Atlantis Insurrection
"Personne ne demande à devenir un Héros, sauf que parfois ça finit comme ça..."

Et si ce Héros, c'était toi ? Tu es l'un des meilleurs dans ton domaine (Biologiste, Chirurgien, Infirmier, Diplomate, Démineur, Maître chien...) et on te propose de participer à l'expédition la plus fabuleuse mais aussi la plus dangereuse : l'expédition Atlantis.
Auras tu le cran de rejoindre Atlantis pour découvrir ses mystères et affronter les dangers de cette galaxie ?

Tu peux aussi incarner les personnages importants de la série (Ronon, Zalenka, Lorne, Teyla....) Bon niveau RP demandé.
On recherche de nombreux personnages inventés.
http://www.atlantisinsurrection.com/t387-personnages-vacants


Si tu te sens capable de franchir ce pas, tu es des nôtres ! Clique sur l'image ;-)
Sombrelune et sa région : voyage de découverte [Clive, partie 2) 824245bouton512


RPG sur Stargate Atlantis
 

Sombrelune et sa région : voyage de découverte [Clive, partie 2)

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Sam 4 Mai - 22:52
Emilia Zeïn’ Eidolas
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Le lendemain matin, Emilia se mit sur son trente et un. Vêtue d’une robe blanche et dorée à l’image des Exceptions, parfaitement coiffée et maquillée, rien n’avait été laissée au hasard. Son retour devait marquer les âmes et elle fit forte impression. Elle fit le bref récit de son aventure, de sa présence sur une ruche puis de sa course. Elle avait senti les dieux auprès d’elle tout au long de son parcours et c’était cela qui l’avait encouragé à accepter les épreuves et à demeurer loin des siens, pour ne pas les exposer au danger mortel des démons. Mais une rencontre inespérée avait mis fin à son voyage, un peuple héroïque qu’elle vanta longuement sans jamais le nommer. Elle laissa seulement échapper que certains de ses représentants seraient présents à la Floraison. Juste assez d’informations pour attiser la curiosité des foules mais pas assez pour trahir la volonté du Conseil de garder le nom des atlantes secret.
Intérieurement, elle se désespérait de devoir raconter autant de conneries à la minute. Les dieux auprès d’elle ? Et puis quoi encore ! Mais il fallait bien baratiner pour ne pas avoir à évoquer la Marche…
Lorsqu’elle rentra chez elle, elle se sentit soulagée d’en avoir terminé avec cette partie. Voilà, elle était enfin récussitée aux yeux du monde. Si la Marche n’était pas informée de son retour cette fois elle n’allait pas passer à côté de son allocution.
De son côté, Darren n’avait pas été chaud bouillant à l’idée de suivre le convoi. Tout ce gratin le mettait vraiment mal à l’aise, plus que lors du voyage pour se rendre à Sombrelune. Il savait qu’il n’était pas obligé de venir, il avait son hollow personnel maintenant, donc il pouvait suivre l’intervention d’Emilia face aux médias. Seulement, il y a ce qu’on a envie, et il y a ce qui est correct. Il était hors de question de se tenir à l’écart. Pas pour une raison de sécurité cette fois, puisque ce serait encore plus encadré, mais par égard pour la princesse.
Darren partit avec eux en travaillant ses règles de politesse, la particule des noms, et pas mal de petites choses qu’il avait eu le temps de demander au Majordome des Eidolas. Comme par exemple dans quelle circonstance l’invité d’une princesse devait saluer avec ce signe particulier d’envol.

Bref. Lorsque vint le moment de la présentation aux médias, Clive écouta le roman qui tenait plus de la salade édulcorée que de la vérité. Il s’amusa brièvement à l’idée que l’outil journalistique n’était pas si différent de la Terre. Et il s’interrogea aussi sur la raison qui poussait la princesse à ne pas évoquer ouvertement Atlantis. Peut-être parce que les Wraiths étaient là, quelque part là haut, en train de les écouter. Il avait levé distraitement le regard pour mirer le plafond, comme s’il était capable de voir au travers pour fixer le ciel.

Il était habitué à Atlantis mais il avait tellement entendu d’histoire d’anciens qui avaient vu des sociétés s’effondrer pendant ou après des pactes. Il ne savait pas quel crédit accorder à ces racontars mais une civilisation d’une telle importance ne pouvait pas se cacher éternellement des Wraiths.
Ils étaient obligés de trouver un arrangement. La Gaëllie n’était pas une ville flottante capable de couler ou de changer de planète en échange d’une grosse masse d’énergie. Donc dans le fond, il comprenait. Il comprenait vraiment. Ca avait beau être une manipulation des masses ou une version qu’elle affectionnait, il savait ce qu’Emilia avait dans les tripes. Et qui elle était réellement. Il l’attendit un peu à l’écart et patienta tranquillement, en silence, d’avoir l’occasion de lui poser des questions.
Pour une fois, il avait laissé ses armes au domaine. Vraiment à contrecoeur mais il ne pouvait pas prendre un risque pareil à ce moment aussi crucial. Il portait la tenue particulière qui faisait de lui davantage un Gaëllien qu’un Atlante. Malheureusement, il ne trouva aucun moment pour parler avec elle en privé. Forcément, avec un tel moment officiel, il y avait du monde et Darren devait se contenter de son rôle, d’être faux. Il échangea quelques mots sans réels intérêts pour faire la conversation. Mais l’occasion se présenta enfin dès que les portes du Domaine Eidolas se refermèrent sur eux. En l’ayant accompagné jusqu’à son bureau, probablement pour qu’elle finisse ses papiers, Clive s’assura que l'assistante ne traîne pas son oreille puis il lâcha enfin :

« Je t’ai trouvé rayonnante à l’écran. Tu fais l’Exceptionnelle. » fit-il en blaguant un peu. Il reprit plus sérieusement. « Tu vas bien ? J’imagine que...ça doit pas être facile. »
– Cela faisait longtemps que je n’avais pas baratiné toute une foule… mais il faut croire que c’est comme le vélo, cela ne s’oublie pas.
Elle posa les yeux sur sa robe… cela faisait tout aussi longtemps qu’elle n’avait pas porté de vêtement aussi beaux… aussi symboliques. Les journalistes avaient bu ses paroles, le peuple seraient pire. Ce que les gens pouvaient être crédules quand un Être d’Exception leur parlait !
« Le revers de la médaille miss. J’imagine que si tu ne t’en charges pas, d’autres moins bien intentionné le feront à ta place. Tu n’as pas le choix au final... »
– L’histoire de ma vie ! plaisanta t-elle.
« Si dur la vie royale... »
Il venait de mettre le doigt sur la raison qui la poussait à endosser ses responsabilités d’héritière alors qu’elle aurait tout aussi bien pu s’installer paisiblement dans un temple loin du monde et des tracas de la politique pour mener sa retraite spirituelle. Si elle partait, qui viendrait prendre sa place ? Son oncle ? Plutôt s’enfoncer le doigt dans l’œil et appuyer très fort que de lui laisser le pouvoir !
« Un mauvais moment à passer... » Débuta Clive en laissant sa phrase mourir lentement. Une main jaillit pour venir lui chatouiller le flanc. « Pour bien d’autres bons moments de vie. »
Il ne parlait pas spécifiquement de lui.
Si la matinée avait été éprouvante, l’après-midi, lui, promettait un grand moment de plaisir. Emilia avait commandé un pique-nique à Eleonore et informé Darren qu’ils partiraient tous les deux pour les sommets après la conférence. Elle lui conseilla de s’habiller confortablement et de mettre un manteau car il faisait froid dans les hauteurs. La jeune femme avait l’intention de lui présenter quelqu’un...
Il n’en fallu pas plus pour faire son bonheur. Darren se mit en quête d’Edna, ou plutôt un de ses servants puisqu’on ne dérangeait pas une telle dame, et il trouva de quoi prendre une nouvelle tenue qui devrait plaire à Emilia. Là encore, il fût assez ennuyé pour placer son équipement et dû se résoudre à abandonner quelques affaires inutiles ici. Mais il voulait prouver l’effort qu’il faisait pour la sortie avec ces nouveaux habits.
Tout du long, son esprit ne cessa de tourner sur le mystérieux individu que la princesse comptait lui présenter. Mais l’idée même de quitter Sombrelune, aussi sympa soit le domaine, lui rendait le coeur léger. Il trépignait comme un gosse au moment où il la rejoignait.
« Hé, tu... »
Quelqu’un passa.
« Son altesse souhaite-t-elle que je transporte ? »
– Que vous transportiez ?
« Un quelconque bagage, sac, contenant, pour l’endroit où nous nous rendons... »

La princesse s’était changée, troquant sa robe d’apparat contre une tunique bleu marine, un long manteau sombre, un pantalon en cuir et une paire de cuissardes. Cela rappelait vaguement une tenue d’équitation, l’élégance zeïn en plus.

-Tout est dans la voiture. répondit-elle. Prenez vos armes, nous aurons l’occasion de nous entraîner là où nous allons… et il n’y aura plus d’escorte au bout du voyage.

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Sam 4 Mai - 22:58
Darren Clive
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Il se sentit sourire bêtement. Lentement, il ouvrit le pan droit de sa veste offerte gracieusement par les Eidolas et laissa apparaître le fusil à pompe coincé sur son flanc.
« Je suis fin prêt votre Altesse. Et la sécurité se poursuivra après le voyage. »
Il termina par un petit clin d’oeil entendu. Dans son sac, il avait viré les tenues de rechange pour pouvoir mettre son gilet tactique. Il avait quelque chose à lui apprendre là-dessus aussi. En tout cas, il s’était fait violence pour ne pas déshabiller la jeune femme du regard. Sa tenue était complétement dingue et il attendit qu’elle se retourne pour aventurer son regard. Le militaire ne songeait pas au pouvoir en question à ce moment-là, et même si c’était le cas, il s’en fichait éperdument. Elle était déjà pas mal avec un simple uniforme, maintenant elle avait tout simplement beaucoup de style avec cette espèce de tenue d’équitation.
Clive fit le lien en la suivant jusqu’à la voiture, se demandant s’ils n’allaient pas partir en ballade sur un équivalent d’équidés de Gaëllie. L’idée même de passer du temps entre eux lui plaisait tout autant qu’ils allaient s'entraîner. Il serait son professeur pour les armes, elle serait le sien pour la méditation. C’est avec hâte qu’il monta à l’intérieur, le côté galant lui faisant accéder en dernier, pour voir le domaine s’éloigner ensuite petit à petit.
« A l’aventure ! » S’exclama-t-il gaiement.

Emilia sorti un pendentif dissimulé sous son manteau et le lui montra. Une réplique de celui qu’elle lui avait offert quelques jours plus tôt alors qu’ils se trouvaient plusieurs mètres sous l’eau.
-Cela vous dit quelque chose ? demanda t-elle en lui adressant un clin d’oeil.
« Je connais sa jumelle, oui. Je l’ai emmené avec moi... » Répondit-il en jouant le jeu avec plaisir.
Toujours avoir une fiole de lapis arcus avec soit quand on sort.
« A vos ordres ! »
Pour le prouver, même s’il n’en avait pas besoin, Darren appuya à l’endroit de ses plaques pour laisser deviner le contour du pendentif jumeau en lapis acrus.

La voiture démarra et le chauffeur conduit longuement. Ils n’étaient pas partis sans escorte bien entendu mais cette dernière ne pourrait pas les suivre là où elle projetait d’amener Darren. De toute façon la Marche ne pourrait pas les atteindre non plus là-bas.
Ils roulèrent un bon moment à travers un dédale de tunnels et de route avant de déboucher finalement à l’air libre. Comme à chaque fois qu’elle sortait de Sombrelune, Emilia porta le regard vers le ciel pour s’imprégner des rayons du soleil. La Forteresse dans la montagne était superbe, mystérieuse et bien protégée mais rien n’égalait la lumière d’Anthémis, l’étoile qui éclairait Orzan. Cela faisait du bien de voir autre chose qu’une semi pénombre ou de la lumière artificielle. Il faisait beau et le ciel, parfaitement dégagé était d’un bleu rosé. Parce qu’il en ressentait le même plaisir, Clive ne mit pas longtemps à l’imiter. Il échangea un regard de complicité sur la même sensation agréable en recevant ces rayons naturels. Il souriait de celui qui n’était jamais lassé de découvrir cette vie. Il avait été si pitoyable, façon de parler, en lui proposant de rester sur la cité. Leur voiture finit par s’arrêter au bord d’un chemin discret et Emilia en sortit. Dehors, des soldats s’étaient déployés pour vérifier qu’aucun danger ne se cachaient derrière les arbres mais Emilia ne leur prêtait guère attention, elle était habituée. Il faisait frais, pour ne pas dire froid, mais de cela aussi la princesse se moquait. Elle tripota machinalement le sifflet en bois accroché au bracelet qu’elle portait au poignet droit tout en songeant à l’accueil qu’allait lui faire Léo. Connaissant son caractère, il allait très certainement lui faire payer sa longue absence.
Emilia fit signe à Darren de la suivre tandis que quelqu’un s’occupait de récupérer leur sac de provision et le fit marcher quelques minutes avant qu’ils ne débouchent sur une vaste prairie qui surplombait une falaise. La vue en contrebas était à couper le souffle. La nature sauvage, rien qui ne laissait penser qu’une cité reposait sous leurs pieds.

« C’est l’endroit parfait pour construire une maison... » Lâcha Darren en quittant le giron de la princesse pour observer cette magnifique vue. Il ouvrit les bras en grand, devenant une croix vivante qui appréciait l’espace et la beauté de cette nature, et il inspira profondément.
« Ce monde mérite de survivre rien que pour ça. Vous avez tout préservé...c’est dingue... » fit-il sidéré.
– Nous nous efforçons de nous développer en préservant au mieux notre environnement. Pas vous ?
« On a pas été si sage Emilia... » Confia Darren.
Il abaissa ses bras et vérifia que les soldats des environs ne l’entendrait pas.
« Là d’où je viens, nos différentes maisons ne s’accordent pas sur l’équilibre. Seule la rente compte. »
Il tourna son regard sur ce bijou de la nature et il pointa son doigt sur les éléments.
« La végétation tombe malade et elle se ternit. L’air est vicié. Nous devenons plus agressifs les uns envers les autres. Et on a tellement de tracas qu’on néglige notre nature. Là d’où je viens...ça n’existe presque plus... »
Darren se souvenait de ce que Mademoiselle Steele lui avait conseillé. Il ne lui était pas interdit de lui parler de l’état de sa chère planète bleue.
« Mais on est pas des peureux. On se secoue, on trouve des solutions. Et bientôt on comblera cette énorme avance de respect que vous avez sur nous. »

– Ca a l’air affreux !

Emilia avait bien perçu le mécontentement d’Alexander Hoffman lorsqu’ils avaient évoqué les questions de préservation de la nature sur Terre mais elle n’avait jamais imaginé que c’était si grave. Elle parcourut les lieux du regard, s’imprégnant de la beauté de son environnement. Détruire un tel endroit ? Ce serait de la folie !

