déjà par être franc avec lui, et ensuite tu verras. Plutôt que de faire le type qui se sent pas concerné. Tu crois que tu es là pour quoi ? Pour esquiver ou pour encaisser toutes les merdes que tu as faites et les effacer ? Ca passe aussi par là, et c’est pas Calahan ou moi qui allons te mâcher le boulot. Tu vois Yin, ben c’est pour te forcer à aller dans cette voie par le biais de quelque chose qui te tiens par les couilles. Essaye de le faire toi même c’est plus gratifiant. »

Et bim le recadrage. Ce n’était jamais plaisant de se prendre une petite gifle dans le visage, de se voir remis en place. Certains auraient pu dire que cela l'était encore moins de l’être par une femme mais ça lui était complètement égal. Il n’y avait pas de différence dans ce genre de moments. C’était même plus elle qui les portait, plutôt que lui dans un moment pareil. Allen ne lui proposait pas une solution clé en main, il lui faudrait se débrouiller avec ce meneur. Eversman avait l’impression d’avoir déjà été franc avec lui et les résultats n’étaient pas glorieux. Lui seul pourrait retirer toute la merde qu’il avait accumulé aux fesses.
Il lâcha un énième soupir avant de lui adresser un geste vertical de la tête.
« Ok, ok…. J’essayerais de lui parler. » Ce n’était pas de gaieté de cœur qu’il prenait l’initiative. Il ignorait même si ce type souhaiterait encore lui adresser la parole. La photo fut rangée à l'intérieur de son haut, il valait mieux garder cela pour eux pour le moment. Du moins éviter qu’un oeil Natus ne tombe dessus. Il abandonnait ainsi les envies de poursuite immédiate, de vengeance aussi par la même occasion. La photo rangée, il se baissa pour récupérer la pizza désormais plus que tiède. Autant il pouvait avoir faim, autant il n’avait aucune envie de s’enfiler une part. Ce qu’il avait envie importait peu, il avait ses instructions de Calahan et se devait donc de la manger.

« Un morceau, Chef ? » Finit-il par proposer. Cette conversation aura au moins eu le mérite de le faire redescendre un peu.

Bien sûr qu’il allait lui parler, Pedge n’en démorderait pas et surtout, elle comptait bien l’emmener directement rencontrer le bonhomme, histoire de profiter du petit regain qu’elle venait de lui insuffler.
« Ouaip, on partage en chemin, on va voir le meneur. », fit-elle en tendant la main pour prendre une part. Personnellement elle n’avait aucun problème avec le fait de manger un bout de pizza, elle aimait bien ce genre de met et elle devait reconnaître que Calahan avait une bonne adresse, qu’elle ne manquerait pas de lui demander.
La texane ne savait pas si les Natus à l’entrée avaient reçu des ordres pour ne pas laisser pénétrer dans l’enceinte du fortin le ranger aux yeux fuyants. Aussi prit-elle des pincettes quand elle approcha des portes pour ne pas risquer l’incident diplomatique.

Une patrouille statique se tenait sur les remparts. La texane entendit l’ordre simple d’ouvrir les portes et l’action se mit en branle quasi-immédiatement. Si les Natus qui se tenaient à l’ouverture restaient muets, les regards trahissaient clairement l’idée qu’ils se faisaient d’Eversman. Avec ce début de soirée, le cantonnement était très actif parmi tous les hommes au repos. Ils étaient un peu plus d’une centaine à aller et venir. Une odeur alléchante de cuisine montait jusqu’au centre du camp et les petits groupes se composaient déjà autour de jeux, de discussions passionnées ou sur de l’entretien courant de leur matériel militaire. Seul le Meneur Jelsok se tenait immobile, non loin de l’étendard dont le mât ne faisait pas plus de trois mètres, en discussion avec sa seconde. Il ressemblait beaucoup au type de fanion que portaient les Pugilistes Vertueuses sur elles.
Il avait dû leur être confié pour les inspirer et tenir leur moral.

Pedge ignora tout le monde. Elle se moquait bien des regards que pouvaient lancer les Natus à Eversman. Ne pas être concernée par cette animosité aidait grandement à en faire abstraction, il fallait le reconnaître. A la place d’Eversman, elle n’aurait peut-être pas eu cet aplomb là, encore que. Quoiqu’il en soit, elle repéra rapidement le meneur Jelsok, et comme elle était bien décidée à retirer le pansement d’un coup sec et tout de suite, elle entraina le ranger vers ce dernier. Son regard bien que fixe dans la direction qu’elle avait choisi, percevait les détails de la vie quotidienne qui s’étalait dans le campement. De se retrouver là parmi tant de Natus dans une ambiance collective lui fit prendre conscience que Namara lui manquait. Elle l’aurait bien revu histoire de prendre des nouvelles. Toujours est-il qu’elle arriva à la hauteur du meneur et de sa seconde. Poliement, elle attendit que la discussion prenne fin, tout en restant positionné dans un angle suffisamment clair pour laisser penser au meneur qu’elle souhaitait s’entretenir une nouvelle fois avec lui.

Le Meneur n’avait pas loupé cette arrivée mais il poursuivit son dialogue. Un nouveau problème sur leur frontières avec quatre individus s’y frayant. Le chef lui fit un signe de tête, validant les ordres qu’il venait de lui donner et la chasseresse s’en alla rapidement non sans avoir glissé un regard en biais vers le ranger.
Le Meneur Jelsok observa le jeune homme, un peu plus raidi, et adopta la même position lorsqu’ils s’étaient parlés la dernière fois. Droite, la main sur le pommeau de son arme, le regard sûr.
« C’est étonnant de se voir confier une deuxième chance par votre inverse, l’Atlante. J’ose croire que vous ne la gâcherez pas... »
Pedge était tentée de demander des informations que les quatre personnes qui flirtaient avec la frontière Natus, mais comme le Meneur entrait dans le vif du sujet directement concernant Matt, elle n’en fit rien. Aux propos de l’homme, elle tourna son regard vers l’américain. Elle le toisa d’un regard intense, le genre de regard qui dit “ fait attention à ce que tu réponds mon gars”. Pour sa part, elle n’avait rien à ajouter de particulier, préférant laisser le dialogue s’établir dans un premier temps.

La couverture avait été déposée sur l’une des tables croisée sur le chemin. La boite était encore en mains alors que le meneur était à vue. Son contenu n’avait pas été entièrement avalé. Deux bonnes parts attendues sagement, froides désormais. Autant Eversman pouvait être un goinfre autant là il avait du mal à les enchaîner. Ce Capitaine était parvenue à le dégoûter de sa pizza préférée, un exploit au goût bien amer pour lui. Ayant rapidement remarqué l’accueil délétère qui lui était réservé, Matt s’était contenté de baisser les yeux pour ne pas s’attirer davantage de problèmes suivant ainsi les pas d’Allen. Il s’attendait à ce qu’elle le quitte vers les quartiers occupés par l’équipe mais le Capitaine préférait le planter devant le Meneur Natus. Cela ne l’enchantait pas. On dirait une mère qui vient trainer son gamin fautif par l’oreille jusqu’à la maitresse pour s’excuser. Il aurait préféré botter en touche, gagner un peu de répit mais il fallait croire que cela lui était interdit durant cette manoeuvre. La boîte fut déposée sur la table la plus proche avant qu’il ne se présente face à lui. Il poussa un discret soupir tout en mettant les mains dans le dos adoptant une attitude correcte. Bien sur ses appuis, les lèvres pincées et surtout la tête droite ce qui fut le plus difficile à maintenir.

Le Meneur ne rata pas son entrée. Eversman détourna le regard quelques instants vers celle appelée “son inverse” qui le foudroya à son tour. La pression n’était déjà pas suffisante, elle en rajoutait une couche. Super le soutien ! Il eut envie de répondre d’un simple signe de la tête pour ne pas prendre le risque de le froisser à nouveau mais n’en fit pourtant rien finissant par prendre la parole.

« Je l’espère, Meneur. » Dit-il tout en enfonçant l’ongle du pouce sur la main opposée. Une deuxième chance inespérée lui était offerte, à lui ne pas tout gâcher.
« Par les Trois. Vous n’y êtes pas ! » Rétorqua l’homme. « Vous l'espérez ? Ou vous le certifiez ?!? »
Bousculé dans ses retranchements, Eversman dût se retenir de lui répondre sèchement. Faire preuve d’assurance ou de suffisance ne risquait pas de l’aider. Il n’était pas en état de fanfaronner.
« J’espère juste être à la hauteur de la confiance que m’accorde le Capitaine Allen, Meneur. »
« Eversman. Le premier guerrier à avoir apporté la preuve sur le sol Natus qu’un esprit fort pouvait combattre la corruption des chairs par le Dévoreur. » Nota le chef. Il le fixa longuement. « Vous vous êtes largement détourné de cette voie d’honneur depuis. C’est à vous qu’il fait obligation d’en porter le fardeau. Et cela débute par l’assurance. »
Aussi sévère qu’au début, le Meneur le sondait, droit dans les yeux.
« Nul couard dans mon camps. Est-ce suffisamment appris de votre esprit ? »
Eversman tiqua, forcément.
« Tant que j’agirais en lâche, je n’aurais pas ma place dans ce camp. C’est compris, Meneur. » Répliqua-t-il soutenant son regard quelques instants, pinçant fortement le pouce pour prendre sur lui. Ce n’était pas de gaité de coeur qu’il s’associait à la notion de lâcheté, loin de là.
« Donc... »
La leçon intégrée, le guerrier fouilla dans le regard de l’Atlante à la recherche du mensonge. Il n’y trouva que sa bonne volonté du moment, son désir de trouver le repos. Il allait le tester comme la dernière fois en déclarant d’une simple question lourd de sens :
« Irez-vous ? »
Non. Telle était la réplique qui lui brûlait les lèvres, qu’il se devait de contenir pour ne pas tout envoyer en l’air une fois de plus. Être honnête ne payait pas toujours. Au fil des secondes, le regard d’Eversman descendit avant qu’il ne se détourne vers Pedge Allen. Ils avaient déjà eu cette discussion, il s’était ouvert à elle et finalement ils étaient de retour au point de départ.
« Je ferais face à votre Conseil, j’assumerais mes actes mais... » Déclara-t-il d’une voix peu assurée. « Retourner sur Magna me fait très peur, Meneur. » Pas sûr que l'interlocuteur apprécie, Eversman s’en justifia donc. « Il y a un avant et un après Magna pour moi, Monsieur. J’y ai laissé bien plus que mon sang… mon génôme... » Les mains ne pouvaient rester immobile, les traits du visage aussi. Le pouce était passé en dessous de la couche de vêtement pour pouvoir se poser sur cette immonde cicatrice disposée sur son bras et qui n’était qu’une des conséquences visibles de l’après Magna. Elles avaient été nombreuses et jamais il ne s’était retrouvé aussi mal. Revenir n’avait pas été sans rechutes mais il s’en était sorti tout comme il était encore là, sur Lantia après sa radiation.

« Je… J’irais si c’est l’ordre qui m’est donné. » Finit-il par lâcher après un silence. La rédemption passait peut être par là. Tôt ou tard, Matt se devait d’affronter ses peurs, ne plus fuir. C’était ainsi s’il voulait redevenir un membre de l’expédition et non plus le lâche, le pestiféré. L’estime, la confiance se devait d’être regagné.

Jelsok ne cillait pas. Il gardait cet air revêche et autoritaire en écoutant les propos du Ranger sans dire une mot. Le regard toujours rivé dans le sien comme s’il s’agissait d’un duel de western, il attendait la suite jusqu’à ce que le silence retombe. Il ne comprenait pas cette histoire de génome ou de sang. Il voyait néanmoins le traumatisme et la fébrilité du soldat. Si c’était quelque chose de très peu apprécié, d’autant plus que ce meneur lui avait dit qu’il ne voulait pas de couard entre ses murs, il y avait là une déclaration qu’il trouvait plus affirmée et honnête que précédemment. Ca ne lui suffisait pas personnellement. Mais un regard en direction de la texane lui permit de faire un calcul simple : ça suffirait au regard diplomatique. Entre Natus et Atlante, ça passerait dans son camp.
Le Meneur Jelsok ouvrit finalement la bouche après quelques secondes d’un silence pesant.

« La peur. » fit-il d’un ton sans appel. « Est pour l’ennemi. »
Son regard dévia en direction de la jeune femme.
« C’est mieux. Faites-lui tenir serment de son verbe et il couchera sous la chaleur des couvertures Natus. »

Pedge n’était pas intervenue, et à dessein, préférant laisser Matt faire sa tambouille avec le meneur. Par contre, elle écoutait, et ses yeux papillonaient d’un visage à l’autre histoire de suivre le jeu de ping pong. Elle espérait que le ranger ne fasse pas tout capoter, surtout qu’elle s’engageait plus ou moins à lui tenir la main, ou à lui faire comprendre les enjeux. Elle ne faisait pas ça par gaieté de coeur, mais plus parce qu’elle le devait. Pedge estimait que Matt était un militaire aguerri et tout militaire qui se respecte se doit se tenir convenablement devant un officiel et faire bonne figure. Des notions qui semblaient lointaines quand on observait le jeune homme déchu.
« Eversman est un militaire, et il respecte sa fonction, il suivra sa hiérarchie. », répondit Pedge laconiquement, entendant bien remettre un peu d’ordre dans les idées de Matt et dans celles de Jelsok. Propos qu’Eversman qu’approuva d’un signe de tête.
« Voilà qui est dit ! Vous feriez bien farouche Meneuse-Duelliste à cette plate vocalise... »

Eversman s’efforça de laisser couler, de ne pas relever à la remarque désobligeante. Les mâchoires s’étaient serrées mais rien ne s’était échappé de ses lèvres alors qu’un flot mauvais lui venait en tête tout comme l’envie de lui démontrer qu’il n’était pas un faible ou le moins que rien que le Meneur l’estimait être. La fatigue intense et le manque de sommeil n’aidaient pas à relativer. Il y a trois mois, il était un des Héros de son peuple et maintenant un pestiféré notoire…Les heures de sommeil se comptaient sur les doigts de la main depuis maintenant 48h. Ils n’avaient pas été épargné par les efforts, ni émotionnellement. C’était ainsi, il devait faire avec et dirigea ses pensées sur un lit, même un simple sans trop de confort mais où il pourrait enfin fermer les yeux.

Pedge haussa des épaules.
« J’ai de bons exemples à suivre parmi les vôtres, Meneur Jelsok. », rétorqua Pedge avec une certaine forme d’humilité placide. Elle pensait naturellement à Namara. Quoiqu’il en soit, elle profita de cet intermède pour régler quelques prises d’informations, histoire de.
« Loin de moi l’idée d’écouter votre conversation, mais je pense que les quatre individus dont vous discutiez toute à l’heure sont des membres de mon unité qui ont fait sécession avec mon commandement. Pour information. », ajouta-t-elle d’un ton morne.
« Par les Trois ! Des mutins Atlantes ? » S’étonna-t-il. « Une bien belle bassesse faite à votre honneur. Mais cela n’apporte nulle justification à leurs actes ! »
Il marqua une pause.
« J’ai reçu message par vos boites à voix. La chasseresse Viane et sa soeur duelliste reviennent. Elles disent les avoir vu mener étrange rituel à flash de lumière sans tonnerre. Nul coup de feu mais flammes crépitantes. »
Le Meneur Jelsok ne savait pas du tout ce que ça pouvait signifier et comptait bien sur l’appui de Pedge, ou voir même de Matt même s’il n’y comptait pas trop, pour trouver une explication logique à tout ça.
« A découvert, elles ont abordé votre groupe qui a mandé information. Le terrain le plus riche en vie, gibiers de toutes sortes. C’est mystère que tout ceci. J’ai ordonné de cesser la chasse de vos étranges amis. »
Il acquiesça.
« Viane et sa soeur ramènent les restes du rituel de lumière...elles franchiront les portes dans quelques unes de vos heures. »
« A flash de lumière... », répéta Pedge perplexe. Elle jeta un coup d’oeil vers Matt. Ce dernier n’en comprenait pas davantage et le lui signala d’un geste négatif de la tête. A part des flashbang, elle ne voyait pas ce qu’ils pouvaient faire d’autre, encore que si la chasseresse n’avait pas entendu de détonation, ce ne pouvait pas être ça, ou alors elle devait vraiment changer de fonction car elle était sourde cette Viane. En tout cas, Pedge était maintenant convaincu que les quatre larrons utilisaient leurs compétences pour survivre et parvenir à leur fin : retrouver Brass.
Pedge ne leur laisserait pas cet honneur.
« Je serai curieuse d’observer ces restes. », avoua Pedge après un instant de réflexion. Il fallait faire un truc au niveau des communications, mais avec toutes ces conneries, elle ne se souvenait plus de quoi exactement et cela la contrariait vivement. Elle ne pensait pas demander à Matt qui n’allait pas s’en souvenir de toute façon…. Ruth serait plutôt la bonne personne pour cela.
Toujours mains dans le dos et le regard baissé, le Ranger fouillait dans ses souvenirs. L’autre groupe avait fait sécession mais demeurait toujours dans la partie avec leur fuite. Ils souhaitaient récupérer le Sergent mais aussi attaquer Calahan. Il ignorait leur stratégie néanmoins un élément lui revint en tête.
« Mon Capitaine. Il me semble que Will avait évoqué une liaison montante. J’ignore ce que cela peut être.... » Il doutait que l’information leur soit utile, ils ne possédaient pas de compétences techniques poussées néanmoins il la partagea. Pour une fois qu’il s’était montré attentif.

