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La ruine d'Amarielle

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Lyanna

√ Arrivée le : 14/07/2018
√ Gène : ATA
√ Messages : 178

Dim 21 Fév - 19:31

Lyanna

La ruine d’Amarielle
Darren & Lyanna

En entendant ces mots, Lyanna fronça les sourcils, et ouvrit les yeux, sans comprendre de quoi Darren voulait parler. Mais elle n’eut pas le temps de prononcer le moindre mot, car le militaire s’était déjà éloigné, avançant vers la porte pour quitter la chambre. La jeune femme se redressa dans le lit, elle avait un étrange et désagréable pressentiment. Pourquoi Darren venait-il de lui dire une telle chose ? Pourquoi disait-il qu’il allait être malhonnête ? Pourquoi devrait-elle le comprendre ?

Sans prendre la peine d’enfiler un vêtement, Lyanna bondit du lit au moment où son compagnon fermait la porte. Elle tourna la poignée et entrouvrit la porte, avant de pencher la tête dans le couloir. Elle aperçut alors Darren un peu plus loin, en train de frapper à la porte d’une autre chambre. Son interlocuteur ne faisait pas le moindre doute, bien que la jeune femme l’entende à peine. Il s’agissait de Jim, ce dernier parut surpris de voir Darren à cette heure tardive, puis il l’invita à entrer. Lorsque la porte se referma, Lyanna finit par faire de même, intriguée, et retourna se coucher. Pourquoi Darren voulait-il voir Jim à cette heure-ci ? Cela ne pouvait pas attendre le lendemain ? Que lui cachait-il ? La guerrière resta allongée sur le dos, les yeux fixés au plafond, attendant le retour de son compagnon. Mais ce dernier tardait à revenir, elle finit par s’endormir, fatiguée.

A quatre heures trente du matin, la montre se mit à biper. Le soldat avait estimé qu’il serait tellement crevé qu’il ne l’entendrait pas. Et puisque son Amazone était clairement du genre à ne pas respecter les règles, elle aurait éteint l’alarme pour repousser le lever, se moquant du briefing de Jim prévu aux aurores. Depuis le temps qu’ils dormaient ensemble, Lyanna savait parfaitement où aller chercher ce bip dérangeant pour le faire taire. C’est le reste du groupe qui serait venu toquer à la porte pour les forcer à quitter le lit.

Mais en réalité, Darren ouvrit les yeux dès les premières notes de l’alarme. Il avait dormi d’un sommeil agité, stressé par cette nouvelle étape de sa vie. La passion et l’amour naïf ne pouvaient durer éternellement, il fallait que des emmerdes s’imposent aussi rapidement.
D’un soupir las, Darren chercha le bouton de sa montre à tâtons puis appuya dessus. La petite alarme cessa de leur déranger les oreilles puis il observa le plafond. Ses entrailles tordaient encore, peut-être même plus.

« Il faut se lever, chérie. » lui murmura-t-il tout en caressant son dos. « On nous attend pour le brief. »

Le soldat parlait à contrecœur. Il n’avait aucune envie de se rendre à cette réunion d’escouade. Avec ce qu’il venait de révéler à Jim hier, il voyait mal comment tout pourrait se passer sans accrochage. D’habitude, il trainait un peu sous les draps. Il embrassait sa belle brune, il lui témoignait toute sa tendresse, puis il sévissait joyeusement lorsqu’elle refusait de se lever. C’était quasiment devenu une tradition d’éveil.
Mais là, Darren n’en était pas capable. Il savait que, malgré le noir et la pénombre, sa femme décélerait sans mal son malaise. Le sourire ne serait pas franc cette fois-ci, les petites attentions non plus. S’il restait, elle allait lire en lui comme dans un livre ouvert et le percer à jour. De toute façon, sa belle percuterait bientôt.
Mais il était prêt à assumer.

A demi réveillée à cause de la montre de Darren, Lyanna émergea peu à peu, essayant de penser à autre chose que cette nausée qui lui retournait l’estomac. Heureusement, celle-ci parut moins intense que les précédentes, peut être que cette étrange maladie qu’elle avait attrapé était en train de guérir. Il lui faudrait encore le médicament de Max. Alors qu’elle sortait lentement de son sommeil raccourci, la jeune femme remarqua que quelque chose n’allait pas. Son compagnon n’était pas comme d’habitude. Il avait l’air fuyant, comme si quelque chose le préoccupait. Est ce que cela avait un rapport avec sa sortie nocturne pour aller voir Jim cette nuit ? Alors qu’elle se redressait dans le lit, tandis que le militaire était déjà debout, en train de s’habiller, Lyanna chercha à en savoir plus, en lui demandant ce qui n’allait pas, et pourquoi il s’était absenté quelques heures auparavant. Des questions légitimes vu le comportement étrange du soldat.

Darren esquiva la curiosité de son amante, il éluda ses questions, la pressant sous la fausse excuse du retard qu’ils avaient. A contrecoeur, et intriguée de ne pas en savoir davantage, Lyanna consentit à s’habiller rapidement, avant de suivre le militaire jusqu’au rez-de-chaussé. Quand Darren entra dans la cuisine, équipé de la tête aux pieds, il n’en menait pas large. Il se laissa tomber sur une chaise tout en saluant ses deux compères puis posa machinalement son M4 sur la table. Il fit mine d’être occupé à ranger le fouilli dans son gilet tactique. Une mesure désespérée pour ne pas croiser le regard de l’Amazone ni celui de Jim. Ce dernier le voyait bien.
« Darren, tu es d’attaque ? »
Le soldat releva le nez pour soutenir le regard de son sergent. C’était un dialogue à double sens. Avant de se quitter, il lui avait dit qu’il avait la nuit pour se décider. Le leader d’équipe comprenait bien le dilemme qui se jouait et, à l’inverse, il avait remercié son soldat d’être resté pro. Le conflit d’intérêt s’étendait jusqu’à lui pour l’attachement qu’il avait avec l’Amazone. Il devait choisir entre garder l’info secrète et menacer le D4 d’un risque opérationnel. Ou bien se mettre sa compagne à dos.
« Ouais. » maugréa Clive de mauvaise grâce.

Lyanna s’était assise à côté de Darren, et elle le fixait en fronçant les sourcils. Pourquoi la fuyait-il du regard ? La jeune femme ne comprenait pas ce qui se passait, mais elle resta silencieuse. Peut-être que Darren n’avait pas assez dormi, qu’il n’avait pas eu le temps nécessaire pour se reposer entièrement.

Max quitta les fourneaux d’Eoguelle juste à côté. Il distribua des quarts en allu remplis d’un café bouillant. Le geste un peu plus compatissant à l’adresse de Darren le renseigna sur le fait qu’il était dans le coup. Donc...Max savait aussi.
Il prévoyait probablement le terrain pour que Lyanna encaisse mieux, il venait de lui servir un chocolat chaud bien sucré avec attention. Ce qui intrigua la guerrière qui regarda le jeune homme avec méfiance.
« Bien. Installez vous, point situation. » déclara Jim.
Il déplia une carte qu’il avait mis plusieurs heures à dessiner.
« Nous avons accompli notre première mission visant à nous faire apprécier des locaux. Maintenant que notre image est rattachée à celle d’April alias “La Corsaire”, nous aurons un peu plus de facilité à investiguer en son nom. Il y aura toujours cette haine de l’homme mais moins de méfiance : c’est déjà ça. »
Le sergent tapota un emplacement lointain sur la carte.
« La dernière position connue d’April se trouve sur une petite ville du nom d’Espérance. Elle avait pas mal roulé sa bosse sur un fleuve attenant qu’elle a descendu en navire. Nous, nous allons suivre cette route, ici. »
Son index suivait le tracé d’une route. « Pour nous remercier, les fermières nous ont offert leur chariot. Nous gagnerons en temps et en énergie. Nous ne ferons pas les différents arrêts d’April, nous pouvons espérer être bien plus rapide qu’elle à l’aller. »

Max souffla sur son café et en prit une bonne gorgée.
« J’ai profité de ma soirée pour écrire des courriers à déposer là-bas. J’pensais ne pas faire un pli mais, finalement, j’ai eu pas mal de clientes. J’me suis fait un bon pactole qui aidera à financer notre voyage. »
Le jeune homme remarqua, après quelques secondes de silence, que tout le monde le regardait. Il s’était rendu à l’auberge pour rencontrer Cendre à l’origine, tout le monde se posait une question à laquelle il répondit d’un haussement d’épaule.
« Bah quoi ? Elle a adoré me voir écrire... »
« Ok. Donc on prend la ville d’Espérance comme point de référence. »
Jim tourna son regard vers Lyanna.
« A partir de là, on doit déduire le prochain objectif qu’avait suivi April et suivre la piste. Lyanna, est-ce que les notes de notre amie nous en ont appris davantage sur le sujet ? »
"Et bien, dans les dernières pages de son journal, April dit être partie en direction de ruines où le problème de cette planète se trouverait. Elle n’a plus de radio, elle paraît affaiblie et en grand danger".

Lyanna tourna la tête en direction de Darren, comme cherchant son approbation pour dévoiler ce qu’elle avait découvert. Elle ignorait alors que Jim et Max étaient déjà au courant. Mais Darren fuyait encore son regard, ce qui la déstabilisa. C’était bien la première fois que le militaire se comportait de cette façon avec elle. Alors, elle reporta son attention sur Jim.

"Elle a découvert que la personne qui est derrière tout ça est une Kiranienne. Et vu comment elle en a parlé, il s’agirait de l’une de mes Soeurs, alors que je les croyais toutes disparues".
« Ah, j’ai oublié les tartines... » balança brusquement Max pour fuir les retombées d’une explosion imminente. Il s’éloigna jusqu’aux fourneaux pour se charger d’une cuisson imaginaire tandis que Jim cherchait plus d’informations. De son côté, le sergent ne s’était pas démonté.
« Donc, nous sommes susceptibles de combattre une personne à laquelle vous êtes attachée. Vous connaissez son identité ? »

Lyanna but une gorgée de son chocolat chaud, avant de secouer la tête. Elle avait bien remarqué que Jim soulignait le mot “attachée”. Darren et elle avait eu la même discussion la veille, et cela serait très difficile pour la jeune femme d’affronter sa Soeur. Est ce que le fait d’apprendre qu’ils allaient se retrouver face à une Kiranienne était à l’origine de ce malaise que Lyanna sentait dans l’air autour d’elle ?

"Je ne sais pas de qui il pourrait s’agir. April a mentionné un nom : Amarielle. Mais j’ignore si c’est quelqu’un ou un lieu. Et personne dans ma tribu ne portait ce nom".
« Mais nous avons une mission Lyanna. Le sauvetage d’April pourrait vous opposer gravement à cette survivante Kiranienne. » déclara-t-il en la regardant posément. « Habituellement, je trouverai votre présence idéale pour pouvoir négocier. Mais je doute que les pourparlers fassent partie de la culture de votre peuple, n’est-ce pas ? »

Lyanna fronça les sourcils aux paroles de Jim, elle ne voyait pas où il voulait en venir.

"C’est vrai, nous n’étions pas réputées pour la négociation, sauf avec les marchandes. Mais je suis sans doute la seule personne qui peut lui faire entendre raison. Enfin, j’espère. Et Darren m’a promis que nous ferions tout pour la neutraliser sans la tuer".

Le sergent fixa brièvement son subordonné, c’était un élément qu’il s’était bien gardé de lui confier. Mais peu importe.
« Darren a fait une bonne supposition mais une mauvaise promesse. »
Jim marqua une pause. Il finit par donner un coup de menton, un signe silencieux qui ordonna à ses deux compères de quitter la salle. Pas besoin de lui imposer un public. Darren se leva, toujours aussi gêné. En passant, il posa une main compatissante sur l’épaule de son amante, qui se voulait également une excuse dissimulée. Lyanna le regarda sans comprendre, ignorant également pour quelle raison Jim avait demandé aux autres de partir. Max s’esquiva rapidement à la suite, les laissant seuls tous les deux.
« Lyanna. Sincèrement, vous avez songé à ce que ça vous ferait de devoir choisir entre nous et la dernière Kiranienne en vie ? »

Sur le coup, Lyanna ne sut pas comment réagir. Elle crut même mal entendre, et secoua la tête en fronçant les sourcils, ouvrant déjà la bouche pour prendre la parole. Mais sans savoir quoi dire. La question de Jim l’ébranla complètement car elle ignorait pourquoi il lui demandait une telle chose.

"Heu … non … enfin … pourquoi devrais-je avoir un choix à faire ?"
« Vous le savez au fond de vous, mieux que personne... »
Jim se pencha légèrement sur la table, posant ses coudes à plat.
« April s’est attaquée à cette Kiranienne. Vous avez lu ses notes, vous m’avez rapporté qu’elle cherchait activement à restaurer un ordre, une équité. Inversez les rôles, voulez-vous ? »
Il tapota la carte du doigt.
« Vous survivez à cette éradication. Vous êtes ébranlée par la disparition de vos Soeurs. Et alors que vous avez trouvé une nouvelle place, une nouvelle vie, une femme inconnue vient ternir votre image. Déranger vos affaires. La Corsaire...qui menace autant que les Wraiths votre nouvelle vie. »
Jim pointa d’un signe de tête la tenue Atlante que portait l’Amazone.
« Et alors que vous vous pensiez seule, une autre survivante Kiranienne apparaît. Elle est à l’image de la Corsaire, cette fameuse menace, et sillonne vos terres en compagnie de trois mâles. »
Jim lui laissa un peu de temps pour intégrer les informations et avoir la même déduction que lui.
« Vous lui demanderez de vous rejoindre, non ? D’oublier cet uniforme, ces mâles, pour reconstruire votre culture. Vous retrouver, ne plus souffrir de la solitude. »
Maintenant que le schéma était posé, le sergent conclut :
« C’est ce qui vous pend au nez, Lyanna. On appelle ça un conflit d’intérêt dans notre monde. »

Peu à peu, au fil des paroles de Jim, Lyanna crut comprendre où il voulait en venir. Et cela ne lui plut pas. La jeune femme fixa le militaire.

"Où est ce que tu veux en venir ?"
« Je vais vous rapatrier sur Atlantis. » déclara Jim, puisqu’elle voulait en venir au fait. « Ce conflit d’intérêt menace la réussite de notre mission autant que votre avenir chez nous. Je ne veux pas que vous retourniez les armes contre nous pour la protéger. »

"QUOIIII ??? HORS DE QUESTION !!!" cria Lyanna en se redressant brusquement, frappant la table de ses poings. Jim sursauta et se leva à son tour.

"Tu cherches encore à m’évincer, comme la dernière fois ?"
« Calmez-vous. »

Lyanna jeta un regard noir à Jim, elle ne le quitta pas des yeux, pour le défier. Puis, pendant une fraction de seconde, l’image de Darren passa dans son esprit. Alors, elle comprit pourquoi son compagnon avait un comportement étrange depuis qu’il était allé voir Jim en pleine nuit. Pourquoi il avait prononcé ces mots en la croyant endormie. Pourquoi il n’osait pas la regarder, comme s’il avait honte de quelque chose. Non, c’était impossible. Pas Darren. Cela serait une trahison pour la guerrière. Pourtant, il n’y avait pas d’autre explication, et cela fit souffrir Lyanna. Cela pouvait se lire sur son visage.

"C’est lui qui te l’a demandé, c’est ça ?".
« Ca suffit ! » Lâcha-t-il à son tour. « Je suis obligé de vous écarter parce que je ne PEUX PAS vous faire confiance ! »
Il pointa machinalement la table du doigt.
« Avant de partir, je vous ai demandé si vous étiez prête à jouer le jeu. Et vous m’aviez répondu “oui”. »
Le sergent secoua la tête. Il considérait qu’elle n’avait pas tenu parole. Il reprit d’un ton calme mais sévère :
« J’accepte de m’adapter à votre agressivité, Lyanna. Mais pas à votre mépris constant pour l’autorité. Dans quelques jours, nous serons très certainement face à un membre de votre peuple. Je sais pertinemment que je ne pourrais pas compter sur vous pour couvrir mes arrières, ni ceux de Max. Vous allez prétendre le contraire ? »

La tension était palpable dans la pièce, encore plus que lorsque Jim avait écarté Lyanna de la mission la première fois. La jeune femme continuait de fusiller le militaire du regard, alors qu’il cherchait à la renvoyer sur Atlantis. Parce qu’il n’avait pas confiance en elle, c’était ses mots. Sur le coup, Lyanna eut une furieuse envie de faire voler le mobilier, pour laisser exploser sa rage. Et si elle s’écoutait, elle frapperait Jim sans état d’âme. Ce qui lui vaudrait d’énormes problèmes à coup sûr. C’était la raison pour laquelle elle s’empêchait de porter la main sur lui. Comme la dernière fois, la guerrière se sentait trahie. Non pas par Jim, cette fois. Mais par Darren. C’était lui qui avait parlé à son supérieur de cette histoire. C’était donc lui qui avait suggéré de l’écarter de la mission, afin de préserver leur histoire. Et ça, Lyanna ne le supporta pas.