– La discrétion, le camouflage, ont été notre gage de survie pendant des millénaires. Nous échappions aux wraiths en nous fondant dans le décor. Même aujourd’hui… le jour où les démons retourneront leurs armes contre nous, seules les cités cachées survivront. La nature est notre meilleure amie car elle nous protège.
« Et c’est aussi celle qui nous fait vivre. » Ajouta Darren en comprenant parfaitement. Elle prêchait un converti. « Disons...que nous n’avons pas été aussi éclairé que les Gaëlliens durant un temps. Maintenant que nous avons conscience de ce mauvais traitement de notre nature, nous commençons tout juste à concevoir des outils, des techniques, et des changements dans notre morale. On aurait pas mal à apprendre du respect de l’habitat qui dissimule ton peuple. »
Il marqua une pause et cru bon d’ajouter.
« S’il y a alliance, on laissera jamais les Wraiths essayer de détruire la Gaëllie. Je m’avance un peu trop. Mais je vois pas mes patrons rester les bras ballants si cette tragédie arrive. »
– Ton jugement est influencé par l’affection que tu me porte. Presque rien ne lie ton peuple au mien. Bientôt peut-être… Je travaille dur pour que cela arrive.
« C’est vrai, oui. » Admit-il. « J’apprends que tu te fait bombarder, je serai le premier à prendre l’arme en demandant quand est-ce qu’on part. C’est normal selon moi...mais je suis un soldat aussi. Je pourrai tenir le même discours pour un monde que je connais pas. Une amie que je n’ai pas. On ne peut pas laisser des Wraiths s’attaquer à un monde comme le tien. »
Il la regarda et sourit, dépassé par l’étendue du sujet depuis sa simple posture de soldat.
« Enfin, c’est juste une opinion. »
Elle lui répondit par un sourire.
– Et… qu’a t-il de particulier mon monde ?
« Eh bien... » Il sourit à son tour. « Je vais te dire qu’il a une belle avance technologique, un bon système de camouflage. Là, tu vas sentir que je suis en train de te baratiner. Donc je vais me sentir con et je vais corriger en disant : c’est surtout qu’il y a une Exception ici. On en revient à ta conclusion pleine de sagesse. J’suis influencé et c’est humain... »
Emilia rit doucement.
– Les deux premiers arguments pourraient pourtant influencer ton gouvernement. Tu as été vaguement témoin de nos possibilités mais crois moi, il y a beaucoup plus. Tout comme je sais que vous êtes très loin de m’avoir tout montré. Nos peuplés alliés, un jour contre les wraiths… peut-être que cela arrivera. J’ai envie d’y croire.
« Je voudrai y croire aussi. » Assura-t-il à son tour. Elle n’était pas seule à fonder des espoirs sur cette possible alliance.
– Tu es le premier atlante a avoir mis les pieds ici et à avoir découvert notre culture. Je pense qu’ils vont écouter ton témoignage avec une attention toute particulière.
« Oh que oui. Ils s’attendront sûrement à ce que je me sois lancé dans du repérage rien que pour leurs beaux yeux avant de se rendre compte que j’y suis pas allé...pour ces yeux là. Ca va faire bien avec le noeud pap qui prend l’habitude de griller son monde. » Ironisa Clive avec le sourire. « Ils sentiront sûrement que je suis influencé mais de tout ce que j’ai pu voir, je ne peux que leur faire l’éloge de ton peuple. »
Il ricana.
« Et moi envers le tien ! Je ne suis pas le plus poli, j’espère ne pas avoir fait tâche dans l’idée que se fait ta famille du premier Atlante à fouler le sol de Gaëllie ! »
Emilia rit avec lui.
– Non, ma mère a pu profiter d’une vue d’ensemble en se rendant sur Atlantis. Elle a éprouvé le CODIR et s’est forgée une opinion en conséquence. De fait, elle t’accorde une attention très relative. Je pense qu’elle perçoit ta présence comme un caprice de ma part.
Il écarquilla un peu les yeux, sentant son âme d’enfant s’embraser.
« Ah ? Et de ton côté, est-ce que tu as mobilisé tes superbes compétences pour faire passer ça comme un caprice, pour que je puisse venir t’offrir cette protection dont tu avais tant besoin ? »
– Je ne lui ai pas présenté comme une requête. Et de toute façon, je pense qu’elle aurait été prête à m’accorder n’importe quoi après nos retrouvailles… elle parait froide en apparence mais je suis bien placée pour savoir qu’elle tient à moi.
Il lui mit une tape sur l’épaule, s’oubliant un peu de la présence des militaires non loin.
« Ca se sent. Elle est H24 dans son rôle et son travail. Mais elle a une façon de te regarder, j'interprète ça comme de l’amour maternel. Je suis sûr que tu fais sa fierté d’être revenue en vie. Et pas seule... »
– Oh… je ne suis pas sûre pour ce dernier point. Je ne crois pas que le Conseil avait l’intention de se manifester à ton peuple… je lui ai un peu forcé la main.
« J’imagine. Il me faudrait un mentor dans les jeux de pouvoirs qui se font dans tes sphères. Mais...tu m’impressionnes. Avec ton feu de Drakonys. Ca m’a bien fait rire, le chevelu qui est reparti en tremblant... »
Maintenant qu’ils étaient seuls et que la situation se prêtait au repos, il pouvait poser des mots sur les pensées qu’il avait eu la veille.
– Ah ?
« Tu as toujours eu cette répartie ? Ou ça s’apprend à l’école des élites ? » Demanda-t-il en taquinant.
– La rhétorique m’a été enseigné dès mon plus jeune âge. Quant au cynisme… hm, ça c’est personnel. Déformation du pouvoir. A force de voir le pire transpirer dans les émotions des autres, j’ai finis par devenir ironique.
« J’espère que je participe à faire changer ton point de vue, sincèrement. » Reprit-il tout en observant la beauté de la nature. Il repata quelques boutons en sentant le froid s’insinuer maintenant qu’ils ne bougeaient plus. C’était surtout une question de confort, il n’était pas du genre frileux et il avait son expérience pro qui le préserverait un peu du temps.
– Peut-être bien, répondit-elle évasivement.
Il lui fit un clin d’oeil, sentant que ce n’était pas un sujet sur lequel s’attarder. Il préféra changer pour conclure avec une voix faussement déçue, presque prétentieuse :
« C’est ce que tu voulais me présenter ? »
– Nop… viens, nous ne sommes plus très loin.
« Ok, je te suis. »
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Sam 4 Mai - 23:01
Emilia Zeïn’ Eidolas
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Emilia fit marcher Darren pendant une cinquantaine de mètres dans un cadre paradisiaque pour tous les adeptes de randonnée pédestre. Le terrain s’inclina alors légèrement et une construction en bois leur apparurent. La princesse avait prévenu l’employé qui avait pour mission de prendre soin de Léo pendant son absence qu’elle passerait, aussi ne fut-elle pas étonnée de voir le hangar ouvert. Elle devina que de la nourriture avait été entreposé au frais pour le nifgar et que tout ce dont elle avait besoin était à portée de main.
A quelques dizaines de mètres d’intervalle, des grandes structures en bois se dressaient : comme des piliers avec un large bout horizontal. Leur fonction n’était pas évidente à première vue. Clive s’interrogeait tout en inspectant les lieux, curieux de voir ce que la princesse lui réservait.

- Reste ici, je vais m’éloigner. La suite risque d’être un peu spectaculaire, ne t’inquiète pas et tout ira bien, dit-elle à Darren.


Le fait qu’elle lui demande de ne pas s’inquiéter, justement, l’inquiéta un peu. Une légère pointe d’angoisse le gagna alors qu’il s’immobilisait, ne décrochant pas son regard d’Emilia. Il se faisait tout un tas de films et d’hypothèses sans jamais approcher de la vérité.
Emilia marcha une quinzaine de mètres et se figea avant de porter le sifflet à ses lèvres. Aucun son ne s’en échappa, du moins cela en donna l’impression car le nifgar, lui, captait parfaitement le bruit. Elle souffla un rythme parfaitement calculé, un code partagé entre l’oiseau et elle. Maintenant il savait qu’elle était là, ne restait plus qu’à attendre. Et elle attendit. Une minute plus tard, elle recommença à siffler. Les nifgars pouvaient parcourir de très grandes distances et elle ne s’étonnait pas qu’il ne lui apparaisse pas dans l’instant. Même si le son portait loin, il lui fallait le temps qu’il revienne. Si tant est qu’il n’avait pas décidé de faire la tête et de la faire volontairement attendre. Clive regardait alors autour de lui, toujours aussi perplexe.
Deux minutes plus tard, un grand sifflement retentit et une silhouette se dessina dans les nuages puis se rapprocha à grande vitesse. Le militaire s’attendait à tout sauf à ça. Il entendit le froissement des ailes dans le vent et fit de nombreux volte-face sans même pouvoir distinguer la silhouette. Elle se déplaçait avec une telle aisance qu’il se demandait si la créature était vraiment naturelle. C’était Emilia qui l’avait appelé, il le déduisait. Mais cet engin était tellement énorme qu’il se demandait si elle ne s’était pas gourée. Qu’un foutu Drakonys bien affamé n’allait pas débarquer à la place en les écrabouillant tous les deux comme des punaises. Une ombre énorme les survola, le volatile tournayant autour d’eux, puis vint se poser à une dizaine de mètres d’Emilia. Darren ouvrit de grand yeux ronds alors qu’il s’était instinctivement placé en position de combat. Ce coup, il l’avait sorti son fusil à pompe et il le pointait clairement sur le bestiau tout en gardant un peu de logique. C’est la surprise qui l’affolait mais il n’avait pas peur. Il sentait qu’Emilia contrôlait parfaitement la situation alors il abaissa immédiatement son arme vers le sol pour le pas surprendre la créature.
« Putain de merde ! » Jura-t-il sans la moindre retenue en l’observant.
Il était impressionnant et l’on comprenait aisément en le voyant pourquoi il était capable de soulever deux personnes sur son dos. D’un blanc immaculé, immense, majestueux, un grand trait bleu vif semblable à une larme ressortait à la naissance de sa poitrine et venait renforcer la force de son regard. Des yeux d’un bleu roi se posèrent sur la princesse tandis que le nifgar la toisait de toute sa splendeur. Clive fit un pas en avant, son arme était repartie se planquer sous sa veste, lui rendant les mains libre. L’oiseau était...fabuleux ? Non, il n’y avait même pas de mot pour le représenter. C’était la première fois qu’il croisait une espèce différente de ce qu’il avait l’habitude de voir et cette impression de souveraineté des airs le stupéfia. Il serait bien en mal de pouvoir décrire cette rencontre sur un rapport tant cela semblait tout aussi irréaliste que mystique. Parce qu’il y avait un truc avec cet animal et Emilia, une relation particulière.

-Je te présente Léo, lança Emilia sans lâcher l’oiseau des yeux.
« Salut Leo ! » Lâcha-t-il en réponse, la gaieté remplaçant peu à peu la surprise de la découverte. « J’suis jaloux de ta dégaine. »

Un duel de regard venait de se lancer… auquel l’oiseau coupa court en tournant soudain le dos à la jeune femme et en s'asseyant.

- ...Tu boudes mon grand ? Allez ! Regarde moi.

Elle fit le tour pour tenter faire face à la créature mais l’animal se tourna aussitôt pour ne plus la voir.

-Ah, les nifgars et leur caractère ! Soupira Emilia.

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Sam 4 Mai - 23:03
Darren Clive
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« C’est tellement cool ! » Répondit le soldat, optimiste.

Il alla aussitôt s’approcher de Léo pour se positionner sur son champ de vision.
« On va voir s’il préfère regarder un étranger ou sa princesse préférée... » fît-il en s’engageant devant lui, usant d’une petite stratégie de position pour qu’il se retrouve en face de sa maîtresse s’il voulait se retourner de nouveau.
« Ta monture est extraordinaire... » Murmura-t-il tout en s’affairant.
Comme pour les chevaux sur Terre, les purs sangs et les plus beaux étaient réservés à l’élite. Celui là semblait avoir été fait, ou selectionné, pour représenter la pureté d’Emilia. Le militaire regretta aussitôt de ne pas avoir travaillé l’apprentissage de son hollow pour la prise de photo parce qu’il ne pouvait pas repartir sans. Il ne pouvait pas laisser passer une si belle image de la princesse aux côtés d’un engin pareil.
Il était tout bonnement monstrueux et, pourtant, ça se voyait qu’il y avait de l’amour entre ces deux là.
- N’est-ce pas ! répondit Emilia, flattée par le compliment.

Bien sûr que Leo était extra-ordinaire ! Il faisait souvent cet effet là aux gens. Les nifgars était une race à part, particulièrement intelligente. Ce n’était pas pour rien que certains militaires s’en servaient comme monture.
Le nifgar pencha la tête en avant pour toiser Darren, l’air méfiant.

En réponse, il rigola tout en montrant ses deux mains, paumes vers le bas. Un peu comme pour un chien qu’on ne devait pas caresser à la main levée quand on ne le connaissait pas, ce genre de petit truc. Clive n’était pas certain de la technique. Et il était encore moins certain de son usage sur le Nifgar. Mais il ne pouvait pas s’empêcher de relever ce petit défi avec la folie qui faisait sa personnalité. Le militaire toisa l’oiseau de la même manière sans se montrer brusque. Il avait l’impression de jouer le cerf qui montrait ses magnifiques bois pour faire fuir le prétendant et remporter la biche. Enfin...il fallait espérer qu’il ne le prenne pas mal le Léo. Il était sacrément magnifique, si bien qu’il passerait tout son temps à l’admirer sous toutes les coutures.
« Hé. Ta maîtresse est passée par toutes les souffrances imaginables pour revenir te voir... » fit-il en supposant bien que l’animal ne le comprendrait pas. Mais ça l’amusait. Il reprit, taquin, en faisant un petit pas en avant : « Et le bel oiseau fait du boudin ? C’est pas fair-play ça... »

Le nifgar le regardait comme s’il cherchait à comprendre ce que le drôle d’énergumène à deux pattes avait à lui dire, puis toisa ses mains avec un intérêt manifeste, avant de réaliser que le deux-pattes n’avait rien à lui offrir.
De son côté, Emilia eut un sourire, touchée par les paroles de Darren et amusée par sa tentative de copinage. Elle avait sentit sa frayeur et s’était inquiétée de le voir brandir son arme mais sa curiosité avait rapidement repris le dessus sur le reste. A nouveau, elle fut impressionnée par sa capacité d’adaptation. Il l’avait déjà surprise en faisant de gros efforts pour ne pas se faire remarquer sur Orzan, lui qui était d’ordinaire jemenfoutiste avec l’étiquette, et maintenant elle était témoin de son courage. Pas mal. Tout le monde ne possédait pas la force intérieure pour passer de la peur à l’émerveillement, puis au jeu en quelques instants. D’un autre côté, ça ne l’étonnait pas vraiment, elle savait que Darren possédait de nombreux visages.
En ce qui concernait Léo, elle savait déjà comment elle allait regagner son coeur. Son gros gourmand de nifgar ne résistait jamais bien longtemps à l’appel du ventre et à celui du jeu, alors si elle combinait les deux…
Laissant le soldat avec l’oiseau, elle s'éclipsa dans le hangar et en ressortit en poussant ce qui ressemblait à une petite catapulte montée sur roulettes. Puis elle disparu à nouveau à l’intérieur et en ressorti cette fois avec un poisson aussi gros que son avant bras. Un amuse-bouche pour la créature à plumes.

- Léo ! … Léo ! Tu as faim ? Regarde ce que j’ai pour toi mon grand !

L’oiseau risqua un coup d’oeil, avisa le poisson puis se retourna légèrement, comme s’il était partagé entre son envie de bouder et sa gourmandise.

- Atrappe !

Le poisson lévita et tourna un très court instant autour du nifgar avant que ce dernier ne craque et ne l’avale tout cru. Emilia sourit.

- Tu es un estomac ambulant !

Le nifgar siffla et prit une expression contrariée avant d’écarter grand les ailes… et de les poser sur son visage pour se cacher dessous.

- Oh… je t’ai vexée ? demanda t-elle, moqueuse.

Emilia disparu à nouveau dans le hangar et en ressorti avec un poisson deux fois plus gros que le précédent. Elle entreprit de manipuler la catapulte, y installa le poisson et...
Catapulte !! S’écria soudain Emilia avec l’air de celle qui prenait beaucoup de plaisir au jeu.

Le nifgar souleva aussitôt une aile pour regarder à travers et voir le poisson décoller dans les airs à grande vitesse. Quelques instants plus tard, l’oiseau décollait brusquement avec une puissance qui provoqua une bourrasque d’air et projeta Darren en arrière. Il se saisit de la nourriture en vol et revint se poser sur la terre ferme un peu plus loin en engloutissant son poisson, toute trace de bouderie disparue. Léo poussa un cri à mi chemin entre le grognement et le sifflement tout en s’ébrouant l’air de dire “ben alors, vous m’en envoyez un autre ?”. Emilia lança un regard amusé en direction du soldat.

Tu veux essayer ?

De son côté, Clive avait été le spectateur mutin d’un point de vue extérieur. Mais un admirateur secret à l’intérieur. La surprise passée et la joie presque enfantine de découvrir un nouvel animal “de compagnie” présenté par son amie, il en apprécia l'interaction sans s’empêcher d’en faire des comparaisons. Par exemple, voir l’animal s’intéresser aux creux de ses mains marquait très clairement sa gourmandise et le fait qu’il aurait été prêt à accepter une quelconque offrande.
Alors qu’Emilia s’était écartée pour prendre le premier poisson, Clive avait tenté de poser sa main sur son poitrail pour tester la texture et la qualité de son plumage. Il souriait tout en détaillant frénétiquement l’animal, ses courbes, sa façon d’ignorer la princesse. Il n’était pas intelligent comme un homme, plus comme un chien selon lui.
Peut-être que Clive faisait fausse route mais il suspectait une profonde fidélité. Cette façon d’ignorer, c’était un appel à des retrouvailles plus marquées, une preuve que la jeune femme lui avait manqué et qu’il aurait certainement plus mal vécu sa disparition.

Aussitôt, dès que la première gourmandise s’envola, Clive fit un brusque bond en arrière pour éviter que l’animal ne lui retombe dessus. Du moins, il était si impressionnant que le militaire se protégeait comme d’un réflexe de préservation. Ce qui ne retirait en rien son émerveillement. C’était une belle découverte, une belle surprise, et encore un nouveau visage d’Emilia Eidolas. La princesse chevaucheuse de Nifgar.
Le coup de “l’estomac ambulant” ne manqua pas de le faire éclater de rire. Il vit cet espèce de griffon se couvrir la tête de ses ailes et Clive n’en revint pas de ce jeu d’acteur. Oui, comme un chien, qui ne supportait pas le départ du maître parti chercher une simple baguette de pain, qui le reniait en regardant dans le sens opposé pour lui faire comprendre le message.
« Il est sérieux en plus ! » fit-il dans un rire franc et agréable.
Il adorait l’expérience dont il était le simple témoin et s’orientait pour essayer de trouver une faille au travers du plumage, un endroit où il pourrait voir la tête du comique qui jouait parfaitement bien ce numéro de caprice.

Emilia cria “catapulte”, Darren la fixa avec un regard surpris et comprit soudainement le principe. Mais malheureusement pour lui, cette diversion lui accapara l’attention et il ne se recula pas quand Léo fit un bond prodigieux. Le souffle balaya Clive vers l’arrière, lequel s’emméla les pinceaux avant de tomber lamentablement sur le sol.
Généralement, dans ces cas-là, il avait toujours ce petit sentiment d’humiliation avant de se dire que ce n’était rien. Mais là, il ria tout simplement en étant tout aussi surpris que ravi par cette puissance, cette agilité, car c’était la promesse d’un souvenir grandiose pour un voyage dans les airs.

En se redressant sur son séant, Darren chercha du regard le Nifgar et lui fit un signe de tête défiant, l’air de dire qu’il tiendrait bientôt sur son dos. Pas question de repartir sans avoir essayé, c’est bien pour ça qu’Emilia était habillée comme ça non ?
Sacrée princesse…
« Et comment, que je veux essayer, c’est géant ! » S’exclama-t-il en venant vers elle.
Il lui mit une petite tape taquine sur l’épaule.
« Tu ne cesses pas de me surprendre avec tes trésors. Il est super ton pigeon ! »
Le qualificatif était forcément fait pour l’aiguilloner. Il fixa alors la machine tout en sentant une idée un peu folle...mais terriblement tentante. Si tentante qu’elle s’imposa dans son esprit et qu’un sourire de filou lui cisailla le visage.
« Ouais, je vais essayer... » Répéta-t-il en approchant de la catapulte.
Il se sépara de son fusil à pompe qu’il déposa sur le sol. Il vérifia l’attache de son neuf millimètres et, comme ça, de façon tellement naturelle, il grimpa dans le panier de la catapulte.
« Tu peux le régler pour pas que je m’envole dans ce gouffre là-bas ? C’est possible ? » Lui demanda-t-il en s’enfonçant dans la nasse et y prenant des appuis.

Emilia le regarda comme s’il était cinglé.