« Votre verbe est d’un tel complexe lorsqu’il s’agit de vos machineries que j’en prends migraines absurdes. Cessez de vous torturer l’esprit. Prenez votre répit, mangez. Je vous ferais avertir dès l’arrivée de Viane pour votre enquête. Quant à vous ! »
Il tourna son regard sur Eversman.
« Tâchez de vous tenir en homme si vous ne voulez goûter à l’hospitalité de mes cachots. L’honneur de votre Meneuse ne vous protégera pas du courroux Natus si vous manquez à votre devoir. »
« Oui, Meneur. » Répondit-il aussitôt lui assurant d’une attitude des plus correctes. Eversman n’aspirait qu’à un peu de repos et ne comptait pas faire de vagues adoptant une attitude sobre.
Pedge opina du chef. Elle fit un petit signe de tête à Matt, signe qu’elle appréciait son initiative quant aux dires de Will. Elle la gardait sous le coude pour en reparler plus tard avec Ruth.
« Merci meneur Jelsok. », ajouta Pedge de son ton morne, ne cherchant pas à le retenir plus longtemps.

Peu de temps après, le Meneur du camp dépêcha l’un de ses aides pour guider Matt et Pedge. C’était un tirailleur borgne qui donnait tout l’air d’un vétéran. Il les salua respectueusement, étant un peu moins jouasse en passant à Matt. Puis il les emmena. Leur expliqua rapidement qu’ils pouvaient se restaurer à la cantinerie qui se trouvait sous le préau, là où une bonne cinquantaine de Natus dinaient déjà, avec une camaraderie joyeuse, sur de longues tables rectangulaire.
Il présenta ensuite la maison de rocaille ordinairement prévue pour les médecins de passage comme Isia “la tempétueuse” ou les psychologues, rappelant qu’il s’y trouvait dans l’arrière salle un dortoir de six lits déjà apprêtés pour eux. Puis le bâtiment rectangulaire qui abritait les bains. Elana en était déjà ressortie, accompagnée de Zetah qui lui faisait également la visite guidée. Puisque sa tenue n’était pas encore revenue de la blanchisserie, on lui avait donné comme pour Ruth une toge d’un tissu blanc qui rappelait les femmes de la grèce antique.
Pedge, Matt et Elana se rencontrèrent donc aux abords des bains. Ruth avait pris une autre direction en laissant à sa collègue l’information. Elle s’était rendue dans le bâtiment de commandement du Meneur pour remettre à jour la carte tactique. Comme toujours, Ruth ne voulait pas n’avoir rien à apprendre au Capitaine lorsqu’elle viendrait la voir.


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Lun 3 Juin - 20:35
Elana Ravix
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L'ENFER BY CALAHAN
23/07/2018


C’est avec un soupir d’aise qu’Eversman délaissa l’équipement, le posant délicatement au pied du lit qu’il s’était choisi. A défaut d’un gilet tactique, les différents objets avaient été attachés, accumulés à certains endroits du vêtement sur-mesure. Résultat, il lui fallut deux bonnes minutes avant de s’être séparé du matériel notamment les derniers chargeurs bloqués par l’élastique de son boxer. Rien ne valait un bon treillis et un gilet tactique pour éxécuter les missions dévolues à un militaire. La tenue improvisée était loin d’être pratique, peu respirante et agréable. Il mourrait de chaud à l’intérieur. L’espèce de poncho fut agrippé par le col avant d’être finalement extrait après pas mal de résistance. Malgré le brin de toilette primaire faite à l’extérieur du camp, ça sentait forcément le fauve après deux jours d’efforts ininterrompus. Une douche, les dents et au lit !

Il attrapa le haut avant de prendre la direction des bains, ça s’imposait après tant d’efforts et pour ne avoir à dormir à l’extérieur du dortoir.

La française avait quitté les bains avec une forme de lassitude… ce passage avait donné à son corps le droit de se reposer et celui-ci réclamait qu'elle aille s'effondrer quelques parts pour prendre le repos tant attendu. De plus il faisait bien sombre dehors…elle salua Ruth l'informant qu'elle ne devait pas trop tarder pour dormir… avant de suivre le Natus. Elle peinait à écouter la visite faite par ce charmant coursier… elle se concentrait un peu plus, pour bien visualiser les différents chemins menant aux bâtisses importantes et surtout pour ne pas se perdre. Elle avait horreurs de ne pas savoir où aller et surtout – et cela elle ne l'avouerait jamais- elle redoutait de se perdre quelque part. De se sentir benêt, ou moquer par des œillades amusées en la voyant chercher désespérément son chemin. Une expérience qu'elle avait vécue plusieurs fois jeunes, surtout quand elle avait eu son permis de conduire, un peu trop sûre d'elle, elle avait fini par s'arrêter et appeler en pleur son père pour qu'il vienne la chercher et surtout la sortir de ce fichu lotissement à 5 kilomètres de sa destination finale !

Sur le chemin, elle croisa le capitaine, lui demandant si elle avait besoin d'elle ou de quelque chose en particulier. Dans le cas échéant, elle s'en occuperait immédiatement, sinon elle lui demanda la permission de prendre un repos bien mérité.
Pedge lui confirma qu’elle pouvait prendre du repos et qu’elle ne manquerait pas de la réveiller le moment venu afin de se remettre en route. La capitaine ne s’attarda pas sur la toge blanche qui drapait ses formes, se doutant que les Natus étaient passés par là pour lui laver ses fringues. Elle s’enquit du lieu où se trouvait Ruth et laissa Elana allait se reposer.

Contrairement à Ruth et sa pudeur, la française n'avait pas de problème spécifique avec ça et la tenue fluide digne de la Grèce antique… celle-ci, lui procurait une sensation de liberté tout à fait appréciable. Quand ses affaires furent à nouveau propres, elle se dirigea vers le dortoir, pour les enfiler et tâter un peu son sommier. Elle avait retiré sa veste et elle se trouvait en débardeur ébène sur le meuble. Il ne fallut pas longtemps pour qu'une silhouette pénètre dans le lieu.
« Tu vas bien ? » demanda t’elle directement au ranger.
Cette voix familière attira l’attention de l’aspirant qui cessa de regarder aux alentours pour focaliser sur son interlocutrice : Elana, les cheveux encore humides. Il plissa légèrement les sourcils, peu habitué à la voir prévenante avant de finalement afficher un sourire malicieux.
« Oui. J’ai hâte de plonger sous l’eau chaude. ». Une douche ou même un bain chaud, c’était du grand luxe en pleine manoeuvre. Il hissa légèrement le haut qu’il avait en main. « Tu sais où il y a un coin où je peux nettoyer ça ? » A défaut d’un treillis, il aurait un haut un peu plus propre.
« Tu donnes tes fringues aux Natus du bain et ils vont les laver. » dit-elle de son ton habituel. « Les bains sont bien chauds, fait gaffe a ne pas te noyer. » lui lança t”elle avec un rictus au coin des lèvres.
« Tu appelles ça des fringues toi ?!. » Répondit-il avec un sourire. Il doutait qu’on puisse laver ce genre de trucs mais bon il n’avait rien à perdre.
« Mais merci pour les conseils. J’espère qu’ils font des location de bouées. »
« Ils en ont la fonction. Sinon les Natus ont de jolie robe blanche si tu préfères. » Elle venait d’imaginer Matt dans l’une des toge et cela la fit un peu rire. Il aurait presque l’air sage ainsi vêtue. Un petit rire simple qui continua rapidement après la seconde phrase du ranger. « Tu rêves ! Par contre tu as des maîtres-nageurs. » elle s’étira l’épaule droite.
« Parfait alors ! . » Répondit-il en haussant les épaules restant sur le ton de la conversation.
« Au fait Caporal, tu es même pas étonné de me voir ici ? A croire que je ne t’ai pas manqué ! » Demanda-t-il passant son chemin en la bousculant gentillement d’un coup d’épaule.
« Non, je ne suis pas étonné. Je ne doutait pas un seul instant que la capitaine allait te faire rentrer dans le camp. » elle encaissa bougea un peu de quelques centimètre en grognant. Elle lui rendit son coup d’épaule de manière bourrue.
« Par contre, je suis déçue j’aurais bien mangé un peu de gras avant de dormir. » Une manière comme une autre d’aborder le sujet, même si elle n’est pas bonne en communication.
A l’évocation d’une pizza, ce fut la douche froide pour le Ranger qui s’immobilisa tournant lentement la tête vers elle. Cette fois, il n’y avait plus qu’aucune once d’amusement chez lui et les traits étaient devenus plus durs. « Il y a eu une nouvelle livraison, Caporal. Il me faut récupérer la couronne et... » Il marqua une hésitation, baissant les yeux avant de finalement lui avouer. « Et Calahan a mis à l’oeuvre son plan me concernant. » Il valait mieux éviter de parler du sort d’une Natus ouvertement.

Elana avisa la tête du ranger… sujets donc très sensibles ; il avait eu le droit à une petite nouvelle de Calahan bien piquante des oursins. La couronne était facile à trouver Ruth l’avait et ce n’était pas faute de l’avoir prévenu mais il avait refusé de la reprendre. Quand a la Natus, le capitaine avait donc les couilles de ses ambitions, chose pas surprenant mais bon… cela chiffonnait toujours Elana de voir l’étendue de ses « pouvoirs » même dans une manœuvre d’entrainement. Ce mec était flippant quand même. Enfin pour en revenir à Matt, il était bien trop expressif, surtout pour les sentiments de colère… elle se demandait s’il était tout aussi facile de le lire lors d’un mensonge ou non.

Elle s’approcha de lui, mettant une main sur son épaule la tapotant. Par contre, elle était sérieuse pour la pizza, elle l’aurait bien aidé à la finir, surtout que caché dans un bâtiment Calahan ne pouvait pas voir si le ranger était aidé ou non. Enfin son geste était suffisamment parlant, pour lui marquer son soutien et sa compassion. Elle changea de sujet.
« Je vais me chercher a mangé, je te ramènes à boire ? » car il serait étonnant qu’il ait envie de manger.
« Je veux bien, s’il te plait. » Il lui adressa un signe de la tête, reconnaissant pour son attitude bienveillante et sa compassion. C’était fait, Yin était aux mains de Calahan maintenant. Mine de rien, elle lui avait fichu un petit coup au moral en lui replongeant le bec dans l’eau.
« On se retrouve au dortoir. » Lança-t-il avec un mince sourire avant d’avancer déposant ses pseudo-vêtements avant de rejoindre les bains.

Elana hocha la tête, sortant à son tour pour gagner la zone du buffet où tous les Natus profitaient d’un bon repas avec joie et rires.




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Lun 3 Juin - 20:41
Matt Eversman
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L’équipement et les armes avaient été vérifié et préparé pour le lendemain. Autant Eversman pouvait être capable de mettre un bazar pas possible tant il n’était pas organisé dans sa vie personnelle, autant là tout était aligné et prêt. Ne manquait plus que la tenue pour le lendemain, les Natus lui ayant demandé un délai supplémentaire tout en lui assurant qu’il l’aurait à l’aube. Tout étant prêt, le Ranger ne se fit pas prié pour rejoindre le lit qu’il lui était attribué se lovant dans la couverture et c’est en à peine quelques minutes qu’il s’endormit paisiblement.

Il était si épuisé qu’il n’entendit pas les pas s’approcher de lui. Son instinct naturel lui souffla qu’il n’était pas seul. Mais avant qu’il ne puisse réagir, une force impressionnante retourna le lit dans lequel il se trouvait.
« Ahaaa... » Le jeune homme se sentit vriller brutalement et rencontrer le sol tandis que son matelas lui retombait sur la tête.
Quelqu’un venait de renverser le lit avec lui à l’intérieur.

Forcément, cela réveilla le Rangers. Et lorsqu’on le connaissait bougon, on s’imaginait ce que cela pouvait être quand il se levait du pied gauche. Ce n’était qu’un début.
« Qu’est ce... » Matt, qui n’avait pas été épargné depuis le début de la manoeuvre, fut accueilli d’une gifle monumentale à la volée, lui faisant apparaître quelques étoiles dans le champ de vision. Le coup le renvoya aussitôt s’assoir sur la garniture en bois de son lit retourné et la silhouette d’une duelliste au regard meurtrier se dessina au travers de son regard embrumé.

« Par les Trois, tu oses dormir ?!? » Siffla-t-elle haineuse.

Elle lui adressa un coup de botte sans violence mais passablement humiliant.

« Debout ! Vil besogneur honteux. OU EST MA PETITE SOEUR ?!? »

La natus était grande, rousse, le regard étincelant d’une assurance qui laissait à penser qu’elle n’avait strictement pas peur des conséquences en l’accueillant de la sorte. Bien au contraire, elle avait armé sa prochaine gifle pour rougir son autre joue s’il avait l’intention de répondre autrement. Il y avait un air familier sur son visage. Retirant la colère, en l’affinant un peu, la rendant plus petite et ce serait le portrait craché de Yin.
Si sa jeune amante était la douceur incarnée, celle-ci se trouvait aux antipodes en se comportant comme un requin hystérique. Elle tremblait de colère et se contenait pour ne pas refaire le portrait de cet homme qu’elle avait salement catégorisé.

« Répond. Ne me donne point raison à te faire festoyer tes propres tripes. Où est ma petite soeur ?!? »

Non mais elle sortait d’où cette furie ? Repérant le bras armé prêt à lui cingler l’autre joue, la main du Ranger se leva afin de se protéger d’un nouveau coup. Il ne comprenait pas trop ce qui lui arrivait, pourquoi elle lui gueulait dessus comme un putois ?! C’était qui d’ailleurs cette fille, cette malade ?! Et pourquoi venait-elle l’embêter avec sa petite soeur ? Il était plutôt long à la détente alors avec un réveil pareil… Ce qui comptait à ce moment précis était de quitter cette position de faiblesse pour lui faire face et être en mesure de se défendre. Le holster et son M9 était proche, il tendit la main pour le récupérer tout en se redressant.
« C’est qui ta petite soeur ? Qui es-tu ? »

Elle était exercée au combat. La manoeuvre de Matt ne lui échappa pas du tout et elle planta rageusement sa lance à côté du holster pour lui interdire l’approche.