"Je refuse de retourner sur Atlantis ! Ce n’est pas toi qui vas m’y contraindre !".

Lyanna avait pourtant accepté de “jouer le jeu”, comme le disait Jim. Elle s’était forcée à obéir à ses ordres, à ne pas aller à son encontre. Et voilà comment elle était remerciée. La guerrière savait parfaitement que défier l’autorité de Jim allait lui causer des ennuis. Mais là, c’était trop pour elle. Le patriarche voulait l’écarter de la mission et ne plus l’avoir dans l’équipe ? Parfait, il allait être servi.

"Puisque c’est comme ça, je vais chercher April seule sans ton aide, ni celle de Darren et de Max !"

Sans un mot de plus, Lyanna fit volte face et se dirigea vers la sortie de la pièce, furieuse, en ouvrant brutalement la porte pour quitter cet endroit.

« Il vous reste trois heures pour faire le bon choix. » déclara calmement Jim en consultant sa montre. « La Porte s’activera pour le rapport quotidien passé ce délai. Si vous n’êtes pas sur Atlantis, je contacterai le lieutenant Ridding. Votre manque de fiabilité deviendra de la désertion. »
Il la regarda à son tour dans les yeux.
« Et avant de vous en prendre à un soldat intègre, je vous conseille de vous interroger sur votre comportement. »

Lyanna ne prit pas la peine de répondre à Jim, et elle quitta la maison d’un pas précipité. Elle se retrouva alors à l’extérieur, dans la nuit, prête à partir d’ici en faisant fi de la menace du patriarche.

Darren et Max se trouvaient déjà sur le perron. Elle venait d’interrompre une conversation chargée entre eux, signe qu’ils avaient suivi une partie de la réaction de Lyanna. Son faciès et sa rage, bien visible, confirma les craintes des deux hommes.
« Ouaip, les tartines sont cramées. » lâcha-t-il dans un double dialogue. Il donna une bonne tape sur l’épaule de son comparse et retourna à l’intérieur de la ferme, le laissant seul avec une Amazone en colère.

Darren eut beaucoup de mal à soutenir son regard.
« Lyanna. » fit-il dans un souffle. « Je t’en prie, ne fait pas de bétises... »

Toujours aussi furieuse, Lyanna jeta un regard noir à Darren.

"Laisse moi passer !" ordonna-t-elle, tandis qu’elle continuait d’avancer en cherchant à le contourner.
« Lyanna. »
Il reculait à mesure que son amante progressait, s’adaptant à ses multiples écarts pour lui interdire la sortie.
« Arrête. Il faut que tu te calmes, ça ne servira à rien... »

Son attitude avait le don d’énerver un peu plus Lyanna, qui ne parvenait pas à s’en aller sans que Darren l’en empêche. Le militaire lui demandait de se calmer. Est ce qu’il était sérieux ? Après ce qu’il venait de se passer, il croyait sincèrement qu’elle prendrait cette histoire avec un sourire ?

"Que je me calme ? Tu plaisantes !"

Lyanna s’arrêta et fit face à Darren. Si un regard pouvait le tuer, le soldat serait déjà mort.

"C’est toi qui lui as demandé de m’exclure de l’équipe et de me rapatrier sur Atlantis ! C’est toi qui est responsable de ça !"
« Non !...enfin si...mais... »

La colère de la guerrière ne faiblissait pas.

"Tu m’as trahie !!!"
« J’suis pas un traître. » rétorqua Darren, blessé par cette horrible accusation.
Par instinct, il s’était saisi des bretelles de son gilet tactique. Comme pour l’empêcher de partir.
« Je t’aime, au contraire. Si je ne l’avais pas fait...c’est pour nous, tu comprends ? »
Darren secoua la tête.
« Si tu restes : tu choisiras forcément de protéger ta Soeur plutôt qu’April, le D4. Et même moi. »

Lyanna secoua la tête en regardant Darren. Ses yeux commencèrent à se remplir de larmes, alors qu’elle était toujours en colère contre lui. La voir dans cet état filait un sale coup au militaire, il se sentait responsable.

"Alors, tu n’as pas confiance en moi ! Et ta promesse d’hier soir ? Tu m’as menti !"
« Je t’ai promis de tout faire pour la neutraliser et je vais m’y tenir. Je pourrai te bassiner avec nos règles sur le conflit d’intérêt mais je sais que tu t’en fous. Et c’est pas ça qui m’importe. »
Il secoua légèrement ses bretelles.
« C’est notre couple, putain. Notre amour ! »
Darren avait l’espoir fou qu’elle comprenne. Mais ce n’était pas possible, elle vivait tout ça comme une trahison. Darren s’y était attendu, il assumerait. Mais il se sentait maintenant si sale...
« Tu étais prête à tout pour moi. Et l’inverse est aussi vrai. Sauf que je t’ai fait mal et je suis désolé, tellement désolé. Mais Lyanna...je dois t’imposer ça. Rien ne se passera bien si tu y vas. Tu ne te battras jamais contre elle, je le sais. »

Lyanna repoussa Darren en l’obligeant à la lâcher. Il recula de quelques pas et leva doucement les mains dans l’espoir de la calmer. Peine perdue.

"Mais tu n’en sais rien ! Et tu as décidé à ma place !"

La jeune femme secoua la tête.

"Tu croyais vraiment que j’allais rentrer sagement sur Atlantis en acceptant cet état de fait ?"
« La seule chose que je crois, c’est que cette Kiranienne va t’écarter de moi. » lui avoua-t-il, la gorge serrée. « La confiance n’a rien à voir là-dedans. J’allais te perdre. »
"Si, c’est une question de confiance ! Tu ne me fais pas confiance pour te garder dans ma vie ! Tu crois déjà, avant même que je la rencontre, que je vais m’éloigner de toi pour la rejoindre, elle ! Tout comme Jim, tu n’as pas confiance en moi !"

Darren baissa les bras.
« Tu vas la rejoindre. » lui confirma-t-il, avec un air impuissant. « Je sais que tu as le mal du Pays. Tous les jours, je sens que tu regrettes d’être arrachée à ta culture. De ne pas pouvoir vivre “ta” normalité, qui se constituait de la traite des mâles. Tu avais tes propres règles. On t’obligeait pas à traiter les hommes équitablement. »
Il se passa une main sur le menton. C’était un peu tard pour percer l’abcès.
« Il y a des jours où j’arrive à te faire rire assez pour te le faire oublier. Mais il y en a d’autres, comme ce matin, où c’est dans tes yeux. La Kiranienne... »

Darren soupira.
« Il ne faut pas être débile pour comprendre qu’elle va te proposer de la rejoindre avec tes conditions. Du genre à me garder à tes côtés, façon esclave amélioré. Et reprendre ta vie façon Kirana, ici, loin d’Atlantis. »
Il plissa des yeux.
« Toi aussi, tu es en danger. April l’a écrit noir sur blanc putain ! Lyanna, elle te l’a écrit ! »

Lyanna se détourna de Darren, et lutta intérieurement pour ne pas laisser sa fureur éclater. Elle serra les poings, démontrant ainsi qu’elle avait vraiment envie de frapper quelque chose. Après quelques secondes, la jeune femme reporta son attention sur le militaire.

"Alors, on n’a plus rien à se dire ! Parce qu’il n’est pas question que je rentre sur Atlantis à attendre que tu te fasses tuer ! J’irais chercher April, et tant pis si je suis seule pour y arriver !"
« Et si on rentrait tous les deux. » lâcha-t-il finalement.

La guerrière secoua la tête à la question de Darren.

"Comme si Jim allait te laisser rentrer. Et même si c’était vrai, tu penses vraiment que je vais laisser Jim tuer ma Soeur, s’il a une chance ? C’est hors de question que je le laisse faire !"
« Mais il ne veut pas la tuer ! Il veut sauver April, c’est tout ! » s’écria Darren. « Il n’est pas parti pris, s’il peut l’éviter il le fera. »
Lyanna ne répondit pas, mais elle n’en pensait pas moins, surtout avec ce qui s’était passé pour entrer dans le Refuge. Si Jim n’avait pas confiance en elle, la guerrière n’avait pas non plus confiance en lui. Darren lui tendit la main.
« Lyanna...on peut se faire remplacer et rentrer. Si tu veux me haïr pour ça, ok. On réglera nos comptes sur le ring si tu y tiens. Mais ne te sauve pas, je t’en prie...ils ne se contenteront pas de te faire construire une route cette fois. »

La jeune femme regarda la main de Darren, mais elle ne la prit pas comme elle l’aurait fait habituellement. Elle recula même d’un pas. Le soldat lui avait fait beaucoup de mal en complotant avec Jim dans son dos, même s’il pensait bien faire. Il avait raison : si elle partait seule, désobéissant aux ordres, elle risquait gros. Etre renvoyée d’Atlantis lui pendait au nez, elle le savait. Mais cela voulait dire abandonner April. Et sa Soeur. Et ça, c’était difficile pour elle d’accepter une telle chose. Lyanna se détourna à nouveau de Darren, et s’éloigna de quelques pas avant de s’arrêter un peu plus loin, les bras croisés.

Darren baissa la tête.
Les propos et les accusations de Lyanna l’avaient flingué. Il comprenait son sentiment de trahison mais il la trouvait aveugle. Vouloir à ce point trouver une solution idéale sans souffrances pour aucune des parties, c’était naïf. La Kiranienne n’allait pas laisser April partir sans rien dire, elle n’allait pas les laisser faire. Et Lyanna insistait pour se retrouver entre les tirs croisés.

Comment pourrait-elle négocier alors qu’elle avait dit elle-même que ses Soeurs étaient plus haineuses qu’elle ?

Clive se pensait bon soldat.
Il avait fait le bon choix en allant parler à Jim, en lui donnant toutes les informations. Il avait été pro.
Alors pourquoi ? Pourquoi se sentait-il aussi mal ?

Darren tenta de trouver une échappatoire. Lyanna ne franchirait pas cette Porte sans y être contrainte, ligotée des pieds à la tête. Elle allait finir par déserter sur un coup de tête, le lieutenant Ridding n’aurait aucun mal à la faire virer cette fois. Et contre ça aussi, il devait lutter.

Le militaire s’éloigna également de quelques pas, pris dans sa réflexion. Il ne supportait pas l’idée de perdre Lyanna autant qu’il ne supportait pas l’idée de perdre de son professionnalisme. Il était censé la convaincre à retourner sur Atlantis puis revenir au rapport comme un bon petit soldat auprès de Jim.
Mais ce temps là était fini. Il était tombé amoureux.
Et l’amour, ça rendait toujours très con.

« Bon sang ! » jura-t-il.
Il ne croyait pas à l’idée complètement dingue qui venait de fleurir dans son esprit.

Sans attendre, le militaire s’éloigna à grandes enjambées. Lyanna n’eut pas besoin de tourner la tête, elle entendit Darren partir. Plus rien ne l’empêchait de s’en aller, de continuer sa mission même si cela voulait dire des sanctions à son retour, et un renvoi immédiat d’Atlantis. Pourtant, la jeune femme ne bougea pas. Elle réfléchissait encore. Maintenant qu’elle était seule, elle pouvait prendre son temps pour fuir. Personne ne l’en empêcherait, elle le savait. Et comme Jim lui avait laissé 3 heures, elle avait du temps. Une longue route l’attendait.

Lyanna s’assit sur les marches du perron pour reprendre ses esprits. Sa colère ne faiblissait pas, elle en voulait à tout le monde. Surtout à Darren. Des larmes se mirent à couler silencieusement le long de ses joues. Son monde s’écroulait parce que personne n’avait confiance en elle. Se sentant trahie, rejetée, la guerrière avait la sensation que bien que vivant sur Atlantis depuis environ deux ans, elle n’était pas chez elle. Et maintenant, c’était Darren qui complotait dans son dos. Et cela lui fit plus de mal que le manque de confiance de Jim. Lyanna essuya ses larmes d’un revers de main, ressentant un mélange de tristesse et de fureur. Elle essaya de se calmer, maintenant qu’elle était seule, mais c’était peine perdue. Elle ne chercha même pas à essayer de comprendre où Darren était parti.

Le soldat disparut dans la grange où se trouvait les chevaux de traits, ouvrant la porte d’un coup de pied vengeur. Sa mise en esclavage aura finalement servi à quelque chose. Il avait déjà attelé une ou deux fois le chariot pour Eoguelle. Il alla directement vers l’établi pour récupérer une selle puis prépara hâtivement l’animal qui lui semblait le plus solide.

Trois minutes plus tard, il sortait tranquillement sur le dos de la bête, la dirigeant vers Lyanna. Le regard grave, se demandant encore s’il parviendrait à se sortir de cette connerie monumentale, le jeune homme se positionna à hauteur de la jeune femme. Il savait qu’elle serait probablement intriguée par la scène même si la colère était encore là. Car Darren ne venait pas l’aider à s’enfuir en lui apportant un cheval, il était lui-même installé sur le dos de la bête. Lyanna sentit une présence près d’elle, et elle sécha ses dernières larmes avant de lever les yeux. Elle vit alors Darren qui montait un cheval, arrêté à côté d’elle. Elle eut envie de lui dire de partir, de la laisser, mais rien ne sortit de sa gorge. Certes, sa colère était toujours là. Mais elle ressentit aussi de la curiosité. Était-il venu la chercher à dos de cheval pour la ramener à la Porte des Étoiles ? Quelle idée stupide, l’entrée du refuge n’était pas loin, elle pouvait y aller à pied sans problème. Enfin, si elle avait voulu retourner sur Atlantis, alors que ce n’était pas du tout dans ses plans. Alors, pourquoi Darren avait-il ramené un cheval ? Et que faisait il dessus ?

Le militaire hésita encore un peu, observant sa femme depuis ce point haut. Puis il choisit de lui prouver tout l’amour qu’il avait pour elle en lui tendant une nouvelle fois la main, pour l’aider à grimper cette fois-ci.
Lyanna allait peut-être se méfier, se dire qu’il comptait l’emmener personnellement jusqu’à la Porte des Étoiles. L’amadouer pour qu’ils rentrent tous les deux et oublient cette horrible histoire. Mais il agissait de son propre chef, il n’avait rien dit à Jim.

Lyanna observa cette main à nouveau tendue vers elle, comme toute à l’heure. Mais cette fois-ci, il y avait quelque chose de différent dans ce geste. Avant, Darren lui avait tendu la main pour l’inviter à retourner sur Atlantis avec lui. Mais cette fois-ci, c’était autre chose que ce simple geste trahissait, sans qu’elle ne réussisse à savoir quoi. La guerrière leva les yeux pour les plonger dans ceux de son compagnon. Le visage du soldat portait les signes clairs de leur complicité. Il n’avait plus de crainte ni d’angoisse. Il avait fait son choix. Sans un mot, Darren agita les doigts de sa main toujours tendue.
Alors, Lyanna sut ce qui était différent dans ce geste. Elle comprit qu’il s’était rangé de son côté par amour.
Il l’emmenait à la ruine d’Amarielle avant que Jim et Max n’y parviennent. Pour lui offrir une chance de convaincre sa Soeur avant que le conflit n’éclate. La colère de la guerrière était toujours là, mais cette dernière ne pouvait pas rester insensible à cet acte. Darren était prêt à affronter de graves problèmes avec sa hiérarchie … pour elle. Après quelques secondes de réflexion, Lyanna se leva et attrapa sa main pour monter à son tour sur le cheval qui l’emmènerait loin d’ici.

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DC : Kyle Hawkins - Rodney McKay - Skyler McAlister
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Darren Clive

Image perso : La ruine d'Amarielle - Page 2 Bannie10
√ Arrivée le : 20/03/2019
√ Messages : 288

Lun 1 Mar - 20:42

Darren Clive

La ruine d’Amarielle
Darren & Lyanna


Clive tira d’un geste vif, lui donnant l’impulsion nécessaire pour s’installer en croupe, dans son dos. Il chercha les mains de son amante pour les ramener sur lui et lui montrer comment bien s’accrocher. Darren avait bon espoir que cette étreinte et ce geste suffisent à son pardon. Du moins un minimum. Lyanna ne résista pas, et joint ses doigts entre eux pour assurer sa prise. Elle en voulait encore à son compagnon pour ce qu’il lui avait fait subir. Mais cette décision calma un peu sa colère contre lui.
Darren tourna un peu son visage, cherchant à savoir si elle était prête, puis il donna un brusque coup de talons.