Pourquoi je ferai ça ? Tu veux essayer de te faire ratrapper par Léo ?
« Et me fait arracher un bras ? Nannn. Je vais essayer de lui tomber dessus au vol !!! »
Et comme pour légitimer son plan, il tenta de mimer le même mouvement qu’il faisait avant d’envoyer la balle de baseball, la jambe en moins.
« Va falloir que je fasse gaffe à la réception mais il va pas le voir venir Léo ! »
Tu… as bien conscience qu’il ne te connait pas et que ses réactions peuvent être imprévisibles...
Clive lui fit un grand sourire.
« Si je suis pas partant pour Léo, je peux oublier le drakonys. »
Il s’immobilisa pour tourner la question autrement et la regarda pour ajouter sérieusement :
« Oh ! Tu as peur que je l’effraie ? Ou que je lui fasse mal ?? »
-J’ai peur qu’IL te fasse mal en jouant, précisa la jeune femme.
« Je l’aurai bien cherché ! » Ajouta Darren, bien loin de reconsidérer son idée folle. Il voyait Léo en train de continuer ses appels pour obtenir un autre poisson. Il allait bientôt avoir le format XXL sur le dos.
« Est-ce que tu t’inquiètes pour moi ? » Demanda-t-il avec une honteuse mesquinerie.
Je sais reconnaitre un plan foireux quand j’en vois un, répondit-elle du tac-o-tac en se demandant si la petite catapulte parviendra à propulser 80kg au minima.
« YESSSSS ! Ca, ça veut dire oui ! » Lâcha-t-il, flatté et victorieux. « Et si je réussis ?!? Je serais forcément un héros ! Le premier mec catapulté sur le dos d’un Nifgar en Gaëllie. Et il est Atlante ! Imagine un peu !!! »
Son regard brûlait d’excitation.
« Tu peux y aller, très chère ! »

Emilia soupira et secoua la tête, un brin blasé mais elle savait qu’il lui serait difficile de lui faire changer d’avis. Elle n’était pas là pour le materner, s’il voulait se faire mal…
– Tu n’auras pas l’occasion de voler avec lui si tu te brises un os. A ta guise, dit-elle en lui montrant la catapulte l’air de dire « vas y ». Elle manipula l’objet et s’efforça de réduire au maximum la puissance… résultat Darren ne décolla pas du tout lorsqu’elle l’activa. Elle réévalua la force et augmenta un peu la pression pour qu’il puisse bondir un peu plus haut...

Cette fois, c’était la bonne, Clive savait qu’il allait s’envoler. Il se voyait partir en arc de cercle pour atterrir pile sur le dos de Léo, se saisir d’appuis pour tenir sur lui et le chevaucher avec un courage indiscutable. L’amorce de la catapulte faite, Darren se sentait comme au bord, au point de bascule, la petite seconde de suspension juste avant la terrible descente de montagne russe. Excité comme jamais, il ricana et ne pu s’empêcher de se vanter familièrement.
« Mate moi ça, bébé, tu vas pas en croire tes…. »
ET PAF ! Le panier le propulsa en lui coupant la parole. Par réflexe, il inspira en émettant un étrange bruit de détresse. Le vide supprima toute son assurance et sa superbe quand les lois de la physique se rappelèrent à son bon souvenir. Comme un vulgaire mannequin de paille, Clive fit en effet un vol plané en cloche mais dans le désordre le plus chaotique. Un vol assez court, et heureusement d’ailleurs, qui lui fit mordre salement la poussière et rouler sur le sol jusqu’au fameux Léo.
Immédiatement, le soldat poussa un gémissement de douleur en se demandant ce qui avait bien pu lui traverser la tête. Il sentait son dos et ses côtes l’incendier d’une douleur fulgurante qu’il réprimait en serrant les dents mais en entrecoupant le tout d’un ricanement idiot. Du genre de celui qui savait qu’il atterrirait dans cet état. Mais il n’eut pas le temps de s’inquiéter davantage qu’un autre élément faisait son entrée. La gueule de Léo dans son champ de vision...il écarquilla les yeux de le voir surgir en gros plan.
L’oiseau avait paniqué aussitôt qu’il avait vu surgir cette énorme masse inconnue ou presque se projeter dans sa direction. Il bondit en arrière et se dressa sur ses pattes en arrière en sifflant. Emilia se précipita alors en avant pour calmer la créature avec des mots apaisants.
« Désolé ! » Murmura-t-il entre deux souffles, se remettant peiniblement sur son séant. « J’ai foiré... »
– Ah bon, lâcha Emilia, sarcastique.
Elle captait l’inquiétude de son nifgar qui observait Darren avec des yeux méfiants et la douleur du soldat dont l’égo avait dû être légèrement froissé avec le reste de ses vêtements.
Clive avait évité les mouvements brusques, il comprenait avoir fait peur à la créature et se disait qu’en se relevant trop vite, il n’arrangerait pas les choses. Dans le même temps, l’homme ne répondit pas à la réplique sarcastique, préférant hausser les épaules pour botter en touche puisqu’il ne regrettait rien personnellement. Encore un peu secoué, il retrouva mollement son équilibre et retourna récupérer son arme. Le tout en remettant ses vêtements en bon ordre. Une petite stratégie pour creuser l’écart avec Léo et essayer d’apaiser cette tentative lamentable.

Emilia se rapprocha tranquillement de son nifgar et glissa une main sur son plumage pour l’apaiser avant de poser sa tête contre la sienne. Elle demeura ainsi un moment avant de se redresser. Léo était plus tranquille, elle lui fit un dernier câlin avant de se tourner vers Darren pour voir ce qu’il faisait.
Il était bien là l’Atlante volant, non loin de la catapulte, en train de tenir son hollow et de vérifier si le cliché qu’il avait pris était bien enregistré. Il l’afficha difficilement, peinant à se rappeler de la manoeuvre, pour examiner ce moment qu’il avait su capturer. Emilia et Léo, une image vraiment parfaite qu’il conserverait si elle lui en laissait le droit. Clive manipula son hollow pour le faire matérialiser en hologramme et il essaya de jouer avec les options pour cumuler les clichés. Il obtenait ainsi comme une mini vidéo de quelques secondes de la princesse et de son Nifgar dans ce moment de tendresse sincère. Il trouvait ça génial ! D’ailleurs, il ne tarda pas à capter le regard de la concernée par-dessus l’hologramme et il lui fit un signe de tête, tout sourire, pour lui montrer combien l’expérience lui plaisait. En la vivant mais aussi en voyant Emilia la partager.

Clive se rapprocha ensuite doucement, un bras comprimant un peu ses cotes douloureuses et tentant de faire bonne figure. Il se souvint qu’elle était en mesure de le percer à jour, qu’il n’y avait pas de secret en quelque sorte, du fait de son pouvoir.
« Ca passera. » Lui dit-il confiant. En plus, elle allait forcément percevoir le vide absolu en terme de regrets. Il avait joué, il s’était tourné en ridicule, meilleure chance la prochaine fois !
Il fixa l’animal, tout sourire.
« Léo m’en veux ? »
– Léo te pardonneras si tu te montre doux avec lui.
« Je vais essayer... »
Clive prit son courage à deux mains. Il se souvenait assez clairement, malgré la douleur, du mouvement de cette créature et de l’image que ça lui avait laissé. On parlait pas d’un simple piaf déplumé égaré dans un ciel vide. C’était un griffon de la taille d’une voiture ! Le soldat ne voulait pas s’en faire un ennemi juste pour avoir jouer la tête brûlée (et le beau jeu !). Il s’avança donc doucement pour rejoindre son amie et avança sa main pour la poser doucement sur son plumage, débutant de douces caresses qu’il espérait traduire sa bienveillance. Emilia sentit d’abord la tension de l’oiseau, puis le retour au calme et les sensations agréable de la main de l’atlante sur ses plumes. L’oiseau finit par baisser la tête pour profiter davantage des câlins et le poussa doucement pour en réclamer plus.
« Encore ? » Demanda-t-il en jouant le jeu.
Il ajouta son autre main pour compléter la flatterie de l’animal.
« Des poissons, des caresses, ta maîtresse...et Léo est heureux. » Confirma-t-il, enjoué, en essayant de déduire convenablement les réactions de l’animal.
Il avait des milliers de questions et c’était trop dur de toutes les retenir.
« Vous avez grandi ensemble, c’est ça ? C’est ta monture depuis que tu es gosse ? »
– Oui on me l’a offert quand je...

“Quand j’ai été adopté”, faillit-elle dire.

– Peu de temps après que j’ai manifesté le don. J’étais un peu… perturbée.
« Ah ? Comment ? Par la beauté de Léo ? » La taquina-t-il. Il savait bien qu’elle parlait de l’apparition de son don. « Il doit être d’un grand soutien pour toi. »
C’est vrai, après tout, il imaginait très bien Emilia fuir l’humain et ses pensées pourries pour s’envoler avec Léo. Dans les airs, la liberté totale, ça devait être indescriptible.
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Sam 4 Mai - 23:27
Emilia Zeïn’ Eidolas
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– Je te l’ai dis c’est mon âme soeur, répondit Emilia en voyant Léo donner un autre coup de tête pour réclamer plus de câlins. Les humains mentent mais pas les animaux, ils sont “entiers”.
Clive ne répondit pas sur le coup. Il avait ressenti un petit pic au coeur en se disant qu’elle l’incluait forcément dans le lot des “non-entiers”. Mais aussi dur que c’était au vu de ce qu’il partageait avec elle, ce n’était pas faux. Qui sait si une situation ou un événement particulier ne l’obligeait pas à mentir, jouer de faux-semblants, et être exactement comme elle le sous-entendait.
Darren pinça des lèvres en se disant que ça aurait été sympa de lui prouver qu’elle avait tort pour une fois. Qu’il serait entier pour elle. Mais ce n’était pas le genre de promesse qui se faisait comme ça. Il continua de caresser le Nifgar, bien content d’avoir gagné son intérêt par ces simples gestes. De la douceur, comme elle disait...
« Je comprends... » Avoua-t-il, presque à contrecoeur. « Et tu comptes m’emmener loin de Sombrelune à dos de Léo, une fois qu’il sera rassasié, c’est ça ? »
-Bien sûr. Tu as envie de voler, non ?
Il regarda le Nifgar.
« Oui, si Léo ne me croque pas dès que j’essaierai de monter ! »
-Nous monterons ensemble, tu seras passager. On ne monte pas un nifgar seul sans pratique ni connaissances en la matière.
« Je suis assez fou pour me faire catapulter sur Léo. Pas suicidaire au point de vouloir remplacer sa cavalière pour le vol. » Lui sussura-t-il de façon entendue. « J’ai hâte de te voir à l’oeuvre ! »
-Commençons par nous équiper, dit-elle en lui faisant signe de la suivre dans le hangar.

La blondinette lui fit enfiler une sorte de harnais par dessus son pantalon et ses chaussures et lui expliqua que les crochets à ses pieds lui permettrait de s’accrocher à la selle Léo pour ne pas être éjecté en cours de vol. Puis elle lui montra comment le défaire d’un simple geste de la jambe si la situation l’exigeait.
Elle convient d’un code avec lui pour qu’il lui fasse comprendre par des pressions dans son dos ou sur ses bras certains messages car ils ne s’entendraient peut être pas bien parler en hauteur avec le vent et la vitesse. Bon élève, Darren prit cet enseignement avec sérieux et répéta les signes pour prouver qu’il avait bien saisi. Après quoi elle accrocha la selle à Léo et partit à la rencontre de son escorte pour récupérer les affaires et les transférer sur l’animal et prévenir qu’ils allaient faire une promenade. Le militaire insista pour la suivre et l’aider à porter les affaires. C’était par un élan de galanterie qu’il espérait naturel, peu exagéré.

Lorsqu’enfin tout fut près, Emilia fit coucher le nifgar et grimpa sur son dos avant de “cliper” ses pieds sur la structure de la selle pour s’y accrocher. Elle tendit ensuite la main à Darren pour l’aider à monter et s’assurer qu’il avait bien respecté toutes les mesures de sécurité. Lui avait vérifié et revérifié que toutes ses affaires tiennent bien. S’il se retrouvait la tête à l’envers, sait-on jamais, il ne voulait pas voir ses affaires le quitter par effet de gravité. Il accepta la main d’Emilia en notant le changement de rôle par rapport à l’époque, c’était très amusant et il était impatient. Il respecta à la lettre les consignes de sécurité et lui tapota l’épaule pour dire qu’il était prêt. Emilia se sentait tout excitée de remonter après tout ce temps et crevait d’envie de décoller mais il s’agissait d’un baptême pour l’atlante et il allait falloir y aller progressivement.

-Prêt ?
« Plus que prêt !!! »

Lorsqu’il lui répondit par l’affirmative, elle fit décoller Léo qui se propulsa en l’air d’un geste puissant. Clive hurla immédiatement. Un cri qui traduisait sa stupeur et la surprise d’une expérience tout à fait inconnue. Tenter de faire un rapprochement avec un vol de dos de griffon, c’était au mieux songer à du parachutage à l’inverse. Ou le fameux “Sling Shot” de fête foraine. Dans un mouvement réflexe, il avait ceinturé le bassin de la princesse comme s’il s’était trouvé à l’arrière d’une moto lancée à vive allure. A mesure qu’ils progressaient, la mesure du cri du militaire prit une teinte enjouée et euphorique. Ils prirent très rapidement de la hauteur et Emilia entreprit de guider sa monture pour la faire planer tranquillement au dessus de la plaine avant de se poser sur l’une des fameuses structures en bois. Un perchoir.

-Tout va bien ? Vérifia Emilia.

Darren était toujours solidement cramponné à la jeune femme, ventousant son dos de son propre corps en ne prenant pas encore conscience du fait qu’ils s’étaient arrêtés.
« Hein ? » Lâcha-t-il déboussolé.

Ils n’avaient volé que quelques minutes mais elle tenait à s’assurer que son voisin tenait le coup, ressentant la puissance de ses émotions. Il n’avait pas l’air d’avoir peur et cela laissait présager le meilleur pour la suite.

S’il était essoufflé par un rythme cardiaque trop chaotique, qu’il ne pouvait réprimer les tremblements qui se propageaient sur le dos d’Emilia, il n’en restait pas moins enthousiaste, émerveillé. Il se rendit finalement compte de la position assez envahissante et se détacha un peu. Ces quelques minutes de vol avaient été magnifique, indescriptible, le côté naturel offrait une expérience qu’un vol en jumper, ou bien de la voltige, ne pouvait pas reproduire. Une vague de reconnaissance l’assaillit à l’idée que la princesse eût pensé à lui pour partager ce moment, après sa journée de folie, et il le lui fit sentir. Il posa un main sur son épaule droite qu’il pressa avec une forme de tendresse reconnaissante puis il lui répondit :
« C’est trop cool, Emilia ! TROP COOL !!! »
Il reprit, tout excité.
« Lâche-toi, ne me ménage pas ! Je veux voir ce que ça donne quand t’es à fond !!! »
-Tu es sûr ? C’était une petite promenade de santé jusqu’à présent.
« Emmène-moi sur la promenade des pros ! » Lui demanda-t-il avec excitation. Il était certain qu’il réussissait à la tenter, qu’elle mourrait d’envie de se lâcher elle aussi de son côté. Sa requête, quelque part, ne faisait que l’écho d’une formulation polie pour y aller franchement.

Une fois confirmation donnée et rassurée par l’excitation et le plaisir qu’elle ressentait chez lui, Emilia lui intima de s’accrocher et fit décoller Leo. Si Darren voulait des sensations fortes elle allait lui en donner ! Ils prirent rapidement de la hauteur au niveau de la falaise… et puis soudain ce fut la chute libre. Le nifgar se laissa tomber tête en avant et le sol se rapprocha à toute vitesse. Grisée par la sensation de liberté et l’adrénaline, la princesse riait autant qu’elle le pouvait alors que les bourrasques d’air lui fouettait le corps et le visage. Darren s’était de nouveau cramponné à elle. La cascade lui arracha un long “hooooowwww” qui semblait s’accorder à merveille avec le rire de la princesse. Il y prenait également un grand plaisir, sentant son corps devenir léger, flotter, tandis que ses organes internes se décrochaient pour venir provoquer la frontière de sa gorge. Cette expression de joie et de découverte fila longuement, même après qu’elle se soit atténuée par son manque de souffle. Et puis soudain, Léo ouvrit les ailes et redressa sa position pour planer tranquillement dans la vallée plus bas avant de reprendre un peu de hauteur et d'atterrir sur une partie de la montagne dégagée.

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Sam 4 Mai - 23:32
Darren Clive
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C’était génial. Clive ne regrettait pas le voyage, il en avait même oublié qu’il était en Gaëllie, loin d’Atlantis. Plus grand chose ne semblait compter maintenant que son organisme était envahi par l’adrénaline. Juste lui, Emilia et Léo. Mais Clive le gérait très bien, ayant été le vétéran d’une guerre et expérimenté de ses anciens affrontements, il savait travailler le rythme de sa respiration pour récupérer une lucidité correcte.
« Tu...tu m’as gâté... » Lui souffla-t-il en remerciement, pour sous-entendre des compliments inutiles à prononcer verbalement.
En quittant l’étreinte de ses bras sur la jeune femme, Clive se pencha un peu pour enfoncer sa main dans le plumage de l’animal et le remercier à son tour.
« On peut pas se lasser d’un truc pareil ! »
-Soit on adore soit on déteste, approuva t-elle. En vingtaine-cinq ans elle n’avait jamais cessé d’aimer les sensations procurées par une telle chevauchée mais tout le monde n’était pas réceptif à la voltige et aux sensations fortes. Allez, il faut se mettre en route si nous voulons manger rapidement, dit-elle avant de pousser Léo a décoller une nouvelle fois.
Ils finirent le voyage à une allure plus tranquille, survolant une longue chaîne de montagne. De temps à autre on pouvait apercevoir l'empreinte de l’humain qui avait transformé le paysage pour y installer des plantations bien apparentes depuis le ciel, mais aussi des dômes et des piliers qui avaient des airs de station à énergie, des éoliennes… mais leur esthétique était bien différente de ce que l’on pouvait voir habituellement sur Terre. Ils survolèrent également un barrage et longèrent la rivière pendant une dizaine de minutes avant de perdre de l’altitude. Le paysage s’était transformé et les arbres étaient moins nombreux, leur essence sensiblement différente. Ils finirent par se poser à une cinquantaine de mètres de la rivière dans un champ de fleurs pour le moins étonnantes… car elles mesuraient, pour certaines, jusqu’à dix mètres de hauteur. La température était meilleure ici, ils avaient quitté les hauteurs. Emilia “déclipa” ses jambes de la selle pour descendre et chancela un peu car ses muscles étaient engourdies. Elle s’étira.