« Comment Yin peut-elle porter intérêt à tel mollusque. Par les Trois ! C’est ma dernière famille et tu me l’as prise. Je suis Aréa Destya !!! »
Le holster et son contenu était hors de portée. Il y renonça pour le moment montrant les paumes dans un gage de non-violence. « Yin ? » Répéta-t-il, les différents éléments s’imbriquant enfin dans son crâne. « Tu es la soeur de Yin ? »
« Tu es la soeur de Yin ? » Mima-t-elle avec une voix débilitante. « MOLLUSQUE ! DOIS-JE AJOUTER PROCHAINE BAFFE À NOURRIR TON INTELLECT ?!? »
Le hurlement lui fait reculer d’un pas, se prenant les pieds dans les décombres du lit et manquant de peu de perdre l’équilibre de nouveau. Il n’en menait pas large, en caleçon face à cette folle furieuse et balança les informations qu’il détenait. « Elle… Elle est avec Calahan. Il la retient prisonnier. »

Le visage de la jeune femme se ferma d’autant plus.
« Quelle surprise l’Atlante !!!! M’en voilà résolument informée, plus qu’à dormir aisément comme tu le fais ! A m’en croire ignarde ! »
Elle décrocha sa lance pour la reposer près d’elle. Sa voix était pleine de haine mais aussi d’émotions et de détresse.
« Les inquisiteurs sont partis !!! Ils vont pour elle, sale traitre ! Qu’as-tu dit ? Qu’as-tu fais ?!? Comment oses-tu ! Elle pansait tes plaies ! Ton âme ! Et toi ?!? Tu goûtes la chaleur des draps Natus ?!? »
Son regard meurtrier le fusillait.
« Qu’as-tu dit ??? »
Matt en resta sans voix, la bouche entrouverte. Les Natus allaient au devant de la Médiscastre, ce n’était pas bon du tout ça ! Vraiment pas bon ! Le rythme cardiaque augmenta brusquement.
« Non. Elle mérite pas ça... » Lâcha-t-il tout en massant son crâne réalisant que Calahan mettait sa menace à exécution. Tout ça à cause de lui. C’était lui le responsable des ennuis de la jeune femme, elle n’avait voulu que l’aider et lui l’avait sacrifié pour sauver sa place. « [color=darkcyan]Tu sais où vont ces inquisiteurs ? /color] » Lança-t-il ayant subitement l’idée folle de les intercepter.
Aréa secoua la tête comme si elle recevait une provocation. Elle arma son geste pour lui en mettre une mais se ravisa au dernier moment.
« Par les Tréfonds. Où selon toi, mollusque ?!? Au camp du traître Atlante !!! Missionné à déclaration de traitrise de ma soeur ! »
Une larme de rage glissa sur son visage rouge.
« Elle a soigné en Magna. Elle a soigné en ce désert affreux ! C’est médicastre d’art Atlante renommée. Et elle va tout perdre. TOUT…. »
Elle le sonda avec dégoût.
« POUR CA ?!? Délassé dans draps Natus ?!? J’en gerbillerai ma bile de honte...honte ! »
Le poignard venait d’être inséré de nouveau dans la plaie, l’élargissant avant de bien tourner la lame pour bien raviver tout ça. ça faisait mal, bien mal ! Il n’était qu’un putain de traître, un égoiste qui avait choisi de sacrifier une bonne âme pour sauver ses fesses ! L’humiliation, la honte et surtout la colère montaient très rapidement en lui. Un cocktail explosif qu’il était loin de savoir maîtriser. Il méritait bien davantage qu’un réveil en sursaut et quelques gifles pour avoir traîné sa soeur dans les ennuis. Lui dormait paisiblement pendant que Yin attendait ligotée d’être jugée pour trahison. Les secondes s’écoulaient, Matt ne réagissait pas, mis à mal et envoyé dans les cordes du ring.
« Tu… Tu connais la localisation du Camp ? » Finit-il par demander n’osant même plus affronter son regard. Une idée lui venait en tête, un plan complètement désespéré. « On peut les intercepter… ou peut être attaquer le camp. »

Aréa secoua négativement la tête. Bien sûr qu’elle ne connaissait pas la position du camp. C’était la haine, la colère et la peur qui la guidait. La torture durait depuis si longtemps en elle qu’elle explosait devant Eversman. Les larmes roulaient en plus grand nombre sur ses joues cette fois. Elle parla d’une voix tremblante et cassée. Mais Aréa était aussi résolue que pouvait l’être une Natus mise à mal.
« Je prête serment sur mon honneur. Les Trois m’en soient témoins ! Si ma petite soeur subi foudres des inquisiteurs, nul lieu te fera refuge ! Quel que soit le temps, l’endroit ou l’effort, je te trouverai. »
Elle inspira. Sa respiration était hachurée et forte.
« Je ferai valoir droit Natus. Je te passerai au fil de mon arme en combat singulier. Je vengerai l’affront, Matt Eversman, voleur d’honneur, je te tuerai. JE LE PROMETS ! »

Une nouvelle épée de Damoclès venait de prendre place au dessus du crâne d’Eversman, rejoignant celle brandie à bout de bras par le Colonel Caldwell. Elle n’était pas semblable à la première. Celle là lui promettait un retour sur terre entre quatre planches. C'était bien différent. C’était bien la première fois qu’on le menaçait de la sorte ! La détermination et la haine de la jeune femme étaient telles qu’il ne doutait pas de ses intentions. Si la soeur était perdue, Aréa mettrait sa menace à exécution. Le pire là dedans, il ne pouvait lui en vouloir. Matt n’allait pas seulement gâcher la vie de la médicastre mais aussi celle de toute sa famille, la couvrant de honte.

Qu’elle l’achève de suite pensa-t-il baissant la tête tout en lâchant un soupir sonore. Baisser la garde n’avait plus aucune importance alors qu’il prenait son crâne en main oubliant toute consigne de sécurité. Cette folle furieuse était parvenue à exploser toute l’assurance du jeune homme dans le choix pris quelques heures auparavant. Le doute l’envahissait. Avait-il fait le bon choix ? N’aurait-il pas dû collaborer avec Calahan pour la ramener en sécurité ? Qui était-il pour choisir de sacrifier plusieurs vies pour la sienne ? Toutes les certitudes d’Eversman volaient en éclats.

Une chose était certaine : si la vie de Yin volait en éclats, s’il était responsable de sa chute et de celles de ses proches, jamais plus il ne pourrait se regarder dans un miroir. Retrouver son poste sur Atlantis valait-il ce sacrifice ? Devait-il sacrifier sa carrière, sa vie dans cette galaxie pour que d’autres vivent ? La logique aurait voulu que oui. Il en devait plus d’une à cette jeune médicastre qui lui avait sauvé la vie et lui avait apporté à plusieurs reprises du réconfort. Matt ne savait plus, tellement paumé sur les choix à faire qu’il ne remarqua pas de suite qu’il était de nouveau seul dans le dortoir. L’autre s’était fait la malle tout aussi discrètement qu’elle était arrivée laissant un bazar sans nom.

Eversman rongeait du noir, son regard avait fini par se poser sur la cicatrice imposante de son avant-bras. Ce souvenir de cette tentative ratée, de cette douleur intense lorsqu’il avait cherché à s’ouvrir le plus possible, la résistance des chairs contre cette lame de fortune, ce liquide chaud qui s’échappait… Tout lui revenait en tête. Peut être que tout serait différent s’il avait réussi. Yin n’aurait pas été inquiétée, beaucoup n’auraient pas eu à subir ces conneries…Peut être est-ce là la meilleure solution pour que chacun s’en sorte de la meilleure façon ?! De sombres pensées commençaient à s’insinuer dans son esprit. Pas question d’utiliser un vieux tesson de nouveau, il y avait des solutions plus faciles à porter. Un M9 à bout portant et hop. ça serait fini en quelques instants.

Il y avait aussi cette radio et au bout de celle-ci, le tortionnaire de Yin… Trahir ses coéquipiers pour la sauver, elle ? Il passa un très long moment à observer le dispositif de communication essayant de peser le pour, le contre. Il n’avait pourtant toujours pas de solutions après ce temps et se sentait tout autant perdu qu’au départ. La fatigue n’aidait pas, il était pourtant hors de question de fermer les yeux. Matt caressait du pouce le visage figé de Yin, sur cette photo essayant de trouver une solution, l’esprit à la dérive. Utiliser le dispositif de communication le tentait de plus en plus. Quand au contenu du message, il n’en avait aucune idée. Il ne voulait plus être un traître, il ne voulait pas non plus que Yin en subisse les frais. Il avait le cul entre deux chaises bien éloignées, prêt à tomber dans le gouffre. Il finit par tendre la main pour attraper l’appareil.





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Lun 3 Juin - 20:47
Elana Ravix
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L'ENFER BY CALAHAN
23/07/2018


Un environnement véritablement nouveau pour Elana qui pénétrait sous ce grand préau ouvert, même si cela lui rappelait les camps de vacances dans en Auvergne. La plupart des hommes s’étaient déjà rassemblé sur les bancs qui filaient sur de nombreux mètres. Les uns en face des autres, ils dinaient en se passant leurs verres. Ils découpaient des tranches d’un pain local et mangeaient dans des assiettes en terre cuite. Le service en argile était si rudimentaire qu’il semblait avoir été fait ici.

Les rires allaient de ci de là. Il n’était pas rare que les soldats s’échangent des accolades ou des coups sur les épaules, vraisemblablement revenus d’une manœuvre assez épuisante. Ceux qui étaient restés au camp les soutenait en faisant le service. Comme une famille qui aurait accueilli celui qui avait le plus galéré, qui entrait en découvrant la table déjà prête, ils appréciaient l’attention. La française appréciait déjà cette ambiance de franche camaraderie, après tout, elle avait intégré l’armée pour être dans cette grande et belle famille. Et il était véritablement appréciable de voir des peuples aliens avec ce même principe. Elle s’était toujours imaginée qu’en venant ici, elle serait stupéfaite et trouverait les cultures étrangères bien trop différentes et où il était difficile de s’identifier … mais à cet instant, elle retrouvait un peu de familier et cela était rassurant voir réconfortant. Surtout après la dissolution de son équipe et cette journée de merde.

Là où le regard d’Elana se portait, elle y trouvait une franche camaraderie et la bonne humeur. Comme toujours, il y avait quelques comiques pour mettre l’ambiance et déclencher quelques vagues de rires. C’était, manifestement, le cas de l’un de ces types qui, dans le fond, touillait une marmite de fonte avec une loupe en bois. L’un des cuistots auquel Elana devait s’adresser pour manger.

« Par les Trois, regardez donc ce qu’on nous amène !!! » S’écria-t-il avec un regard étincelant. « L’on nous promet visite Atlante et c’est belle gueule d’Athosienne qui fait risque de son approche ! »

Il déclencha une nuée de rire bon enfant et quelques boutades sur la stature d’Elana. Boutades qui ne firent pas mouches chez elle… elle était patoise intérieurement, une faible moue sceptique se dessina sur ses lèvres. Qu’est-ce qu’ils racontaient ? Une Athosiennes ? Elle avait une gueule d’Athosien ? Dans un sens, elle n’avait pas spécialement regarder les minois de ce peuple… sauf peut-être le barman du bar qui était plutôt typé, mais elle n’avait pas la peau dorée et les yeux amande. Enfin, pour une fois qu’on ne la compare pas à quelque chose d’inanimée. Elle avait gagné cette fois, le côté « vivant ».

« Drankel ! » Fit-il avec un clin d’oeil pour se présenter.
« Caporal Elana Ravix » répondit-elle de son air morne.

Une bonne odeur émanait de son chaudron. Un bon mélange de viande et de légumes locaux mijotant à petit feu. « Alors, l’Athosienne, c’est bon plat Natus que tu viens m’arracher ? C’est que ce n’est pas offert. Par mon sang, non !!!! »
« Que les Tréfonds nous garde. Ventre trop plat pour te voler tout ton chaudron Drankel. Nous sommes saufs ! » Plaisanta un tirailleur non loin.
« Ola, les gars ! Que voulez-vous pour ce soir ? Conte de Natus ? »
« NONNNNN ! » crièrent gravement tous les Natus d’une voix unique et joyeuse.
« Conte d’Atlante ? »
« NONNNNN ! »
« Conte d’Athosienne ? »

Le rire général monta. Pas moqueur, surtout joyeux et bon enfant. Le contingent Natus attablé se mit à tambouriner de ses pieds et des couverts. Ils martelaient tout en scandant : “Athosienne, l’histoire ! Athosienne, l’histoire ! Athosienne, l’histoire !!!”.

Une sueur coula dans son dos avec un pincement, suite à cette réaction inattendue… elle n’allait pas leur raconter une histoire ? elle était mauvaise là-dedans et surtout c’est elle qui adorait en écouter…elle se sentait soudainement très mal à l’aise pour ne pas dire carrément pas à sa place. Son regard commença à chasser de droite à gauche…

Drankel rigola grassement. Il invita Elana à monter sur la table, là où quelques Natus venaient de lui faire une petite place. Pour se faire, il avait prit les devants et lui tendait la main pour l’aider à grimper à son tour devant toute l’assemblée qui lui réclamait une anecdote. Tirailleurs, duellistes, chasseresses, chef de groupe, ils appréciaient visiblement la soirée de cette sorte de bonne ambiance. De leurs cris et encouragements, ils scandaient ce nouveau surnom qui était tombé sur Elana n’importe comment. Et elle n’eut pas le choix que de montée sur cette fichue table.

« Ola, silence ! Silence partout !!! » Scanda Drankel de sa voix forte. Sa main présenta Elana dans sa toge blanche. « Voici venu le conte de vie d’la gueule d’Athosienne ! A l’écoute les amis !!! »
Le silence se fit soudainement. Les regards étaient braqués en direction de la parachutiste alors qu’ils mangeaient et buvaient sans trop faire de bruit.
« Raconte un combat... » murmura Drankel pour l’aider. « C’est bienvenue pour invité des Natus. Entendu ? »

Qu’allait-elle leur raconter franchement ? Elle regarda l’assemblée complètement désarmée devant tout ça… elle n’aimait pas spécialement être le centre de l’attention et une montée de stresse se fit sentir dans sa gorge.
« Hum… je n’ai jamais été une bonne compteuse… » grogna t’elle, avant de se dire que comme elle n’avait pas le choix autant jouer un peu le jeu et filer dans le dortoir avec le ventre plein et de l’eau pour Matt… et puis elle était lasse alors elle se laissa entraîner par cette vague de « bonne humeur ». « Une préférence ? Un peu de sang pour ces messieurs et du drame pour ses dames ? »
« Bah ! Une timorée !!!! » S’écria-t-il.

Une huée de sifflement guilleret et provocant monta immédiatement. Drankel leva les mains pour les calmer et ajouta.
« Choisis et raconte l’amie. Ce n’est point à l’auditoire de faire son choix... »

Elana croisa immédiatement les bras face à cette huée… déjà qu’elle n’aimait pas raconter des histoires… elle avait envie de se barrer et de les laisser dans leur délires. Mais ce n’était que de la frustration mélangée à de la gêne et de la fatigue.
« Dans ce cas, vous n’avez pas intérêt à vous plaindre ! » Grogna t’elle de plus belle. Elle réfléchissait quelques instantes histoires de trouver un combat. La seule chose qui lui venait en tête était cette affreuse mission chez les barbares avec son viol, cela l’obsédait encore et il était hors de question de parler de cela. Surtout qu’il n’avait rien de glorieux. Et le second combat qui lui venue en tête était bien plus épique mais… tragique. Au moins, ils en auraient pour leurs impatiences. Cependant, elle devait adapter un peu l’histoire pour ne pas parler de la terre.
« Nous étions six à être parachutés en terre ennemie, afin de récupérer des otages civils. » Commença t’elle se souvenant parfaitement de la chaleur écrasante et l’humidité collante de Guyane De simple familles qui n’avaient rien demandé, sauf à suivre le soldat de leur famille à travers le monde. Mon groupe a dû pénétrer dans une jungle étouffante et boueuse, la pluie avait fait de siennes la veille… sans parler des pièges qu’avaient laissé les terroristes pour nous ralentir ou simplement nous éliminer. » Elle ne savait pas comment leur raconter l’intensité de cette progression, les hurlements des malchanceux qui s’étaient fait prendre et la rage aux cœurs de ne pas savoir si les familles allaient être sauvées à temps…
« Quand nous sommes arrivés à leur campement… la mort nous attendait, un groupe se jeta sur nous avec violence, alors qu'on sentait l'odeur de chair brûlée et les hurlements… suite à un féroce combat, nous n'étions plus que deux, espérant que les renforts n'allaient pas tarder. Le reste du campement était vide… il n'avait plus rien… tout était ravagé par les flammes, des corps non identifié brûlaient encore … Une demi-heure plus tard, la pluie était revenue, balayant le sol d'ondes détestable, mais sans elle, on n'aurait pas vu, la trappe dans le sol… une trappe qui menait à une galerie souterraine creusée et où se réfugiait nos ennemis. Une radio abandonnée nous contacta pour nous proposer un marché, des armes contre des vies… » elle ravala sa salive, vivant en souvenir des moments racontés d'une manière factuelle. « Les renforts ne pouvaient pas nous rejoindre… mais ils avaient trouvé eux aussi une trappe à un kilomètre de là. Surement une sortie. Mon frère d'arme prit la radio pour accepter l'échange, leur faisant croire que nous étions venus avec ce dont ils recherchaient, une arme interdite par nos gouvernements, mais que nous avions au cas où… On nous avait demandé de ne plus rien laissé dernière nous après tout. Éric fit croire cela et qu'il échangerait cela contre les familles. Ils ont accepté et il s'engouffra dans le tunnel avec. Je devais monter la garde… »
Elle se tut quelque instant, sa voix si neutre avait tressaillit sur la fin et elle peina a ravalé sa salive. « Les familles sortirent, pendant que je les réceptionnais mais Éric non. Il explosa avec le reste de la galerie… se sacrifiant … pour nous … pour eux... » elle soupira descendant de la table, cela lui faisait quelque chose de raconter ça, avec moins de détails… mais elle l'avait raconté et sa main tremblait contre sa cuisse... Elle baissait le regard sur la terre et soupira. Sale souvenir que sont les combats…. Et la perte de son ami proche et frère d'arme.