Ils quittèrent ensemble la ferme au triple galop, s’engageant sur la route que Jim avait désignée alors que le soleil s’était à peine levé. Le vent était frais, fouettait leur visage dans un air étrange de liberté. Ca sentait Héstevic, le bon vieux temps de leur duo où la question de discipline ne se posait jamais. Ils s’étaient toujours bien entendus, elle faisait des concessions quand il les lui demandait.

Si elle avait réussi sur Héstevic, ils réussiraient ici aussi...tous les deux.
Darren entendit quelque chose dans son oreillette, la voix de Jim. La cavalcade du cheval avait heureusement couvert des propos qu’il n’aurait, de toute façon, pas voulu entendre. Il se promit de le joindre quand Lyanna serait occupée ailleurs. Le soldat ne comptait pas mettre son sergent dans l’embarras, il restait sous sa responsabilité. Mais ce n’était pas le moment.
Là, pour l’instant, il profitait du sentiment d’avoir été pardonné. De l’espoir tout du moins.
Dès qu’il en eut l’occasion, le soldat quitta les routes et passa au travers des plaines et de la nature en suivant une direction parallèle. Il ne voulait pas que les fameuses “Boches” décrites par April les intercepte sur la route.

Le cheval fatigua plus vite que prévu. Probablement parce qu’il n’avait pas eu l’occasion de se reposer suffisamment avec les périodes de semence et deux cavaliers sur le dos. Il n’avait pas eu non plus l’occasion de gambader de cette façon depuis longtemps. Darren poursuivit un bon moment au trot, toujours silencieux.

En début d’après-midi, il atteignit un relief qui offrait une bonne vue en contrebas. Il s’y trouvait une source d’eau plutôt petite. C’était une intervention humaine, un puits à ciel ouvert creusé à même le sol. L’herbe broyée tout autour indiquait qu’il était régulièrement fréquenté, probablement pour abreuver les bêtes.

« Bon... » fit simplement Darren en rangeant ses jumelles. « On peut manger ici, si tu veux. Le temps que le cheval se repose. »

Darren n’attendit pas de réponse. Il quitta la selle et retomba au sol, laissant sa compagne récupérer les rênes. Le soldat épaula immédiatement son M4, canon baissé au sol, et progressa doucement en direction de la source. Lyanna n’avait pas vraiment envie de s’arrêter pour manger, car bien qu’elle n’avait rien avalé au petit déjeuner vu ce qu’il s’était passé, elle avait l’estomac noué. Non pas à cause des nausées, mais surtout par la mission qu’ils poursuivaient tous les deux, menaçant leur vie sur Atlantis. Pendant que Darren repérait les lieux pour voir s’il y avait du danger, la guerrière serra sa prise sur les rênes, et donna un petit coup de talon pour faire avancer le cheval au pas, suivant le militaire de près, tout en regardant autour d’elle.

Darren examina soigneusement le secteur pour le sécuriser, faisant trois fois le tour histoire d’être certain...et échapper au prochain conflit. Il ne savait pas si son amante allait accepter le geste comme un pardon ou si elle continuerait de lui faire la gueule. La deuxième hypothèse était la plus logique et ça lui filait un sale coup. Mais ne venait-il pas de mettre sa carrière en péril pour elle ? Juste pour elle ?

Lyanna était perdue dans ses sentiments. Elle était toujours furieuse contre lui, elle n’avait pas envie de lui parler. Mais malgré l’envie de son amant de l’éloigner de cette planète pour préserver leur amour, n’était il pas ici avec elle, bravant les ordres de Jim, pour la guider jusqu’à sa Soeur ? La guerrière se perdit dans ses réflexions, et descendit de cheval. Elle attacha les rênes à un arbre, avant de laisser l’animal brouter l’herbe autour de lui.

Finalement, Darren s’arrêta au bord de la source, le regard dans le vague.
« On devrait atteindre Espérance dans deux jours. Peut-être trois. Il faudra se ravitailler en vivres. » lâcha-t-il d’un air machinal. Il repoussa son M4 au flanc, s’appuyant de ses deux mains sur la crosse. Puis il croisa enfin le regard de Lyanna.

La guerrière soutint son regard pendant quelques secondes, avant de détourner les yeux. Elle chercha quelque chose dans l’une des poches de son gilet, et sortit la bourse qu’elle avait obtenue en vendant le militaire aux esclavagistes.

"On paiera les vivres avec ça".

Darren acquiesça silencieusement, l’ambiance n’était pas au rendez-vous.
Après avoir rangé la bourse, Lyanna s’accroupit près du point d’eau, et remplit sa gourde qui était vide. La tension était palpable, elle le sentait. Elle ignorait encore comment se comporter avec Darren. Devait-elle continuer de lui en vouloir, vu à quel point il lui avait fait du mal ? Ou devait-elle lui pardonner maintenant qu’il se mettait en danger pour elle ? Un détail qui ne lui plut pas, parce qu’elle n’avait jamais voulu que Darren mette sa carrière en péril pour elle. La jeune femme soupira, sans oser regarder son compagnon.

"Tu n’aurais pas dû faire ça !"

Lyanna finit par lever les yeux vers Darren, alors qu’elle terminait de remplir sa gourde.

"Tu aurais dû me laisser partir seule. Maintenant, tu vas avoir des problèmes, toi aussi".

Après avoir terminé sa tâche, la jeune femme rangea la gourde et se redressa.

"Pourquoi est-ce que tu as changé d’avis ?"

Une bonne centaine de réponses typiques lui tournaient dans la tête. Et malgré tout, le soldat ne savait pas laquelle il pourrait choisir. C’était assez évident qu’il avait agi par amour, parce qu’il était accro et qu’il n’avait pas su lui résister. Dans un sens, il ressentait une certaine amertume à l’idée d’avoir cédé. Lyanna l’avait accusé de trahison, lui avait tourné le dos, la mort dans l’âme. Et lui, comme un fidèle toutou, il avait accouru dans l’espoir du pardon.
Il s’était soumis.
C’était facile maintenant, devant ce lac, de lui dire qu’il aurait dû l’abandonner. Prise dans sa colère, elle n’avait pas pensé à leur couple une minute. Alors que de son côté, ayant agi pour ça, elle l’avait mis sur le compte du manque de confiance.

Une part de lui culpabilisait pour avoir peiné sa moitié, l’autre s'auto-flagellait pour s’être montré si faible. Il avait l’impression que le petit jeu de pouvoir entre eux s’était brisé.
Dans un monde idéal, Lyanna aurait dû comprendre le choix qu’il avait fait. D’autant plus que la décision de Jim, comme la sienne, était pleinement légitime. Sur Atlantis, quiconque aurait eu ce même conflit d’intérêt aurait été écarté. Mais Lyanna n’avait pas la même conscience des choses. Sa perception du monde était différente. La discipline militaire n’était pas la même..

C’était une combattante avec un autre code, qui n’était pas basée sur une réglementation. Elle ne savait même pas ce que signifiait le conflit d’intérêt d’un point de vue général. C’était sans compter son côté sauvage et impulsif. En s’entichant d’une Amazone, il était également tombé amoureux de cette différence. Déjà qu’il n’existait pas de mode d’emploi pour les couples lambdas ; alors entre un Terrien à cheval sur ses principes et une Pégasienne tueuse d’hommes bien vénère…

Quoi qu'il en soit, Darren ne savait toujours pas comment lui répondre. Il gagna du temps en regardant la lisière du petit bois à côté, ravagé par une exploitation forestière abandonnée depuis des années. Agacé par le même discours qui se répétait depuis plusieurs jours, il y répondait mentalement par un monologue plutôt enragé :

*** Écoute-moi bien ! Tu n’as pas encore réussi à me couper les couilles, ok ? Je suis un putain de bon soldat, un guerrier, arrête de me materner. Je suis pas un faible. Les emmerdes qui m’attendent à l’arrivée sur Atlantis, j’en ferais mon affaire. Oui ! J’ai bobo à l’égo ! ***

Et puis quitte à se vider les tripes, il aurait ajouté :

*** Tu as préféré choisir une Soeur, tu sais même pas qui c’est, au lieu de protéger NOTRE couple. Et tu t’étonnes que je m’inquiète ? Moi aussi j’ai dû faire un choix, là. Entre mon job et mon Amazone. Et j’t’ai choisi, toi !!! Parce que je t’aime, parce que j’ai envie de faire ma vie avec toi, avec des gamins qui cavalent dans tous les sens. Donc je prends les mauvaises décisions ! Voilà ! Fous-moi la paix ! ***

Toujours en silence, Darren observa ce monologue qui s’était dessiné dans son esprit et le trouva laid. Ça le soulagerait probablement de le balancer comme un pavé dans la mare. Mais en fait… ce serait plutôt une étincelle dans une énorme poudrière. Et il risquait encore de la blesser. Peut-être même qu’avec le recul, il se trouverait à côté de la plaque.

« J’me suis dis que ce serait très romantique. » blagua-t-il. « Toi, moi, main dans la main, en train de nous faire virer par Ridding. Le lieutenant mis en échec par l’Amour avec un grand Aaaaahhh ! »
Histoire de la chambrer un peu, il ajouta avec un air très flemmard :
« Et puis je ne me voyais pas tout recommencer avec une autre Amazone. »

Darren n’avait pas spécialement envie de voir si son humour faisait mouche. Il avait encore un peu besoin de temps pour organiser ses idées, établir un plan d’action contre cette ambiance d’enterrement. Il lui adressa un bref petit sourire amusé puis regarda en direction de la lisière :
« J’vais chercher du bois pour le feu. Je reviens. »

Lyanna s’était contentée de fusiller Darren du regard lorsque ce dernier lui avait répondu avec son humour. Elle était encore trop en colère par ce qui s’était passé pour en rire. Blessée, elle n’était pas encore prête à pardonner entièrement le militaire. Bien que sa dernière démarche était en train de contribuer un peu à une réconciliation. Mais il se mettait en danger autant qu’elle, alors qu’il avait tout fait pour l’éloigner de cette planète. Maintenant, Darren était dans la même galère que la guerrière.

Alors que le soldat s’éloignait pour aller chercher du bois, Lyanna ne le suivit même pas du regard. Elle le laissa partir sans lui dire un mot. Puis, une fois qu’elle fut seule, la jeune femme chercha un coin pour s’asseoir, avant de sortir le journal d’April. Elle se mit alors à relire les nombreuses pages, comme pour y chercher un indice sur le lieu où la militaire se trouvait, ou alors ce qui les attendait, excepté sa Soeur. Toutefois, ce n’était qu’un prétexte détourné pour éviter Darren lorsque ce dernier reviendrait. Pendant qu’elle était seule, les émotions de Lyanna finirent par céder, et quelques larmes coulèrent à nouveau sur ses joues. Elle qui pleurait rarement vu son caractère, la voilà qui cédait une nouvelle fois. Son monde s’écroulait. Pourquoi Darren avait-il décidé de faire part de cette affaire à Jim ? S’il n’avait rien dit, ni lui ni elle ne serait dans cette situation. Il aurait pu simplement lui en parler à elle, confier ses craintes, en discuter. C’était prévisible que Lyanna aurait refusé catégoriquement de retourner sur Atlantis. Les voilà maintenant dans un très mauvais pas. Jim avait sans doute prévenu Ridding, ce n’était qu’une question de temps avant qu’ils ne soient arrêtés.

La jeune femme continua de pleurer en silence, maudissant tout le monde. Maudissant cette mission. Au moins, elle n’avait plus à s’inquiéter sur comment elle devait réagir la prochaine fois que le D4 repartirait en mission. Les yeux fixés sur les pages, Lyanna les parcourut rapidement pour s’occuper l’esprit.

Darren revint brusquement sans crier gare. Ses pas lourds faisaient du bruit sur l’herbe, trahissant une vitesse de marche un brin excessive. En l’entendant, la guerrière sécha rapidement ses larmes, avant de lever les yeux vers lui. Le fusil coincé sous un bras, le militaire s’avança jusqu’à Lyanna avec le visage tiré par une émotion étrange. Un mélange qui se décrivait difficilement. Comme une certaine forme d’inquiétude.
« Où est ta gourde ? » lâcha-t-il presque sèchement en arrivant sur elle.
"Elle est là. Mais qu’est ce que ..."

Lyanna n’eut pas le temps de terminer sa phrase que Darren accompagna son geste lorsqu’elle se releva. Déjà, il cherchait à dégrafer le contenant pour s’en emparer. Il n’avait pas l’air en colère. Quelque chose faisait qu’il se passait des formes qu’il employait généralement auprès d’elle. Malgré cette absence de colère à son égard, la jeune femme ne comprenait pas ce que son compagnon était entrain de faire. Elle tenta un peu de l’empêcher d’attraper l’objet.

"Qu’est ce que tu fais ?"

Darren ne lui répondit pas, il s’empara de la gourde avant d’ouvrir le capuchon. Il y approcha les narines, reniflant un petit instant le contenu, puis il le vida immédiatement sur le sol. Lyanna ouvrit la bouche, dans une incompréhension totale, en le regardant vider l’eau qu’elle venait de mettre dans sa gourde.
« On s’en va. »
L’ordre était sans appel.
Il remarqua les discrets sillons sur les joues de son amante et ses yeux brillants. Bien qu’elle avait essuyé ses larmes, il restait quelques signaux bien clairs qu’il ne pouvait pas traiter tout de suite. Il posa une main sur son épaule, ses doigts se refermant sur la bretelle de son gilet qu’il secoua doucement.
« Maintenant. »
Il l’attira vers la monture.
"Attends !"

Darren était pressant, mais Lyanna voulait des réponses parce qu’elle ignorait ce qui se passait dans la tête du soldat. Elle parvint à échapper à son étreinte, et elle s’arrêta en le fixant dans les yeux.

"Qu’est ce qui se passe ?"
« On est pas seul. Il faut... »

Une petite détonation le coupa net dans sa phrase. Sa gorge laissa échapper un cri de douleur sec et court. Il tomba en avant, s’écroulant dans les bras de l’Amazone qui découvrait, dans le même temps, un reliquat de fumée s’échappant de son dos.

"DARREN !!!" cria Lyanna en comprenant que le militaire avait un problème, alors qu’elle l’empêchait de tomber par terre.

Un autre tir énergétique, très semblable au blaster Wraith, lui frôla le visage avant de tomber dans la flotte. Là, un peu plus loin dans la prairie, ce qui passait pour des mottes d’herbe prit vie, prenant peu à peu allure humaine. Des femmes plutôt bien armées sortaient de leurs cachettes, s’attaquant au couple Atlante tout en poussant des cris d'excitation.

Sans trop savoir comment, Darren rampa jusqu’à un couvert. Probablement grâce à Lyanna, qui avait également mis un genou à terre, et tirait le soldat jusqu’à une petite butte de terre non loin de là. Darren n’y serait pas parvenu tout seul. Les dents serrées, encore déboussolé, Clive fit une dernière roulade désespérée qui le fit tomber derrière ce minuscule relief qui les protégeait si peu. Quelques blasts et projectiles percutèrent la terre à seulement quelques centimètres d’eux. L’adrénaline l’aida à oublier la douleur, même s’il poussait des plaintes qui trahissaient le fait qu’il avait été touché. Inquiète, Lyanna eut envie de regarder l’état de la blessure de son partenaire. Mais vu la situation, elle ne pouvait pas se redresser sans être la cible des tirs.

Par réflexe, Darren ramena son M4. Merci la bretelle de sécurité.
« Des charognardes. » annonça Darren, la voix percluse de douleur. « Lac empoisonné...dépouilles dans les bois... »
Il avait compris, en examinant les cadavres encore bien frais, que les victimes avaient subi une embuscade. C’était récent. Darren avait espéré attirer sa compagne vers la sortie rapidement, ne s’attendant pas à ce que l’ennemi soit aussi proche.

Pris dans l’action, il se redressa légèrement en crispant ses abdos. Quasiment couché sur le dos, il se relevait tout juste assez pour poser son canon sur la butte et engager un tir de riposte. Il envoya quelques cartouches et se laissa retomber au bon moment. Un tir énergétique frôla sa position l’instant d’après.
« Lyanna... » haleta le soldat. « Elles vont nous encercler. »

Lyanna osa jeter rapidement un œil pour analyser la situation, avant de baisser rapidement la tête pour éviter un tir. Elle avait eu le temps de voir quatre adversaires. Deux d’entre elles leur faisaient face, et leur tiraient dessus pour les empêcher d’agir. Pendant ce temps, deux autres femmes tentaient de les contourner, une part la droite, une part la gauche. Toutes semblaient avoir des armes à distance, bien que les deux d’en face leur tiraient dessus avec des blasts à énergie. Il fallait réagir et vite, avant que leurs ennemis ne leur tombent dessus. Mais comment faire ? Une idée lui vint à l’esprit : les déstabiliser suffisamment longtemps pour leur sauter dessus en premier. Lyanna n’avait pas encore l’habitude du matériel Atlante, elle ne se doutait pas qu’ils avaient effectivement quelque chose pour réaliser son plan.