-Devine en combien de temps ces fleurs atteignent leur taille maximum ? lança Emilia en lui montrant les géantes.
Il bougea, les jambes flagada, après avoir remercié Léo par quelques caresses.
« Ola... » fit-il, étonné. « Est ce que c’est leur taille max, ça, déjà ? »
-Les plus grandes mesurent environ douze mètres.
« Douze m...pfouuuu ! »
Il en regarda une et tapota la grande tige.
« Euh...et bien...un an ? »
-Moins d’un jour si les conditions climatiques sont propices. Je te déconseille d’ailleurs de planter ta tente dans ce champ où tu risquerais d’avoir une mauvaise surprise au réveil… cela dit, l’expression “prendre de la hauteur” prendrai tout son sens.

Darren n’en finissait pas de découvrir. A chaque fois qu’il pensait atteindre un summum, Emilia venait ajouter un nouveau point qui l’ahurissait. Parfois, il songeait aux marins qui découvraient pour la première fois des îles inconnues et leurs espèces d’animaux atypique, durant les anciens temps. Voilà, lui il savait ce que ces types avaient ressenti, et il adorait ça.

Amusé, le soldat regarda autour de lui en fronçant les sourcils. Il finit par pointer la tige dans son dos d’un signe de pouce tout en s’interrogeant.
« Mais...ok, en un jour...ça fane après ? Parce que je vois rien au sol là... »

Impossible de ne pas la regarder en même temps qu’il lui parlait. Il la trouvait sacrément mignonne dans cette tenue. Bon, elle l’était toujours dans n’importe laquelle, c’est vrai. Mais là, façon cavalière à l’ancienne, elle en jetait. Il l’imaginait bien sur son griffon en train de faire des pointes de vitesse ahurissante, le sourire sur le visage. Et il se voyait ensuite en train de débarquer à dos de Drakonys.
Bon sang ! Mais pourquoi personne n’y avait jamais songé. Ok, c’était complètement dingue, mais il devait bien y avoir un ou deux Gaëlliens assez tapés pour avoir tenté le coup ?
En tout cas, Clive se surprit à baver mentalement et se ressaisit pour écouter sa réponse.

- Elles vivent quelques temps et se dégradent, comme toute plante, dit-elle en tentant de faire abstraction de ce qu’elle sentait chez lui et de ce qu’il était très certainement en train de penser… elle n’en avait pas une idée parfaitement clair mais elle avait un doute.

D’un geste de la main, elle pointa du doigt une fleur qui se courbait et dont les pétales avaient commencé à tomber.
- Ouvre l’oeil, tu en verras d’autres.
« D’accord ! » Fit-il, content de comprendre le cycle de ces plantes.
« Cet endroit, il a une signification particulière pour toi ? »
Il jeta un oeil du côté du Nifgar. « Tu y allais souvent avec lui ? »
– Non pas vraiment, c’est un jolie endroit pour pique-niquer si on se rapproche de la rivière. Mais ces fleurs me fascinent, elles sont uniques en leur genre sur le plan biologique alors oui, je suis souvent venu ici pour prélever des échantillons.
« J’ai su que...t’étais scientifique. » Se permit-il. « Tu as une spécialité ? La technologie bionique, c’est ça ? »
– C’est une branche qui m’intéresse comme tout ce qui touche à l’étude du vivant mais ce n’est pas ma spécialité. J’ai investi dans le bionique pour faire rentrer de l’argent et développer des recherches non lucratives centrées sur la transformation de l’humain... Mon objectif est de comprendre comment provoquer une ascension artificielle. Etape par étape, nous cherchons à analyser la manière dont le don se manifeste et comment le métabolisme s’adapte à lui. Il n’y a rien de magique, tout est scientifique mais c’est excessivement complexe. Je suis moi-même plutôt spécialisée en biochimie mais je collabore avec des scientifiques aux profils très variés.
Darren avait tendance à décrocher mais il faisait un effort pour suivre.
« Donc...ton projet de recherche est essentiellement...humanitaire ? Pour que tous puissent faire l’ascension un jour ? »
– Bravo ! Tu as tout compris.
« YESS ! » S’écria-t-il avec un excès de fierté.
Il plaisantait mais, dans le fond, la générosité d’Emilia l’étonnait. Ca faisait le lien avec tout ce qu’elle avait pu dire de ses intentions, de son projet de vie, mais il ne s’était pas douté qu’elle avait lancé ce projet pharaonique pour tous et non elle seule. Après tout, avec tout ce fric, c’est plus facile de penser à sa propre personne et d’être l’unique roi du pétrole chez les ascensionnés.
« C’est très...comment on dit déjà...altruiste ! Je trouve. Généreux. »
– Je ne vois pas ça comme ça… le peuple me sert et je le sers en retour en m’efforçant de répondre à ses besoins, c’est juste… normal.
Puisqu’elle n’avait pas les épaules pour répondre aux attentes spirituelles populaires et guider les gens en les accompagnant au quotidien elle s’était naturellement tournée vers un biais qui la passionnait et qui pouvait apporter une réponse efficace à grande échelle : la science.

Le militaire l’écoutait et trouvait sa philosophie assez sage. Au début, il eut vraiment envie de lui demander si elle ne passait pas à côté de quelque chose en tentant de rationaliser scientifiquement à ce point l’ascension. Elle semblait très convaincue de cette dominante cartésienne et il était très mal placé pour lui donner des conseils. N’empêche, du peu qu’il savait de l’ascension, la science ne ferait pas tout à son avis.
Cela, il évita de le dire à son amie. Pour ne pas la blesser, car il était évident qu’elle s’était beaucoup investie, mais aussi par respect pour son travail. Ce n’était pas des cachoteries, songeait-il, ce n’est pas maintenant qu’il allait faire gaffe à ce qu’il pensait : c’était trop tard. Mais plutôt de la décence envers elle et cet échange.
« Je comprends. » Fit-il sincère.
Il se remit à sourire et ajouta :
« Il est pas mal du tout cet endroit. »
– Allons manger, répondit Emilia en décrochant les sacs accrochés à la selle de Léo. Elle avait emporté Le pistolet wraith qu’elle avait soigneusement empaqueté, si jamais Darren voulait faire de l'entraînement au tir. Ce n’était pas bien mais elle l’avait dissimulé à sa mère de peur que cette dernière ne le lui confisque pour le confier à des chercheurs… au fond elle aurait raison de le faire car les opportunités d’étudier la technologie des démons étaient rarissimes mais il lui était difficile de céder l’arme. Elle s’était battue chèrement pour la dérober à l’ennemi et cette dernière lui avait sauvé mainte fois la vie, elle avait noué un lien très particulier avec l’objet.

« Hep là hep là ! C’est moi qui porte !!! » S’empressa-t-il de dire.
Emilia ne se le fit pas dire deux fois et laissa le soldat s’occuper de trimballer les affaires jusqu’au bord de l’eau.
Clive était bien content de pouvoir faire preuve d’un peu de galanterie. Il se laissa guider par la princesse et y déposa les sacs tout en fixant Léo d’un regard pétillant.
« Ce serait cool de pêcher la prochaine fois. » Dit-il. « On mangera du poisson...si ça existe dans ce ruisseau...comme ça ton compagnon aura sa part ! »
– Tu projettes de revenir bientôt ? répondit Emilia avec un brin d’amusement. A cette vitesse, Darren allait finir par adopter la citoyenneté gaëllienne et rester pour de bon. Il avait l’air d’apprécier son séjour. Je ne sais pas pêcher.
Elle avait bien levé quelques poissons pour se nourrir pendant sa course mais elle avait utilisé son pouvoir pour ça…
« Je t’apprendrai ! Et sans le pouvoir...c’est la patience qui fait le résultat. »
Il lui fit un clin d’oeil puis regarda les sacs avant de s’interroger.
« Je te déballe tout ça ou tu veux t’entrainer avant ? »
– Mangeons. Il faut qu’on parle de quelque chose...
« Ah ? » Fit-il avec un pointe d’inquiétude. Il s’installa avec elle et l’aida à tout déballer. Il considéra les différents produits sans les toucher. « Ok, je t’écoute... »
Emilia s’installa et attrapa un pot contenant quelques baies de nuit, celles qui servait à faire le fameux jus que Darren avait goûté. Elle en avala une distraitement.
– Je crois avoir le mobile du ou des commanditaires qui ont envoyé la Marche.

Ca fit un tilt dans l’esprit du soldat et quelque chose changea en lui. Tout ce qui faisait sa joie, sa gaminerie et la petite angoisse du sujet mystère s’éclipsa au profit d’une étrange aura sombre, celui qu’il avait eu lorsqu’il l’avait menacé avec son P90 pour la conduire en cellule.
« Je t’écoute. » Fit-il plus sérieusement.
Il n’avait pas encore touché à la nourriture, beaucoup plus intéressé par les découvertes de son amie.

-Deux Êtres d’Exceptions ont été attaqué au cours des trois derniers cycles. L’un des deux est décédé et la deuxième ne doit sa survie qu’à ses capacités de guérisons exceptionnelles. Je pense que nous pouvons logiquement en déduire que les terroristes portent des revendications religieuses.

Lorsqu’elle avait découvert l’information la veille en jetant un œil à l’actualité, elle s’était empressée de reprocher à sa mère de ne pas l’avoir tenue informée d’une chose aussi capitale. Mais Suëna avait rétorqué qu’elle était trop fragile, qu’elle avait voulu la préserver pour lui laisser le temps de se réinstaller calmement à la maison avant de lui annoncer une nouvelle aussi grave. La situation était dramatique.

« Tu as pu en savoir plus ? Est-ce qu’ils ont été attaqué quand ils se sont éloignés de la Gaëllie ? »

-Non ils se trouvaient tous les deux sur Orzan quand c’est arrivé. Mais ils ne sont pas escortés en permanence comme moi, nous avons des modes de vie très différents d’une Exception à une autre.
« Tu encaisses bien ? » Lui demanda-t-il par compassion.
– Non. Mais il faut avancer.
Ce n’était pas son genre de pleurnicher et d’attendre.
« Ca fait de toi la cible numéro un pour ce groupe. Il faut que tu te protèges. »
– Il y a d’autres Exceptions, je ne suis pas sûre d’être la “numéro 1”. Et je vois difficilement comment je pourrai être mieux protégée… je suis toujours entourée de soldats.
« Tu es celle qui leur a échappé...c’est pas rien. » Insista-t-il doucement. Elle avait pas tort pour la protection, il servait à rien vu ce qui l’entourait.
– Nous sommes deux maintenant, rétorqua la princesse avec un air mauvais doublé d’un sourire satisfait. Intérieurement, elle bouillait d’envie de hurler un “ON VOUS A EU BANDE DE BATARDS!”.
Clive reconnaissait qu’elle n’avait pas tort. Il avait pas mal de questions en tête mais il lui semblait qu’elle avait quelque chose au bord des lèvres.
« Quoi ? » fit-il en se marrant. « On dirait que tu vas me bouffer... »
– Je suis furieuse Darren, ils se sont attaqués à la chose la plus sacrée de notre société. Tuer une Exception… Passe encore qu’ils s’en prennent à moi mais les autres...
Ca lui déchirait les tripes de savoir que les autres étaient pris aussi pour cible. L’un d’entre eux était mort, un homme qu’elle avait connu. Ils se connaissaient tous.
-Je vais les trouver et les pulvériser.
« On les pulvérisera ensemble. » Promit-il. La princesse n’était pas du genre à se livrer aussi ouvertement. Ca tenait du fait qu’ils étaient en intimité et qu’elle savait qu’il l’écouterait, qu’il comprendrait. Clive voulait revenir sur un point, même si c’était superficiel pour elle. « Dis-moi. Pourquoi est-ce que serait acceptable que tu y passes par rapport aux autres ? »
- Pas d’y passer mais d’être prise pour cible… j’ai l’habitude d’être entourée par des requins. Quand on met un obstacle devant moi je cherche une solution et j’avance. J’ai survécu à mon empathie, aux zeïns, à l’assassin, aux wraiths et aux difficultés rencontrées avec ton peuple. C’est ma routine, je sais faire face. Mais je ne peux rien pour les autres.
« Tu ne peux rien pour l’instant. » Voulu-t-il l’encourager doucement. « Là, t’es la mieux placée pour pouvoir arrêter tout ça. Je suis sûr que tu vas y arriver et qu’ils survivront. »
Il plongea finalement sa main, en chassant la sienne pour la taquiner, et prit quelques baies.
« Ce serait sur fond de religion alors. » Répéta-t-il pensivement. « La religion Gaëllienne n’est pas faite pour aider ? Tu y avais passé du temps et tu m’as dis que ça t’a permit de t’en sortir. Quel intérêt un groupe de religieux pour tirer de la mort des Exceptions ? »
- Nombre de mes semblables pensent que l’âme est immortelle et que l’envol est l’ultime étape à franchir après maintes réincarnations pour devenir un Sage… celui qui possède connaissance et pouvoir sous la forme d’énergie la plus pure. Autrement dit un dieu. En exterminant tous les saints qui incarnent une religion et la font vivre au quotidien, tu lui porte un coup dévastateur. Nos dieux ne se manifestent, les miracles ce sont les Exceptions qui les crée.
« Wow. » fit-il en pensant comprendre. « Un coup comme ça et ça deviendra instable ? L’équilibre politique et religieux ? Ca cherche à vous faire changer de mode de vie ? »
- Difficile à dire. C’est possible oui, si cela s’accompagne de manoeuvres politiques. Porter atteinte aux croyances pour gagner en influence c’est une bonne stratégie. C’est un schéma qui se répète souvent dans les sociétés que j’ai étudié sur Pégase et c’est également avéré ici : celui qui a la main sur la religion possède également le pouvoir.

« D’accord. » Répondit-il simplement, plongé dans ses pensées en lien à son explication. Il avait tendance à être un peu largué parce que ce n’était pas un pro de ce genre de magouille. Emilia était dans le milieu et elle avait une meilleure vue sur cette vague d’assassinat. Il la regarda manger en appréciant un peu la scène. En même temps, il arrivait à une déduction très simple, en se disant qu’il la connaissait peut-être assez maintenant. Il arrêta volontairement sa main, alors qu’elle se servait, pour s’accaparer toute son attention. Avec douceur, comme toujours, et incapable de casser ce petit sourire en coin qu’il avait quand il la regardait.
« Allez, dis-moi ton plan, princesse Drakonys. »
Il en souriait, avec l’espoir un peu fou d’être compris dans sa stratégie. Il était certain qu’elle avait déjà médité à son action. Ok, elle lui avait aussi dit que son enquête ne se ferait pas dans un laps de temps si court et qu’il serait reparti depuis longtemps. Mais sa révélation venait de remettre tous les compteurs à zéro.
- Tu veux dire… à part continuer à éplucher l’actualité dans l’espoir de tisser des liens avec notre affaire ? Ou encore harceler Aura pour qu’elle me transmette les dossiers secrets et normalement inaccessibles contenant les registres des personnes ayant franchis la porte ces trois derniers cycles dans l’espoir de reconnaître le visage de mon agresseur ? Et bien… à part ça, je compte sur la Floraison pour me confronter à tous les notables présents et y chercher d’éventuels suspects. Je… fais également jouer mon réseau de connaissances pour mener une enquête plus bas, du côté du peuple. Je ne veux écarter aucune piste.

Darren avait relaché sa main pour l’écouter. Ca le fit sourire de l’entendre dire qu’elle mettait la main sur des informations normalement inaccessibles. Elle était sacrément débrouillarde, il le savait déjà.
« Et si tu as un bon candidat ? Tu as déjà ta petite équipe de “collecte” du renseignement pour la Floraison ? »
- Mon empathie et moi même formons une bonne équipe pour discerner le mensonge et la vérité, plaisanta t-elle.
« Parce que...je connais quelques amis qui pourraient convaincre tes clients de faire quelques petites confidences. » Plaisanta-t-il lui aussi, mais juste à moitié.
- Tu parles d’interrogatoire musclé sur un noble sans preuve de sa culpabilité ? demanda Emilia en se penchant pour se saisir d’un sandwich.
« Oh nooooonnnnnnn ! » Lâcha-t-il faussement outré. « Juste que si ton empathie détecte une mauvaise intention, une petite conversation culturelle en toute discrétion pourrait te révéler pourquoi...après tout...les Exceptions sont plus trop en sécurité maintenant. »
Il prit à son tour un sandwich.
- Une “conversation culturelle”, hein...
« Oui. En tout bien tout honneur bien sûr. Quand on sait y faire, c’est juste quelques mots, rien de physique. » Assura-t-il. « Mais bon, je m’avance un peu, j’imagine qu’une personnalité de ton rang à déjà des agents doués de ces capacités. »
- Tu parles de menacer les suspects ?
« Il faut être sûr de son coup. »
Il ne savait pas bien si elle le prendrait mal. Clive se disait simplement qu’il n’y avait pas de déshonneur à bousculer un peu quelques nobles aux mauvaises intentions.
- Oui il vaut mieux… et j’aimerai autant éviter de mêler ton peuple à ça si cela devait arriver dans un futur proche, pour éviter les incidents diplomatiques et ne pas mettre en péril l’alliance que je me tue à mettre en place.
« Ah oui, je suis d’accord ! » Rectifia-t-il illico. « Faut pas être habillé en Atlante pour ce boulot-là. Et je sais que c’est pas dans ta nature ! Ouais, je le sais bien, je le sens. Mais ça peut te faire une carte à jouer si ça devient tendu... »
- Pas dans ma nature… de menacer ou de frapper ?
« Heu...et ben... »
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Sam 4 Mai - 23:42
Emilia Zeïn’ Eidolas
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Emilia eut un léger sourire qui en disait long. Il la connaissait mal. Oui elle était de nature empathique et préférait la bienveillance à la violence mais elle était tout à fait capable de prendre les armes quand la situation le demandait. Elle était tombée dans la marmite de la mentalité zeïn dès son plus jeune âge, faire sauter quelques têtes ne la dérangeait pas plus que ça.
Clive n’avait encore jamais vu son amie comme ça, il s’était habitué à sa douceur et sa conciliance. En comprenant que ce n’était pas le cas, il nota l’information dans un petit coin de son esprit.