Aussi étonnant que cela pouvait paraître, et même si les Natus ne comprenaient pas tout des termes employés, ils saluaient régulièrement les actions des militaires. Les propos d’Elana se ponctuaient d’exclamations respectueuses, encourageantes. Les Natus levaient parfois la main, tapaient sur la table, à croire que cette armée de regards fantôme s’étaient transportés dans l’espace et le temps pour encourager cette aventure.

Au moment où Elana descendit, affectée par son anecdote, elle découvrit un martèlement régulier félicitant l’échange. Drankel sauta de la table pour venir se saisir de son bras, là où il clama joyeusement :
« Halte là ! Seul lâche fuit la mémoire de ses frères d’armes !!! »
Il prit un verre qui lui appartenait visiblement et y versa le contenu d’une bouteille en terre cuite.
La jeune femme tressaillit se bandant les muscles dans un mouvement de défense. Elle leva le regard vers le « tavernier » avant de se forcer à relâcher les muscles et sa mâchoire. Certes, elle n’aimait pas forcément le contact, mais cette soudaine tension était bien due au contact d’un homme sur sa chair. Elle se remit droite, saisissant le verre que lui offrait si joyeusement Drankel. Essayant de ne rien montré de sa réaction, laissant croire que ce ne fut que de la surprise. A l’odeur, il était clair que le liquide translucide était une gnôle locale particulièrement forte. Le cuisto le lui fourra dans les mains avant de se servir à son tour. Tous les autres Natus avaient fait de même, pour ceux où les verres étaient encore vides, et le silence retomba soudainement sans qu’il n’ait à le demander.
« Ola Natus !!! » fît Drankel en présentant son verre. « Au salut d’Eric le Sacrifié. Honneur du brave et de la protection du faible. Puisse sa valeur nourrir nos âmes de son exemple. »
« ERIC LE SACRIFIE !!! » Tonna brutalement, avec force et un respect martial, les voix de tous les Natus.
Ils burent tous une gorgée à la mémoire de cet homme qu’ils ne connaissaient pas. Maintenant que l’histoire avait été conté de la part d’Elana, l’assemblée reprit son repas dans la joie et la bonne humeur. Ils ne semblaient pourtant pas s’en être moqué. Mais la perte d’être cher et les histoires d’honneur était un quotidien Natus. C’était de cette façon qu’ils se remémoraient leurs soldats tombés et qu’ils leur faisait honneur. La vie devait se poursuivre pour que les sacrifices n’aient pas été vain.

En toute franchise Elana était touchée de cette réaction à l’unanimité. Une boule de chaleur se fit au fond de son cœur et un rictus tout ce qu’il y a de plus naturel se dessina sur ses lèvres. Éric aurait adoré vivre ce moment, être avec de parfait inconnue, qui comprenne vos combats sans même avoir à parler longuement de chacune de leurs expériences. Elle regarda son verre, voyant que tous l’enfilait directement, surement une tradition. Elle hésita à faire de même… puis finalement pour rester dans leur culture elle but une gorgée…
« A toi : Le sacrifié » mumurat’elle. Le goût était inhabituel pour une terrienne, mais pas déplaisant pour autant. Elle le trouva à son goût, de toute manière elle avait toujours aimé les alcools bien forts. Eh bien cette manœuvre était déroutante et riche, même en relation humaine extérieur. Elana n’était pas mécontente de se retrouver dans ce camp. Elle n’aurait jamais pensé narrer un récit de combat…et surtout que son auditoire ne se fasse pas chier (du moins personne ne lui avait montré). Elle y tira une petite satisfaction personnelle et puis, parler un peu d’Éric lui faisait du bien, celui l’empêchait de penser à son nouveau traumatisme tout frais et qui attendait qu’une chose : se rappeler à son bon souvenir à chaque instant.

Drankel posa son verre en faisant claquer sa bouche, ce qui attira l’attention de Ravix qui déposa à son tour le verre en terre cuite.
« Hum ! Bien raide comme je l’aime. » Son regard se posa sur Elana. Il lui présenta les quelques écuelles à coté. Du pain s’y trouvait également. « Mon chaudron t’appelle, l’Athosienne, ne lésine pas à la louche. Mange de tout ton saoul, c’est fort bien mérité ! »

L’Athosienne… cela allait être son surnom il avait été adopté par les Natus.
« Merci. » elle lorgna sur la nourriture et déjà son ventre faisait la samba ! Un gargouillis sonore se fit entendre et elle eut une petite grimace en se le touchant… Elle ne chercha même pas à savoir avec quelle bête le ragoût avait été cuisinier, cela ne serait pas pire que de manger du chien de combat ou de la tambouille aux crins de licorne. Elle se prit une bonne part, voulant faire une réserve pour tenir jusqu’au prochain repas, celui du midi ou même du soir. Elle ne savait pas quand, elle remangerait. Dans les faits, elle préférait prendre un peu plus pour tenir.
« Je ressemble vraiment à une Athosienne ? » Demanda t’elle tout en se servant une louche de viande et de légume. Elle cherchait du regard une carafe d’eau.
« Et bien... » fit-il en la sondant. « Ce visage de pierre, a nulle amende ni gaieté, fait bel exemple d’air Athosien face à tout bon Natus. »
Il haussa les épaules.
« C’est bien première fois qu’on y scande ce surnom sans rage ni colère. N’y voyez pas l’offense, c’est simplement familiarité que nous trouvons sur vos traits durs. »

Elana conclut que les Athosiens ne semblaient pas très expressif, du moins en présence de Natus. Elle se demanda s’il avait un conflit ouvert entre les deux peuples locataires du continent… surement, mais elle ne voulait pas s’en mêler. Cela ne la regardait nullement.
« Je ne suis pas vexée. J’ai déjà eu bien pire comme surnom. » Dit-elle simplement avant de faire un léger sourire à l’homme et prendre place sur une table pour manger.




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Matt Eversman
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Dès qu’elle eut fini son repas, elle mit les restes là où ils devaient être et emporta la carafe d’eau avec elle. Après tout, elle avait un grognon sauvage à abreuver et ce n’est pas avec les gouttes de rosées qu’il allait étancher sa soif. Quand elle pénétra dans le dortoir celui-ci ne ressemblait plus vraiment à l’endroit qu’elle avait quitté. Il avait une touche de bordel arrangé qui n’échappa à la jeune femme. Matt était en train de prendre une radio à ce moment-là.
« Il s’est passé quoi ici ? » Dit-elle en marchant vers le militaire pour lui tendre le pichet.
Cette voix fit sursauter le Ranger qui stoppa tout mouvement et tourna aussitôt la tête dans la direction reconnaissant une Elana Ravix avec un pichet à la main. Que comptait-elle faire avec ça ? L’assommer ? il en devenait méfiant étudiant sa gestuelle quelques instants. La détente s’accompagna d’un soupir alors qu’il passait une main sur son crâne tout en constatant l’étendu des dégâts autour de lui. C’était le bordel, la Natus telle une tempête avait laissé un sacré bazar derrière elle. Il ne le constatait que véritablement maintenant. Il se redressa s’aidant de la structure du lit reposant la radio au passage sur la table de chevet.
« La soeur de Yin est passée me rendre visite. » Lâcha-t-il tout en commençant à remettre la pièce en ordre, débutant par le lit. Plutôt ses affaires vu qu’il était le seul concerné par les dégâts. L’arrivée du Caporal avait eu le mérite de l’obliger à se bouger, à penser à autre chose même si bien vite les pensées sombres revenaient, le choix crucial aussi.

« Hum… plutôt sauvage comme visite. Elle voulait quoi ? » demanda la caporale qui observait Matt s’afférer pour ranger ce bordel. Elle espérait qu’il ne lui sorte pas une connerie du genre “mon cul”.
« Ma peau… » Dit-il sans une once d’amusement continuant le rangement. « Elle aussi verra sa vie, sacrifée. Yin et toute sa famille. » Matt marqua l’arrêt pour fermer les yeux et expirer lentement. Nul doute que le feu couvait fortement à l’intérieur. Le moral vacillait sérieusement.

Entre peau et cul cela n’était pas loin, mais si même ici, ils ne peuvent ne pas avoir la paix c’est quand même grave. Elana tenait encore la cruche d’eau et habillé dans sa toge Natus, elle avait franchement l’impression d’en être une aussi. Même si Matt avait sa part de responsabilité, il avait quand même un élément de taille : Yin avait choisi sa voie et Calahan l’avait juste achevé. En tout cas, il semblait complètement déprimé et vu sa tête, elle ne mettrait sa main au feu qu’il voulait se cacher dans un coin ou même abandonné.
« Le responsable est Calahan, garde le toi en tête. C’est lui qui la tient en otage et qui te fait chanter avec ça. Si tu flanches il aura réussi et montré comme quoi tu n’as plus rien à faire ici. Alors soit tu lui montre qu’il a tort soit tu abdiques. » Elle soupira se plantant devant lui et lui tendit une nouvelle fois le pichet et lui tapota sur
l'épaule pour le soutenir. « Tiens tu m’as demandé de l’eau tout à l’heure. » Elle s’éloigna de quelques pas. Franchement, ce n’est pas maintenant qu’ils allaient dormir … « On va voir le capitaine. »


----------------------------------- MATT & Calahan


Matt la remercia d’un signe de tête attrapant le pichet pour le poser sur la table de nuit. Il soupira longuement passant une main sur son visage.
« D’abord, j’vais pisser » Prévint-il ayant l’excuse toute faite pour s’isoler. La radio avait été dissimulé sous un vêtement pour ne pas attirer les soupçons avant d’être finalement mise à nue. Matt se trouva un coin un peu à l’écart du dortoir, peu fréquenté des Natus. Il en fit le tour vérifiant qu’il était le seul sur place avant de refermer la porte. Le doute et la culpabilité ne cessaient de le ronger de l’intérieur. L’image de Yin ligotée ne cessait de le hanter. Il ne pouvait rester là sagement allongé sur le lit à attendre, maintenant que le couteau avait été remué de nouveau laissant les plaies bien ouvertes et à vif.

Les cent pas furent faits et refaits avant qu’il ne se décide à modifier le canal radio prenant alors une grande inspiration.

// Ici Eversman pour le Capitaine Calahan. Me recevez-vous ? //
// Ahhhh ! Je capte enfin votre intérêt, fiston. Comment s’est passé votre arrivée chez ces bons Natus ? J’ose croire qu’ils vous ont fait un bel accueil. //
// Très bien. // Mentit-il cherchant à aller droit au but. // Libérez Yin... S’il vous plait. //
Il y eut un petit moment de silence puis le capitaine répondit.
// Donc je peux enfin vous compter parmi mes rangs ? Je vous rend votre traînée et vous sauvez son existence ? Je reconnais votre exceptionnel courage mon garçon... //
// Yin n’est pas une trainée… Le seul à blâmer pour son comportement, c’est moi, mon Capitaine. // Lâcha-t-il appuyant son crâne contre le mur, dépité.
// Et il a fallu que je terrorise cette “pauvre” femme pour que vous en preniez conscience ? C’est d’un déplorable. Vous excellez dans la médiocrité. A un tel point que vous en êtes divertissant... //
Calahan lança une expression d’intense satisfaction avant d’ajouter beaucoup plus sérieusement.
// Vous avez refusé mon offre fiston. Vous désobéissez à un ordre direct de votre Capitaine visant à vous faire tenir cette fameuse couronne 24 heures sur 24 sur votre crâne vide. La bassesse qui vous a amené à moi...est également celle qui vous a conduit durant cette manoeuvre. Alors….dites-moi donc...pourquoi est-ce que je libérerai cette innocente victime de mon sadisme, hm ? //
Matt est à bout. La fatigue physique, la rudesse de la manoeuvre et surtout l’épuisement mental commençaient à mettre à mal les dernières défenses. Il avait le plus grand mal à raisonner, à prendre de la distance s’efforçant d’essayer de garder un cap, une idée en tête. Impossible pour lui de ne pas être affecté par le moindre mot de l’officier.
// Je suis désolé de vous avoir désobéi, Capitaine. // Il était sûr que cette couronne ornerait désormais son crâne, le prix payé avait été bien trop important. Matt aurait aimé lui dire que cela ne se reproduirait plus comme un bon soldat mais il se connaissait. La promesse lui retomberait en pleine face avec ses erreurs bien mises en valeur.
// S’il vous plait, Monsieur...Le seul qui doit payer, c’est moi. Pas elle.. //
// Voyons Eversman...j’en ai bien conscience. // fit Calahan d’une voix cruelle. // Et c’est justement parce que je vous fais subir cette impuissance que vous vous applatissez devant moi. Telle une larve rampante...parce que si l’on ne menace pas ce qui vous importe, mon petit soldat, savez-vous quelle est votre réaction habituelle envers un officier de l’USAF ? //
Les mots étaient durs, blessants. Calahan appuyait là où le bas blesse. Ce mec devait être un tortionnaire dans une autre vie tant il savait y faire, parvenant à faire céder la tête de mule d'Atlantis.
// Lui manquer de respect. Désobéir. Agir comme bon me semble… // Pas la peine d’inventer le moindre mensonge, il n’en avait pas l’énergie et encore moins l’envie. Eversman avait pris conscience de son comportement déviant. Ça lui avait été mis en face avec la douceur d’un trente six tonnes et il fallait au moins ça pour y parvenir.

// Soldat. Vous me respectez parce que je vous tiens. Et lorsqu’on ne vous tient pas, vous devenez un petit caïd capricieux. Sheppard, Frei, Allen. Combien ont dû subir vos petites humeurs ? // il ricana. // Aujourd’hui, c’est cette petite Natus qui subira le moindre petit écart de conduite. //
Il laissa sa phrase le saisir pour ajouter.
// Quand vous remonterez la pente. Et croyez-moi, je ferai tout pour que ce jour n’arrive jamais. Mais si vous vous trouvez en être digne : vous vous souviendrez de la terreur, de la déchéance de votre amante, à chaque fois que l’idée de lever le ton germera dans votre petit cerveau flétrit. C’est entendu ? //
// Oui, Monsieur. // Finit-il par lâcher après quelques secondes de silence, d’une voix presque tremblotante qui n’avait rien de l’habituelle. Nul doute que l’assurance légendaire,n’était plus. Elle battait clairement de l’aile. Les mots blessaient, bien davantage qu’une droite bien placée. L’image d’une Yin ligotait le hanter subissant à chacun de ces méfaits. L’oeil devenait humide, les lèvres étaient fortement pincées pour tenter d’en dissimuler un maximum et le poing était formé. Le point de rupture était proche.