"Il faudrait les déstabiliser, ne serait-ce que quelques secondes. Comme ça, je pourrais m’occuper de celles qui tentent de nous encercler. Et toi, de celles qui nous tirent dessus !"

Clive n’était plus en mesure de réfléchir, il concentrait ses efforts pour ne pas s’évanouir. Il n’enregistra que le mot “déstabiliser” et l’intonation de sa compagne qui donnait l’air d’avoir un plan. Il l’écouta sans hésiter parce qu’il fallait agir et parce que, en plein combat, ils avaient autre chose à faire que d’argumenter. D’un geste habitué, Darren retira une grenade flash de son gilet et la lui tendit. Il secouait fébrilement la tête pour lui faire comprendre que ça apporterait une solution à son problème. Il se redressa ensuite pour balancer une bonne rafale sur l’ennemi, juste assez pour réduire le tir ennemi et laisser une fenêtre d’action à sa compagne. Lyanna regarda un bref instant la grenade, se souvenant de son fonctionnement grâce à Max. Lorsque Darren fit son tir de couverture, elle retira la goupille d’un coup sec, et la lança en direction des deux femmes qui leur faisaient face. Puis, elle baissa la tête, ferma les yeux et mit ses mains sur ses oreilles.

La grenade claqua sèchement en un aire d’effet relativement suffisant. Les charognardes n’étant pas habituées à ce type de matériel, elles avaient regardé “l’étrange caillou” juste avant la détonation. Effet total à en écouter les cris jumelés de toutes les attaquantes. L’assaut venait d’être stoppé net par cet effet de surprise. Dans leurs têtes, elles se demandaient déjà si elles ne venaient pas de s’attaquer à des Dieux qui répondaient par un puissant éclair. Darren s’était déjà redressé, il tira quelques balles sur une cible qu’il trouvait prioritaire : une femme munie d’un long fusil énergétique. C’était la plus dangereuse selon lui.

Il manqua ses premiers tirs. Mais malgré la douleur, il se reprit rapidement et adapta la visée. Une petite rafale de quatre projectiles lui crevèrent la poitrine dans une terrible brutalité. Elle tomba raide morte à côté de sa copine qui ne croyait pas que son monde puisse s’écrouler si vite.

Lyanna s’était également élancée, ses épées en main.
L’adversaire qui lui faisait face était une brune plutôt jeune, à peine la vingtaine, peut-être moins. A travers son brouillard aveuglant, elle avait perçu l’approche de l’Amazone et levait déjà son arme. C’était un pistolet Genii abimé, rouillé du canon jusqu’à la crosse. Elle vida son chargeur dans l’urgence, espérant qu’une balle perdue touche mortellement une Lyanna en colère. Ce comportement trahissait le fait que c’était une petite nouvelle dans la troupe des charognardes. Elle faisait toutes les erreurs qu’un combattant devait éviter. L’empressement, la panique, l’incertitude. Chaque tir manqua l’Amazone de loin.

Mais pourtant, Lyanna sentit clairement un impact dans son arrière train, au niveau de sa cuisse. Une piqûre suffisamment violente et douloureuse pour la faire trébucher quelques instants, l’obligeant à mettre un genou à terre, en serrant les dents sous la douleur. Mais quelques instants seulement. Habituée au combat, la guerrière savait déjà que ce n’était pas une blessure mortelle, son corps répondait toujours très bien. Le tir venait probablement de l’autre adversaire qui les flanquait et, à entendre la pétarade qu’envoyait Darren, il la vengeait salement. Lyanna pouvait repartir à l’assaut, et elle s'élança à nouveau en direction de son adversaire.

Le bras libre en visière au-dessus de son visage, comme si elle se protégeait d’un violent ensoleillement pourtant absent, la gamine envoya ses trois dernières balles dans le vent.
Puis le clic fatidique et cruel résonna. Pour le peu qu’elle voyait encore, la jeune femme écarquilla des yeux en fixant son arme. Elle était horrifiée, ne prenant visiblement pas conscience qu’un pistolet disposait de munitions limitées.

«Non...NON ! NONNNNNNNN !!!! » cria-t-elle de plus en plus fort en insistant sur la gâchette. Elle continua jusqu’au dernier moment de l’approche, comme si une balle en retard aurait finalement accepté de sortir de l’arme.
«PITIEEE !!!! »


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Lyanna

√ Arrivée le : 14/07/2018
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Sam 6 Mar - 18:35

Lyanna

La ruine d’Amarielle
Darren & Lyanna

Lyanna saisit sa chance en voyant que son adversaire n’avait plus de munitions. Arrivée à sa hauteur, elle lui donna un coup d’épée qui l’éventra. Son cri d’horreur s’étrangla dans un gargouilli mêlant la chute d’un morceau d’intestin pendouillant entre ses mains tremblantes. La charognarde remarqua le désastre, n’osant pas relâcher la pression contre son ventre qui déversait progressivement plus de tripes puis elle regarda l’Amazone, l’air de lui demander “pourquoi ?”.
Elle s’effondra la seconde suivante.
Après s’être assurée que la jeune femme allait mourir, dégageant sa botte de la main suppliante qui l’avait saisie, la guerrière se lança aussitôt vers la dernière survivante. Pétrie d’horreur à l’image de toutes ses complices mortes - mais surtout par le coup de lame sans pitié de Lyanna - celle-ci s’était délestée de son arme pour courir plus vite.

A moitié agonisant, Darren observa sa compagne s’offrir le sprint du siècle. Il secoua négativement la tête d’un air blasé, se disant qu’elle n’allait certainement pas lâcher l’affaire, même si la survivante courrait plus vite qu’elle. La peur et la promesse de mort lui donnaient des ailes. Elle creusait de la distance entre elle et l’Amazone pourtant énergique. D’ailleurs, le cri d’horreur qu’elle poussa en donnant de plus grandes enjambées lui sembla très proche de ceux de Rodney.
« Ok... » souffla Darren, les dents serrées.
Lyanna avait l’air définitivement décidée à lui faire la peau. Et elle serait foutue de la poursuivre jour et nuit à l’usure. Ne voulant pas perdre tout ce temps - et ne pas la perdre tout court - Darren posa son fusil sur le sol pour assurer sa stabilité. Il transpirait comme un bœuf, pas loin de l’état de choc. Il rassembla ce qu’il avait de conscience pour coller son œil sur la mire et viser comme un pote SEAL lui avait conseillé.

Souffler doucement, poser son doigt sans forcer, puis appuyer lentement.
La charognarde était tellement occupée à fuir Lyanna qu'elle ne cherchait pas à changer de direction. Elle traçait une belle ligne droite continue. Si bien que lorsque Darren tira son projectile, il fila jusqu’à sa jambe qu’il perça de part en part. L’arrière de son genou en un petit trou bien net puis l’articulation qui explosa littéralement en morceau. Dans la demi-seconde, elle ne sentit rien et s’écroula sur le sol en cherchant à s’appuyer sur un membre mort.
Là, elle se mit alors à hurler. Mais pas à cause de la douleur, non. La peur était beaucoup trop violente pour permettre à cette information de s’imposer. La dernière charognarde s’était retournée sur le dos et elle rampait à reculons, comme elle pouvait, sans remarquer l’angle très anormal que prenait sa jambe blessée.

Tandis que Darren s’enfonçait dans les ténèbres, il avait pour dernière image lointaine une Lyanna bien droite au-dessus de son ennemie. Elle s’avançait encore, ses deux épées bien en main, aussi inéluctablement que dangereuse. Il ne put s’empêcher d’avoir, pour dernière pensée, tout l’amour qu’il avait pour cette guerrière.
Qu’elle était géniale…

L’épée de Lyanna transperça le corps de la sauvageonne, arrêtant sa vie en quelques secondes. La guerrière l’observa, les yeux noirs de fureur, le souffle saccadé par cette course poursuite qu’elle avait faite. Si Darren n’avait pas tiré pour ralentir la charognarde, Lyanna n’aurait pas réussi à la rattraper. Une fois la menace entièrement éliminée, la jeune femme balaya les environs du regard, aux aguets. Peut-être y avait-il d’autres ennemies ? Mais rien, pas un bruit excepté celui du vent dans les arbres. Après quelques secondes, Lyanna fit demi-tour en nettoyant et en rangeant ses épées. Darren était blessé, elle l’avait bien vu. Et l’espace d’un instant, sa colère contre lui s’envola pour laisser la place à de l’inquiétude.

La jeune femme se précipita vers le soldat qui était toujours allongé derrière la petite butte. Maintenant que l’adrénaline du combat diminuait, sa blessure à la cuisse se réveillait lentement, et elle se mit à boiter légèrement. Lyanna ne savait pas si elle était sérieusement blessée ou non, mais pour l’instant, seul l’état de santé de Darren lui importait. Elle s’agenouilla près de lui, ayant déjà un aperçu sur le trou fumant de son gilet tactique. Signe qu’il avait encaissé un tir énergétique. Les bords avaient même fondu à cause de la chaleur.

"Darren ? Darren, réponds moi !"

Mais le militaire était inconscient. Lyanna chercha d’abord quoi faire, avant de le retourner avec douceur pour retirer son gilet tactique. A ce moment là, Darren se réveilla en sursaut, et la jeune femme lui parla pour le rassurer.

Le soldat ne comprit pas grand chose au début, il était surtout préoccupé par la gravité de sa blessure. Il n’accepterait pas l’idée d’être rapatrié maintenant. Finir la mission aussi connement après être tombé dans une embuscade l’écarterait de Lyanna. A tous les coups, elle resterait pour poursuivre sa chimère.

Sans lui partager sa pensée, il se laissa guider par les gestes de sa femme. Il avait besoin d’elle pour inspecter la blessure et la traiter.
Après avoir retiré son gilet tactique, Lyanna l’obligea à s’allonger sur le ventre. Puis, elle entreprit de soulever la veste et le tee shirt, afin de voir l’étendue des dégâts. Nul doute que le militaire devait souffrir le martyre vu le tissu brûlé autour du trou. Le tir énergique avait tout traversé, et avait atteint le dos de Darren. Une fois les vêtements soulevés, la guerrière examina la blessure. Moche, mais heureusement, il y avait plus de peur que de mal. Le gilet tactique était parvenu à encaisser la quasi-totalité du tir, ce qui rassura la jeune femme sur l’état de santé de son amant. Cette fois-ci, Lyanna n’allait pas devoir farfouiller dans les chairs pour retirer un corps étranger.

"Ca va aller, tu vas t’en sortir. Tu as eu de la chance".
« Je suis sûr que ça t’attriste ! » rétorqua Darren, la mâchoire serrée. « Tu ne pourras pas faire de tricot sur moi cette fois. »

La zone touchée par l’impact était brûlée, et les chairs autour étaient plutôt sanguinolentes. Mais à première vue, ce n’était pas profond. Lyanna chercha dans les poches du gilet tactique de Darren, et sortit la trousse de secours. Elle prit le désinfectant, du coton, une crème pour les brûlures, et une compresse avec du sparadrap. Après avoir versé le produit sur un morceau de coton, la guerrière respira profondément, avant de prévenir Darren.

"Je vais nettoyer la plaie. Tu es prêt ?"
« Nan...j’me rappelle de la dernière fois ! »

Darren allait passer un sale quart d’heure, mais il n’avait pas le choix. La blessure devait être désinfectée. Avec autant de douceur qu’elle le put, Lyanna appliqua le coton humide sur la blessure, nettoyant comme elle le pouvait. Le soldat s’employa à ne rien montrer de sa douleur même si quelques gestes involontaires tendaient à fuir les gestes de l’Amazone. Elle eut besoin d’un petit moment pour parvenir à ses fins, et lorsque la plaie fut désinfectée, elle appliqua de la crème dessus, sans appuyer. Malgré ses gestes doux et lents, Darren ne passait pas un beau moment. Lyanna termina sa tâche en posant une compresse, la fixant avec du sparadrap. Puis, elle baissa le tee shirt et la veste par-dessus, en s’assurant que la compresse ne s’en allait pas.

"C’est fini. Essaie de ne pas bouger, pour l’instant".

Le soldat acquiesça silencieusement, bien que sa première idée consistait à se remettre debout. La douleur était toujours là, le tissu de son uniforme irritant sa peau brûlée. Mais dans l’ensemble, il y avait plus de peur que de mal. Ce n’était pas aujourd’hui qu’il finirait impotent.

//Jim, ici Darren. Gare à vous sur le chemin, on est tombé dans une embuscade. Arme énergétique et Genii.//

Lyanna n’était vraiment ravie à l’idée que Darren prenne contact avec Jim, mais elle le laissa faire. Elle essuya ses doigts, et s’apprêta à ranger la trousse qu’elle avait sorti. Mais au moment de s’appuyer sur sa jambe pour se redresser, celle qui était blessée et que la jeune femme avait oublié, la guerrière serra les dents pour étouffer un cri de souffrance. Elle se laissa retomber, et chercha déjà à examiner sa propre blessure, bien que vu l’angle, elle avait des difficultés à y parvenir.

// Votre situation ? // répondit Jim avec une petite pointe d’inquiétude.

Darren regarda le trou dans le pantalon de sa compagne. La balle n’avait fait que la frôler en déchiquetant le tissu de son uniforme, sur l’arrière de la cuisse. Il y voyait encore quelques gouttes de sang perler mais ça n’avait pas l’air trop grave. C’en était assez, il se redressa pour se mettre à genoux et s’approcher de l’Amazone. Il débuta une inspection visuelle en lui demandant, par la gestuelle, de ne pas bouger. Lyanna le laissa faire, immobile, car elle était incapable de s’occuper elle même de sa blessure.

//Quelques petits bobos, rien de grave.//
Il toucha du bout des doigts le tissu déchiré et en examina l’intérieur.
« Baisse ton pantalon. Je vais t’arranger ça. » lui souffla-t-il en récupérant le kit de premiers soins.

// Nous ne sommes pas loin. Votre position ? //
A ces mots, Lyanna posa sur Darren un regard désespéré. Elle eut même envie de lui hurler que non, elle ne voulait pas que Jim et Max les rejoignent. Pas après ce qui s’était passé. La fermeture éclair du kit s’arrêta à mi-chemin du voyage. Darren regarda sa compagne et n’hésita pas longtemps avant de lui répondre.
//On repart, Jim. Je vous laisse un signal aux abords d’un lac. N’y touchez pas, il est empoisonné.//
Il y eut un petit instant de silence.
// Reçu. Rends-moi compte en fin de journée. Terminé. //
//Clive, terminé.//

Lyanna fut rassurée de savoir qu’ils seraient loin d’ici avant que le reste du D4 n’arrive. Inutile de les affronter, étant donné qu’ils avaient désobéi aux ordres. La guerrière était persuadée que la conversation dégénérerait si ce sujet était abordé. Maintenant qu’elle se tranquillisait, la jeune femme déboutonna son pantalon, et le baissa suffisamment pour dévoiler sa cuisse. En tournant la tête au maximum, elle aperçut un mince filet de sang qui avait descendu jusqu’à sa chaussette. Sans un mot, elle laissa le soldat nettoyer la plaie, se doutant que la blessure n’était pas grave. Darren termina d’appliquer le désinfectant sur l’éraflure qu’avait sa belle. Ça la dérangerait sûrement pour monter à cheval mais elle n’avait même pas besoin de suture.
« Il y a une blague qui circule chez les soldats. » amorça-t-il tout en posant un pansement adhésif. « Tu ne fais officiellement partie du cantonnement qu’après avoir pris une balle dans l’arrière train. »

Le travail était terminé.
Darren se redressa complètement puis referma son kit de secours, laissant à sa compagne le soin de se rhabiller.
« Tu as eu de la chance. Deux centimètres plus haut et je te souhaitais la bienvenue dans le club. »
"Je me serais bien passée de cette blessure".

Lyanna finit de reboutonner son pantalon, puis elle se redressa. Elle regarda Darren.

"Toi, ça va ?"