- Mais je prends note que tu es prêt à te déguiser en voyou pour aller secouer quelques rupins.
« Ca donne l’air vachement moins idiot quand tu le dis. » Plaisanta-t-il.

La jeune femme sourit et attrapa un autre sandwich qui finit comme le premier, au fond de son estomac. C’était plaisant de renouer avec des saveurs de chez elle. Clive se servit à son tour, il expérimentait des saveurs nouvelles et s’interrogeait parfois sur la nature du met en question. Salé ou sucré ? Plat ou dessert ? Il se régalait, tout comme ce sirop qu’il avait partagé avec Emilia à la piscine entre d’autres réjouissances.

- Nous ne rentrerons pas directement… j’ai l’intention de faire un détour par Alicante pour rendre visite à Fidji, l’Exception qui a réchappé de la tentative d’empoisonnement.
« Je suis partant. » Confirma Clive avec un certain enthousiasme. « Mais on s'entraîne avant. C’est toujours prévu, hein ? »
Elle acquiesça. Oui, s’il ne tardait pas trop ils auraient le temps de tout faire.
Darren avala ce qu’il avait dans la bouche pour ajouter :
« D’ailleurs ! Tant que j’y pense, Léo ne risque pas de m’arracher la tête quand il entendra un coup de feu ? »
La jeune femme jeta un oeil du côté de Léo. Ce dernier s’était installé sur le bord d’une rive où l’eau était plus profonde et observait la surface d’un air très concentré. Puis soudain, il plongea la tête et la ressortit en tenant un poisson dans le bec qu’il engloutit goulemment.
- Qui sait ? plaisanta Emilia qui ne s’inquiétait guère. Elle libèrerait Léo le moment venu pour éviter ce genre de problème.
L’homme avait également suivit la scène avec un petit sourire.
« Tant qu’il fait pas ça sur moi... »

Enfin !!! Se disait Clive. Enfin il pouvait compenser ces journées de découverte.
Par reconnaissance mais également pour récupérer le rôle de celui qui faisait le guide, Darren s’activa pour poser les boites qui avaient contenu les fameux sandwich. A des distances différentes, accrochées tant bien que mal sur les tiges des fleurs géantes, il se préparait un terrain d'entraînement de fortune pour l’usage d’armes. La princesse le regardait faire en grignotant quelques baies de nuit acidulée.
Une petite excitation le gagnait à l’idée de jouer de nouveau le professeur. Cette fois, Emilia n’aurait pas mal, il ne la blesserait pas. Ou juste pour un exercice et il comptait lui demander son assentiment pour ça. Dans sa tête trottait et se hiérarchisait les différentes étapes. Il finit par revenir vers elle, une expression confiante sur le visage, alors qu’il détaillait sa façon de se tenir et sa tenue de super héroïne. Elle avait finit par se lever pour aller “discuter” avec son nifgar. Ce dernier avait comprit qu’il avait le droit d’aller vagabonder et ne se fit pas prier pour s’envoler.
« Prête pour la leçon ? » Demanda-t-il avec gaieté. « Ca me manquait d’être ton prof ! »

- Tu aimes enseigner ? demanda t-elle en s’approchant de lui.
« J’aime t’enseigner. » Réctifia-t-il.
- Ca c’est parce que je suis une bonne élève !

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Sam 4 Mai - 23:49
Darren Clive
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« Et très patiente. »
Il frappa dans ses mains pour signaler le début de la petite formation.
« C’est parti ! » Lâcha-t-il heureux comme tout.
Darren commença par retirer le chargeur de son arme de poing pour le mettre dans sa poche. Il tira la culasse en arrière pour éjecter la balle engagée et la récupérer au vol. Pas comme dans les films d’actions avec un mouvement bien coordonné, charismatique et vantard. Plutôt dans un geste maladroit en faisant rebondir la munition plusieurs fois avant de la coincer entre sa main libre et sa veste.

Il ne ferait pas l’insulte de lui vulgariser le tout. Étant une scientifique, il savait qu’elle allait très facilement suivre son explication et qu’elle lui demanderait des précisions sur les zones d’ombres. Clive commença par lui montrer cette fameuse balle.
« C’est en trois parties. L’ogive, à l’avant, est le morceau létal. Ejecté de trois cents à quatre cents mètres secondes, il transperce un corps humain sans protection. »
Il désigna de son doigt la seconde partie.
« La douille, elle est remplie d’une charge de poudre noire et d’un calcul d’espace et d’oxygène précis pour la détonation. »
Puis il lui montra l'arrière.
« L’amorce est là. Quand le percuteur tape dessus, l’étincelle produite enflamme la charge. La pression augmente à l’intérieur jusqu’à projeter la fameuse ogive.
Le mécanisme de mon arme étant mécanique, le recul suffit à faire éjecter cette douille pour amener une nouvelle balle.
»

Il lui sourit et lui plaça son arme de poing entre les mains. La jeune femme considéra l’instrument de mort avec curiosité. Elle préférait voir cela comme un jeu plutôt que comme un exercice pour apprendre à tuer des gens. Il lui aurait été difficile de comparer l’objet avec les armes de chez elle car sa connaissance dans le domaine était nulle mais elle écouta attentivement les explications de Darren en songeant qu’elles pourraient très certainement intéresser les Sept. Il n’était pas dit qu’elle leur fasse un rapport mais elle envisageait toutes les possibilités. La suite dépendrait de l’évolution des relations entre les deux peuples.
Puisqu’il avait retiré la balle et qu’il n’y avait pas de chargeur engagé, la culasse restait tirée en arrière. Il lui expliqua rapidement les divers organes importants impliquant la mise à feu, le fait qu’elle était taillée pour être stable et équilibrée. Bref, il passa un petit moment à la lui faire manipuler sans munition. La jeune femme se prêta au jeu et posa des questions de temps à autre lorsqu’un détail lui échappait. Le mécanisme était ingénieux, elle aurait été bien incapable de fabriquer un tel objet mais sa mémoire travaillait pour retenir les particularités de chaque pièce.

Pour lui faire expérimenter la prise en main mais également comprendre comment placer la sécurité, l’enlever, le fait de ne jamais laisser le doigt sur la queue de détente sauf quand elle serait sûre de faire feu. Clive lui fit adopter une position de tir à une ou deux mains, à utiliser le viseur.

Après avoir répondu à ses questions, il prit son chargeur dont il avait retiré toutes les balles. Il n’en laissa qu’une et lui tendit le magasin pour qu’elle charge comme il lui avait prit. C’était l’heure de la pratique. En se tenant de trois quart en arrière, il l’observa respecter la procédure de sécurité à la lettre, impressionné par sa faculté d’intégration. Quand elle termina et qu’elle retira la sécurité, il reprit.

« Ok. Je me doute que tu as déjà dû tirer avec des armes. Mais celle-ci produit un certain recul. Et le bruit surprend un peu. »
- Seulement des armes wraiths, j’ai appris en autodidacte. C’est très différent de ça.
« Je t’apprendrai quelques petites choses utiles sur elles aussi. »

Il pointa du menton les cibles qu’il avait disposé.
« Prend ton temps et vise-en une. N’oublie pas, tu poses ton doigt sur la queue de détente que lorsque tu es sûre de toi... »
Il rectifia ensuite un peu la position qu’elle prenait. C’était très subtil, il jouait le tatillon parce qu’il ne voulait pas qu’elle fasse la manoeuvre parfaite du premier coup. Puis il se recula un peu pour lui laisser le loisir de se concentrer, de faire l’expérience sans perturbation extérieure.
Il y avait toujours un décalage entre la théorie et la pratique et c’était le moment de voir si elle était capable d’appliquer la leçon. Elle prit le temps de faire le vide dans sa tête comme elle savait si bien le faire grâce à des années de méditation, visa et tira. Le bruit et le recul la surprirent, cela n’avait effectivement rien à voir avec les pistolets wraith !

- On dirait un coup de tonnerre... commenta t-elle. Heureusement que vous ne m’avez pas tiré dessus avec ça quand vous avez découvert mes pouvoirs ! ajouta la jeune femme préoccupée en revivant la scène du passé. Elle se félicita de ne pas avoir tenté de résister… si l’arme provoquait autant de dégats qu’elle ne faisait de bruit…
« Nos fusils mitrailleurs sont beaucoup plus puissants. Ils sont conçu pour transpercer les protections et tuer la cible. Mais... »
Il lui tapota l’épaule pour la rassurer.
« Quand on fait une interpellation, on ne vise pas pour supprimer. On fait une sommation et on neutralise avec un tir dans la jambe. C’est pas super, je sais, mais c’est mieux que la mort. »
- Oui c’est beaucoup mieux d’avoir la jambe pulvérisée... maugréa t-elle.
Cela le fit rire doucement. Il la bouscula très légèrement, d’épaule à épaule, pour la taquiner.
« Son Altesse se renfrogne à l’idée d’avoir eu raison de ne pas se rebeller ? » Moqua-t-il gentiment.
- Ce moment ne compte pas parmi les souvenirs agréables que je garde d’Atlantis.
« Ca ne fait jamais plaisir d’être du mauvais côté du canon. » Reconnu Darren. « Surtout que tu n’avais rien fait de mal. Mais c’est notre boulot de s’assurer que la sécurité demeure. »
Il ne cherchait pas à se trouver des excuses, loin de là.
- Je sais. Mais ne parle jamais de mon incarcération aux Sept.
Darren secoua négativement la tête en réponse. Bien sûr qu’il n’en parlerait jamais, c’était assuré que ça entacherait les relations diplomatiques entre Atlantis et la Gaëllie. Dieu sait maintenant combien elle oeuvrait pour que cette alliance voit le jour, il ne fallait pas que ce détail brise tout son travail.
« Heureusement, il n’y a pas eu que du mauvais. » Convint-il en pensant au reste.
- Non en effet, tes dirigeants ont bien manœuvré pour éviter l’incident diplomatique. Et toi… toi tu as réussi à me changer les idées.
Ce dont elle avait terriblement besoin. Si l’on mettait de côté leurs différends, elle avait passé de très bons moments en sa compagnie.
« C’est réciproque. Tu m’as offert de beaux moments aussi. »
Il ajouta d’une voix un peu plus basse et complice.
« Il y en aura d’autres. Et je parle pas forcément d’escalade. »

Il récupéra le chargeur de l’arme pour y engager la totalité des cartouches cette fois. Il lui donna le magasin et considéra la cible qu’elle avait manqué.
« Maintenant, essaie librement. N’oublie pas, c’est deux coups par deux coups. Sinon le recul te fera perdre en précision et tu gacheras inutilement tes munitions. Il y en a quatorze, il faut toujours compter à rebours pour savoir ce qu’il te reste. »
Il s’écarta un peu et l’invita à se faire plaisir, lui laissant le champ libre.
- Vous n’utilisez pas d’arme à énergie ?
« Si. Celles des Wraiths sont bien utiles quand on peut pas se servir de nos flingues. On a apprit à s’en servir. »
- Vos armes sont peut-être plus destructrices mais elles sont bruyantes.
« Avec quelques pièces supplémentaires, on peut réduire ce bruit. Certaines de nos affaires sont construites justement pour être discret... »
- Mais vous êtes limités en cartouches.
« On se débrouille très bien. »
Il fronça les sourcils.
« C’est un concours ? » Demanda-t-il malicieusement.
- Peut-être, répondit-elle avec air faussement condescendant.

Elle manipula quelques instants l’arme pour l’étudier en appliquant les mesures de précautions avant de se mettre en position pour tirer. Il avait dit deux par deux… Prenant une grande inspiration, elle bloqua son souffle, se stabilisa et tira à deux reprises. Elle s’était attendue au recul cette fois mais la sensation n’en restait pas moins désagréable.

Clive se permit parfois de corriger un peu sa position. Il trouvait qu’elle se débrouillait très bien et qu’il ne lui faudrait qu’un bon entraînement pour faire d’elle un soldat efficace. Encore une fois, cette performance le gênait tout autant qu’elle l’émerveillait. C’était une preuve supplémentaire de ce qu’elle était, différente, avec sa voie pour l’ascension. Lorsqu’elle vida entièrement le chargeur, le militaire sourit en lui montrant les quelques cibles qu’elle était parvenue à toucher, l’en félicitant, puis il récupéra son arme.

- Ce n’est pas trop mauvais pour une première ? demanda t-elle en constatant que les balles n’avaient pas tous atteint leur cible.
« Pas du tout. Je pense qu’une fois que tu auras l’habitude du recul, tu feras des merveilles. Tu vois, tu as fais quatre tirs réussis sur douze. Quand j’ai commencé ma carrière, j’en ai pas touché un à cette distance. »
Il enjolivait un peu pour la dragouille et le plaisir de la complimenter. Mais ce n’était pas si loin de la vérité. Pour une première utilisation, elle s’était vraiment bien débrouillée. Ce n’était pas tant pour nourrir son égo mais bien lui faire percevoir qu’elle avait un bon potentiel en la matière.
- Menteur, lança t-elle en sentant qu’il la flattait. Mais son petit sourire fier attestait qu’elle n’y était pas insensible.
« Si tu le dis ! » Rétorqua-t-il, complice.

Il engagea un nouveau chargeur, plaçant celui qui avait été vidé dans l’une de ses poches, puis il rangea le neuf millimètres dans son holster de cuisse. Il lui fit ensuite un cours semblable sur son fusil à pompe en lui expliquant bien l’avantage que ça avait dans ce que l’on appelait le “CQB”. Le combat en milieu urbain.
« Chez nous, des créateurs de films utilisent ces armes avec seulement un petit peu de poudre. Nos civils pensent qu’on peut s’en servir n’importe comment sans l’épauler. »
Il mima des tirs comme s’il eût été dans un film d’action, tendant le fusil à pompe façon terminator sans même le tenir à l’épaule, ou en tournant le poignet. Il s’amusa même à jouer le kéké avec son fusil pour lui montrer combien c’était puéril et incohérent quand on y songeait.
« C’est du calibre 12. Il disperse une nuée de billes en métal que l’on appelle vulgairement “mitraille”. Ca, ça arrache facilement une jambe ou un bras. C’est surtout fait pour “stopper” avec une grande puissance. Un mec qui prend ça dans le bide s’envole sur trois mètres. »
Il lui plaça l’arme entre les mains mais, cette fois, il s’empara des bras de son amie pour veiller à ce qu’elle le positionne bien. C’était pas un simple neuf millimètres cette fois.
« Voilà. Comme ça. Ne tire jamais sans avoir pris cette position avec un fusil à pompe. Dans le meilleur des cas, le pétard s’envole et tu cours le récupérer loin dans ton dos. Dans le pire, tu te fractures carrément le poignet. »
Pour le reste, c’était des règles de sécurité similaire. Darren lui expliqua la distance possible de tir avec les munitions actuelles puis il l’invita à s’approcher. Pour sa première fois, il se positionna dans son dos et plaqua ses deux mains contre l’épaule sensée encaisser le recul. Non pas pour qu’elle soit comprimée mais que ce dit recul soit bien géré.
« Ca va beaucoup te remuer, c’est très violent. Prends bien ton temps et expire bien, ça va aller. » Fit-il sur ces derniers conseils.
- Ca a l’air violent, répondit-elle, un peu inquiète.
« Oui. Et c’est normal. Mais ça te blessera pas. » Il ajouta, un peu provoquant : « Tu as connu pire, t’en fait pas. »
Il avait en tête la fois où il l’avait blessé, où il avait promis de ne plus jamais recommencer. Vu la façon dont un tir de chevrotine allait lui brasser son petit corps, il préférait être trop doux et trop prévenant que pas assez.
« C’est à toi. Quand tu veux... »
Peu rassurée, la jeune femme se mit en position en calant l’arme en essayant de suivre le plus possible les conseils de Darren. L’objet était lourd et, d’après le soldat, le tir allait être spectaculaire. Fort heureusement, l’atlante était là pour l’aiguiller. La détonation fut trois fois plus forte que le claquement du neuf millimètres et une onde de choc violente entra à l’intérieur du corps d’Emilia. Une onde brutale et saisissante qui la remua et ricocha plusieurs fois en elle avant de se dissiper. Sa vue s’était brouillée un instant, si bien qu’elle ne se rendait pas tout de suite compte d’avoir décapité la tige de la fleur géante, et qu’elle tenait le canon pratiquement en direction d’un Darren hilare.
« Emilia…? » Demanda-t-il en lui posant une main sur l’épaule et en lui retirant, de l’autre, le fusil à pompe.

La jeune femme contempla quelques instants les dégâts avec des yeux ronds.

- C’est moi qui ai fait ça ?
« Oui...ça va ? Pas trop secouée ? »
- Mince alors ! Si j’avais eu ça contre les wraiths ! S’exclama t-elle en massant son bras et son épaule endolori. Elle n’aimait pas cette arme : trop violente, trop dure à manipuler. Mais le résultat était aussi effrayant que stupéfiant.
« Oh, tu sais ! C’est très utile mais si tu n’es pas entraînée, tu en auras déjà marre après avoir vaporisé la tronche d’un ou deux Wraiths. » fit-il gaiement. Il rechargea d’un mouvement de pompe et le lui tendit de nouveau.
« Tu as très bien géré ton recul. Tu n’as plus besoin de moi pour ce tir-là. N’oublie pas de bien tenir ton équilibre et ça va moins te surprendre ce coup-ci. »


-Hmm… répondit la jeune femme distraitement.