Il entendit des pas au travers de la radio. Une porte qui s’ouvre à la volée ainsi que des gémissements saccadés d’une voix de femme. Après une friture déplaisante témoignant de l’installation de l'oreillette, il entendit quelque chose de plus. Un mélange entre le cri de détresse et un râle de supplique. La preuve qu’elle n’avait pas été que prisonnière mais également torturée psychologiquement par Calahan. Longuement, méthodiquement.
// MATTTTTTTTTT !!!!! // Scanda Yin dans un terrible sanglot. // MATTTTTTTTTT !!!!! //
Cette voix provoqua un frisson, un emballement cardiaque et un relâchement complet du corps. Les genoux venaient de flancher le faisant tomber au sol. L’image mentale de la médicastre lui vint en tête : ligotée à une foutue chaise, certainement bâillonnée quelques instants plus tôt. Le sanglot ne lui avait pas échappé, loin de là. Un nouveau coup de poignard.
// Yin, c’est moi. // Lâcha-t-il // Je suis désolé. // Répéta-t-il à plusieurs reprises.
// Je...je….JE SUIS….NATUS !!!! // Hurla-t-elle dans ses pleurs, comme si elle s’adressait à Calahan. Ce qui devait être une complainte, l’appel à la pitié pour solliciter le Rangers, prit une tout autre tournure que le Capitaine tenta de dissimuler trop tardivement.
// BATS TOI, MATTTTTTTTTT ! BATS-TOI, PAR LES TROIS ! BATS-TOI !!! //
Calahan s’écarta tranquillement. Matt pouvait entendre la porte se refermer et Yin hurler de plus belle, comme si on lui faisait payer son message d’encouragement.
// Oui, battez-vous, mon petit soldat méritant. En attendant, la brave Natus attend sagement l’arrivée des...comment dit-on déjà...inquisiteurs ? Et elle en a été que trop bien informée. Nous parlons affaire ? //
La réponse ne vint pas de suite. Eversman était KO. Les solides défenses mentales avaient finalement explosé le laissant vulnérable, faible. Calahan l’avait eu. Cet officier était parvenu à le briser psychologiquement. Matt n’en menait plus large. Il renifla à plusieurs reprises essuyant son visage humide.
// Rappelez les Inquisiteurs, Monsieur… S'il vous plait. // Finit-il par supplier.
// Pouvons-nous parler affaire ? // Répéta sèchement Calahan.
// Qu’attendez-vous de moi ? //
// Un acte de bravoure. Et de trahison au passage. Mais cela ne vous dépaysera pas. //
Calahan aligna ses cartes sur la table.
// Vous allez me coller une balle d'entraînement entre les deux yeux d’Allen. //
Il laissa filer quelques secondes et ajouta lentement.
// Pas dans le dos. Pas dans l’estomac. Entre ses deux yeux, de face. Et soyez efficace. Car si vous réussissez, je vous donne tout... //
La voix du Capitaine prenait des teintes presque amicales.
// Je le saurai au moment de l’impact. Votre amie sera déposée à vos cotés par le Dédale, les documents compromettants entre ses mains. Je garantie la sécurité du grade d’Allen et du reste de l’équipe. L’annulation des poursuites de cette Natus. La seule punition tombera sur vos seules épaules. //
Encore quelques secondes coulèrent.
// Une petite balle d'entraînement pour la survie de tout le groupe, y compris votre amante...et si vous tentez de convaincre, de manigancer une fausse exécution avec votre ancienne conquête, croyez-moi, je le saurai. Et la Natus le paiera au centuple. //

Le marché semblait prometteur, presque équitable.
Ce n’était pourtant pas une offre. On ne pouvait proposer à quelqu’un d'exécuter une personne de confiance pour en sauver une autre, tout un groupe même. Ce n'était pas acceptable sauf pour quelqu’un de désespéré. Matt l’était en ce moment même, dévoré par ses démons et la culpabilité. Devait-il sacrifier Pedge et reprendre sa place de traître pour sauver Yin ? ou devait-il rester fidèle en sacrifiant Yin pour Pedge et l’équipe ? Se sacrifier au passage ne semblait guère important. Ça risquait de mal se terminer pour lui dans tous les cas. Soit par le biais de Calahan, soit au fil de l’épée.

Toujours ce choix, ce côté où se ranger et redouter de prendre la mauvaise décision. Les secondes s’égrenèrent sans qu’il n’apporte de réponse s’imaginant tour à tour l’arme à la main devant une Pedge Allen endormie, le canon appuyé sur son front puis l’instant d’après assistant au procès d’une Yin enchainée. Les deux lui semblaient impossible, improbable. Il souhaitait faire le moins de mal possible.

// Vous voulez vraiment tester ma patience, Matt ? // Ajouta Calahan après un certain temps. // Je vous donne ma parole d’officier de l’USAF. Quel est votre réponse ? //

C’était le moment redouté : il fallait faire un choix. Cet enfoiré se fit une joie de le rappeler. Eversman était acculé, telle une bête blessée et se devait d’agir, de choisir.
// Torturer encore Yin ou tenter d’en mettre une à Pedge Allen et je viendrais moi même vous coller une balle d'entraînement entre vos deux yeux, mon Capitaine. // La balle, il se la tirait lui même dans le pied mais il ne serait pas un putain de traître. Pas une nouvelle fois.
// Votre réponse devrait me surprendre ? // Ironisa Calahan. // Vous êtes si pitoyable. Cette façon de vous fermer toutes les portes...c’est de l’art Eversman. De l’art... //
Calahan soupira.
// Très bien. Je prendrai soin de vous faire entendre les cris de votre amante quand les inquisiteurs l’emporteront. Je vous reservais un petit quelque chose pour vous convaincre de ma bonne foi. Mais je présume que ça s’applique aussi dans ce cas. //
Un petit silence tomba. Puis la guillotine.
// Calahan, terminé. //
Au moment où il coupait la radio, un flash lumineux de téléportation matérialisa un caleçon réglementaire US au sol. Quelqu’un avait brodé quelque chose sur l'arête interne. Une couture artisanale qui donnait un aspect Natus. Un seul mot : Yin.

Le sous vêtement fut fermement agrippé, les ongles s’enfonçant dans les fibres vestimentaires. Le pouce passa à de nombreuses reprises sur l’inscription.Il n’y avait aucun doute possible sur son origine. Cela avait été arraché à Yin. Comment ? Il ne préférait pas y penser. Matt resta là un certain moment, agenouillé avec le vêtement blotti contre son torse. Les termes du marché de Calahan revenaient le troubler, les sanglots déchirants de Yin aussi. Le Ranger resta ainsi un bon moment, le temps pour lui sécher ses larmes et de laisser passer l’orage émotionnel qu’il traversait. Après de nombreux soupirs, il finit par se remettre sur pieds quittant cette pièce pour rejoindre le dortoir où Ravix l’attendait.

Il lui fallait maintenant avouer et assumer ce contact avec l’ennemi. Ce n’était pas ça qui le chagrinait, le rongeait. Il espérait surtout avoir fait le bon choix.
« On peut y aller, Caporal. Je vous suis. » Le regard fut croisé quelques instants avant qu’il ne dévie.




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Elana Ravix
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L'ENFER BY CALAHAN
23/07/2018


Elana le regarda quelque minutes… il avait la vessie pleine ? Alors qu’il n’avait rien bu de la journée, même pas une once d’eau de son pichet ? Et vu son état elle était en train de se demander s’il n’allait pas faire une connerie. Elle n’aimait pas faire ça, surtout envers un membre (peu méritant) de la meute. Elle décida de le suivre à bonne distance. La nuit aidant pour se dissimuler. Le voyant s’enfermer elle se rapprocha à une distance raisonnable pour entre s’il allait bel et bien se soulager, même si bon cela n’avait pas l’air d’être des toilettes. Bref. Elle n’attendit pas longtemps avant de comprendre qu’il avait une radio et qu’il communiquait avec Calahan… avait-il décidé de jouer double jeu ?
Des supplications, des humiliations toutes plus originales et blessantes que les autres. Sans parler des cris de cette Natus… il l’avait torturé aussi ? Mais cela frisait quand même l'inadmissible, c’est un membre Natus d’un peuple allié… olalala comment Atlantis allait expliquer ça ? On nage en pleins cauchemar !

Calahan avait un don pour vous montrer la sous merde que vous êtes. Et Matt n’était que l’ombre de lui-même. Après, elle ne l’avait pas connu (et heureusement) à son apothéose de petit casse couille. Mais, elle avait de la peine pour lui, vouer à supplier un autre homme pour la survie d’une Natus. Il devait sacrément l’aimer pour mettre les deux genoux à terre. Entendre cette conversation lui donnait des aigreurs d’estomacs surtout quand le capitaine proposa l’action de cette « bravoure traîtrise »… vu l’état de Matt, Elana était certaine qu’il allait céder aux chants des sirènes… et si le faisait, tirer une balle d'entraînement entre les deux yeux d’Allen, alors son sort était jeté. Ça sera lui, qu’il allait finir avec une balle. Elle soupira. Cela ne l’enchantait pas, mais s’il choisissait la trahison, elle n’aurait pas le choix de l’arrêter.

*allez bordel dit lui de sucer un pingouin !*

AHHH ! Un rictus se dessina sur les lèvres de la para. Il l’avait envoyé chier, signant encore une vague de torture et la fin pour Yin, mais au moins, il avait montré une chose : une loyauté. Et qu’on ne négocie pas avec les tarés cela va de soi. Aussi méprisable qu’il avait pu être avant, elle devait reconnaître, qu’elle admira cette force de caractère et ce choix. Ce Matt n’était pas celui d’avant et Calahan n’aurait pas son sacrifice. Dès, qu’elle entendu cela, elle commença à s’éloigner, cela touchait la fin de leur discussion et il n’allait pas tarder à revenir. Elle s’empressa de retourner vers le dortoir où un Natus avait déposé leur vêtement propre. Elle profita de son avance, pour les enfiler. Cela était tellement appréciable d’avoir un uniforme propre qu’elle éprouva une forme de jouissance. Un sourire sur les lèvres, elle venait d’enfiler sa veste quand Matt arriva… dans un état pire qu’il y a quelques minutes. Il avait pleuré et elle savait très bien pourquoi. Plus la manœuvre avançait plus elle se demandait s’il n’allait pas falloir investir dans une petite cuillère pour ramasser les morceaux de ce soldat. Cette histoire avec Yin allait trop loin à son goût, le réalisme était poussé un peu trop… et des vies allaient être brisées pour une manœuvre qui sonnait comme être le purgatoire d’Eversman. Au final, cette manœuvre était peut-être faite sur mesure pour lui, pour qu’il montre qu’il ait un soldat d’Atlantis, qu’il se rachète face à son comportement inadmissible ? Elle se demanda ensuite si cela était aussi le cas pour les autres. Allen, pour éprouver son nouveau rang tout brillant… en réfléchissant un peu, chacun avait quelque chose qu’il devait affronter. Il n’avait personne de propre, même elle au final. Et ce n’était pas beau à voir l’enfer.

« Tiens. » Dit-elle en lui tendant un paquet de mouchoir.
« On peut attendre quelques minutes avant de se présenter si tu le souhaites. » Elle ne lui dit rien de plus, s’éloignant à la sortie, lui laissant le silence et à sa peine, elle se doutait que le moindre geste allait être aussi efficace que pisser dans un violon.

Un signe de tête fut émis en guise de remerciement puis il tenta d’effacer les stigmates de ces douloureuses minutes d’un revers de bras. Ravix n’était pas bête, elle semblait très bien avoir compris que rien n’allait, lui proposant un délai supplémentaire.
« Allons-y… Finissons-en. » Il lui fut reconnaissant de ne pas le questionner, de ne pas chercher à comprendre. Elle aurait les réponses d’ici peu de toute manière.






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Lun 3 Juin - 21:07
Pedge Allen
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L'ENFER BY CALAHAN
23/07/2018


Le bain et le massage de Natus Morlain avait eu le don de la détendre plus qu’elle ne l’aurait souhaité réellement. Maintenant qu’elle se sentait en sécurité, Ruth prenait la mesure de sa fatigue et peinait à garder les yeux grands ouverts. Elle sentait de la chaleur émaner de son propre visage et ses yeux lui piquer par moments. En étant attablée de sa carte et se massant la nuque tout en étudiant, elle se sentait être ce conducteur de nuit, au bord du sommeil, lancé à cent trente sur l’autoroute.

Sa robe blanche de change la dérangeait aussi horriblement. Même s’il n’y avait que le Meneur et son aide de camp dans ce grand bureau de commandement, elle avait l’impression qu’ils n’arrêtaient pas de la reluquer. Une sensation stupide étant donnée qu’elle connaissait leur culture et qu’ils agissaient généralement avec moins de sournoiserie.
Bref. Ruth ne se sentait pas à l’aise et torturé d’une farouche envie de dormir.

Elle feuilletait de nombreux parchemins. Les rangeant dans les livres associés avant d’aller en prendre d’autres dans la bibliothèque du Meneur. Mais finalement, au milieu de son travail d’analyse, elle s’accorda une pause en accueillant son visage dans le creux de son coude.
L’ancien officier ne se sentit pas partir et elle s’enfonça, à moitié couchée sur la table, son bras la dissimulant visiblement du Meneur et de l’aide de camp. Ils ne s’étaient pas intéressé à son cas, respectant même le sommeil en murmurant et évitant de racler les chaises au sol.

Quelque part, Padilla aurait préféré. Car c’est dans cette position que la trouva le Capitaine Allen, endormie entre sa carte, le calque, et quelques feuilles de parchemins contenant un mélange d’Allemand et de Latin : la langue manuscrite Natus.

Maintenant que les enfants étaient au lit, tous ensemble, Pedge pouvait vaquer à des occupations plus stratégiques, et elle comptait bien sur Ruth pour cela. Elle s’était reposée sur le Dédale, et tant bien elle savait qu’elle allait s’accorder un somme avant le matin, mais pour le moment, elle préférait ne pas se reposer. Seulement voilà, quand elle arriva dans la baraque du meneur, Padilla dormait. Comme un chat qu’elle n’était pas tout le temps (Pedge n’était pas réputée pour être des plus discrète avec son pas affirmé), elle s’approcha de la table. Elle n’apercevait que la touffe de cheveux de la jeune femme, ainsi que la courbe de sa nuque qui disparaissait dans le col de sa toge. La Capitaine la considéra un moment, tandis que les Natus faisaient tout pour ne pas la réveiller en se montrant prévenant.

Bon…

Pedge avisa le meneur. Elle s’écarta de Padilla, jugeant préférable de la laisser dormir, de lui laisser l’opportunité de faire un cycle correct de sommeil, comportant l’ensemble des phases successives.