Il la regarda à son tour, se demandant si c’était un terrain propice pour se retrouver. Rien de mieux que l’adrénaline et le danger du combat pour se rappeler de ce qui faisait leur force. Comme sur Héstevic.
« J’ai le dos en vrac. » admit-il. « Mais je tiens debout et j’arrive à marcher. On peut reprendre la route sans problème. »
Il passa la bretelle de son M4 et se tourna brièvement vers la charognarde que Lyanna avait éviscéré.
« Je crois qu’il nous faudra un code à l’avenir. Pour filer plus vite. »
Un sourire étira ses lèvres tandis qu’il revenait vers le cheval.
"Un code ?" demanda Lyanna en fronçant les sourcils.
« Un code. » affirma Darren. « C’est le fait de donner un mot, une phrase ou des chiffres, un sens connu que d’un certain nombre de personnes. Par exemple... »
Il fit mine de réfléchir alors qu’il avait déjà son idée en tête.
« Vingt-deux ! »
Le soldat se retourna vers elle pour la regarder dans les yeux.
« Ca pourrait vouloir dire que j’ai une envie folle de t’embrasser, de te répéter que je t’aime et que je te suis éternellement dévoué. »
Il ajouta doucement, en faisant une petite mise en situation :
« Donc ! Imaginons qu’on se dispute devant Jim et Max. A un moment, je te dis que tu es vingt-deux fois plus chiante qu’une nana normale ! Les autres pensent qu’il y a embrouille alors qu’en réalité... »
Darren la regarda avec un petit sourire complice, se demandant si elle allait comprendre le principe.

Lyanna pencha un peu la tête sur le côté, un peu plus perdue qu’avant sur cette histoire de code. Il fallait dire que prononcer un mot ou un chiffre pour dire autre chose que son véritable sens était terrien. Alors forcément, elle avait du mal à comprendre le concept.

"Mais … si tu as envie de dire que tu m’aimes, que tu veux m’embrasser et que tu m’es dévoué … pourquoi ne pas dire ça, en fait ?"
« Euh.... »
Elle avait raison dans le fond. Pourquoi le cacher ?
Il devina immédiatement la seule situation dans laquelle il agirait ainsi.
« Bon, changement de décor ! On fait un bond dans le temps et on se retrouve dans ta tribu, au milieu de toutes ces tueuses de mâles, dont tu es évidemment la plus vicelarde. Je m'imagine mal balancer devant toute l’assemblée : je t’aime Lyanna, j’ai envie de toi ! »
Il espérait un peu la faire sourire par le résultat qu’aurait donné une telle folie.
« Alors que si je fais le mâle soumis et que je te disais que j’avais transporté vingt deux sacs de grain comme demandé... »

Ah oui là, Lyanna comprit mieux l’explication du code. Elle imaginait parfaitement la situation, et un petit sourire naquit sur ses lèvres en visualisant Darren se faire courser par une bande de femmes en furie, parce qu’il avait osé avouer son amour pour elle.

"Tu as raison, il vaudrait mieux que tu utilises d’autres mots pour dire quelque chose. Sinon, tu mourrais !"
« Ca marche dans les deux sens, c’est ça qui est cool. »
Il s’approcha d’elle en mordant ses frontières personnelles.
« Parce qu’au lieu d’imaginer comment tes sœurs m’auraient flingué, tu aurais pu te voir me répondre que j’ai vingt deux secondes pour disparaître de ta vue. »
Il repartit en direction du cheval à reculons, pas peu fier de son petit exemple. Lyanna regarda le soldat s’éloigner, les bras croisés, amusée.

Darren ouvrit la sacoche pour en prendre une boule de ficelle. Il comptait planter un morceau de bois et en faire une croix avec la ficelle. Un signe qui parlait suffisamment pour dire que c’était une mauvaise idée de boire ce qui se trouvait là. De toute façon, il comptait laisser les cadavres sur place. Ce serait une mise en garde suffisante.
« Il y a plus de danger maintenant… » dit-il avant de faire la grimace. « Comment tu vois la chose alors ? Pour rejoindre Amarielle je veux dire. Tu as un plan ? »
"Pas vraiment ..."

Lyanna avait relu le journal d’April, mais cette dernière n’avait hélas pas donné d’indication sur le chemin à suivre pour rejoindre ces ruines.

"Le seul point de repère est Espérance. La ville où April a réussi à obtenir des informations sur les ruines, et où elle devait aller. J’espère qu’on tombera sur quelqu’un qui sera enclin à parler, même si ça sera difficile vu ce que j’ai lu dans son journal".

La jeune femme observa Darren entrain de placer une croix devant le point d’eau. Puis, en l’attendant, elle s’approcha du cheval et le caressa doucement, ce dernier ayant été apeuré par la fusillade.

Le soldat termina sa petite installation. En revenant, il capta l’image d’un regard différent. Lyanna qui était occupée à caresser la monture, un peu distraitement, ça aurait valu une photo malgré les circonstances. Darren remarquait qu’à part le cadre en bois qu’elle lui avait offert, où il s’était endormi sur son épaule dans la carlingue d’un jumper, il n’avait pas grand-chose comme souvenir d’elle. Il faudrait qu’il y pense un jour.
« Il y a une autre solution. Plus rapide. Mais aussi plus dangereuse. » dit-il finalement en l’atteignant.
Le soldat récupéra les rênes dans l’intention de grimper en premier sur la monture. Un peu pour faire son viril, il ne voulait pas se retrouver à l'arrière à cause de son dos. C’est lui qui emmenait l’Amazone, pas l’inverse.
« Ces femmes en noirs qu’April a surnommé “les Boches”. Tu m’avais bien dit qu’elles te cherchaient non ? On pourrait leur demander de nous emmener à leur chef et ainsi de suite... »

Lyanna réfléchit quelques secondes à la proposition de Darren. Effectivement, ces femmes seraient sans doute le meilleur moyen de les conduire jusqu’à sa Soeur. Mais c’était dangereux, comme l’avait dit le militaire. Si la guerrière pensait qu’elle ne risquait pas grand-chose, ce n’était pas le cas de son compagnon.

"Pourquoi pas. Soit leur demander de nous emmener là bas. Soit leur tendre un piège, et les obliger à nous indiquer le chemin pour s’y infiltrer".
« Que tu es cruelle, j’adore ! »

Darren grimpa en étouffant un râle de douleur. Il ajusta sa position sur la selle puis proposa sa main pour qu’elle le rejoigne.
« Vingt-deux ? »

Bien entendu, Lyanna réagit à ces paroles. Bien que l’idée d’un code était encore étrange et abstraite pour la guerrière, celle-ci avait parfaitement compris où Darren voulait en venir. Vu qu’il venait de lui donner cet exemple. Cependant, une part d’elle en voulait toujours au militaire. Il le savait très bien, d’ailleurs. Il essayait de la pousser à lui pardonner, de passer à autre chose. La jeune femme mit ses mains sur sa taille, prenant un air faussement sévère.

"Je t’en veux toujours, je te signale !"
« J’y survivrai. Quand une relation amoureuse s’établit à base de menaces de mort, d’humiliations publique en taverne et de dangereuses galipettes dominatrices : y’a plus grand chose à craindre. »

Malgré ses mots, Lyanna ne put s’empêcher d’esquisser un petit sourire, en secouant légèrement la tête, amusée. Malgré sa colère, elle aimait Darren aussi. Elle avait également envie de l’embrasser, mais vu qu’elle était toujours fâchée contre lui, ne pas l’embrasser était une bonne punition, non ? Lyanna finit par prendre sa main, et grimpa derrière lui. Mais elle n’osa pas se coller à son corps, de peur de lui faire mal.

"Tu aurais dû me laisser les rênes, avec ta blessure".
« Pas question ! » rétorqua-t-il avec un excès de virilité mal placé.
Comme la dernière fois, il s’enquit des mains de Lyanna et les ramena contre son corps, causant la fameuse douleur qu’elle cherchait à lui éviter.
« C’est l’excuse parfaite pour me faire payer ! »
"Ne me tente pas. Je pensais juste te priver de baisers et de câlins !"

Lyanna serra ses mains l’une dans l’autre, et se cala contre le corps de Darren, en essayant d’appuyer sur sa blessure le moins possible. Elle était prête à partir. Vite, avant que Jim et Max arrivent.
« Tu apprends vite. » admit Darren, avouant que la punition ne le rendait pas indifférent.

L’étreinte de Lyanna était réconciliatrice. Elle lui avait dit clairement qu’elle lui en voulait et, avec cette même clarté, elle lui laissait une petite porte ouverte. Elle voulait la réconciliation autant que lui. Un petit sourire restait sur les lèvres du soldat en se disant qu’il était sur le bon chemin. Le sujet, bien entendu, ne devait surtout pas être débattu. Ils seraient toujours en désaccord sur ce conflit entre profession et confiance. Alors autant l’enterrer tout de suite et y piquer un panneau de danger radioactif.

Clive donna un coup de talon et la bête repartit, plutôt mécontente d’avoir eu un repos si court. S’il avait eu le temps et la santé, Darren aurait jeté les armes des charognardes dans le lac pour qu’elles ne tombent pas entre de mauvaises mains. Et puis il aurait probablement laissé Max déteindre sur lui en creusant une sépulture décente pour les ennemies tombées au combat. Quoique, si les collègues s’arrêtaient au même endroit, Max le ferait probablement durant sa pause, ce qui leur laisserait une longueur d’avance en plus.
Darren ne doutait pas un seul instant que Jim cherchait à les rejoindre. C’était logique qu’il veuille réunir son équipe et faire cesser cette division. Le choix de Lyanna, et le sien par extension, l’avait salement mis dans la merde. Divisés en deux binômes, ils étaient devenus plus fragiles.

En revanche, Clive se rendait compte qu’il n’avait toujours pas reçu d’appel d’Atlantis. Si le sergent avait mis sa menace à exécution, la police militaire l’aurait appelé et formulé clairement un ordre. Normalement : placer Lyanna en état d’arrestation et la ramener sur Atlantis.
Mais rien…

***T’es un vrai paternel, Jim.*** pensa Darren en parvenant au bout de sa supposition.

Atlantis n’était pas au courant de la défection de sa femme.
Et s’il ne voulait pas qu’elle prenne la confiance et en fasse son habitude, il ne valait mieux pas qu’il la rassure tout de suite sur le sujet. Ce serait probablement un nouveau point de discorde mais il ne l’espérait pas.

Puisque sa compagne ne rejetait pas l’idée de rencontrer les Boches, Darren récupéra naturellement la route. Peut-être qu’ils rencontreraient une de leur patrouille et qu’ils pourraient discuter sans avoir à sortir les armes. Pourtant, du peu qu’il en savait, les Boches n’étaient pas tendres. Il allait devoir compter sur la culture de Lyanna, voir comment les femmes de deux tribus distinctes s’entendaient sans se sauter à la gorge.

Les minutes s’écoulèrent longuement sous le bruit de la marche du cheval. Darren évitait de le stresser puisqu’il était déjà fatigué et il le laissait marcher à son rythme. Bientôt, ils croisèrent quelques bâtiments éventrés, incendiés. Ou tout simplement démoli par la force de la nature. Des réfugiées avaient cherché à s'établir sur le bord de la route au fil du temps sans parvenir à un minimum de prospérité. C’était clairement abandonné.

Sur l’une de ces ruines, deux vieilles tombes se devinaient encore malgré les broussailles qui dissimulaient le tout. Une vieille dame se tenait là, avec un chapeau de paille troué, qu’elle plaquait contre son cœur pour le respect. Elle ne les regarda pas, comme coupée du monde.

Un peu plus tard, le soldat sortit une barre chocolatée qu’il ouvrit d’un coup de dent. Il commença à en manger un petit morceau puis, avec un geste naturel de complicité, il le passa par-dessus son épaule pour qu’elle croque dedans. Il agita un peu sa main pour insister, lui disant qu’il était bien au courant de ses nausées et qu’elle devait tout de même avoir quelque chose dans l’estomac.

Lyanna voulut refuser en voyant la barre chocolatée que Darren lui tendait. Elle n’avait pas vraiment faim, mais elle se doutait qu’elle devait avaler quelque chose. A contre coeur, la jeune femme prit la barre et croqua un morceau dedans, avant de la rendre à Darren. Ce dernier ramena la barre chocolatée et en prit un nouveau morceau.
« Tu veux me parler ? » lui demanda-t-il d’une voix douce.
"Parler de quoi ?" demanda Lyanna après un moment d’hésitation, se doutant parfaitement sur quel sujet son amant voulait discuter.

Darren n’avait pas oublié le visage de sa compagne au moment où il était revenu vers elle. L’urgence de la situation l’avait poussé à ignorer ses larmes et sa tristesse apparente. Mais maintenant il ne voyait plus que ça.

Il n’avait pas spécialement envie de revenir sur le sujet de leur discorde mais il suspectait un problème plus profond. Il ne savait pas si c’était vraiment à cause de son choix mais c’était très rare de la voir pleurer.
C’était la colère qui primait généralement.
Si elle avait une dent contre lui, elle aurait généralement des envies de meurtre. Les réminiscences du coup de poing facile se devinerait sur son faciès. Mais certainement pas cet air désemparé et blasé. Lyanna trouvait que c’était de la faiblesse et il l’avait toujours vu s’interdire ce genre de comportement. Alors...qu’est-ce qui avait changé ?

« Je t’ai vu pleurer. » lui dit-il en ramenant encore la barre chocolatée par-dessus son épaule, avant de la ramener lorsque la guerrière en prit un nouveau morceau.
Il avait utilisé le ton du confident. Une façon dont ils se parlaient souvent le soir, enlacés l’un à l’autre, en se partageant leurs rudes journées de boulot avant de s’endormir. La chambre était plutôt bien insonorisée, pas besoin de murmurer. Mais ils le faisaient quand même, comme s’ils respectaient le secret de leur propre intimité.
« Je m’inquiète. Depuis quelque temps, tu es...sensible. »

Lyanna resta silencieuse quelques instants. Elle se demandait si elle devait discuter de ce sujet avec Darren. Si le militaire l’avait vu pleurer, c’était légitime qu’il se demanderait pourquoi. La jeune femme soupira en regardant le paysage, observant sans dire un mot les bâtisses en ruine. Puis, elle finit par secouer la tête.

"Je vais bien. Je suis juste … un peu sur les nerfs avec cette mission. Et tout ce qui s’est passé depuis le début".

La guerrière ignorait en quoi elle paraissait être plus “sensible”, comme venait de le dire Darren. Pour elle, rien n’avait changé, excepté cette étrange maladie qu’elle avait attrapé. La guerrière ne s’en formalisa pas, la mission était le plus important. Mais les épreuves qu’elle avait traversé, depuis ce que le D4 avait dû faire pour entrer dans le refuge, jusqu’à son éviction du groupe par Jim, tout ce qu’elle avait traversé l’avait épuisé mentalement. Elle s’accrochait à cette idée pour justifier son comportement de ces derniers temps.

« Ok. » répondit-il simplement. « Mais d’habitude, tu promets de tuer quelqu’un. Même moi, avec un ton différent. Ou bien tu me fais ton magnifique visage de bouboude en serrant les poings. Tu évoques ce que tu aurais fait si on était dans ta tribu. Bref, tu extériorises. »

Lyanna soupira discrètement.

"Si j’extériorise, je m’en prends à tes équipiers. Ce n’est pas la meilleure façon de faire, non ?"

La guerrière savait que Darren avait raison. D’habitude, elle se montrait plus agressive que ça, du moins en apparence avec lui. Alors, pourquoi son comportement avait-il changé cette fois-ci ? Est ce que c’était à force de côtoyer les Atlantes ? Elle n’en savait rien.

Darren ne répondit rien.
Si elle avait eu quelque chose à lui avouer, ce serait déjà fait. Il ne semblait pas voir la différence ou bien elle ne voulait rien lui dire. Il ne pouvait que l’accepter, il n’était plus vraiment en position de force puisqu’il y avait encore ce froid entre eux.

Un petit moment plus tard, le cheval décida soudainement de se révolter. La monture s’était arrêtée et elle ronflait en donnant des coups de tête. Même les coups de talons de la part de Darren ne lui faisaient aucun effet. En réponse, le cheval claqua du sabot sur le sol, comme s’il voulait lui faire comprendre quelque chose.

Darren finit par deviner.
Il y avait un tout petit ruis sur le côté, un mince filet d’eau à peine perceptible à travers la petite saignée sur le côté de la route. Le pauvre cheval était tout aussi assoiffé qu’eux et il voulait se désaltérer. Ayant enfin compris, le soldat laissa l’animal se déplacer jusqu’à cette oasis minuscule. Il se mit à boire puis à brouter.
La monture avait besoin de repos et ça semblait être le bon moment pour faire une pause.