Elle avait à peine écouté Darren, concentrée sur l’idée qui était en train de naître dans son esprit. Il fallait qu’elle expérimente, voir si cela pouvait bien marcher.
La jeune femme reprit l’arme et attendit que Darren recule avant de se tourner vers une fleur en fin de vie. La perspective d’anéantir gratuitement une autre vie végétale lui faisait mal au cœur. Ouvrant finalement les mains, elle fit léviter le fusil et exerça mentalement une pression sur la gâchette tout en se concentrant pour maintenir l’arme à sa place malgré le recul. Le coup parti et ce procédé lui permis de s’épargner la douleur et de mieux contrôler l’objet. En revanche, il lui était plus difficile de viser.

- Je gère bien mon équilibre ? demanda alors la princesse en regardant Darren avec des yeux rieurs.
Il restait là, bouche bée, partagé entre l’idée que c’était de la triche et celle qu’elle était...putain de sexy !!!!....à jouer avec un flingue comme ça. Il fût obligé de reconnaître que ça marchait mieux quand elle jouait de son pouvoir que lorsqu’elle le faisait manuellement. Clive ne savait pas trop quoi en penser. Est-ce qu’elle serait capable de se concentrer suffisamment bien pour faire pareil au milieu d’un affrontement par exemple ? Ok, elle avait eu à se défendre contre des Wraiths. Mais le coeur battait à fond, l’adrénaline à bloc, et peut-être qu’elle ne serait pas assis précise que ça durant une baston.
Il ne savait pas trop au final.
« Tu déchires ! » Lui dit-il en guise d’éloge. Et c’était sincère pour le résultat. Un peu moins pour la forme.
Il récupéra son fusil à pompe, l’inspectant discrètement en se demandant comment elle arrivait à faire ça, puis il sortit deux cartouches de sa poche pour les replacer dans la chambre.
« Je voudrais t’apprendre quelque chose d’autre, Emy. »
Emilia pinça légèrement les lèvres. Il se reprit aussitôt.
« Non, Emilia, pardon. Quelque chose qui pourrait nous être utile à tous les deux, tu veux bien ? »
- Je t’écoute, répondit la princesse intriguée.
Il sortit son neuf millimètres et le lui tendit.
« J’ai mis la sécurité, le coup ne peut pas partir. » Lui dit-il. Il s’avança devant les tiges, en pleine réflexion, puis il hocha la tête.
« Ok. Imaginons...que cette tige soit soudainement un ennemi. Un type de la marche, un fêlé, n’importe quoi. J’agis... »
Clive pointa son fusil à pompe sur la cible mais ne fit pas feu.
« A chaque fois qu’il y a menace, il faut suivre une tactique simple. Toi, tu choppes le col de mon manteau de ta main libre...vas-y... »
La jeune femme s'exécuta sans comprendre où il voulait en venir.
- C’est vrai qu’elle a l’air un peu menaçante cette fleur, plaisanta t-elle. Mais pourquoi je dois m’accrocher à toi ?
« Tu vas comprendre ! » Renchérit-il sans vraiment rebondir sur la blague. Il avait besoin qu’elle apprenne ça…
« Colle toi un peu plus à moi, penche-toi comme je le fais... » Lui demanda-t-il en essayant de l’attirer de sa main libre. « Voilà, comme ça. Si jamais une menace arrivait, ça, c’est ce que tu dois faire. Là, je deviens ton bouclier ! »
Il garda sa position de combat avec son amie qui le tenait.
« C’est ce qu’on apprend aux personnalités comme toi pour les extraire. Quand tu es en position, si j’avance tu avances, si je recule, tu recules... »
Et comme pour donner l’exemple, il fit ces pas pour qu’elle comprenne.
« Toujours à l’abri derrière mon corps. Fixe-toi cette idée, je suis un bouclier. Et tu as aussi ton utilité... »
Il leva le nez, un sourire goguenard sur la figure.
« T’es pas la princesse en détresse qui attend d’être sauvée. Ta main armée...si tu veux viser une des copines de ces fleurs menaçantes, tu poses ton bras sur mon épaule pour viser. L’arme doit pas être à côté de mon oreille ok ? »
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Dim 5 Mai - 0:06
Emilia Zeïn’ Eidolas
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Emilia comprenait parfaitement la logique de cette manœuvre qui lui semblait tout à fait pertinente. Mais une part d’elle se disait qu’il lui serait plus facile de se protéger derrière une personne qu’elle ne connaissait pas intimement que derrière Darren... mais ce n’était qu’une simulation, inutile de trop se prendre la tête.

- Comment puis je me placer pour tirer loin de ton oreille ? Vu la position…
« Tu te colles contre mon dos. Ton bras en appui sur mon épaule, tu auras la longueur... » Lui répondit-il en restant dans sa position de combat pour servir de cobaye.
Il la laissa s’exercer jusqu’à trouver la position convenable.
« Une parfaite VIP. » Commenta-t-il.
-C’est un moyen détourné pour avoir un câlin ? plaisanta Emilia qui avait du mal à rester très longtemps sérieuse. Elle avait néanmoins suivi rigoureusement les consignes et simulé un tir avec l’arme de poing de Darren.
« Oui. » Fit-il en entrant dans son jeu avec l’envie de la déranger un peu. « Je te rappelle que j’ai pas encore réussi à te faire crier mon nom ! »
-Je te trouve bien confiant...
Son arme s’envola pour flotter quelques mètres plus loin et elle fit de grands mouvements comme si elle était en train de frapper quelque chose.
- S’il n’y a plus de cartouche je peux toujours la recycler en matraque ! s’exclama t-elle avec humour.
« C’est ça ! Mais le but, c’est de surtout pas d’entrer en contact ! » Reprit-il alors qu’il voyait l’arme s’agiter.
« Si quelqu’un arrive par le flanc ou dans le dos, c’est toi qui me guide, qui me conduit. N’oublie pas cette image de bouclier, c’est essentiel. »
Et sans crier gare, parce qu’il voulait qu’elle puisse le mettre en pratique en ayant l’effet de surprise, il s’enfonça dans le champ de tige avec son arme.
« On agi ! » S’écria-t-il.
Le fait de progresser sans lui avoir laisser le temps de récupérer son neuf millimètres était volontaire. Il voulait voir si elle allait faire l’erreur de se découvrir.
« A gauche, c’est un hostile. » Déclara-t-il pour voir si elle allait le réangler comme il venait de lui apprendre.

La jeune femme s’agaça intérieurement qu’il se mette maintenant en action alors que l’arme de poing était quelques mètres plus loin. Elle s’efforça de se planquer derrière lui tout en faisant prendre de la hauteur à l’arme pour ne pas la perdre de vue et la ramener vers elle. Puis il cria que le danger arrivait de gauche et elle regarda instinctivement dans cette direction, rompant de fait le contact visuel avec l’objet qui tomba au sol. Que devait-elle faire déjà ? Ah, oui, orienter Darren pour que ce dernier se fasse massacrer à sa place. Bien. Elle s’exécuta donc et profita que l’homme ne fasse plus écran pour risquer un coup d’œil sur la droite et ramener l’arme jusqu’à sa main avant de la braquer par-dessus l’épaule du soldat.
« Bien...très bien ! » fit-il, assez content de voir qu’elle avait bien réagi en plus de récupérer son arme.
Pendant un petit moment, il se déplaça en rond dans le champ de fleur géante et sentit Emilia de plus en plus à l’aise dans ce qu’il lui avait appris. Il se souvenait de sa formation à ce sujet, l’instructeur leur avait fait prendre la place du VIP pour “comprendre” ce qu’on attendait d’eux avant d’être le bouclier.
Darren était assez content de voir qu’elle se prêtait au jeu et qu’elle suivait parce que c’était une très bonne technique pour lui. Il stoppa sa progression et passa à la fin.
« Maintenant...le dernier point. »
Il s’effondra sur le sol, se laissant tomber pour atterrir sur le dos.
« Je viens de me prendre un tir, tu es exposée maintenant. » Lui dit-il en la regardant depuis le sol, sans bouger. « C’est humain de vouloir se porter au secours de celui qui fait le bouclier. Mais il faut pas. Si je tombe Emilia, si je suis blessé, tu te trouves un couvert et tu te sauves. »
Il lui sourit doucement.
« Dans ce genre de manoeuvre. Il n’y a pas d’égo ou de fierté qui tienne. Ni de beaux actes au nom de la camaraderie. Le but ultime, c’est la survie du VIP. »
Clive était calme en lui disant ça, en jouant quasiment le mort. Il avait ce vide en lui qui venait de son professionnalisme. Il savait Emilia suffisamment terre à terre pour comprendre ça. Ca ne risquait pas d’arriver étant donné toute la sécurité qui l’entourait. Mais si ça devait arriver et s’il se faisait toucher, il ne fallait pas qu’elle s’expose.
« Donc, si ton bouclier tombe, princesse. Tu ne te préoccupes pas de moi. Tu ne penses pas à la diplo avec mon peuple. Tu ne penses qu’à ta survie et tu te barres. C’est important. C’est le but ultime : la survie du VIP. Parce que sinon, toute la manoeuvre ne sert à rien. Entendu ? »
– S’ils ne sont pas trop nombreux et à portée de vue j’aurai plutôt tendance à essayer de leur arracher leurs armes ou de les forcer à se tirer les uns sur les autres… répondit la princesse.
« Et tu prends des risques qui fera tout échouer. »
Il se redressa sur un coude.
« Tu es forte. Mais t’es pas encore une déesse. Il suffit d’un tir qui te touche et c’est fini. Cette manoeuvre, on l’a fait très régulièrement et elle marche très bien si les deux parties jouent le jeu. Alors tire-toi, ok ? »
– Si tant est que ce soit possible… la fuite revient parfois à s’exposer selon la configuration de l’environnement.
« C’est comme tu le sens. » Abdiqua-t-il finalement.
Sur la même formation, il en avait vu s’offusquer de la même façon. Il ne voulait pas se prendre la tête avec elle sur une manoeuvre qu’ils ne pratiqueraient probablement jamais. Intérieurement, Clive ne savait pas si c’était de la fierté revenant au grand galop chez elle. Du genre une princesse ne fuit pas, elle l’a assez fait devant les Wraiths. Surtout quand on mélangeait son désir de vengeance. Ou si c’est simplement le fait qu’elle tenait à lui et qu’elle refuserait de l’abandonner. Pour ce dernier point, Clive ne miserait pas sa solde là-dessus.

– La fuite si c’est possible, sinon je me cache. C’est noté. Autre chose ? demanda Emilia en lui tendant son arme.
Le soldat acquiesça et se redressa doucement. Il récupéra son arme et remit ses affaires en bon ordre.
« Non. La leçon est terminée. » Répondit-il, bien content d’avoir pu lui enseigner tout ce qu’il voulait.

La blondinette lui tourna le dos pour fouiller dans un sac et en sortit un objet enroulé dans du tissu. Une fois déballé, un stunner wraith apparut et elle se tourna vers Darren.

– Ca non plus tu n’en parle pas aux Sept. Cet objet à une valeur inestimable sur Orzan et je ne suis pas prête à le céder.

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Dim 5 Mai - 0:18
Darren Clive
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Il s’approcha immédiatement, intrigué, et l’inspecta.
« Tu l’as pris durant ta fuite ? »
– Oui j’ai réussi à le dérober à un wraith.
Clive songea rapidement qu’elle ne faisait pas que dormir avec un poignard dissimulé dans sa manche. Forcément, elle voyageait aussi avec cette arme.
« Tu sais t’en servir ? Tu es au courant qu’il y a un sélecteur de mode de tir ? »
– Oui j’ai eu beaucoup de temps pour l’étudier...
Il lui pressa joyeusement l’épaule.
« Alors si ça chauffe en allant rendre visite à fidji, tu sais quoi faire ! » Il ajouta : « C’est une bonne arme, elle te sera très utile. T’as bien raison de la garder pour toi. »
– Je sais, répondit la jeune femme avec l’air de celle qui avait largement eu l’occasion de s’en servir. Mon peuple a cruellement besoin d’étudier la technologie de nos ennemis mais… je n’arrive pas à m’en séparer.
« C’est normal. »
Il lui sourit et dessina de son doigt le plissement qu’elle avait sur le bord du nez. Il l’avait souvent remarqué et il trouvait ça craquant.
« Cette arme t’a suivi dans tes galères. Elle t’est personnelle. On connait ça aussi chez nous... »
- Si j’arrive à lui trouver un substitut gaëllien je la laisserai peut-être aux chercheurs.
« Je pense que tu devrais la garder. » fit-il avec sincérité. « Atlantis détient pas mal d’armes Wraiths, ton peuple pourra très bien négocier des échanges commerciaux et t’éviter ce “drame”. »
Il avait terminé en blaguant. Mais pour lui, si elle avait vraiment galéré avec le stunner, c’était normal qu’elle le conserve.

Emilia le regarda pensivement avant d’acquiescer. Il avait raison, ce dilemme pouvait se résoudre facilement si Atlantis acceptait de commercer ce genre d’objet.
-Oui c’est vrai, vous les combattez depuis si longtemps… vous devez détenir énormément d’informations sur eux. Vous avez beaucoup à nous enseigner sur ce sujet.
« Nos deux peuples ont beaucoup à gagner, c’est sûr... » Affirma Clive. « J’apprécie beaucoup de te voir te démener pour que ça marche. C’est une chose que je dirai au CODIR. »

La jeune femme lui sourit, reconnaissante.

– Il faut que ça marche. Cela va bien au-delà de mes interêts pour les Anciens et la cité que vous occupez. Nous ne vivrons pas toujours en paix et nous aurons besoin d’alliés le jour où les wraiths retourneront leurs armes contre nous. Je gage que cela arrivera prochainement, la situation est devenue trop instable depuis que les ruches se sont réveillées. En mutualisant leurs savoirs, nos deux peuples pourraient frapper fort.
« J’en suis sûr. Je veux que ça marche aussi et c’est au-delà de mes intérêt perso de mon côté aussi. On pourra pas les vaincre en restant chacun dans notre coin. »
Sur ces belles paroles, le silence retomba et Clive finit par se racler la gorge.
« Sinon...c’est maintenant que tu m’apprends à fermer les yeux sans m’endormir ? » fit-il pour changer de sujet. Il leva un doigt avertissant. « Faudra pas me punir parce que tu me sens fourmiller de pensées... »
– Oui, c’est un bon endroit pour méditer si tu en as envie, répondit Emilia.
« Bien sûr, il faut bien que je comble l’avance avant de te surpasser. » Lâcha-t-il avec un ton faussement suffisant.
– Oh, oui… qui sait quel genre de pouvoir tu caches en toi ? dit-elle pour le motiver. Elle savait bien que le don le fascinait depuis le tout premier jour où il l’avait vu utiliser son pouvoir. Savoir qu’il pourrait débloquer un tel pouvoir un jour s’il s'investissait suffisamment pouvait être un levier.
« Tu serais pas en train de me motiver avec un profit complètement contraire au but de l’envol ? » Déclara-t-il comme un gamin. « Mon pouvoir….ce serait de voir à travers les vêtements !!! Non...non...trop gênant. Ce serait...de me rendre invisible !....c’est gênant aussi... »
– Et quel est le but de l’Envol ? demanda t-elle avec un sourire amusé.
« Atteindre un idéal physique et spirituel pour transformer son corps en pure énergie et accéder à la dernière étape de l’évolution ! » Récita Clive par coeur. « Mais bon ! Nous on s’en fout, c’est pour chevaucher du Drakonys et jouer aux Dieux ! »
– Et quel est le chemin à parcourir pour atteindre cet idéal physique et spirituel ? poursuivit Emilia pour cerner l’état d’esprit et les connaissances de Darren sur le sujet.
« Oh ben, pas mal de choses. » Répondit-il sans se rendre compte qu’il se faisait passer à la loupe. « Déjà, faut être en paix avec soit-même. Savoir libérer son esprit et le reste...et bien...heu... »
Il la regarda.
« Tu vas me l’apprendre ! Et ce qu’il nous manque, on ira l’apprendre auprès de l’Ancienne dont je t’ai parlé. Ca te va comme réponse ? »
Emilia sourit, c’était comme enseigner à un petit oisillon qui s’ouvrait à la vie. Oh bien sûr, elle-même n’avait pas encore toutes les réponses mais elle avait suivi la voie depuis tant de temps qu’elle se sentait parfaitement légitime pour aiguiller un homme qui n’avait jamais essayé de pratiquer. Cela ne lui ressemblait guère, il était rare qu’elle accompagne un individu sur le chemin, contrairement à certaines Exceptions gaëlliennes qui se dévouaient à ça. Fidji en était le parfait exemple.

– Oui si nous arrivons à obtenir les coordonnées de sa planète.