Elle salua l’officier Natus, avant de tirer une chaise à elle pour s’installer à ses côtés, espérant ne pas le déranger. Elle montra Ruth d’un coup de menton, lui laissant comprendre qu’elle ne la dérangerait pas pour l’instant. Elle avait mérité un peu de sommeil. Elle murmura :

« Est-ce que le Capitaine Calahan s’est vue confiée une candide ? », lança Pedge tranquillement, sur le ton de la conversation.
« Ce vil pourceau a dépouillé mon camp de ma meilleure médicastre. Au nom de l’alliance, ses hommes appelaient au soin. Je suis dans l’ignorance depuis... » Répondit-il calmement.
Le Meneur trempa sa plume dans l’encrier et poursuivit la rédaction de son rapport.
« Mes filles excellent à surveiller les bois, elles s’aventurent parfois plus loin que je ne l’ordonne. Et il m’a été donné d’entendre que furieux combats s’étaient disputés entre Atlantes. »
Il inclina la tête dans sa direction, histoire de lui faire comprendre qu’il savait qu’elle était concernée par ces conflits. Il continua de chuchoter calmement, toujours affairé sur son rapport.
« L'entraînement a goût de réalité chez vous. Je n’attendais pas votre visite, même si elle m’est agréable. Le moment est mal choisi, voyez-vous. Mes hommes sont en colère et je peine à retenir leur désir d’assaillir le vil. »
Jelsok cessa de murmurer. Le temps de signer son rapport, il éventa un peu le document puis le tendit à son aide de camp qui salua respectueusement avant de s’éclipser. Le Meneur recula silencieusement sa chaise pour se tourner de quart et observer Allen. Il sortit deux verres de son tiroir ainsi qu’une fine bouteille d’un liquide transparent.
« Que savez-vous de nos commissaires inquisiteurs ? » Questionna-t-il en versant un fond d’alcool dans chaque verre comme s’il s’agissait de Whisky. Il fit avancer l’un des deux dans sa direction et prit le second qu’il huma avec une certaine habitude. L’armée Natus ne bridait pas l’alcool, il était rare d’avoir des cas d’ivresse tant ils étaient vivement sanctionnés.
En remarquant que la texane l’ignorait, le Meneur poursuivit après avoir prit une petite gorgée.
« Nous leur devons le respect le plus immuable. Ils sont garant de nos traditions, veillent à notre respect des lois, de notre nature de Natus. Mais ils ont le devoir au-delà du coeur... »
Il sonda un instant Allen avant d’ajouter.
« Ils sont partis à grand regret saisir déclaration de trahison au camp du Vil. Cela ne peut être que Destya. Cruel danger pèse sur ses épaules... » Le Meneur secoua la tête. « Aussi jeune et intrépide soit cette brave fille, ni commissaires ni frères ne peuvent se détourner du devoir. Elle s’élance à secours des Atlantes du Vil et voilà tel retour pour sa compassion : la révolte des miens tempête en leur coeur. Yin est chérie de bon nombre de Natus mais c’est catastrophe que nous ne pouvons lui éviter... »

Pedge devait essayer de garder les idées claires. Le problème avec les Natus, c’étaient qu’ils adoptaient une élocution vieillotte et ce n’était pas toujours évident de suivre. Elle opina du chef pour confirmer qu’elle était bien concernée par les affrontements entre Atlantes. Le Meneur, bien qu’en territoire non hostile, gérait bien son renseignement, et c’était plaisant à entendre.
Est-ce que les hommes étaient en colère à cause du fait que Calahan, alias le vil Pourceau, se soit emparé de la médicastre ? S'agissait-il de Yin ? Car elle était médicastre… Elle le laissait continuer pour en avoir le coeur net. Elle haussa des épaules à la mention des commissaires inquisiteurs, se demandant par ailleurs si Namara lui en avait déjà parlé ou non. Elle n’en avait pas souvenir. Le meneur continua son explication, et Pedge écoutait avec intérêt, malgré la respiration posée de Ruth qui avait tendance à la bercer un petit peu. Elle attira le verre à elle, sans le porter à ses lèvres pour l’instant. Elle laissait ses doigts entourer le verre, qu’elle pianotait distraitement sans trop considérer le liquide ambrée qui s’étalait dedans. Au final, la réponse vint d’elle-même. Les hommes étaient en colère contre Calahan d’avoir agi avec fourberie et de faire peser un danger sur les épaules de la médicastre.
« Je vois. », observa-t-elle dans un premier temps, en baissant son menton pour considérer son verre, alors qu’elle faisait tournoyer le liquide dedans maintenant. Elle poussa un soupir : « Le Capitaine Calahan se sert de Destya pour faire pression sur mon groupe. », finit-elle par lâcher en reportant son regard sur le Meneur. Elle ne savait pas s’il était judicieux de lui révéler ce genre d’information, surtout que ça risquait de mettre le feu aux poudres pour de bon. Mais après tout, Calahan jouait un jeu dangereux, et elle n’allait pas non plus l’épargner dans l’histoire.

L’officier Natus acquiesça silencieusement. Il s’en était douté avec l’arrivée du groupe dans son camp. Ce n’était pas habituel.
Une lueur dangereuse brilla dans son regard quand Pedge lui offrit cette confirmation.
« Tel acte ne l’en rend que plus détestable...il n’y a pas d’honneur chez cet être. » fit-il avant de finir son verre. « Avez-vous un plan ? Il me semble que vos hommes sont séparés, égarés. Épuisés... »
Il avait dit le dernier mot en donnant un coup de menton en direction de Ruth.

Pedge jeta un coup d’oeil à Ruth, avant de boire une gorgée du breuvage. Elle réprima une grimace en reposant son verre et répondit : « Ca fait maintenant quelques temps qu’ils sont soumis à beaucoup de pression. Quant à avoir un plan, je l’ai dans les grandes lignes, et je dois encore l’affiner. C’est pour ça que je venais voir Padilla. ». La texane préférait ne pas rebondir sur le côté détestable de Calahan. Elle partageait cet avis, avec quelques nuances et elle n’avait pas envie de centrer sa discussion sur le bonhomme.
« L’intellect a saisi nombre de document. Le journal de marche du contingent et les rapports de patrouille...je ne pensais pas voir Atlante capable de lire notre plume un jour. » Nota le Meneur. « Peut-être devriez... »

Il n’eut pas le temps de terminer que la porte d’entrée s’ouvrit brutalement. Une femme couverte de sueur, le visage rouge et les jambes flageolantes se traîna dans la salle. Le vacarme qu’elle avait causé avait fait sursauter Ruth qui la regardait avec des yeux ronds. C’était une duelliste, exténuée, à bout de souffle, qui se présenta devant le Meneur qui était resté indifférent à cette entrée. Il répondit à son salut d’un signe de tête.
Ruth se frotta le visage et se redressa pour pouvoir suivre la conversation. Elle avait encore le regard un peu hagard mais trouva le temps de faire un geste à l’intention de son officier.
« Prenez le temps de respirer Tylie, voyons. N’allez pas trépasser avant d’avoir offert votre message. »
« Certes...Meneur... » balbutia-t-elle difficilement.
Alors qu’elle tentait de reprendre son souffle, elle se sépara d’une bourse d’un tissu souple qu’elle posa sur le bureau et ouvrit délicatement. Les restes de quatre oreillettes radios calcinées s’y trouvaient. Le carbone qui recouvrait les différents organes déformés avaient tachés le cuir. Cela attira inévitablement le regard de Padilla qui trouva une place sur le coté pour observer tout ça en fronçant les sourcils.
« Leur rituel... » fit la duelliste.
« Tylie, voici leur Meneuse de combat... »
« Pedge Allen. » répondit-elle aussitôt. « Soeur de Bataille de Namara... »
« Voilà duelliste bien avisée. Allen a soif de réponses. Répondez-lui comme s’il s’agissait de moi. Entendu ? ». Pedge opina du chef gravement en considérant la jeune femme qui venait d’arriver. Elle allait peut-être avoir des réponses. Padilla s’était réveillée, c’était une bonne chose.
« Les radios des nôtres ? » voulu s’assurer Ruth tout en examinant les restes.
« On dirait bien... », fit Pedge en observant les restes des radios. Elle ne comprenait pas ce que cela pouvait bien vouloir dire. « C’étaient donc les restes de ce qu’ils ont utilisé pour leur flash blanc ? », s’enquit-elle.
« Oui, dame Allen. » répondit la duelliste en continuant de chercher une respiration plus calme. Elle s’épongea le front d’un revers de manque puis débuta son explication. Dans le même temps, Ruth avait attiré les restes vers elle pour les examiner. Elle n’avait pas demandé l’autorisation à son supérieur, évitant les politesses chronophage.
« Bérale et moi chassions. Nous avons découvert proies curieusement effrayées et porté l’enquête sur la source. Deux femmes et deux hommes, dont un blessé. Ils s’étaient réunis autour, à former cercle, quand c’est venu ! »
« Donnez vos détails. » demanda le Meneur.
Elle acquiesça.
« Une lumière vive et forte. Soudaine, comme lorsque votre ciel rage et gronde. Viens la lumière soudaine au martèlement de colère. Mais pourtant...sans bruit...nul bruit de rage du ciel... »
« Une lumière comparable à celle d’un éclair. » Fît Ruth comme si elle réfléchissait à haute voix. « Il y a eu un autre détail qui vous a marqué ? »
« Un crépitement. Comme le bois trop sec. Et des lucioles de lumières tombantes... »

Ruth prit l’un des restes d’oreillettes radio dans sa main et l’approcha de son regard pour approfondir l’examen. Elle se frotta le pouce et l’index taché par le carbone, orienta les restes pour en discerner les déformations causées par une chaleur extrême.
« Ca ressemble à un de mes dossiers. Le tout premier que j’ai eu en débutant ma carrière. » dit-elle en croisant le regard de son capitaine. « Une équipe avait pour mission de saboter du matériel qu’ils ne pouvaient plus rapatrier avant l’arrivée des forces adverses. Ils ont été retrouvé brûlé, avec les appareils de com dans le même état. J’ai eu pour mission de mener l’enquête pour confirmer ou infirmer l’hypothèse de l’emploi d’une nouvelle arme... »
Elle se tût un instant pour soupeser la radio grillée, témoignant dans ce geste une certaine certitude.
« Ils utilisaient encore les blocs radio à l’époque mais c’est exactement le même état...à la fin de mon enquête, j’ai réfuté l’hypothèse. »
Ruth plissa des yeux et reposa l’objet à sa place.
« Ils avaient été attendu en embuscade. L’ennemi a utilisé des Zats dans l’intention de faire des prisonniers. En ce temps là, les unités utilisaient encore du phosphore pour le sabotage. La charge électrique a déclenché leur charge alors qu’ils les portaient sur eux, c’est ce qui les a tué. »

L’ancien officier avait donné ces informations pour une raison précise. Mais c’est aussi ce qui l’aidait à organiser ses idées. Ruth se débrouillait beaucoup mieux en parlant, avec ou sans public, pour étudier et interpréter les informations. Consciente que son supérieur attendait une réponse, Ruth s’empressa de conclure :

« Capitaine. C’est un sabotage délibéré au phosphore. C’est un vieux principe qui n’échapperai pas à un élément du génie. C’est forcément Will qui a fait ça. »

Elle hocha la tête. Ruth retira son oreillette radio pour la regarder, comme s’il s’agissait d’un nouvel indice.

« Ils auraient pu simplement les éteindre. Ou rester sur des fréquences à ondes courtes s’ils craignaient d’être pris par le Dédale. Abandonner la radio, c’est illogique. Comme se rendre sourd. En cas d’intervention conjointe, ils seront sérieusement handicapés. »

Padilla venait au bout de son analyse.

« Ils ont préféré les détruire entièrement au phosphore. Pour être sûr que personne ne les utilise même après les avoir abandonné sur le terrain...ils ont découvert quelque chose qu’on ne sait pas...quelque chose qui les a obligé à détruire leurs moyens de communication... »

Pedge écoutait avec une certaine attention, eut égard de l’heure qu’il était. Elle se sentait lourde dans ses pensées, mais elle parvenait à tenir le choc pour le moment. Il semblait nécessaire de faire un petit somme une fois cette histoire tirée au clair. D’autant plus qu’elle prit conscience d’un froid intérieur particulièrement violent. Son empoisonnement avait reprit de plus belle, dans toute son ardeur, quasiment autant qu’au cours de sa captivité dans le camp de Calahan.
Elle ne comprenait pas bien le raisonnement de Ruth, tout simplement parce qu’elle s’attendait à ce que la jeune femme lui sorte quelque chose du genre comme : “donc ils ont fait ça parce que…”. Sauf que Ruth était au même niveau qu’elle. Elle ne savait pas pourquoi ils avaient procédé de la sorte.
« Je vois… », observa Pedge en laissant un blanc s’installer, comme pour considérer les choses. Elle s’ajusta dans sa chaise, et croisa les mains sur la table.
« Résumons. Ils ont viré leur puce. Le Dédale ne peut plus les tracer ni les téléporter. Maintenant, ils détruisent leur moyen de communication. Ils continuent dans une logique de faire totalement sécession avec Atlantis et avec nous. » Cela semblait clair. Mais pourquoi détruire le matos et ne pas l’abandonner simplement.
« Mais alors pourquoi ne pas se contenter de laisser le matériel derrière eux ? Pourquoi le détruire. Qu’est-ce que ces oreillettes ont de spéciales ? ». Elle questionnait Ruth, autant qu’elle se questionnait elle-même. C’était histoire d’alimenter la conversation, d’ouvrir des pistes, des idées.
« Capitaine. Je sais que vous ne serez pas d’accord avec moi mais ce n’est pas de vous que les hommes se... »
Elle écarquilla les yeux.
« cachent... » fit-elle d’une voix mourante.
Elle reporta son attention sur la duelliste.
« Vous leur avez parlé ? Ils ont posé des questions ? »
« Poli, comme l’on peut attendre d’un combattant Atlante. La fille au front troué a demandé terre bien vivante. Riche de gibiers et créatures de toute sorte... »
« Rita. Elle est spécialisée dans ce domaine...elle a pas besoin de ces infos pour chasser. C’est... »
Elle sourit en coin.
« Ils se cachent capitaine. De Calahan. Ses outils de détections, d’investigation. Pas de puces sous-cutanée. Leurs signatures mélangées dans la faune. Et les radios...ils les ont détruite... »
Ruth posa la sienne sur le bureau.
« Parce que même éteinte ou abandonné, elles servent surement à Calahan...il faut que j’etaye, que je prouve...attendez... »
La jeune femme turbinait à cent à l’heure. Elle claqua finalement des doigts.
« Matt a gueulé !!! Une pizza j’imagine. Savez vous ce qu’il y avait dedans ?!? »
Pedge aimait bien l’idée de se dire qu’ils se planquaient. S’ils se planquaient, ils avaient la vie dure. Y avait pas de raison qu’ils n’en chient pas. Elle savait qu’elle faisait une putain de fixette sur eux et qu’il allait falloir qu’elle laisse son amertume au placard, mais elle était humaine, et il fallait le temps que ça redescende.
Néanmoins, le raisonnement de Ruth se tenait. Plusieurs fois, Pedge s’était posée la question de savoir comment Calahan les traçait ici et là. L’hypothèse d’un Jumper occulté était plaisante, mais l’idée que les oreillettes fassent le job était possible. Après tout, il devait être facile de trianguler le signal, ou une connerie du genre. Etait-ce donc de la parano pure et dure qui les avait conduit à les cramer complètement ? Car s’ils les avaient laissé sur place, le résultat aurait été le même...
« Dans la pizza ? », répliqua Pedge qui voulait savoir où Ruth voulait en venir.
« La désinformation, tout colle capitaine. Votre image compromettante qui tombe pile quand vous parvenez à réunir les hommes. Quand Blake commençait tout juste à avoir des doutes. C’est trop précis pour tenir du hasard. »
Ruth tremblait de fébrilité, excitée à l’idée de percer enfin le mystère.
« Qu’est-ce que Calahan a placé dans la pizza de Matt, ce soir ? Il vous l’a dit ?!? »
« Putain. », fit Pedge avec une certaine forme de colère dans la voix alors qu’elle prenait conscience du bordel que c’était. Elle se serait bien levée pour accentuer son agacement profond, mais quelque chose lui disait que le confort sécuritaire de son cul sur cette chaise était plus salutaire pour son équilibre que ses deux jambes qui ne la porteraient pas longtemps.
« En gros, il nous écoute depuis le début, même quand nos oreillettes ne fonctionnent pas pour nous. », ajouta-t-elle sans répondre à la question de Ruth. C’était tellement évident. Et pourtant elle ne l’avait pas vu arriver, et cela contribuait fortement à lui mettre les glandes. Pas étonnant qu’il ait toujours eu un coup d’avance le fumier.
« Je ne sais pas comment les autres s’en sont aperçu. Mais ça ne peut être que ça...ils ne pouvaient pas abandonner ce matériel au risque que quelqu’un l’embarque. Ils devaient le détruire. Will a utilisé du phosphore, c’est radical. Et ça explique tout...vraiment tout... »
Elle décomptait sur ses doigts.
« Votre équipe a subi une longue déstructuration psychologique depuis votre prise de commandement. En les montant stratégiquement contre vous, votre image. Tim qui nous est arraché juste après qu’il ai essayé d’arranger les choses. Chef... »
Elle secoua la tête.
« Nous vivons sur une cité qui déborde de technologie. Intégrer un mouchard audio autonome, c’est du gâteau pour eux. On est sur écoute depuis le début... »