Fusil en main, Darren descendit du cheval et s’écarta un peu pour inspecter les lieux. Ça avait l’air tout aussi tranquille que la dernière source, raison pour laquelle il se montrait méfiant. Mais il n'y avait rien de toute évidence. Lyanna était également restée aux aguets, puis elle avait attaché le cheval, avant de s’approcher de Darren qui venait de terminer son inspection des lieux.

« On récupère April, on trouve une solution pour ta Soeur. Et ensuite on rentre à la maison. » dit-il finalement pour la rassurer.

Il s’était limité au côté très simpliste de la chose pour qu’elle ne se torture pas l’esprit sur des tas de doutes. Des “et si...et si…” qui lui aurait pollué son état mental. Lyanna acquiesça d’un hochement de tête. Au moins, ce plan était simple, et cela lui convenait. Darren termina son tour puis entreprit de faire du feu. Ils étaient en bordure de route, ce n’était pas un coin super mais ça ferait l’affaire.

« Gratin, pâtes ou risotto. » annonça-t-il en regardant le titre des rations dans son sac. « Je te préviens que si tu ne manges pas, j’annule d’emblée les griefs que tu as contre moi ! »
Il plaisantait bien sûr. Tranquillement, il prépara le repas et fit bouillir de l’eau.

Lyanna se doutait bien que Darren ne mettrait pas sa menace à exécution, mais elle ne put s’empêcher de lever les yeux au ciel, faussement exaspérée. Malgré sa colère, elle ne put s’empêcher de vouloir retrouver peu à peu cette complicité qui les unissait. La jeune femme s’assit à côté du feu, et regarda les trois plats que son compagnon lui présentait, avant de se décider.

"Le risotto".
« Quelle surprise ! » se moqua doucement Darren, connaissant ses goûts.
L’air de rien, deux femmes passèrent sur la route en marchant, chargés de baluchons plutôt lourds. Elles ne les avaient pas vues et elles semblaient simplement voyager. Puis il y en eut deux autres… puis quatre...puis huit...une grosse quinzaine. De vieilles roulottes apparurent, chargées à ras bord d’effets personnels balancés à la hâte. On y avait mis, tant bien que mal, les enfants et les vieillardes qui n’arrivaient plus à suivre le rythme.

Peu à peu, ce qui ressemblait à un simple trafic sur la route devenait un exode lugubre. Certaines personnes en portaient d’autres sur leur dos, dans des draps qu’on portait à bout de bras. Les blessés les plus sensibles gagnaient des civières de fortune. Et en ambiance sonore...des plaintes, des cris et des sanglots.

Darren se redressa en voyant que la scène était plus sombre qu’il n’y paraissait. Il ajusta la bretelle de son arme et fixa l’escorte d’un regard attentif. Ces gens avaient manifestement subi une attaque violente. Il y avait beaucoup de blessés. Quant à Lyanna, elle restait assise, observant la scène qui se déroulait sous ses yeux. Une question lui traversa l’esprit : d’où venaient toutes ces femmes ?

«Maman ! Maman ! Maman ! Maman-maman-maman-maman-maman-maman-maman-maman-maman-maman-maman-maman-maman-maman-maman-maman-maman !!!! » piailla une fillette en tirant la manche de la concernée.

Une entaille profonde sur le front de la mère avait fait couler beaucoup de sang sur son visage, l’aveuglant complètement. La blessure était à vif, même pas bandée, des mouches tournaient autour pour y pondre leurs œufs. Manifestement, elle n’y voyait plus rien. C’était son enfant qui la guidait sur le chemin.

La petite pointa Darren du doigt, innocente.
«L’est bizarre la dame ? L’est malade ? »

Celle qui se trouvait derrière tourna un regard vers eux, plutôt intriguée. Sa tunique portait des traces de sang, signe que quelqu’un avait saigné sur elle. Elle était visiblement épuisée et abattue par une drame. C’est pour ça qu’elle eut du mal à organiser ses idées et comprendre qui se trouvait sur le côté, à quelques encablures de leur convoi.
Son visage se déforma et elle eut du mal à hurler :
«Seigneur Dieu ! C’est un mâle ? UN M LE !!!! »

L’escorte prit peur.
Plusieurs femmes dans la trentaine, toutes celles encore capables de se battre, bifurquèrent vers l’origine des cris pour former un cordon défensif. Des branches en bois dont on avait raclé l’extrémité pour en faire une lance de fortune pointèrent Darren. Nombre de ces jeunes femmes étaient blessées. Sacrément blessées même. Surpris, Darren ne leva même pas son arme. Il fit simplement un pas de côté pour éviter la bouteille qu’on lui avait lancé dessus. Voyant que la situation était sur le point de dégénérer, Lyanna se leva à son tour, mais tous les regards étaient braqués sur Darren.
« Eh, on se calme ! » lâcha-t-il.
« Arrière ! Arrière Mâle ! Ou on te coupe le poireau !!! »
« Non mais vous allez laisser mon engin en paix, à la fin ? J’vous connais pas ! »

Une autre bouteille faillit le toucher. Darren fut contraint de reculer, laissant maintenant Lyanna plus en vue. Sa simple apparition tranquilisa tout de suite cette masse de jeunes femmes. Elles maintenaient tout de même la formation défensive tandis que les roulottes, dans leur dos, s’empressaient de s’éloigner de la menace Clive. Lyanna leva les mains pour montrer qu’elle n’était pas dangereuse. Et pour calmer la situation. Une façon d'apaiser ces femmes qui paraissaient terrifiées.

"D’où est ce que vous venez ? Qui vous a attaqué ?"
« Qu’est-ce que ça peut te faire, toi ! Approchez et il vous en coûtera ! »
«Mais Ryva ! C’est la Corsaire ! La Corsaire, regarde ! » fit la petite fille en tirant la ceinture de ce qui semblait être la cheffe du groupe de défense.
« Mensonge, rien n’est vrai ! Vous ne bougez pas et tout se passera bien. »
Darren soupira. Il savait qu’il devait se faire petit dans cette situation mais son ancienne vie d’esclave l’avait rendu moins patient. Il intervint d’une voix forte et sûre.
« Pour commencer, on mangeait tranquillement, on ne vous a pas invité ! Ensuite, vous parlez à la Soeur de la Corsaire ! Elle vient de libérer une ferme de l’esclavage pas plus tard qu’hier ! Un peu de respect ! »

Une grande lueur d’espoir brilla soudainement dans le regard de la jeune femme. Durant un temps, Lyanna eut l’impression de faire face à Eoguelle le jour où elle lui avait proposé de récupérer son exploitation. Un peu fébrilement, elle fut la première à relever sa lance de fortune. Les autres regardèrent ce geste avec beaucoup de méfiance et d’hésitation. Puis finalement, le reste des fourches et équipements en tout genre cessèrent de pointer la gorge de Darren.
Ce dernier souffla et se réinstalla devant le feu de camp. Vu la réaction, il ne pourrait strictement rien faire sans causer la colère des sinistrés. Il valait mieux avoir l’air occupé et désintéressé. Même s’il pensait l’inverse. Il aurait bien voulu commencer à soigner les blessés. Cette femme, par exemple, devait appuyer continuellement sur sa plaie au lieu de l’éponger comme ça...

« Soeur-Corsaire. » inventa Ryva en s’approchant, souhaitant la saluer.
Elle se malmena les lèvres, ne sachant trop comment s’adapter diplomatiquement. Elle avait tendance à croire cette histoire de libération de ferme. April avait déjà fait parler d’elle un bon moment avant l’apparition de Lyanna. Et toute la description correspondait. « Je...m’excuse. »
Sa voix laissait clairement apparaître que cela ne concernait pas Darren.
La fillette, quant à elle, était un peu plus aventurière. Elle s’approcha de Lyanna et tâtonna son gilet par pure curiosité. La guerrière la laissa faire en l’observant.
L’interlocutrice reprit son discours après lui avoir fait les gros yeux.
« Notre scierie a été envahie. Des Mâles ! Nus, sans le moindre tissu pour les couvrir. Ils trainaient des laisses enroulant leurs attributs comme bêtes de cirque. Ils ont attaqué de nuit, enfonçant les portes de nos chaumières. Ils ont sauté sur chacune d’entre nous. Femmes, fillettes, vieillardes. Ils ont attaqué tout le monde sans distinction. »
Ryva lutta pour ravaler ses larmes. Elle était choquée. A voir son regard, elle revivait une nouvelle fois l’assaut sans comprendre pourquoi ça lui était tombé dessus.

« Mère, la cheffe de village Vagherte, a organisé une diversion pour nous permettre de fuir. Nous avons attrapé tout ce qui avait un peu de valeur, embarqué nos blessés. Mais on n'a pas pu prendre tout le monde. Je les ai vu ces... »
Elle tourna son regard vers Darren et l’accusa d’une voix plus forte :
« CES SALES M LES PUANTS ! CES VILS BESOGNEURS ! »
La jeune femme regarda de nouveau Lyanna.
« Ils ont commencé par tuer les faibles. Ensuite, celles qui ont le plus résisté ont été traînées dehors. Ils les ont forcé à se mettre à quatre pattes. Pour ensuite les prendre en sauvages, comme des animaux. Plus elles hurlaient, plus elles suppliaient, plus ils donnaient fort. Ces pourris ont... »
Le reste de sa phrase ne voulait pas sortir.
"Je sais ce que c’est" affirma Lyanna, compatissante, n’ayant que trop vécu la description de cette femme car elle l’avait vu à de nombreuses reprises sur son monde. Cette dernière parut rassurée, comme une victime qui découvrait pour la première fois un groupe de parole prêt à l’accueillir à bras ouvert. Lyanna capta son besoin de vengeance, de donner un sens à cette attaque qu’elle ne comprenait toujours pas.

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Darren Clive

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Lun 8 Mar - 15:56

Darren Clive

La ruine d’Amarielle
Darren & Lyanna


Discrètement, Clive échangea un bref regard avec sa compagne.
Le schéma de cette agression était typique de la culture Kiranienne. Il doutait que des barbares de Kirana aient pu franchir la Porte et venir jusqu’ici, s’attaquer à une scierie inconnue. Des éléments manquaient à l’équation. Surtout avec cette histoire de “laisse” qu’il ne comprenait pas bien. Mais cette sauvagerie dans l’attaque, cette façon de prendre les femmes fortes et de les soumettre, ça correspondait à ce que Lyanna lui avait décrit de son monde. Cependant, la guerrière ne comprenait pas toute l’histoire. D’où sortaient tous ces mâles ? Ils ne pouvaient pas venir de Kirana, personne ne savait comment la Porte des Etoiles fonctionnaient. Ou alors, peut-être des villages très lointains qu’elle ne connaissait pas ? Et pourquoi l’une de ses Soeurs dresserait des mâles à faire ce genre de besogne ? C’était écoeurant. Non, quelque chose lui échappait forcément.

Darren crevait d’envie de dire quelque chose, de souligner le fait que beaucoup de ces victimes ne s’en sortiraient pas vu les blessures non traitées. Que des gestes simples pourraient les sauver. Mais les regards de haine qu’on lui jetait le réduisaient en silence. S’il faisait le moindre geste de travers, on lui sautait dessus. Il était tout simplement devenu le bouc émissaire de cette attaque nocturne.
Lyanna en était le seul rempart. Et elle le savait. Elle vint volontairement se placer entre lui et les survivantes, comme pour le protéger. Elle regarda les femmes qui lui faisaient face.

"Ce mâle ne vous fera rien. Il est à moi. Il n’est pas comme ceux que vous avez rencontré, il n’agresse pas les femmes".

Lyanna se doutait que ses paroles seules ne suffiraient pas à faire accepter Darren par toutes ces femmes. Mais si elle pouvait détourner leur fureur de lui, ce serait une bonne chose. La guerrière continua de les regarder, voyant leurs blessures. Tout comme le militaire, elle avait compris que certaines plaies pouvaient être soignées facilement. Elle désigna deux d’entre elles.

"Vous devriez soigner ça. Il suffit de nettoyer la plaie et d’y appliquer un bandage avec du tissu pour que ça ne saigne plus. Si vous ne faites rien, les plaies vont s’infecter".
« Vous savez...nous ne connaissons rien de la science de la vie. » avoua la jeune femme. « Il est dit que plaquer des linges sur la plaie les suppurent. Personne n’osera... »
« Je dispose de ces connaissances. Je sais poser les linges sans que ça suppure. »
La jeune femme redirigea machinalement sa lance de fortune vers la menace. Son regard se fit meurtrier. Comment osait-il lui adresser la parole ? Comment osait-il jouer sur ses besoins ?
« Demandez-lui. » insista Clive en désignant sa compagne.
Il ne voulait pas s’exposer à tant de monde en colère. Un seul mouvement de foule et Lyanna ne pourrait rien pour le sauver. Mais en même temps, il se sentait incapable de les laisser sans soins.
Et si ça pouvait aider à faire la part des choses...

Lyanna regarda d’abord Darren, puis le groupe de femmes. En voyant la tension monter d’un cran, la guerrière ne put s’empêcher de se mettre sur la défensive. Si jamais l’une d’elles s’en prenait au militaire, elle voulait être prête à le défendre. Mais Darren avait raison : lui seul était capable de soigner au mieux ces blessées. Ces victimes ne pourraient pas aller beaucoup plus loin sans des soins appropriés. Lyanna respira profondément, avant de hocher la tête en regardant Ryva dans les yeux.

"C’est vrai, il sait soigner les blessures. Laissez le faire, sinon beaucoup d’entre vous mourront dans quelques jours".

La guerrière insista du regard en direction de Ryva.

"Fais moi confiance, il ne te fera rien. Ni à toi, ni aux autres".

« Mais...mais...c’est un mâle... »
Ryva ne parvenait pas à choisir. Son regard balayait les différentes destinations de ses pensées chaotiques. Elle cherchait de l’espoir auprès de Lyanna mais, ne croyant pas qu’un homme puisse faire quelque chose de bien, elle revenait toiser Darren avec un manque d’égard. Son visage se crispait comme s’il dégageait une odeur nauséabonde, malgré la distance, qui manquait de la faire vomir. Et pourtant, dans son dos, les blessées continuaient de pousser de longues plaintes d’agonie. Il y en avait même une qui vomissait du sang. Quelqu’un avait voulu lui donner de l’eau “pour que ça passe” et elle avait vu, horrifiée, le fluide s’échapper depuis l’entaille dans le ventre.

Darren en avait marre de rester agenouillé devant ce feu. Il en avait assez de toute cette misère et de ces préjugés. Une Lyanna qui haïssait le genre masculin, ça passait et il avait appris à vivre avec. Mais toute une bande qui revenait couverte de blessures et d’entailles, le toisant comme le responsable de toutes ces misères, ça le fatiguait. A peu près autant que de rester sans rien faire.

D’un seul bond, le soldat se redressa. Il avait agrippé son sac par une bretelle et le traînait avec lui. Son dos était encore trop douloureux et le geste lui avait arraché une plainte tandis qu’il approchait de Ryva. Il gagna les quelques mètres, se moquant du pic de fortune qui venait pointer sa gorge au fur et à mesure de sa progression, puis s’arrêta à une distance de sécurité très réduite. Il l’observa un instant dans les yeux, devinant la bataille qui se jouait dans son esprit, et il comprit qu’elle n’arriverait pas à le blesser. L’espoir était plus fort que ça...l’espoir que ça marche, que celles qui l’avaient aidé à grandir, celles qui avaient grandi avec elle, soient soignées et en bonne santé.
Darren avança donc, ignorant les faux cris de menace de Ryva.
Ses « Hé...hé...héééééé ! » voulant lui interdire toute approche, ils ne faisaient qu’alerter les autres.

Darren causa un petit mouvement de panique en atteignant la caravane. Les femmes s’écartèrent d’autant plus vite, comme s’il émettait une onde nocive sur une distance définie, distance qu’elles connaissaient d’instinct. En voulant le fuir, elles n’avaient pas pu retirer une victime. Transportée dans un drap, elle reposait désormais sur le sol, le toisant avec une mine horrifiée. La pauvre fille tenta bien de vouloir s’écarter en s’appuyant sur son bras mais sa jambe brisée lui interdit tout mouvement brusque.

Clive s’agenouilla, posa son sac, puis observa la plaie.
« Allez, n’ayez pas peur. » souffla-t-il gentiment. « Je vais regarder votre jambe, d’accord ? »
La fille fit non de la tête, Darren découpa tout de même son pantalon en toile de jute avec des ciseaux. Il était, dès lors, devenu l’attraction. Les femmes du convoi, désormais arrêté, le fixaient avec un mélange d’intérêt et de dégoût.