Elle marqua une pause avant de reprendre :

– Tu as raison, être en paix avec soi même est l’un des principaux objectifs à atteindre et c’est le travail de toute une vie. Nous possédons de nombreux freins en nous, des verrous psychologiques que nous nous imposons sans le savoir. Trouver la clé pour s’en libérer nécessite un long apprentissage. Apprend à te connaitre, à t’accepter et à te libérer de tes angoisses et tu élèveras ton esprit tout naturellement.
Clive hocha la tête sans répondre. Intérieurement, déjà, un vent de défait soufflait. Mais Clive ne serait pas Clive si, justement, ce fameux vent de défaite ne lui donnait pas envie de réussir ce coup d’éclat. Plus un défi était corsé, plus il devait aller s’y casser les dents. Ca faisait partie de l’un des rares traits qui lui convenait très bien et qu’il acceptait. Le coup de la catapulte pour tenter d'atterrir sur le dos de Léo, alors que les lois de la physique et de la cohérence étaient contre lui, formaient cet exemple parfait.
« J’espère que tu es patiente alors. Je suis pas un aussi bon élève que toi. »
Il était à peine sincère en le disant, mélangé entre réalité et petite blague. Il était prêt à s’investir à 100% pour prouver que même un type comme lui, pas le plus cérébral ou le plus performant, pouvait faire une ascension.
– Je ne sais pas si je serai bon professeur mais je ferai mon possible pour te soutenir si tu as vraiment le désir de t’engager sur la voie, dit-elle en marchant vers la rivière.
« Hé, on a fait un marché. » Rappela-t-il en la suivant. « Je prends ça au sérieux, c’est pas de la blague. Je suivrai la voie avec toi. »
–Bien… alors voici une première leçon : pour être en paix avec soi-même il faut d’abord comprendre les autres… ces derniers sont un reflet de nous-même, comme un miroir, ils nous renvoient ce que nous leur offrons. Donne-leur de la gentillesse et ils te la rendront bien souvent et à l’inverse…
Arrivée sur la rive, elle s’installa sur une grande plaque en pierre plate et invita Darren à en faire autant.
Il s’installa à son tour, face à elle, en essayant d’opter pour la même stature.
« Et à l’inverse ? Donc...t’es sympa. Et tu te fais trahir ? »
La lumière se fit tardivement.
« J’ai compris ! Soit bon, tu reçois la bonté en échange. Soit mauvais, ils seront mauvais aussi…? »
– Certains ne comprennent pas pourquoi ils ne parviennent pas à développer de bonnes relations avec leur entourage, au travail par exemple. Ils ne réalisent pas qu’ils projettent inconsciemment de l’agressivité et que les autres sont sur la défensive.
« Je comprends. Heu...c’est mon cas ? »
Il haussa les épaules.
« Parce que j’ai toujours essayé d’être entier, sympa. »
- Je ne sais pas, répondit-elle sincèrement. Je n’ai pas étudié tes relations avec les autres. Ce que je dis est général, je ne cherche pas à t'analyser mais à te donner des clés pour que tu puisses le faire toi même.
« Reçu ! » fit-il en souriant. Il énuméra en se concentrant : « Les autres sont un reflet de moi-même. Je reçois ce que je leur envoie. Je dois les comprendre. »
Tu n’es pas responsable de tous leurs états-d’âme bien sûr, mais tu es co-acteur de tes relations, elles se construisent à deux. Tu me disais que tu avais des difficultés pour être compris des femmes par exemple…
« J’ai mis longtemps à comprendre que c’est moi qui déconne. » Avoua-t-il. « Et au final, j’ai de belles aventures avec toi parce que t’es capable de lire dans ma tête. Sans ça, je t’aurai fait fuir aussi. »
C’était sa petite analyse perso, pas une façon de larmoyer ou de se morfondre. Il se traînait cette sorte de malédiction - basée sur un cocktail détonnant de maladresse et d’un manque de tact - depuis si longtemps qu’il s’y était habitué. Et il le pensait vraiment. Si Emilia n’avait pas eu sa faculté d’empathie, elle l’aurait pris pour un sombre connard et il n’aurait pas eu tout ces petits moments sympa partagé à deux. Et ce n’était pas un point de vue qui se fixait essentiellement sur les moments câlins mais tout le reste également.
-Et… est-ce que tu as envie que les choses changent ?
Sa première idée fût de lui balancer un gros “oui”. Mais il se retint. Déjà parce qu’elle allait sentir venir le pipeau sans avoir le renfort de son empathie mais aussi par respect envers l’exercice qu’ils avaient débuté.
« Je...je suis pas sûr. Si je devais tout dire, je me demande si je me punis pas un peu avec ça. Ca me suit depuis si longtemps que je me vois pas te dire oui, comme ça, comme s’il suffisait d’un mot. Un de ces fameux verrous dont tu me parlais, peut-être... »
-Pourquoi parles-tu de punition ?
« Je vois pas ce que ça peut être d’autre. J’appelle ça une malédiction, mon pouvoir à moi, de faire ça. Mais si c’est pas une punition que je m’inflige à moi-même, je sais pas ce que c’est. »
Il balaya le sujet d’un geste de main, très géné.
« Après je délire peut-être. Mais tu sais de quoi je parle, deux ou trois fois, tu m’en as voulu. Je prenais pas mon pied à te voir contrariée, tu peux me croire... »
Clive eut une petite hésitation.
« Sauf le coup du voyage à l’épaule, ça c’était bien sympa. Avec toi qui me tape dans le dos et qui hurle à l’enlèvement. Cette affaire... »
Emilia fit la moue en repensant à cet évènement qui n’avait pas été du tout vécu de la même manière pour elle et le balaya d’un geste mental. Ils n’était pas là pour parler de ses sentiments.

- Je vais te donner un conseil et j’aimerai que tu essaies de l’appliquer dans ton quotidien. Vois cela comme un exercice pratique. Quand tu parleras à quelqu’un poses toi la question de comment cette personne réagiras à tes propos ou tes actions. Essaie de te mettre à sa place, de faire preuve d’empathie.
« Me mettre à sa place. » Répéta-t-il en songeant à quelques exemples qui auraient pu lui éviter des ennuis s’il l’avait fait. « A appliquer aussi avec toi alors. »

Oui. Même chose si quelqu’un fait quelque chose qui te contrarie essaie prendre du recul, de te demander pourquoi cette personne agit de la sorte : peut-être qu’elle a mal dormi, quelle s’est disputée avec quelqu’un et qu’elle reporte cet état d’esprit négatif sur toi par exemple. Il y a toujours une raison qui motive un comportement.
« D’accord...mais...être toujours aussi compréhensif, ça risque pas de faire de soi une cible pour les autres ? Parfois, c’est vu comme un aveu de faiblesse de ne pas montrer les dents... »
-Certaines conflits sont inévitables mais la discussion peut permettre d’en désamorcer un certain nombre et t’établir des relations plus saines avec les autres.
Clive baissa la tête, le temps d’intégrer tout ça et accepta.
« Je vais travailler là-dessus, c’est promis. »
Elle lui sourit.
-Ca fait déjà beaucoup à digérer pour une première leçon.
Il éclata de rire.
« Ben je dois juste changer un bon morceau de mon comportement, ça refroidi ! » fit-il pour poser des mots sur ce qu’il ressentait. Mais ça ne le décourageait pas tant que ça. Surtout que ça le faisait rire l’idée qu’elle ai reconnu la difficulté de cette première leçon parce qu’elle savait qu’il essayait d’avaler la pilule.
« Tu as mis combien de temps avant de réussir à l’appliquer ? »
- Je ne suis pas un bon modèle de comparaison. Je suis pratiquement née avec le don et mon empathie s’est déclarée quand j’avais quinze ans.
« Ah ? Moi c’est mon acnée qui s’est déclarée à quinze ans. Comme quoi... » Ironisa-t-il en réponse.
Emilia eut un léger rictus.
- J’aurai préféré avoir quelques boutons.
« J’imagine bien. » Sa curiosité le fit démarrer au quart de tour. Il la questionna précipitamment. « C’est quoi la première émotion que tu as capté chez un autre ? Tu étais contente de découvrir ce pouvoir ou effrayée ? Vu que tu ne savais pas comment le contrôler, ça devait...te faire peur. »
Il pinça des lèvres.
« Merde. La leçon ! Euh...c’est une question qu’il faut éviter de poser, c’est ça ? »

Emilia eu un fin sourire. Il était mignon son petit oisillon, fidèle à lui-même mais faisant un effort pour adopter ses conseils. Maintenant habituée à son tempérament franc et à son indiscrétion, elle lui répondit sans éprouver de malaise.

-La souffrance, la terreur... j’assistais à une agression, répondit t-elle du tac-o-tac. J’ai cru que j’allais mourir.
Forcément, ça ne pouvait pas être d’une façon plus sympa qu’en sentant cette agression se produire. Clive eut une petite réaction amer. Elle en avait prit plein la figure et la carcasse. Il se souvenait très bien de son explication, son exemple d’antenne captant de la musique si forte et si envahissante qu’elle pouvait en oublier la sienne.
« Je suis désolé pour toi. »
C’était sincère.

Il eut envie d’apporter quelque chose de plus au fond de lui. Pas qu’il s’en sentait obligé mais parce qu’il en avait vraiment envie. Clive quitta sa posture pour s’approcher d’elle doucement, pas très certain de son coup. Mais s’il appliquait la leçon, dans le pire des cas il se ferait juste renvoyer balader. Bref, il chassa ce petit risque de sa tête et vint à ses côtés pour l’enlacer de ses bras. Il essayait aussi de se mettre à sa place dans le passé, il s’imaginait à quinze piges, la figure enfin débarrassée de cette air de pizza dégueulasse (aux filaments de supplément fromages) mais de gagner, en contrepartie, la capacité de sentir. Une agression qui se déroulait, la violence et la haine d’un coté, peut-être même le plaisir malsain ; la détresse, la panique et l’impuissance de l’autre.
Tout ça, en ne comprenant pas que c’était une aptitude qui lui appartenait. L’enfer…

Darren ne poursuivait pas spécialement un but précis en agissant comme ça. Pas d’élan fleur bleue ou d’envie plus charnelle. C’était l’envie de lui faire sentir qu’elle n’était plus seule même après les épreuves supplémentaires, et plus terrible encore, qu’elle avait vécu. Il n’y avait pas de mal à se sentir enlacé dans une paire de bras par moment, surtout lorsque c’était désintéressé et protecteur, c’est l’effet que recherchait Clive dans son geste. Ce faisant, en l’ayant contre son torse avec la rivière qui coulait et un froissement d’elle qui se faisait entendre au-dessus de leurs têtes, le soldat cru bon d’ajouter avec tout le sérieux du monde :
« T’as raison. Les boutons c’est mieux ! »

Emilia ressentit une pointe de gêne face à cette étreinte motivée par la compassion. Elle n’avait pas répondu pour se faire plaindre mais Darren était ce genre d’homme imprévisible et entier. Très différent des personnes qu’elle côtoyait dans son quotidien.

– Tu sais c’est fini maintenant, je maitrise… à peu près, plaisanta t-elle.

Profitant d'être proche du jeune homme, elle glissa une main contre son torse pour se saisir d'une de ses plaques militaire.

-Qu'est-ce que c'est ?
« On appelle ça des dog tags dans l’armée. » Répondit-il simplement.

Il aimait bien la sentir contre lui mine de rien. Elle diffusait comme une chaleur humaine, une présence, dont il ne se lassait pas. La laisser manipuler ses plaques militaires pour les observer avait un côté très agréable. Il se laissait donc faire de façon bien docile. Pour le contact, encore.
« Nom et prénom. En dessous c’est le numéro de matricule qui m’identifie dans leur fichier. Ensuite mon groupe sanguin. Et puis ma religion, pour les obsèques, car c’est l’armée qui prend en charge. »
Il expliquait calmement tout en penchant la tête pour la regarder sans gêner son observation. Il sentit, aux tiraillements sur la chaîne, qu’elle en était passé à la deuxième plaque.
« Quand un soldat meurt, on lui prends celle-là. Et l’autre reste autour de son cou. C’est dans notre tradition. Comme ça le corps reste tout le temps identifiable même s’il ne reste personne pour le reconnaître. »

-Donc… ces plaques servent à identifier vos cadavres ?
« Oui, sur un point de vue très objectif. Mais tu sais, nous, on voit ça davantage comme un plaisir, enfin un honneur je veux dire. C’est notre appartenance à l’armée. J’ai galéré pour avoir ces plaques ! »

Effectivement, ça avait un côté pratique pour faire du ramassage de masse sur le champ de bataille… mais c’était aussi très inhumain. Comme si l’on reléguait l’individu à un collier, un morceau de métal…
-Et ce n’est pas trop dur de les porter au quotidien en sachant ce qu’elles représentent ?
« Ca s’accroche aux poils de torse, ça pique des fois. » Plaisanta Darren.
Il semblait à la princesse ne jamais l’avoir vu sans. Et elle avait raison Emilia, pour rien au monde il ne retirerait ces dites plaques.
« Pas du tout. Je me sens nu sans mes plaques moi... »
-A cause de l’habitude ?


Clive s’expliquait de manière objective, qu’importe si le sujet était glauque. Il pressa légèrement plus Emilia dans son étreinte pour ajouter :
« Hé. On pourrait faire les tiennes...comme ça ton imposture sera jouée à fond ! Et pas pour le côté “cadavre” attention ! »

Emilia s’écarta un peu, désireuse de limiter ce moment qui prenait des allures un peu trop tendres à son goût. Par ailleurs, la perspective de porter ce genre d’objet était un peu trop glauque à son goût. Darren comprit le signe, il fallait pas abuser non plus et il reprit une position un peu plus courante.

– Pourquoi tu comptes me faire porter à nouveau un costume de soldat atlante ?
« Avoue que c’était quand même bien sympa et... »

Tout à coup, quelque chose cogna doucement contre la chaussure du militaire et se mit à tirer. Profitant que l’homme ait le regard ailleurs, une espèce de gros poulet déplumé aux yeux exorbités avait approché et était en train de picorer sa chaussure, tirant sur la boucle métallique.
Instinctivement, Darren bougea son pied sans trop de violence et découvrit l’animal. Il était déjà bien laid mais, surtout, il se demandait d’où est-ce qu’il pouvait sortir. Il n’était pas trop inquiet vu que les rangers étaient très solide habituellement. Mais là, c’était quasiment un invité gênant. Un peu moqueur, Darren regarda son amie et lui demanda d’un ton faussement sérieux :
« Tu veux un nouveau casse-croûte ? »
– Il est attiré par les objets brillants...

La créature gloussa tout en regardant Darren comme si elle cherchait à le gronder car il l’empêchait d’obtenir ce qu’il voulait, sautilla vers la chaussure et remit un coup de bec sur la boucle.
« Je prends ça pour un “oui”. » rétorqua le soldat du tac au tac en empoignant son neuf millimètres. « Il fait tâche dans le décors, celui là, il s’est paumé ! »

– WOW ! Qu’est-ce que tu fais avec ton arme ? s’exclama Emilia avec des yeux ronds. Il est inoffensif, inutile d’être violent.
Clive éclata de rire.
« J’ai réussi ! » Chantonna-t-il. « Je pense à autre chose et je peux te faire marcher : YES !!! »
Il se pencha dans sa direction.
« Hey, je suis pas du genre à ouvrir le feu gratuitement ! »
Hmm… dit-elle en faisant la moue avant de se lever et de faire de grands gestes avec un “PSSSHHT” pour faire peur à l’animal qui partit en courant tout en secouant ses ailes. Le spectacle avait quelque chose de comique, l’oiseau ne décollait pas de terre. Il finit par se réfugier dans ce qui ressemblait à un terrier.
« Tu me crois pas ? » S’inquiéta-t-il.
La jeune femme se réinstalla.
- Tu expérimentes des choses ? demanda t-elle en rebondissant sur son cri de victoire.
« La portée de ton radar. » Avoua Darren. « J’ai essayé d’imaginer que ce poulet était le Wraith qui avait failli tuer Max pendant la Guerre. Je voulais voir si tu allais vraiment penser que je ferais du mal à une créature sans défense. »
Il leva les sourcils.
« Je t’ai fait marcher. Mais je m'aperçois que c’est pas si drôle maintenant. Mauvais élève, Clive ! »
Le soldat craignait surtout qu’elle se mette à lui en vouloir en faisant un amalgame. En se disant par exemple qu’il cherchait un moyen de tromper les émotions qu’elle recevait par empathie, pour qu’il ne soit pas aussi franc qu’accoutumée. Pourtant il ne changerait pas maintenant que ce secret avait été révélé. Du moins, Darren s’attelerait à ne pas réagir en partant du principe qu’elle “sentirait” les émotions tirées de ses pensées.
Est-ce qu’elle allait s’offusquer en découvrant qu’elle était tombée dans le panneau ?
- Tu essaies d’apprendre à manipuler tes émotions ?
Emilia le regarda avec un air indécis. Elle captait maintenant son regret et en ressentait un brin d’amusement. L’oisillon avait peur de mal faire et de la vexer mais il ne pouvait s’empêcher de laisser exprimer sa personnalité.
- Pourquoi culpabilises-tu ?
Il fallait reconnaître que ça aidait beaucoup la conversation parfois. Il avait eu cette piqûre dans le coeur et elle lui demandait pourquoi l’instant d’après.
« Parce que c’était une blague. Mais finalement, je voudrai pas que tu te fasses une mauvais idée de moi. »
Il laissa filer un instant et il ajouta :
« Je n’ai rien à te cacher. Pour ce qu’on a entre nous, c’est pas un mal ton empathie... »
– Ta curiosité fait partie de toi et mon pouvoir est intriguant. Tant que tu n’agis pas de manière mal intentionnée…
Elle n’allait pas lui en vouloir de tester les limites de ses capacités alors qu’elle même le faisait avec les autres Exceptions.

« Jamais. » Assura Clive, sûr de lui.
Il n’allait pas lui demander de lui faire confiance là-dessus mais il en était intimement persuadé. Il ne se voyait pas, à un moment donné, et même sous la contrainte, avoir des intentions néfaste à son encontre.
Il regarda le cour d’eau puis demanda, pour casser le sujet de façon comique :
« On doit s’attendre à d’autres visiteurs ? »
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Dim 5 Mai - 1:02
Emilia Zeïn’ Eidolas
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– Probablement, nous sommes en pleine campagne et il n’y a pas de zone habitée aux alentours donc les animaux sont rois. Mais il n’y a pas de grand prédateur ici ne t’inquiète pas.
« Mais je ne suis pas inquiet. » Fit-il de manière mystérieuse tout en se levant. « Enfin, plus maintenant ! »
Et il fit tomber lentement sa veste pour la poser délicatement au sol. Il voulait en prendre soin, étant offerte par la maison Eidolas, puis il posa son fusil à pompe non loin de la rive. Darren la regarda un peu, mesurant le courant qui était très léger, et le fait que l’eau était bien loin d’être sale. Pas de prédateur hein ? Ben c’est génial ça. Bien génial.