Pedge pianotait plus amplement sur son verre, signe d’un agacement intérieur plus que palpable, même si elle restait plus ou moins de marbre au niveau de son visage.
« Du gâteau oui.», soupira-t-elle. Franchement, cet enculé n’aimait pas jouer le beau jeu. Il passait son temps à écouter tranquillement en sirotant un thé à la menthe peinard dans son fauteuil. D’un autre côté, il gérait la manoeuvre, c’était aussi normal qu’il sache, qu’il ait un retour, mais quand même… Il ne pouvait pas être juge et partie. C’était de la triche. C’était dégueulasse.
Cet enfoiré avait tout fait pour qu’elle pète un cable, pour que l’équipe éclate par le biais de coup bas et de manipulation bien sentie qui tombait au bon moment. Au final, il n’avait qu’à tirer là où ça faisait mal en écoutant ce qui se passait. Simple comme “bonjour”.
Le pire dans tout ça ? C’était qu’elles venaient de s’en rendre compte, du moins Ruth, et qu’elles venaient d’en parler à l’oral. Désormais, le vieux savait qu’elles savaient, et elles ne pourraient même pas s’en servir contre lui… La texane n’aurait même pas la satisfaction d’essayer de le doubler à son propre jeu.
Elle poussa un profond soupir pour essayer de se calmer, et de remballer sa frustration.
« Faut me bousiller ces oreillettes. » Ca semblait tellement évident maintenant, que ça devenait presque con de dire ça.
« Je peine à vous comprendre. Mais même Natus désintéressé de vos outils sait agir. J’ai un bûcher parfait pour vos “oreillettes”. » fit le Meneur en glissant la bourse de radio brûlée dans leur direction.
Ruth y plaça la sienne. Quand Pedge fit de même, Jelsok appela son aide camp et lui glissa quelques mots à l’oreille. Une fois parti, il ajouta calmement :
« Je lui ai mandé de récupérer celles de vos hommes pour les détruire. Instruction de silence... »
Ruth avait récupéré son plan entre temps.
« Capitaine. Si l’équipe 2 a découvert ça avant nous, c’est parfait. La manoeuvre de Calahan se retourne contre lui. Malgré les différents qui vous opposent, ils se sentent aussi trahis que vous... »
Elle fixa la duelliste.
« Savez-vous vers où ils sont parti ? »
La jeune femme fixa la carte. Elle eut toutes les peines du monde à pouvoir se situer. Mais une fois qu’elle eut donné des détails suffisant à Jelsok, elle pointa une position assez éloignée.
« Vous avez couru depuis cet endroit ? » S’étonna-t-elle.
« Au plus vite, c’était l’ordre... »

Ruth acquiesça et se mit aussitôt au travail.
Avec son calepin, un compas, son feutre, elle se lança dans une série de calcul de probabilité qui n’avait de sens pour personne. En usant du calque transparent, elle délimita deux secteurs indiquant leur présence possible. C’était plutôt éloigné, dans un endroit que l’unité de Pedge n’avait jamais exploré, et qui correspondait assez bien à la zone chargée de vie animale.
« J’ai essayé de prendre en compte leur fatigue. Will est blessé... »
Elle continua son travail quelques minutes de plus avant de se figer.
« Je... »
Son crayon s’était arrêté sur un sommet particulièrement élevé. Elle posa hativement sa règle dessus et s’écria brusquement, faisant sursauter tout le monde.
« MERDE !!!!!!! »
Sans en dire plus, Ruth se jeta sur son sac pour en sortir des jumelles et se sauver de la salle de commandement. La règle qu’elle avait employé amenait ces hauteurs pile en face du camp Natus, à plusieurs kilomètres d’écart, sans aucun obstacle.

Pedge s’était murée dans un mutisme obstiné. Elle mâchait et remâchait tout ce qu’elle avait subit dans cette manoeuvre, laissant Ruth faire ce qu’elle savait faire. Elle était parfaitement inutile dans ce genre d’exercice de cartographie ou d’estimation, et l’américaine avait montré qu’elle était fiable quand il s’agissait de briller dans cet exercice de style. Elle sursauta presque quand sa subordonnée claqua la règle sur la table et qu’elle se leva en trombe pour sortir. Un peu surprise, Pedge jeta un coup d’oeil au Meneur, avant de se résoudre à suivre Ruth dehors. Elle se leva en hâte pour se diriger vers la sortie, et elle manqua de tomber en sentant ses jambes aussi raides que deux poteaux. L’air de rien, elle se remisa correctement en s’aidant du chambranle de la porte. Uns fois dehors, elle avisa Ruth qui grimpait les escaliers des remparts quatre à quatre.
« Bordel. », grogna-t-elle en se dirigeant vers lesdits escaliers. Ils allaient constituer une montagne… Néanmoins, l’engourdissement de ses membres inférieurs diminua au fur et à mesure qu’elle échauffait ses cuisses et que son sang circulait. Il n’empêche que le froid latent lui, restait bel et bien. En s’aidant du mur par moment, la texane parvint à rattraper Ruth qui s’était figée, les jumelles sur les yeux.
« Putain Padilla, la prochaine fois je vous laisse pas dormir autant… », ironisa l’officier en arrivant à sa hauteur. Quelque chose lui disait que les quatre rebelles étaient dans l’axe des jumelles de Ruth. Et Pedge gardait à l’esprit que Rita était une bonne tireuse de précision.

Ruth aurait souri si ça n’avait pas été si important.
« Capitaine, signal fort et clair au laser. C’est du Morse... »
Elle demeura silencieuse de longues secondes.
« Will, t’es qu’un p’ti con. » fit-elle ensuite en baissant ses jumelles.
La jeune femme tourna son regard vers Pedge, le coeur gonflé d’une certaine émotion qu’elle essayait de contenir pour ne pas perdre en crédibilité.
« Ils communiquent, un code. C’est aux jeux d’échecs, une manoeuvre standard pour débuter une partie. Ce message s’adresse à vous chef... »
Elle fixa l’horizon où se trouvait ses collègues renégats. Et elle cita d’une voix très simple :
« Prêt à jouer. »

Pedge rongeait son frein tandis que Ruth décortiquait le message de Rita, Will, Blake et Bowers. Cette dernière lui donnait le contenu du message, laissant la jeune femme dans une forme de perplexité certaine, tout en considérant la position des renégats. Elle ne savait vraiment pas quoi penser de ce message, de cette invitation à “jouer”. Est-ce qu’ils se foutaient ouvertement de sa gueule ? Est-ce qu’ils étaient en train de lui proposer un challenge quelconque à la con ?
« Je ne vois pas l’intérêt de jouer avec eux. », trancha Pedge. S’ils n’avaient pas mieux à dire, qu’ils aillent se faire foutre. Ils lui avaient déjà assez chié dans les bottes comme ça, ce n’était pas un jeu par signaux en morse interposés qui allait leur rendre la grâce aux yeux de Pedge. « On a autre chose à faire. ».
« Vous vous trompez. » Coupa Ruth avec une pointe d’agacement.
Les réactions de son officier commençait un peu à lui faire perdre patience. L’épuisement et un mal de crâne lancinant égratignait sérieusement son côté diplomate. Elle comprenait qu’Allen devait être dans le même état qu’elle, voir pire, mais elle faisait fausse route et ça faisait le jeu de Calahan.
« Will, Rita, Danny et Iza ont fait l’effort de gravir ce relief pour vous envoyer ce message en morse, ce n’est certainement pas pour se moquer de vous, bien au contraire... »
Elle fixa le lointain, le signal laser avait cessé. C’était fini...
« Capitaine. Ils vous transmettent une information avec un moyen de communication rudimentaire. Vous devez l’interpréter différemment, de façon abstraite. Prêt à jouer...aux échecs. Il faut décomposer ce signal...ils sont prêt à agir sur le terrain. Les échecs, c’est de la stratégie, le commandement, votre personne, votre grade. Ils vous rendent compte... »
Elle marqua une pause et ajouta d’une voix plus compatissante.
« Je comprends que ce soit dur après ce que vous avez éprouvé. Mais peut-être devriez-vous vous laisser le temps de la réflexion pour arriver à cette même conclusion. Parce que de toute évidence, vos hommes prennent des risques pour vous informer, vous, LEUR capitaine. »
Ruth avait insisté sur les trois derniers mots.
« Dans quel cas quatre militaires renégats seraient prêts à agir comme ça et en informer son supérieur...si ce n’est pas avoir localisé Brass... »
La concernée avait une folle envie d’expédier Ruth aux orties, et de lui dire de se mêler de ce qui pouvait bien la regarder. C’était de la vanité mal placée, et elle le savait parfaitement. Le problème n’était pas l’interprétation, c’était le fond. Et dans le fond, ces trous du cul l’avaient poignardé dans le dos. Et maintenant qu’ils avaient besoin de maman, ils revenaient comme des princes pour bénéficier de son soutien. Tout cela était ridicule.
Elle était ridicule.
La mission devait primer sur le reste.
« Alors pourquoi vous me présentez ça comme un jeu ? », répliqua Pedge froidement. D’un côté, Ruth ne pouvait pas savoir que Pedge était le genre de personne terre à terre qui prend pour argent comptant les dires, et qui a du mal à traduire en image plus élaborée pour en déduire un concept. Elle n’était pas conne, elle avait juste du mal à se détacher des choses communes pour aller vers de l’abstrait.
« Bref. », ajouta-t-elle pour éviter toute forme de réponse de Padilla. Elle ne souhaitait pas en avoir de toute façon.
« Dans ce cas, essayez d’obtenir des informations. Qu’est-ce qu’ils savent que nous ne savons pas. », demanda-t-elle plus doucement, mais avec une certaine sécheresse dans la voix.

Padilla acquiesça sans rien dire de plus. Elle s’approcha d’un braséro qui surmontait les remparts et demanda la permission de l’utiliser au garde qui stationnait là. D’une main, elle activa un mécanisme qui referma entièrement une coque de fer autour de la lumière. Il lui suffisait alors de varier la pression pour faire bouger l’occultation en fer...ce qui produirait inévitablement des signaux en morse.
Les Natus s’envoyaient les messages de cette manière depuis des positions élevées. Ruth savait que son supérieur allait très vite comprendre, ayant été témoin de ce système durant la première guerre. La jeune femme chaussa ensuite ses jumelles puis surveilla le relief en attendant impatiemment une réponse. Elle dû s’y prendre à deux fois avant de recevoir enfin un signal en retour.

« B...logé...assaut...six...zero...zero... » traduisit-elle en direct.
« Il faut qu’on sache où, et qu’on se coordonne. », rebondit-elle aussitôt.
« C’est Will qui communique. » Lui dit-elle en maintenant ses jumelles. « Vous avez de quoi noter, chef ? »
« Affirmatif. », répondit-elle en extirpant un calepin de son gilet tactique sur lequel était fixé un stylo fonctionnant même dans des conditions extrêmes.
« Je cite...T.../...C...O...M...37...242...E...N...T...ER »
Elle fronça les sourcils.
« Ce ne sont pas des coordonnées GPS...ça vous dit quelque chose ? »
« C’est ce qu’il faut entrer dans l’interface d’une station radio pour pouvoir l’utiliser. », répondit-elle. « Je suppose que c’est pour utiliser la liaison montante afin de trouver Brass et Calahan. ».
« Malin...ça va être long, il commence à envoyer le code... »

Pendant un long quart d’heure, Ruth se concentra pleinement pour citer une masse de ligne de code impressionnante et interminable. Elle craignait de mal interpréter les signaux et de glisser des erreurs. Le piratage de la station de communication ne les laisserait jamais accéder aux informations s’il y avait la moindre lettre incorrecte. Autant dire que Padilla était très stressée en listant les informations, ce que son supérieur sentirait très bien.
A la fin, elle quitta ses jumelles et souffla.
« Voilà. Apparemment, on aura toutes nos infos à ce moment là. Ils ajoutent... »
Elle regarda une nouvelle fois dans ses jumelles.
« Fin...attente...consignes... »
« Ok, nous allons essayer. Dites leur qu’on exploite leurs informations et qu’on se refait un point com dans une heure trente. », fit Pedge en regardant sa montre. Elle espérait que ça suffirait à essayer. Elle attendit que Ruth transmette avant d’ajouter : « Bon boulot Padilla. ». Elle reporta son attention sur la liste de lettres.
« Merci. Je...attendez...ils ajoutent encore autre chose apparemment... »
Padilla resta silencieuse un instant. Elle interpréta le dernier message et le cita.
« B...tenu...couture ?...Homme couture ? »
« Homme couture ? », répéta-t-elle dubitative. « Ils peuvent pas être plus explicite… », soupira-t-elle, tendue tout comme l’était Padilla.
« On dirait qu’ils veulent vous donner un nom sans connaître l’identité. Homme...couture...bouche... »
« Wakks probablement. », commenta Pedge, qui ne voyait pas de qui d’autre cela pouvait s’agir. « Il doit certainement surveiller Brass. ». C’était un problème sans en être un. Après tout, s’il avait aussi bien réussi son coup jusqu’à présente, c’était grâce à son maître qui écoutait les conversations.
« C’est plausible. L’information semble suffisamment importante pour qu’ils vous la relaient. Chef...est-ce que je mets fin à la com ? »
« J’étais en train de me demander pourquoi est-ce qu’ils en parlent. Ce serait bien de savoir pourquoi avant de mettre fin à la communication. »
« Je procède... »

Padilla activa le mécanisme et envoya un long signal. Son observation lui permit de recevoir une réponse rapide.
« B...miné...cable...couture... »
« Ok. C’était à prévoir. », fit Pedge de son air impassible. Et ça, c’était forcément un coup de l’autre enculé de Wakks, c’était signé. Un peu comme le casque qui lui avait pété à la gueule.
« Faut en tenir compte pour l’extraction. Si pas plus mettez fin à la com. »
« B...couture...menotte...bras. Fin. »
« Ok. ». Il allait falloir procéder à de la reconnaissance visuelle sur l’objectif pour être certain de la façon dont il était piégé, avant d’agir, car c’était trop flou. Mais au moins avait-elle l’information.

« Fin de communication capitaine. Je m’empresse de vous préparer la liaison montante. Je peux disposer ? »
« Affirmatif, je vous rejoins ensuite. »
« A vos ordres. »

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Plus on se maîtrise soi même plus on maîtrise la réalité extérieure.
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Elana Ravix
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L'ENFER BY CALAHAN
23/07/2018


Nouveau caleçon, pantalon de jute et chemise Natus sur les épaules, le Ranger marchait dans les pas de Ravix la suivant avec un pas de retrait. La tête était basse, le visage fermé et marqué. Les regards appuyés des Natus ne l’affectaient pas. Plus maintenant avec ce qu’il avait au dessus de la tête. Avec les multiples épées de damoclès qui pesaient à quelques centimètres, il risquait d’ouvrir une armurerie du Moyen ge. Eversman gardait les lèvres pincées. Un Natus était venu à eux leur réclamant leurs oreillettes radios tout en affirmant qu’elles étaient piégées. Il s'exécuta sans chercher davantage à comprendre. il aurait dû être révolté par les méthodes de tricheur de l’officier, il n’en était rien. Le sadisme de Calahan n’avait pas d’égal. Son ingéniosité pour les pourrir semblait sur la même lignée.

Ravix se renseigna au passage sur la localisation du Capitaine. Ils prirent par conséquent la direction des remparts, montant rapidement les marches pour les trouver.

La française était réticente à donner ses radios comme cela… mais les piètres explications du Natus, comme quoi elles étaient piégées, la rendit encore plus méfiante et elle se mit à se questionner sur le comment du pourquoi. D’évidence un peu perdu, le Natus expliqua brièvement que les “boîtes à voix” étaient écoutées constamment par le “Vil Chauve”. L’évidence était pourtant là. L’officier instructeur s’en servait pour les espionner. Comme cela devait être jouissif d’avoir accès à toutes les petites conversations. Cela était ressenti comme un viol de leur intimité et une forte gène naquis en elle. De l’espionnage en règle et malheureusement bien menée. Ce n’est pas un petit joueur ce mec. Elle tendit sa radio, prenant conscience aussi que l’équipe ne pourrait plus avoir de contact distance, ils allaient faire la guerre l’ancienne. Un peu agacée, elle fourra ses mains dans ses poches sentant une forme dans celle-ci… elle sortit l’anti venin de la capitaine qui ne l’avait pas prise. Une autre raison de venir la déranger.
Elle jeta un regard à Matt toujours éteint… puis elle se renseigna sur la position du capitaine. La para les mena jusqu'aux remparts, apparemment Ruth et Pedge s’y trouvaient pour une mystérieuse raison. Padilla, cependant, les quitta précipitamment après leur avoir fait un signe poli de salutation.