Tandis qu’il commençait à la soigner, lui expliquant de quoi elle souffrait et comment il allait procéder, Ryva regardait la scène en respirant fort. Mélange de terreur, de soulagement, de colère et de reconnaissance se contredisant dans un seul corps.
« D’accord. » finit-elle par dire.
Les autres filles formant la défense acquiescèrent. Elles se retirèrent petit à petit. Lyanna ne dit rien, elle se contenta de s’approcher de Darren pour continuer à veiller sur lui, au cas où la situation dégénèrerait. Le regard de la guerrière balaya l’assemblée.

"Quelqu’un sait où ces mâles ont pu aller après avoir attaqué votre scierie ?"
« C’est récent... » annonça la jeune femme au travers des quelques hésitations.

Lyanna fronça les sourcils, et elle jeta un regard à Darren, avant de reporter son attention sur Ryva.

"Donc, ils sont peut-être encore là bas ? Où est ce ?"
« Il faut suivre cette route pendant une heure, peut-être un peu plus. Personne n’a éteint l’incendie alors...ce ne sera pas dur à trouver. » répondit-elle sans quitter des yeux ce que Darren faisait. Elle amorça un pas dans sa direction quand il le vit planter une ampoule dans le bras de la victime. Mais lorsqu’elle perçut le soulagement qui remplaçait les cris de douleur, elle se mordit la lèvre et finit par accepter la réalité.
« Mère parlait des mâles alors que j’étais jeune. J’avais vu une peinture une fois, je m’étais toujours dit que ce n’était que légende et racontars. Maintenant, il y en a trop à mon goût. C’est encore plus dur...s’il faut se mettre à les différencier. »

Après une petite hésitation, elle se tourna vers Lyanna.
« L’attaque n’était pas un hasard. » lui avoua-t-elle. « Nous avons résisté aux perceptrices. La révolte gronde, la Corsaire en est le symbole. Quelques guerrières ont même quitté la scierie pour rejoindre son combat, je ne sais où. »
Elle serra les dents.
« Les perceptrices l’ont su, il n’y a pas l’ombre d’un doute... »
"Tu sais où on peut trouver ces préceptrices ?"

Ces femmes devaient être celles dont parlait April dans son journal. D’un côté, Lyanna avait une bande de mâles qu’elle aimerait bien éliminer, ou interroger pour qu’ils la conduisent auprès de sa Soeur. De l’autre, ces fameuses préceptrices devaient être celles que Darren et elle recherchaient. Toutefois, la guerrière avait encore beaucoup de questions sans réponse. Comme par exemple : d’où ces mâles venaient ? Lyanna doutait qu’ils viennent de Kirana, et elle se demandait aussi comment sa Soeur avait pu survivre et fuir la planète. Après avoir regardé Darren pendant que ce dernier s’occupait de la blessée, la jeune femme reporta son attention sur Ryva, tentant de poser une question qui effrayait tout le monde.

"Sais tu quelque chose à propos d’Amarielle ?"
« Silence ! » rétorqua-t-elle brusquement, les yeux écarquillés.
La jeune femme regarda autour d’elle pour voir si personne n’avait entendu. Elle s’éloigna alors doucement en invitant Lyanna à la suivre.
« Rien que prononcer ce nom peut invoquer notre mort. Il ne faut pas en parler. »
Ryva s’humecta nerveusement les lèvres.
« Amarielle...est un mode de vie. Non, pas vraiment...comment l’expliquer ? Les...les préceptrices étaient comme nous autrefois. Paysannes, vagabondes, mendiantes, errants sans but. Elles sont allées à la forteresse...et en sont revenues... »
Elle secoua la tête, n’ayant aucun mot pour le définir.
« Elles sont changées. Fortes, puissantes et déterminées. Elles ont des armes, des protections, elles sont soignées et bien nourries. De toute façon, avec tout ce qu’on nous prend...»

La jeune femme secoua négativement la tête.
« Ca a pourtant l’air d’être bon pour nous. Mais dans un sens...on croirait comme une malédiction. Elles ne pensent plus pareil. J’oserai dire….qu’elles ont... »
Elle balbutia tout en la fixant.
« Elles ont votre regard. »
"Mon regard ?" demanda Lyanna, les sourcils froncés.
« Vous n’auriez eu la tenue de votre Soeur Corsaire, je vous aurais cru perceptrice. Vous avez un regard dur. Qui a connu la douleur, le sang et la mort. »

La gorge de Lyanna se serra à ces mots. Son interlocutrice avait raison, son mode de vie l’avait endurci. La guerrière détourna les yeux quelques instants, avant de poursuivre ses investigations. Ainsi donc, sa Soeur se trouvait dans une forteresse ? Ryva savait peut-être où ce lieu se trouvait.

"Où se trouve cette forteresse ? Comment y aller ?"

Ryva n’avait clairement pas envie de lui répondre. Elle détourna le regard, aussi terrifiée que gênée par le secret que tout le monde taisait. En son for intérieur, le même duel se jouait, entre l’envie de fuir ou de risquer sa vie. Décidément, depuis qu’elle avait rencontré ces deux-là, elle connaissait un terrible ascenseur émotionnel. Combien de femmes ont perdu la vie ne serait-ce qu’en murmurant le nom d’Amarielle ? Combien avaient été retrouvées, la langue arrachée, pour leur rappeler la règle ?
Elle devait se taire, comme les autres.

« Non...non...je ne peux pas le dire. » murmura-t-elle, la gorge serrée. « Vous demandez trop, beaucoup trop. Quiconque parle, quiconque prononce ne serait-ce qu’un mot...finit massacré. »
"Je cherche cet endroit pour mettre fin au cauchemar que vivent les femmes sur cette planète".

C’était un argument qui pesait dans le cœur de Ryva. Elle n’avait même pas le temps de faire le deuil de sa mère, tuée par les mâles. Dans son cœur brûlait le désir de la vengeance, à tel point qu’elle se fichait de sa propre survie. Mais d’un autre côté, les survivantes de la scierie avaient besoin d’une meneuse, de quelqu’un pour les aider à se reconstruire, s’abriter, survivre. Ryva avait déjà trop parlé, elle le savait. Mais son devoir, celui de reprendre le flambeau de sa mère, faisait office de garde-fou.

« Le mâle. » dit-elle finalement en le regardant soigner une nouvelle personne. Darren était en train de bander la main d’une femme qui avait perdu trois doigts.

Le soldat évitait d’utiliser sa trousse de secours pour ne pas se retrouver à sec au pire moment. Il se montrait doux au possible, disposant une couche de tissu sur les plaies à vif avant de resserrer le bandage. La façon dont il s’exprimait, pour expliquer la procédure, et partager le soin, rappelait ce qu’il avait fait la toute première fois envers Lyanna. Bien qu’un paquets de femmes le considéraient avec haine et dédain, quelques autres été venues observer la scène, attendant de pouvoir l’amener à une autre blessée.

« Donnez-moi le mâle. Et je vous ferai guider jusqu’à la forteresse. » proposa Ryva. « Il mourra dès qu’il croisera des préceptrices de toute façon. Ou pire...elles pourraient le transformer comme ceux qui nous ont attaqué. Je vous le prends contre cette information. »

Le regard de Lyanna se figea en entendant la proposition de Ryva. Puis, ses yeux se tournèrent vers Darren qui était trop occupé pour les écouter. Céder le militaire en échange d’une information pour accéder à la forteresse de sa Soeur, et sauver April. La guerrière eut du mal à croire ce qu’elle venait d’entendre.

"Te donner Darren ?"

D’un côté, Ryva avait raison. Si les perceptrices voyaient le militaire, Darren allait sûrement avoir des ennuis. Et l’éloigner lui permettrait d’avoir la vie sauve, si tant est qu’il soit en sécurité avec ce groupe de femmes. Une proposition très tentante pour sauver ce mâle qu’elle aimait, et pouvoir rencontrer sa Soeur sans que cette dernière ne prenne le soldat en otage pour la faire basculer dans sa vie passée.

Pourtant, l’amour de Lyanna pour son compagnon l’empêcha d’accepter une telle proposition. Elle refusait de s’éloigner de lui, même si elle était encore fâchée après Darren. Après tout, le soldat venait de mettre sa carrière en jeu pour elle, pour l’aider et rester avec elle. La guerrière n’allait pas l’abandonner, elle voulait aller au bout avec elle. Peut-être parviendrait-elle à démontrer à sa Soeur que ce mâle n’était pas comme les autres ? L’avoir vendu aux esclavagistes, et avoir été séparée de lui avait été difficile pour la jeune femme. Elle ne voulait pas revivre ça, bien que la vie de Darren allait être en péril s’il venait avec elle jusqu’à la forteresse. Lyanna finit par secouer la tête, et regarda à nouveau Ryva.

"Non, je refuse. Ce mâle m’appartient, et il est sous ma protection".

Lyanna faisait peut-être le mauvais choix pour la vie de Darren. Mais son amant était bien plus précieux que ce renseignement. Ils trouveraient la forteresse de sa Soeur d’une autre manière. Et ensemble.

« Bien. » répondit simplement la jeune femme avant de s’en aller. Voyant que son compagnon ne paraissait pas être en danger avec les autres femmes qu’il soignait, Lyanna s’éloigna pour aller s’asseoir près du feu de camp. Ryva marqua un temps d’arrêt, arrivée à hauteur de Darren, puis lui déclara vivement :
« Tu vas mourir si tu suis ta maîtresse, mâle. Pense-y. »
Le militaire la regarda, un peu étonné au début, puis il lui adressa un sourire charmant.
« Cette soudaine attention me va droit au cœur, merci. » amorça-t-il.
Darren tourna son regard vers l’Amazone pour ajouter, avec son air complice :
« Mais c’est justement la promesse de mort qui me botte. »
Un double-sens qui était destiné à sa compagne. La guerrière parvint à entendre ces quelques mots échangés avec Ryva, et malgré sa colère contre lui, Lyanna ne parvint pas à s’empêcher d’avoir un petit sourire, avant de détourner les yeux.

Ryva haussa les épaules et disparut dans le convoi. Darren n’y accorda pas plus d’importance, débordé par tous les blessés à soigner. Un peu plus tard, il revint à son feu de camp pour s’accorder une pause. Il utilisa sa gourde pour se nettoyer brièvement les mains et testa la chaleur de son quart dans lequel il avait fait un café. En croisant le regard de sa femme, il fit un petit tour d’horizon pour examiner les alentours et définir si on les épiait.
« Les témoignages concordent. » affirma-t-il avant de prendre une gorgée. « Ils ont fait comme sur Kirana quand ils dominent une femme. Les détails sont assez proches de tes confidences. »
Le militaire versa un peu de son quart dans un contenant plus petit pour partager sa boisson chaude. Il savait que ce n’était pas vraiment dans les goûts de son amante. En plus, le côté amer du café n’allait pas vraiment l’aider avec ses nausées. Il prit donc le temps de lui ajouter une double dose de sucre et de le diluer dans un surplus d’eau. Lyanna s’empara du quart, et jeta un œil dégoûté à l’intérieur. Elle n’aimait pas le café, et même si le militaire avait rajouté de l’eau et du sucre, nul doute que la guerrière n’allait pas apprécier. Cependant, comme il n’y avait rien d’autre, elle but une gorgée, et déglutit difficilement, avant de poser le quart sur le sol.
« Je fais les blessés les plus graves mais il y en a d’autres qui ne veulent pas se laisser approcher. De toute façon, on perd notre temps. Je ne veux pas paraître cruel mais plus on reste ici et plus vite on sera rallié par Jim. Sans oublier que la piste à la scierie se refroidit. »

Lyanna allait répliquer qu’ils ne pouvaient pas laisser les blessées ici, sans soin, livrées à elle même. Cependant, l’argument comme quoi Jim allait les rattraper fit mouche. La jeune femme n’avait vraiment pas envie de rejoindre le reste de l’équipe après ce qui s’était passé. La scierie était aussi un bon argument, car s’ils voulaient avoir une chance d’aller dans cette forteresse, ces mâles seraient sans doute une bonne idée. A contrecoeur de devoir laisser le groupe de femmes se débrouiller, Lyanna soupira en abdiquant d’un hochement de tête. Son attitude démontrait clairement qu’elle était peinée de prendre cette décision.

Darren regarda une dernière fois derrière lui avant de reprendre à voix basse, sur le ton de la confidence :
« Je sais que tu as dans l’idée de faire le ménage mais...ça entre un peu en contradiction avec ce qu’on est venu faire. Si on atteint la scierie et qu’il y a encore du monde. On distribue la vengeance à coup d’épée dans la gueule ou on se fait embarquer pour rejoindre ta Soeur ? »
"Mais on ne peut pas les laisser repartir sans leur faire payer ce qu’ils ont fait !"

Darren avait raison sur un point, Lyanna le savait. S’ils se mettaient à tuer tous les mâles présents dans la scierie, aucun d’entre eux ne les conduirait à la forteresse de sa Soeur. La priorité était non pas de se venger, mais d’accéder à l’intérieur de cet antre mystérieux. La guerrière soupira bruyamment, mécontente.

"Bon d’accord, on les laisse en vie pour rejoindre ma Soeur … mais je les tuerais une autre fois !"
« Naturellement. » conclut Darren avec une pointe de malice.

Sans attendre, il vira les cafés et plia bagage. Tandis qu’il chargeait le cheval, le convoi des réfugiées s’était remis en route pour une destination inconnue, charriant encore des blessées dont il ne s’était pas occupé. L’image de ce désastre ne le laissait pas indifférent et il choisit d’activer sa radio pour en informer Jim. Comme il l’espérait, le sergent comptait les intercepter pour leur apporter du soutien. La présence de Lyanna aurait été idéale pour calmer les jeunes et leur avidité de vengeance. Mais la figure paternelle n’en était pas à sa première fois, il saurait se débrouiller seul.

Le militaire remonta à dos de cheval en prenant Lyanna derrière lui, qui posa sa tête contre le dos de son amant, signe qu’elle était de moins en moins en colère contre le soldat. C’était un dernier petit plaisir personnel avant d’être réduit à jouer l’esclave. Sa compagne n’en prenait pas pleinement conscience, ou bien elle se faisait une raison, mais Darren savait ce qui l’attendait. La ferme ne serait qu’un parcours de santé par rapport à ce qu’il allait vivre au contact des fameuses Boches. April ne les portait pas dans son cœur, les descriptions dans son journal n’étaient pas glorieuses. Connaissant sa sœur d’arme, il savait très bien qu’elle n’affabulait pas.

Le militaire n’était pas dans sa meilleure forme et une petite partie de lui avait envie d’abandonner. Il y pensait en chemin, son esprit vagabondait avec légèreté. Il se voyait donner un coup de rennes et emprunter une toute autre route. Tranquillement, il se serait choisi un coin pour poser les valises et s’occuper un peu mieux de son couple. Il trouvait que ça n’avait pas été le cas dernièrement. Pris par le boulot, Darren et Lyanna se croisaient en soirée. Manger, avoir tout juste le temps de se faire virer d’un club, puis il fallait repartir le lendemain, déjà.

Il ne s’inquiéterait pas à ce point pour April, perdue quelque part derrière ces horizons, il aurait trouvé un lac paisible pour passer du bon temps. Le bon côté, quand on est amoureux, c’est qu’il n’y a pas de lassitude. Même s’il n’y avait plus rien à dire, aucun sujet de conversation, la proximité de l’un et l’autre suffisait amplement.
Son petit rêve personnel prit fin lorsqu’il remarqua les grandes colonnes de fumées noires, consécutive à l’incendie de la scierie. Même s’il ne connaissait pas le coin, Darren savait qu’ils n’étaient plus qu’à quelques kilomètres de la zone sinistrée. Il finit par mettre pied à terre afin de laisser les rennes à sa femme et finir le chemin à pied.
Si les Boches étaient encore là, et il l’espérait pour leur mission, elles n’allaient pas apprécier de voir un “mâle” aux commandes du cheval.
Le mec à pied, la maîtresse sur la monture, ce serait un meilleur message. Lyanna comprit son idée, et prit les rênes de la monture, la faisant marcher à côté de son compagnon.

La scierie avait autrefois attiré pas mal d'activités. Elle était plutôt bien située, un lieu stratégique à deux encablures d’une source d’eau. Il y avait assez de vent pour l’exploitation d’un moulin à vent maintenant écroulé. Les différentes bâtisses qui entouraient la cour centrale, lieu de rassemblement classique des travailleurs, ne constituaient plus des carcasses fumantes. Leurs ossatures noircies pointaient en direction du ciel, quelques morceaux rougeoyant encore de l’enfer qui avait eu lieu une partie de la matinée. Bien des affaires abandonnées sur le sol forçaient une vue apocalyptique.