Le soldat retira son haut qu’il plia lui aussi soigneusement avant de s’attaquer à ses bottes.
« Ben quoi ? » Demanda-t-il, amusé. « Pas de zones habitées à proximité hein ? »
Il ricana et se sépara hâtivement de ses rangers avant de s’attaquer au reste.
« HE, LÉO, REGARDE PAS EN BAS SURTOUT ! TU VAS AVOIR PEUR ! »

Et sans forcément chercher de vulgarité, il tourna le dos à la princesse pour se séparer de tout le reste. Tout, oui. Darren sentait l’air frais de la nature, l’herbe sous les orteils qu’il remuait, le bruit de l’eau et toute cette foutue nature bien appréciable. Ca faisait tellement longtemps qu’il ne s’était pas permis cette liberté qu’il la prenait de bon coeur. L’homme s’étira un peu et écarta les bras dans un élan de joie. Il ne craignait pas le froid, même s’il sentait la chair de poule l’investir, la fraîcheur longer la surface de son épiderme. Tout comme il n’avait pas peur de se montrer en tenue d’adam à la princesse pour apprécier ce moment de campagne et ce ruisseau qui l’appelait. L’eau serait surement gelée mais il suffisait simplement de s’y habituer. Une question de moral quelque part.
Ce ne serait jamais vraiment pire que ses entrainements dans la boue et l’humidité latente sur le continent.
« Dernière leçon ! » S’écria-t-il joyeusement sans se retourner. « Ca s’appelle une bombe et c’est les gosses de douze ans qui la font ! »
Et Clive s’élança joyeusement, bondissant pour récupérer ses genoux contre son torse avant le contact gelé du ruisseau et le vacarme du plongeon qu’il causa. Impossible de savoir s’il avait éclaboussé Emilia. Sa part aventureuse et gamine le souhaita, l’adulte et ami ++, espéra que non.
– Douze ans… et moi qui te prenait pour un adulte ! plaisanta Emilia en le regardant plonger comme un gosse. Elle fut soulagée de ne pas être éclaboussée, elle n’avait pas le courage de l’atlante. Bien que le printemps pointait le bout de son nez dans cette partie d’Orzan, il faisait encore frais. Beaucoup trop frais pour poser ses vêtements et aller piquer une tête.

Quand il se redressa, il recracha l’eau qu’il avait dans la bouche et poussa un cri mêlant la stupeur, la joie et l’enfantillage.
« Wouh !!! C’est frais !!! »
Darren se pencha ensuite en arrière pour faire une sorte de planche améliorée, ses pieds s’enfonçant dans la vase pour qu’il maintienne sa position.
« J’adore la nature ! » S’écria-t-il en montant son visage vers le soleil. Il ajouta, à moitié sérieux, tout en barbotant : « J’adore la Gaëllie ! Je démissionne et je construis une cabane de fleurs ici ! »

– Un petit enfant comme toi survivrait-il sur la dangereuse Orzan ? demanda Emilia mesquine.
« Ca dépend ! » Répondit-il joyeusement en jouant avec l’eau. « Peut-être autant que la petite Emilia sur la dangereuse cité d’Atlantis !!! »
– Sur Atlantis ce sont les humains qui sont à craindre.
Il regarda autour de lui.
« Je ferai ma cabane ici, l’enclos de mon drakonys là. Et je ferai un nid à Léo, là haut, en tressant quelques fleurs entre elles ! »
– Un grand nid alors. Léo sera ravi.

Le soldat s’enfonça volontairement sous l’eau et revint à la surface en s’ébrouant. C’était froid mais pas assez pour le geler jusqu’aux os. Il se tourna vers la princesse et changea brusquement de sujet.
« Tu sais, l’autre fois, vous avez parlé d’un truc qui me taraude ! »
Il envoya de l’eau en direction de la jeune femme en sachant bien que ça ne l’atteindrait pas.
« Une histoire de programmation et d’une personne qui avait laissé un vide. Ton frère avait même essayé de te faire faux-bond avec cette excuse. »
– En effet. Et alors ?
Avec ses pouvoirs, elle lui envoya un peu d’eau dans la tête pour “contre-attaquer”. Clive s’y était attendu. Il créa un “mur” de défense qui ne fit pas le moindre pli contre les troupes adverses et il ria en se prenant la flotte au visage. Il reprit :
« Je me voyais pas faire l’indiscret devant le reste de ta famille. Mais il s’agit de quoi ? Ca me rend curieux ! De la programmation et un humain ? Vous manipulez des gènes, des trucs dans le genre ? »

– Ben non, c’est l’IA de la maison.
« Quoi, une sorte de Lorraine Eidolas ?!? » Sourit-il en cessant ses gamineries dans l’eau. « Elle est du genre timide en ce moment ? C’est pour ça que tu disais que ça laissait un vide ! »
– C’est Dorian qui l’a codé et j’ai cru comprendre qu’il l’avait désactivé pour procéder à des mises à jour.
Clive s’approcha du bord et y déposa ses coudes pour être à bonne hauteur.
« Quelle est sa fonction ? »
– Toutes sortes de choses. La maison est connectée avec elle, elle nous facilite la vie.
« Ton frère l’a créé, tu dois y être attachée... »
Emilia haussa les épaules.
– Elle fait un peu partie des meubles maintenant, on y est tous habitués.
« Ca fait combien de temps qu’elle a été créé ? »
– Euh… c’est arrivé petit à petit en fait. Dorian a commencé à bricoler la maison et à connecter un objet, puis un autre. Puis il a donné un peu de caractère à son IA qui était encore à un niveau très basique. Et l’IA a gagné en intelligence au fil du temps. Mon frère adore bidouiller la technologie.
« Il est sacrément malin. » Constata Clive. « Et il lui a donné quel nom ? »
– Mayura.

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Ven 14 Juin - 16:58
Darren Clive
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Il l’avait déjà entendu au cours du dîner mais il n’était pas bien sûr. Heureusement qu’il faisait un peu répéter de temps en temps d’ailleurs. Il préférait passer pour un imbécile quelques fois plutôt qu’un beauf bien gênant en continue.
« Mayura. D’accord. » Répéta-t-il en apprenant le nom.
Il prit appui sur ses avants bras et quitta le ruisseau. La brise lui faisait sentir que le printemps n’était pas encore là et Clive s’approcha de ses vêtements. Au fond de lui, il se sentait un peu gêné de cette exposition. Bien étrange quand on savait qu’il n’en avait rien eu à faire au début. Sauf que le soldat n’avait pas réfléchi à la fin de sa baignade. Il allait rester un petit moment comme ça, à poil, à attendre que le soleil assèche sa peau.
Tranquillement, Darren alla s’installer à côté de ses affaires et de ses armes. Il regarda le paysage en l’appréciant et demeura allongé de flanc, une jambe en équerre pour rester un tant soit peu correct vis à vis d’Emilia.
« Tu pars voir Fidji pour enquêter ? » Demanda-t-il finalement ? « Tu m’as dit qu’elle avait échappé à une tentative d’empoisonnement. Elle a quoi comme pouvoir ? »
– Tu verras, Fidji est… différente.
Il tourna la tête pour essayer de sonder son regard.
« Différente comment ? »
– Elle est très pure.
« Parce que tu ne l’est pas, l’Exceptionnelle ?? » Questionna-t-il en souriant.
– Non, répondit-elle honnêtement. Fidji a une conception du bien et du mal très différente.... elle est un peu et ici et ailleurs. Je la pense plus près de l’Envol qu’aucun d’entre nous.
« Hm...donc elle ne ferait pas sauter quelques Wraiths avec des paquets surprise ? » Demanda Clive qui respectait profondément l’avis que s’était forgé son amie sur elle.
Un petit sourire se dessina sur les lèvres de la belle tant l’idée lui semblait saugrenue.

-Je n’en ai aucune idée. Je la verrai plutôt chercher le consensus ou leur faire des câlins, pouffa la princesse. Mais elle me surprendrait peut-être.
Darren souria à son tour. Il se redressa pour commencer à se rhabiller.
« Alors, allons me faire découvrir cette personne ! »

Il était l’heure de partir. Emilia siffla Léo pour l’inciter à venir et entreprit de ranger à nouveaux les affaires dans les sacoches de l’oiseau avant de s’équiper pour le vol et de vérifier que Darren en avait correctement fait autant. Il avait essayé de reproduire tout ce que la jeune femme lui avait expliqué, même s’il restait encore une ou deux erreurs, sur des pièces où il ne distinguait pas l’envers de l’avant.

-Nous allons faire un détour avant d’aller à Alicante. Puisque tu aimes la nature il y a quelque chose que je voudrai te montrer.
« Des détours ? Je suis partant ! »

Ensuite, elle monta sur le nifgar et s’y accrocha avant de tendre le bras pour aider Darren à prendre place. Quelques instants plus tard l’oiseau prenait son envol. Ils chevauchèrent une bonne demi-heure avant qu’Emilia ne conseille à Darren de fermer les yeux pour garder la surprise. Le soldat s’éxécuta, en ayant confiance, et appréciant à la fois le vol à dos de Nifgar. C’était une expérience si agréable ! Trois minutes plus tard ils se posaient. La princesse annonça qu’il pouvait enfin regarder si ce n’était pas déjà fait.

-La mer de nuages ! s’exclama Emilia.

Ils étaient perchés en altitude et l’air était nettement plus vif ici de même que l’oxygène s’était raréfié. Mais ce genre de détail n’importait pas face au spectacle stupéfiant qui se dévoilait en contre-bas. Le nom donné à ce phénomène était bien trouvé : des nuages épais bougeaient à toute vitesse de telle sorte que l’on avait l’impression qu’ils glissaient les uns sur les autres comme des vagues. Le soleil et la couleur du ciel se reflétait dessus et leur donnait une coloration orangée.

Darren avait par moment ses petits côtés fleurs bleue mais ce n’était pas un fana du sentimentalisme. Ou du moins, il n’aimait pas s’étendre sur de grandes démonstrations. Là, par contre, il resta bouche bée en observant ce spectacle météorologique unique. Instinctivement, comme si sa volonté prenait le pas sur la sécurité, Clive assura ses mains sur les deux épaules d’Emilia sans l’écraser de son poids. Il se redressa pour pouvoir regarder au-dessus de sa tête et apprécier le spectacle. Il avait senti Léo réagir à cette différence de posture mais son amie le contrôlait très bien. Darren pouvait donc s’en mettre plein la vue, même s’il avait un peu plus de mal à respirer. En s’enfonçant dans quelques pensées suivant les mouvements gracieux des nuages, le soldat songea que même April n’aurait pu être indifférente.
Ce spectacle, il était le seul Atlante à en être témoin. Sûr qu’il ne devait pas y avoir ce genre de phénomène sur Atlantis et il tapota gaiement les épaules d’Emilia en rythme pour lui faire part de son contentement.
« Je parie que tu t’es souvent amusée à foncer dedans ! On le fait ??? »
Emilia pointa du doigt une direction et lui montra les nuages. Au début il n’y avait rien, puis en y regardant bien, Darren pu distinguer un aileron dépasser, puis la créature ailée à qui il appartenait. Puis un second et un troisième aileron. Et ensuite plus rien… les animaux avaient replongé dans la masse nuageuse.
« D’accooooord. » Devant l’évidence des prédateurs. « Tu leurs a fait la course ? » La taquina-t-il sur sa fixette de la quête du Drakonys.
Tu veux les chevaucher eux aussi ?
« Tu esquives ma question là ! » Lui rétorqua-t-il dans l’oreille en se réinstallant. « La princesse a toujours été sage ?!? »
Disons que j’ai déjà été prise en chasse. Je suis prudente maintenant.
« Je comprends. » fit finalement Clive. « Tu as dû avoir une sacrée frousse ce jour-là ! Léo aussi... »
Et oui ! Donc oui, j’ai fais la course avec l’un d’entre eux.
« Content de voir que tu aimes aussi les sensations fortes. » Ironisa-t-il. « Emilia...tu m’offres un peu de voltige avant d’arriver à Alicante ? Je suis sûr que tu m’as pas montré ce que Léo avait dans le ventre juste pour éviter que je renvoie sur ta belle tunique !!! »
Tu n’as vraiment peur de rien hein...
Et d’un geste brusque, elle fit décoller Léo qui s’éloigna de la mer de nuages avant de se laisser tomber en flèche vers le sol. Darren voulait des sensations fortes ? Il allait en avoir !
Le soldat se colla contre le dos d’Emilia en criant d’un mélange de crainte, de plaisir, de désespoir et de joie.
« Woaaaaaaaaaouuuuuuu ! PLUS VITE !!!!!!!!!!... » Lâcha-t-il sans forcément en vouloir davantage. Son râle se mua en un rire agréable jusqu’à ce qu’il manque de souffle.
La jeune femme joua un moment, reprenant de l’altitude pour se laisser à nouveau tomber. C’était plaisant de renouer avec les sensations fortes mais il ne fallait pas perdre de vue que les heures passaient, elle prit donc le chemin pour se rendre à Alicante.

Alicante n’avait rien en commun avec Sombrelune. La cité comptait parmi les villages cachés d’Orzan et l’on comprenait pourquoi en la voyant… ou plutôt en ne la voyant pas. En survolant la zone, Darren ne pouvait voir que des arbres gigantesques dont la cime s’élargissait considérablement comme de grandes plateformes recourbées. Il aurait été difficile d’imaginer que des maisons se tenaient là, ainsi que des cultures qui étaient plantées à l’intérieur de ces plateformes qui laissaient passer le soleil à travers les feuillages… Le nifgar pénétra dans la forêt et se fraya un passage à travers les arbres puis finit par atterrir sur terre quand il fut trop difficile d’avancer à ailes déployées. Clive avait cru, pendant une petite seconde, que Léo avait eu un malaise et les envoyait droit à la mort en s’écrasant lourdement. Mais non. Il s’était un peu vouté derrière Emilia, très instinctivement, avant d’avoir un peu honte de découvrir qu’il s’était servi d’elle comme bouclier dans l’urgence. Pour un type sensé la protéger…
Le soldat ria de sa propre bêtise et observa autour de lui. Il comprit rapidement concernant la ville et tenta d’en discerner un peu mieux les détails.
« Alicante.... » Murmura-t-il avec admiration.
Une fois atterrit, Darren mit pied à terre et tenta de calmer ses jambes flageolantes. Il ne s’empêcha pas de remercier le Nifgar d’une caresse sur le bec, à défaut d’une reconnaissance mentale à l’égard d’Emilia, et tapota ensuite brièvement sur ses cuisses.
« A chaque fois que je crois avoir vu le summum, tu me montres un truc encore plus dingue. »
C’est un lieu sacré depuis que Fidji y vit.

Elle marqua une pause et ajouta :

-Nous ne montrons pas nos villes cachées aux étrangers d’ordinaire, du moins pas à ceux que nous connaissons à peine, alors évite de mentionner cette visite à ma famille.

Il se sentit flatté. Comment ne pas l’être.
Clive acquiesça silencieusement en la gratifiant d’un fin sourire. Il n’en dirait pas un mot, c’était promis !
C’était plutôt amusant. Lui cherchait à la flatter sur ses compétences. Et elle lui retournait la pareille de manière plus naturelle et désintéressée par l’acte. Elle avait envie de voir Fidji mais elle avait totalement confiance en lui pour qu’il garde ce secret.
Emilia se décrocha et mit pied à terre. Elle retira les sangles qui maintenaient les crochets et les glissa dans un sac avant de se mettre en route. Léo les suivit en marchant, les ailes rétractées contre son dos. De temps à autre, des animaux sautaient de branche en branche ou s’effuyaient devant eux. Ca aussi, Darren essaya de les observer tant bien que mal au passage.

Nous ne croiserons pas d’animaux dangereux ici, Alicante utilise un système d’ultrasons pour faire fuir les prédateurs. Inaudible pour les humains mais dérangeant pour certaines créatures.
« Il y avait régulièrement des intrusions de prédateurs avant ? » Demanda-t-il sur une forme de déduction curieuse. « Des victimes j’imagine, avant qu’ils inventent ce système.... »
-Oui mais nous avons des systèmes efficaces maintenant. Les gaëlliens enseignent à leurs enfants ce qu’il y à savoir sur la faune et la flore dès leur plus jeune âge pour éviter le danger lorsqu’ils s’éloignent des zones protégées.

Les gaëlliens n’auraient pas eu l’idée de dégainer leurs armes pour aller massacrer tous les animaux susceptibles de nuire s’ils pouvaient faire autrement. Darren nota ça silencieusement. Alors qu’il suivait la princesse, il s’assura par une palpation discrète que son fusil était bien dissimulé sous son manteau et que la carte de sécurité était toujours dans sa poche.

Un bruit d’oiseau un peu plus marqué raisonna et Emilia leva la tête.

-Nous avons été repérés, dit-elle calmement.
« J’entends ça... » Répondit-il tout en levant le nez pour essayer de les observer.

Elle continua de marcher. Deux minutes plus tard, les premiers signes de vie apparaissaient : des passerelles suspendues reliant les arbres, des infrastructures fondues dans la flore… la technologie était présente et pourtant, elle se fondait totalement dans le décor.
Quelques personnes traversaient les passerelles pour aller rejoindre une autre plateforme, un escalier ou une cabane. On était loin de la densité des habitations sous la montagne, ici tout était plus calme, serein. Plusieurs paires d’yeux se posèrent sur eux et des villageois se rapprochèrent pour les saluer avec toute la déférence que des tarkis devaient à un zeïn et même plus encore. La nouvelle de son retour sur Orzan avait visiblement circulé par ici car les alicans ne présentaient pas la même stupeur qui avait frappé les gaëlliens le premier jour. Ils avaient l’air sincèrement ravis de retrouver leur princesse divine et lui faisaient bon accueil, à elle et à son ami inconnu.

Une ville suspendue. Une fois de plus, nouvelle page d’un chapitre sur la longue histoire de la découverte de la Gaëllie, le regard du soldat étincela. Il observa l’agencement des structures dissimulées avec un véritable intérêt. Son regard se posa en observateur, dans un silence respectueux, comme l’étudiant dans une bibliothèque d’université qui connaissait pour la première fois la vaste grandeur de ces ouvrages. La façon dont c’était construit, la texture, l’aspect. Cette dissimulation.
Darren goûtait à tout à la fois. Il aima cette forme de simplicité et de communion avec la nature. C’était comme se rendre dans un milieu rural, une simple ville campagnarde, mais avec une âme, un charme certain. L’accueil de la populace lui fit aussi quelque chose. Il s’était détaché un peu en retrait, avec Léo, pour observer avec une certaine forme de passion l’authenticité de cette relation. Le peuple l’aimait, l’adulait, c’était quelque chose de sincère. Cette belle onde chaleureuse donnait l’air d’aller d’un point à l’autre. Ces gens étaient ravis de revoir leur princesse tout comme elle goûtait manifestement cet accueil agréable.
Clive en souriait. Qui ne le ferait pas en pareille circonstance ?
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