« Capitaine ? » elle se mit au garde à vous, puis repris sa place initiale quand on lui ordonna. Elana en profita pour tendre l’anti-venin à sa supérieure.

Pedge laissa Ruth s’en aller, et toisa les deux nouveaux arrivant. Matt avait toujours une sale gueule, et elle se demandait même si ce n’était pas pire. Elana était en meilleure condition, et elle sentait bon, ce qui n’était pas un luxe pour les narines. Pour autant, Pedge avait toujours le sentiment de se sentir seule, malgré le groupe. Le froid qui s’imisçait dans les jambes de la texane était en train de l’obnubiler au plus haut point, et cela parasitait clairement ses capacités de réflexions.
Ses yeux tombèrent sur l’antivenin. Elle devait prendre son injection à 18h mais avec toutes ces conneries, elle était passée à côté. Et bien comme il fallait.
« Merci caporale. », souffla Pedge qui faisait maintenant une fixette sur l’antivenin. Elle en avait plein le cul de ne pas être au top physiquement. En réalité, son moral était entamé sérieusement, et sa condition physique jouait fortement.
Cependant, quelque chose la taraudait depuis un moment, et il était clair que l’équipe l’avait perdue : Morfalou.
« Où est le droïde Morfalou, le chien que les techniciens nous ont envoyé ? », demanda-t-elle à brûle pourpoint en se tournant vers les trois jeunes gens qu’elle éprouva du regard. Matt avait toujours une sale gueule, quant à Elana, elle semblait plus fraiche, et elle sentait meilleur, il fallait bien le reconnaître.
Le Ranger se contenta d’un haussement d’épaules, le droïde étant loin de ses préoccupations.

Le drone ? Ah oui… merde Elana avait complètement oublié ce détail. Faut dire que vu les évènements survenus, elle avait autre chose à penser qu’un drone bizarre. Avec un peu de chance et vu sa soi-disant intelligence artificielle, il avait dû les suivre, mais elle ne s’en n’était pas préoccupé avant. Pour dire, elle n’avait plus pensé à ce drone depuis maintenant. Et merde encore un truc que le capitaine allait leur foutre à la gueule. C’est la merde …
« Avec les événements passés, j’ai occulté le drone. Navré capitaine. » dit-elle franchement de son ton morne. Elle s’attendait à se faire rabrouer.

C’était bien ce que Pedge craignait. Qu’ils aient oublié le drone. Dieu seul savait vraiment où il se trouvait maintenant, et ça avait de quoi la contrarier. Non seulement elle en était plus ou moins responsable, mais ses amis s’étaient mis dans la merde pour lui envoyer leur compagnon de route et fidèle mascotte. S’il gisait quelque part avec les circuits à l’air, ça allait chier pour son grade, elle en était certaine.
« D’accord. », répondit-elle simplement, ne cherchant pas à savoir si Matt en savait plus ou pas. Il ne semblait pas vraiment présent dans la conversation, pour changer. Du coup, elle embraya :

« Qu’est-ce qui vous amène ? Vous devriez vous reposer. J’ai des nouvelles de l’autre équipe, et un plan s’organise. On va bouger bientôt, je vous en dirai plus quand ce sera calé. », les informa Pedge, désireuse de les tenir au courant et désireuse surtout qu’ils se tiennent prêt à agir le moment venu.

Avoir des nouvelles de l'autre équipe, apprendre qu’un plan était en cours d’élaboration auraient dû le ravir. Cela ne lui faisait ni choix ni froid. L’esprit était focalisé sur d’autres préoccupations dont Yin faisait grandement partie avec ses amies culpabilité, fatigue et colère. Un bien bon cocktail explosif. C’est en croisant le regard du Caporal qu’il comprit que c’était lui de s’exprimer. Il inspira, gardant les mains dans le dos.

« La sœur de Yin est venue me rendre visite dans le dortoir. » Commença-t-il d’une voix plus basse pour éviter que d’autres oreilles ne les écoutent.
« Elle aussi subira la justice Natus. Toute la famille la subira...Elle tenait à ce que je le sache » Il passa sous silence le fait qu’elle désirait sa peau. La médicastre n’était pas la seule à subir, toute la famille allait être entraînée par le fond par sa faute. Une pression supplémentaire sur les épaules du soldat qui avait par conséquent cédé. Il ferma les yeux quelques instants, inspirant de nouveau avant de reprendre la parole d’une voix peu assurée.
« J’ai… Jai pris contact avec le Capitaine Calahan… j’ai tenté de négocier. Je l’ai supplié de libérer Yin, de cesser la torture... Il m’a alors proposé un marché. Vous collez une balle entre les deux yeux contre sa libération et la survie du groupe... » Fit-il croisant le regard de l’officier. Une balle et les démons qui le rongeaiaient, s’envoleraient. Tous sortiraient de cette manoeuvre sans encombre. Il serait le seul à en subir les conséquences néfastes. Son propre avenir ne comptait plus dans la balance, le Ranger se savait fichu désormais. La soeur de Yin ou même Calahan aurait sa peau, ça n’entrait plus en compte.
Un simple appui de gâchette auquel il ne pouvait se résoudre.
En guise de réponse, Eversman se contenta d’un signe négatif de la tête avant de la baisser. Il n’était pas fier de lui, d’avoir tenté une négociation, même foireuse, avec l’ennemi mais c’était une tentative désespérée, presque un appel à l’aide. Côté moral, il était au plus bas.

Pedge toisa Matt. Elle ne s’attendait pas à ce genre de confidence à dire vrai. Elle pensait vraiment que le ranger s’était fait une idée et qu’il sortirait son amie à la sueur de son front en réussissant cette manoeuvre. Parce qu’il ne s’agissait que de ça au final. Réussir cette manoeuvre.
Elle avait envie de lui expliquer que l’ennemi fonctionnait comme ça pour retourner un agent, pour le corrompre, le forcer à attaquer son propre drapeau ou du moins, à le trahir en l’espionnant, en renseignant, en tuant, mais elle sentait que c’était peine perdue. Plusieurs fois elle s’était fait son soutient, elle avait tenté de lui expliquer les choses, de lui montrer la voie qu’il devait emprunter, de lui faire tenir bon face aux épreuves… Et à chaque fois, on en revenait à ça : Des pleurnicheries et des lamentations.
Pedge poussa un soupir, exaspérée, avant de déclarer :
« Maintenant que tu n’as plus de radio, je n’aurai plus ce genre de rapport. Problème réglé. Autre chose ? », demanda-t-elle, consciente qu’Eversman n'exécuterait pas l’ordre de Calahan.

Oui… Problème réglé. ça semblait si simple et pourtant... Eversman soupira ne parvenant pas à tourner la page si facilement gardant la tête basse. Calahan ne pourra lui faire écouter les cris de Yin, quoique le connaissant il était capable de les émettre depuis un haut-parleur mobile.

Matt avait décidé d’avouer tout même sa conversation avec le capitaine sadique. Une bonne chose, cela aurait été détestable qu’elle le grille publiquement.la caporale était resté stoïque et semblait indifférente durant la conversation. Mais elle n’en était pas moins active à l’intérieur. Matt allait leur claquer dans les mains si ça continuait. Elle commençait à en avoir la certitude. Surtout qu’au final la capitaine n’en avait pas grand-chose à faire. Elana ne savait pas si cela était un ras le bol ou simplement pour que les soldats se concentre sur la suite de la mission. Elle décida de ne pas juger, cette manœuvre mettait tout le monde a bout et il ne fallait pas s’attarder sur les sentiments, mais sur les faits et les actions.
« Négatif. On attend vos ordres pour la suite. » en tout cas, elle n’était pas mécontente de savoir que les autres étaient à nouveau dans la course et qu’ils avaient fait le premier pas pour contacter la capitaine. Cela était une bonne chose et en toute franchise, elle ne s’y attendait pas. Elle se demandait bien ce qui les avaient fait changer d’avis.
Quand aux radios, si la capitaine ne leur disait pas la raison, elle avait les siennes et Elana attendrait le briefing. Et vu l’humeur de la capitaine, il fallait mieux ne pas s’étendre dans les paroles.

« Ok…. », fit Pedge en laissant traîner son regard sur Matt. Elle se sentait dure vis à vis de lui, mai elle en avait plein le cul de devoir le hisser continuellement, de le remotiver et de le pousser au cul pour qu’il fasse les choses correctement. Au final, elle avait le sentiment qu’il faisait un pas devant lui, pour en faire un autre derrière lui. Il n’avançait pas et il espérait toujours que les autres l’aiderait à prendre des décisions qu’il n’était pas possible de prendre. Mais Pedge ne pouvait pas toujours lui tenir la main, faire du sentimentalisme qui ne lui ressemblait pas et essayer de tout le temps se mettre à sa place. Ils étaient à l’armée, et elle ne pouvait pas faire tout le temps du social. Surtout maintenant. Les choses bougeaient dans le bon sens, ils avaient pris un coup d’avance sur le Capitaine Calahan, et plusieurs fois d’affilé, et maintenant qu’il n’avait plus ses petits bijoux de technologie pour les écouter, l’avantage devrait se creuser encore un peu.
« Pour info, nos radios étaient constamment écoutées par Calahan, c’est ainsi qu’il pouvait frapper au bon moment. Ou délivrer ses messages pile quand il le fallait par l’intermédiaire d’une pizza accompagnée d’une photo. Sans ces radios, ça nous complique un peu la tâche, mais on devrait être un peu plus tranquille de ce côté là. ». Pedge les toisa tour à tour, consciente qu’elle ne pouvait pas laisser un Natus faire le boulot explicatif à sa place. Après tout, ce n’était pas deux crétins qu’elle avait en face d’elle, et ils avaient le droit à une explication sur ce caprice soudain.

Qui n’en était pas un au final.

« Bref. Soldat, Caporal, reposez vous pour le moment. Essayez d’engranger des forces. La suite de la manoeuvre s’annonce corsée, et je compte sur vous pour tenir le coup. Je viendrai vous chercher si besoin. Ah et... », son regard alla de l’un à l’autre : « Restez à deux. » Petite précaution supplémentaire pour garder Matt entier dans ce campement, surtout si la soeur de Yin se promène dans le coin avec des envies revanchardes vis-à-vis du Rangers.


Se reposer ? Peu importe la fatigue, Matt ne se voyait pas prendre place dans son sac de couchage et dormir paisiblement alors que l’otage qu’était Yin subissait les pires atrocités. « Ne devrait-on pas bouger maintenant, Capitaine ? » Questionna-t-il essayant d’être le plus correct possible. Cette histoire l’affectait trop, il y était trop impliqué pour ne pas réagir. « Je ne me vois pas me reposer alors que les Inquisiteurs font route vers le campement. Les Natus doivent connaître l’emplacement du camp s’ils ont envoyé ces types...On peut l’attaquer… On peut empêcher ça. »

Finalement Elana eut son explication pour les radios et elle devait quand même avouer que cela était perturbant. Calahan était terriblement malin et un redoutable adversaire. Ils ne pourraient que s’en sentir que plus grandit. Affronter le pire connard de l’armée mondiale (enfin qui pouvait le battre ? Monsanto ?) c’est quand même formateur. Elle se demandait si cette ingéniosité machiavélique pouvait être mise à contribution pour les prochains affrontements avec les Wraiths ou les Geniis. Elle hocha la tête, remerciant au passage la capitaine. En tout cas, elle avait hâte de repartir en formation pour surprendre le vieux briscard.

Un nouveau hochement de tête, oui elle ne comptait pas lâcher Matt, de un : il était trop fragile et de deux s’il avait une idée lumineuse de faire cavalier seul... S’il avait été un vase il serait tellement fissuré qu’on ne se demanderait comment il peut encore avoir forme. Enfin bon le vase avait besoin de sa fleur, puisqu’il remis le sujet sur le tapis. D’un point de vu humain, il n’avait pas tort, mais le piège était bien trop visible pour se jeter la tête la première. Le capitaine, devait avoir une voie de secours si Matt refusait de trahir, un moyen de pression, qui lui donnerait l’impression de ne pas avoir le choix et donc de passer à l’acte.
« Calahan attend surement que ça Il sait que tu es acculé et brisé. Il doit patienter bien gentiment que tu joues au prince charmant. » dit-elle en le regardant.
« ça pue le piège à plein nez, je sais ! » Répliqua-t-il agacé d’une voix plus forte qu’il ne l’aurait voulu. Matt soupira avant de reprendre d’un ton plus conforme
« Désolé, Caporal… C’est juste que j’ai que ça en tête. J’entends ses cris, le rire de ce crétin... » et il voit les minutes perdues à discuter au lieu d’agir.
« Je sais... » dit-elle en lui tapant l’épaule pour l'apaiser.
« Tu as une carafe d’eau à finir. » il n’avait que ça a lui dire, elle était persuadé que la capitaine refuserait de les mobiliser dans la nuit pour courir après les inquisiteurs. Une manière plus “humoristique” de lui dire “on va dormir maintenant”. Même si le sommeil, il ne le trouvera sûrement pas sans aide chimique. Et les somnifères sont de l’autre côté de l’océan.

Forcément, elle s’attendait à ce que Matt rechigne sur ses directives. Il ne l’aurait pas fait qu’elle aurait pu penser que c’était un Natus déguisé en Eversman qui se tenait devant elle. Ce mec avait un don pour toujours avoir un truc à commenter ou à dire, et à ne jamais trouver sa place. Elle se demandait franchement comment il n’avait pas pu avoir des emmerdes plus régulièrement par le passé, mais cela expliquait aussi son CV désastreux. Bref, Ravix joua la carte de la temporisation, et c’était plus bien vue de sa part.
« Il faudra mettre sa frustration de côté en effet. », ajouta Pedge. « Il est inutile de foncer comme ça à l’aveuglette dans le tas. C’est quand même la base de la stratégie militaire Eversman. ». Elle comprenait sa situation, et son envie d’en découdre, surtout avec les menaces que faisait peser Calahan sur ses épaules et sur celle de Yin. Pour autant, il ne fallait pas se jeter dans la gueule du loup, c’était ce qu’il voulait ce vieux briscard. « Allez vous reposer, et toi fais en sorte d’avoir la rage au ventre quand on se mettra en route pour aller allonger le vieux. », termina-t-elle, en s’adressant à Matt sur la fin de sa phrase. Une façon comme une autre de prendre en compte ses démons intérieurs et son dilemme.
« Je lui ai promis une balle entre les deux yeux… Je ne vais pas rater ça, Capitaine. » Au moins était-elle au courant de ses intentions quant à Calahan. C’était certe une balle d'entraînement mais la volonté était belle et bien là. Il lui adressa un signe de la tête avant de détourner les talons, prêt à regagner les dortoirs.
Finalement, elle n’avait pas été engueulé pour le drone, elle se demandait maintenant où était l’engin qui aurait dû normalement les suivre...Ils verront bien, cela ne l’inquiétait pas vraiment, ce n’est qu’un objet et ils avaient bien plus important à retrouver à ce moment. Comme l’unité d’une équipe et Elana avait hâte de recroiser le reste des “fuyards” histoire de renouer. Elle était assez contente de leur premier geste envers la capitaine et cela lui donna un peu de chaleur au fond de son cœur et cela la rassurait sur l’avenir de cette “meute”. Son regard se porta sur la capitaine et elle hocha la tête.

« Elle sera présente capitaine. » Oui, si la fatigue de lui disait pas de filer au lit, elle serait requinquer et prête à se battre ! Elle esquissa un sourire, l’espoir et la sensation qu’ils prenaient enfin les cornes du taureau pour le charger avec, était plainte, elle n’était pas mécontente de retrouver sa supérieure.


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