Tandis que Darren s’avançait vers le centre de la zone, il entendit un hennissement dans son dos et remarqua que deux Boches les suivaient à distance. Les guetteuses les avaient laissé passer et maintenant elles les suivaient, le regard dur, sans rien tenter contre eux. Une escorte…
Un échange de regard avec Lyanna suffit à comprendre. L’amazone ne semblait pas étonnée, comme si c’était une pratique courante chez elle.

Bientôt, un nouvel environnement sonore s’imposa. Des gémissements de femmes dont la vie s’achevait dans la douleur. La destruction, le chaos. Quelques corps sans vie gisaient dans le fossé, déjà attaqués par la vermine et les mouches. D’autres avaient eu moins de chances. Encore en vie, attaquée par des bestioles qui dévoraient tranquillement leur chair à vif, n’ayant que faire de leurs appels à la pitié.

Deux Boches gardaient l’entrée de la place centrale de la scierie. Les fusils à énergie restaient pointés au sol, bien que les regards demeuraient chargés d’hostilité. Manifestement, personne ne s’en prenait à Lyanna puisqu’elle venait elle-même à leur rencontre. Elles attendaient de voir ce qu’elle ferait avant d’agir.
Quant à Darren, il n’avait jamais autant été le sujet de mépris et de haine. Aucune des Boches ne comprenait ce qu’il faisait ainsi, habillé et équipé, alors qu’il devait être soumis par une laisse “comme les autres”.

Lorsqu’il entra dans la place en guidant le cheval, respectant son rôle d’esclave menant sa maîtresse, il examina son environnement et en fut un brin sidéré. Une dizaine de femmes solides, puissantes et déterminées s’y trouvaient. La posture, la façon d’être, cette haine perpétuelle, c’était la même image que Lyanna portait avant qu’elle n’épouse la vie à l’Atlante. La signature des solides Amazones de Kirana, étrangère à toute compassion.

Une partie de la troupe nettoyait les lieux, retirant les corps pour aller les jeter pêle-mêle. Elles en faisaient un petit tas pour que les réfugiées, lorsqu’elles reviendraient, s’occupent de nettoyer tout ça et organisent les funérailles. Un peu plus loin, de nouvelles recrues avaient été sélectionnées parmi les victimes. Celles qui n’étaient pas désignées coupables, visiblement, pouvaient rejoindre Amarielle. On les avait alignées juste devant le tas de cadavres pour les mettre en garde. Pendant ce temps, elles étaient passées en revue par une Boche aux allures d'instructrice. Elle donnait des coups de bâton douloureux sur ce qui dépassait d’une posture droite. Les mains qui trainent, les pieds mal positionnés. La base de la discipline.

Mais les autres, les coupables, celles qui avaient aidé April ou sa rébellion. Elles étaient encore là, au beau milieu de la place centrale. Les Boches avaient veillé à ne pas les tuer. C’était visiblement une punition trop douce. Les fameux mâles décrits par April se relayaient pour les besogner. Ça avait duré depuis l’aube et elles n’avaient plus la force de se débattre. Résolues dans cette position humiliante, elles attendaient simplement que la tempête passe, les dents serrées, s’accrochant à l’espoir que l’horreur s’arrête. Cette scène révolta Lyanna intérieurement, mais l’enjeu était bien trop grand. Si elle écoutait son cœur, elle passerait immédiatement à l’attaque pour protéger ces femmes. En vain bien sûr, car les Boches ne lui ferait aucun cadeau. Et sa mission prendrait immédiatement fin. Son compagnon l’avait prévenu sur ce qu’elle devait faire : son possible pour pouvoir approcher sa Soeur. Et cela voulait donc dire laisser ces malheureuses subir ces tortures écoeurantes. La guerrière serra les dents, et détourna les yeux, en ayant la nausée. Elle fit un énorme effort pour garder un visage impassible. Mais c’était bien difficile.

Le visage contri, Darren eut également beaucoup de mal à supporter cette scène. Lyanna lui avait pourtant décrit l’horreur que subissaient les guerrières Kiraniennes vaincues sur le champ de bataille. Mais le voir de ses yeux, c’était différent. Pas étonnant qu’elles étaient toutes prêtes à se battre jusqu’à la mort et qu’il ne résidait, dans le peuple de Kirana, aucune notion d’amour et d’attachement après de telles ignominies.
Il comprenait mieux maintenant.

L’une des femmes avait encore la force de parler. Quand son agresseur se retira de son derrière pour laisser la place à un autre, elle leur supplia d’arrêter. Qu’elle n’en pouvait plus. Et ça provoquait visiblement la satisfaction du prochain mâle nu qui s’employa ardemment de ses coups de reins à la faire crier de détresse.
Darren en vit deux autres, côte à côte. Prostrées à quatre pattes dans cette même position humiliante, une mère donnait la main à sa fille pour l’aider à surmonter cette épreuve. La mère pleurait en secouant le bras de son enfant qui ne répondait plus. Elle avait déjà ce regard vide, ce regard terrible qui ne suppliait que l’envie de mourir et de disparaître. La petite était prostrée, ne réagissant même plus aux assauts violents de son agresseur sur son intimité.

Cette scène serait passée pour une orgie chez les Terriens, bien que le principe était malsain. Ici, c’était un crime volontaire à ciel ouvert. Instinctivement, l’index de Darren s’était glissé sur la queue de détente de son M4. Il crevait d’envie de tirer dans le tas et de libérer ces femmes. Mais ils n’étaient pas venus pour ça et c’est bien ce qu’il y avait de pire. Ils devaient agir en infiltrés, en collabos et non en libérateurs. Dans un réflexe, Darren monta son regard vers son Amazone. Il savait que cette vision d’horreur allait déclencher d’horribles souvenirs de son passé. Mélina, ses sœurs abattues, la brutalité et violence de sa culture...

Malgré son violent désir de faire justice, il sentait qu’il était le seul à pouvoir la guider. A faire en sorte qu’elle ne tombe pas dans le piège de se jeter à corps perdu dans un sauvetage impossible. Les Boches les entouraient, armées, déterminées. C’était horrible à penser mais pour ces victimes : c’était trop tard. Alors Darren tira les rennes pour écarter sa compagne des martyrs. Il dirigea la monture en direction de la cheffe présumée de la bande. C’était celle qui avait tué les cannibales en recherchant Lyanna. Assise sur le flanc d’un chariot avec son bras droit et deux autres sbires, elles observaient sans aucun plaisir ce qu’elles avaient ordonné sur la place centrale. Elles regardaient simplement d’un regard noir, se rappelant de ce qu’était la punition ultime des traitres et des révoltées.

Les deux Boches qui formaient l’escorte verrouillèrent la seule sortie de la scierie. Elles firent un signe approbateur à Ishey, pour dire qu’ils étaient venus seuls, laquelle lorgnait ensuite Lyanna d’un air sombre. Son regard la jaugeait, voyant en elle une ennemie qu’elle recherchait depuis longtemps et qui avait le cran de se présenter ouvertement. Une guerrière qui se jetait ainsi dans la gueule du loup méritait les égards. Mais finalement, le bras droit qui avait ouvert un morceau de parchemin fit un signe négatif de la tête.
Non, ce n’était pas elle. Ce n’était pas April.
Ishey soupira un peu comme Lyanna le faisait, regardant au ciel. Puis elle se leva pour la dominer, elle et son cheval.

« Toi, là ! Tu portes la tenue de mon ennemie mais tu n’en as pas le visage. Que viens-tu faire ici ? »
Elle descendit un regard chargé de menace sur Darren, lequel avait posé un genou à terre dans une forme de soumission.
« Tous les mâles sont à Amarielle. Qu’est-ce qu’il fait là, celui-là ? Et habillé en plus ! Où est sa laisse ? »


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Lyanna

√ Arrivée le : 14/07/2018
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Dim 14 Mar - 23:13

Lyanna

La ruine d’Amarielle
Darren & Lyanna

Lyanna regarda l’assemblée, analysant la situation. Peut-être aurait-elle dû interdire à Darren de venir avec elle. Les rênes serrées dans les mains, elle reporta son attention sur Ishey.

"Je suis venue ici pour voir ta supérieure".

La guerrière jeta un rapide coup d'œil à Darren qui jouait le jeu du parfait esclave.

"Quant à ce mâle, il m’appartient ! Il est là pour assurer ma sécurité, donc je lui ai donné les moyens de le faire. Pas besoin de laisse, il est très bien dressé et obéissant !"
« Ah il est bien dressé ? » répéta Ishey dans un air de défi.
Elle pointa la place centrale d’un coup de menton.
« Alors envoie-le salir ces garces. Elles doivent être châtiées sévèrement et ces larves de mâles sont déjà fatiguées. On parlera des raisons de ta venue ensuite. »

Lyanna répondit aussitôt à la demande d’Ishey, avec beaucoup de calme, comme si sa réponse était la plus naturelle du monde.

"C’est un eunuque, il ne pourra pas faire ce que tu demandes, il en est physiquement incapable. Castrer les mâles les rend bien plus obéissants que tu ne le penses".

Darren remercia mentalement sa compagne d’avoir trouvé cette excuse. Il ne se serait jamais approché d’une victime même pour faire semblant. Pourtant, sa fierté d’homme s’exprima au plus mauvais moment lorsqu’il songea : ***Tu disais pas la même chose quand je te prenais sur la commode hier ! ***
La faute à cette obligation de devoir jouer le soumis tout le temps sur cette planète, il ressentait illico le besoin de prouver l’inverse. Déjà, il enregistrait l’intonation de la voix de sa compagne, la façon si sûre et si catégorique de le déclarer moribond de la virilité, et se promit de lui régler son compte dès la prochaine occasion.
Et pendant qu’il y songeait, Ishey alternait du regard entre le fameux mâle eunuque et Lyanna.

« Tu es une amie de la Corsaire ? » demanda-t-elle sèchement.

Lyanna réfléchit quelques secondes. Bien entendu, elle savait parfaitement que dévoiler la vérité était à éviter. Dire que oui, elle connaissait April, et qu’elle était là pour la sauver, signerait son arrêt de mort, ainsi que celle de Darren. Il lui fallait mentir, elle n’avait pas le choix.

"Une amie ? Pas du tout. Je suis à sa recherche, il y a un contrat sur sa tête. Alors, je la traque pour empocher la récompense".
« Alors retourne d’où tu viens, étrangère. La tête de la Corsaire appartient à Amarielle, elle ornera bientôt sa salle du trône. Devance-nous et la tienne l’y rejoindra. »
"C’est pour ça que je suis ici. Je viens discuter avec Amarielle concernant la Corsaire. Je suis Lyanna, de Kirana, et je dois m’entretenir avec elle".

Dès qu’elle avait envisagé l’idée de joindre la cheffe du clan, toutes les Boches s’étaient mises à sourire. Elles prenaient Lyanna de haut, en la sous-estimant clairement, comme si elle n’avait pas conscience qu’elle demandait la lune. Mais à peine venait-elle d’énoncer clairement le mot “Kirana”, son origine, que les figures moqueuses s’étaient écroulées d’un coup. Le bras droit regarda Ishey avec un aspect dubitatif. Quant à elle, toujours debout sur son chariot, elle semblait soudainement bien moins sûre d’elle.

C’était facile de jouer les gros durs. Sauf lorsqu’il y avait un os ou de l'inattendu.
« Il n’y a plus personne de Kirana, à part Amarielle. » rétorqua Ishey en décroisant les bras. « Et on ne la rencontre pas comme la marchande de poisson du coin. Où est-ce que tu te crois ?!? »
« Maîtresse, elle vous insulte. » lâcha Darren en se relevant, en colère, comme directement touché par cette réponse. Il soutint le regard haineux qu’Ishey venait de river sur lui et le défia pleinement. « Permettez-moi de laver cet affront ! En votre nom ! »
« Comment oses-tu parler, esclave !!!! » vociféra Ishey.
« Maîtresse ? »
"Silence !!!" ordonna Lyanna en fusillant Darren du regard.
Le soldat baissa les yeux, puis la tête, en signe de reddition servile.

La guerrière refusait de laisser Darren “laver cet affront” comme il le disait. Il était blessé, et il était hors de question de le laisser se battre dans son état. Aucune de ces femmes ne poserait la main sur son compagnon sans subir le courroux de Lyanna. Cette dernière regarda ensuite Ishey.

"Je peux t’assurer qu’Amarielle n’est pas la dernière survivante. Dis lui que Lyanna, sa Soeur, souhaite s’entretenir avec elle. Tu verras sa réaction".

La jalousie brillait déjà dans le regard de la cheffe. Elle se voulait le bras armé d’Amarielle, sa plus valeureuse guerrière. Rien que d’entendre Lyanna prononcer le mot “Soeur”, celui qu’Amarielle réservait justement aux rares élues de son cercle, lui fit prendre une inspiration colérique. Elle le sentait au fond, elle sentait la culture Kiranienne imprégnée chez Lyanna malgré sa tenue. Elle savait qu’elle ne mentait pas et c’était donc une rivale beaucoup plus coriace que les autres Boches pétries d’ambitions.
« Sa soeur, hein ? » lâcha-t-elle, pleine de jalousie et de mauvaise foi.
Elle fixa son bras droit qui haussa les épaules. Pas le choix, si elle faisait tuer Lyanna et qu’Amarielle l’apprenait, que c’était effectivement une Soeur, Ishey se retrouvait sur cette place, comme l’une de ces traîtresses, à se faire besogner nuit et jour. La trahison était le pire crime…
« Si c’est ta Soeur, tu sais déjà qu’on ne vient pas lui annoncer une telle chose les mains vides. Donne-moi une preuve pour lui annoncer ton arrivée. Qu’elle te reconnaisse comme Kiranienne ! »

A cette demande, Lyanna serra les dents. Une preuve à donner à Amarielle pour prouver qu’elle était bien un membre de sa tribu disparue ? La jeune femme réfléchit, et ne vit qu’un seul objet à donner à Ishey. Cela dit, Lyanna n’appréciait pas du tout cette solution. Mais avait-elle le choix ? Si elle se trompait, si son audience n’était pas accordée, si les choses tournaient mal, elle ne reverrait plus cet objet qui était cher pour elle. Pendant de longues secondes, la guerrière resta silencieuse. Elle balaya l’assemblée du regard, fixant chacune des Boches présentes. Toutes ces femmes suivaient maintenant la conversation avec gravité. N’ayant pas connaissance de la conversation, elles devinaient tout de même ce qui était en train de se jouer. Si bien que dans ce silence pesant, seuls les gémissements de la torture demeuraient dans un fond écoeurant.
Que devait faire la guerrière ? C’était un sacrifice difficile à accepter. Mais elle ne voyait pas d’autre solution.

A contrecoeur, Lyanna retira l’une de ses épées de son fourreau, et la présenta à Ishey.

"Présente lui cette arme, elle la reconnaîtra".

Clairement opposée à Lyanna par pure rivalité, Ishey préféra donner un signe de tête à sa sous-fifre qui se rendit à la hauteur de l’Amazone à sa place. Une façon de montrer qui était la cheffe ici et qui était l’imposteur. La sous-fifre, contrairement à Ishey, n’en menait pas large. Elle était déjà convaincue d’être en présence d’une Kiranienne et le travail très pur de la lame l’identifiait parfaitement. L’arme d’Amarielle elle-même était déjà très reconnue. Alors l’épée courte de Lyanna était maintenant perçue avec un respect sacré.
Le pommeau de ses épées avait été forgé dans sa tribu, et la manufacture était inimitable. Chaque forgeron avait sa signature. Ishey le savait bien.

La brune qui allait récupérer l’arme sortit rapidement un foulard de sa tunique. Elle éjecta Darren d’un coup de botte haineux pour lui dire de s’écarter puis, après avoir épousseté le tissu, elle le tendit de ses deux mains pour recevoir l’épée et la protéger. Lyanna se crispa en voyant comment la sous fifre de Ishey traitait Darren, mais elle se refusa à dire quoi que ce soit, où à agir. Si elle le faisait, ils seraient perdus tous les deux. Après s’être rapidement assurée que son amant allait bien, la jeune femme donna son épée.

Se séparer de son arme était un sacrifice difficile, mais Lyanna sentait qu’elle n’avait pas le choix. Sa Soeur reconnaîtrait son épée. Cependant, elle ne put s’empêcher de fusiller Ishey du regard, usant de toute sa prestance de chef de guerre.

"Mais je te préviens : si cette épée ne m’est pas rendue, je peux t’assurer que tu te retrouveras pieds et poings liés à te faire violer par ces mâles jusqu’à ta mort !"
« Tu gaspilles ta salive, étrangère. »
Ishey appuya sur le dernier mot. Elle craignait que sa cohorte ne respecte plus son autorité. Son charisme était gravement éprouvé par celui de Lyanna. Tandis que la brune enveloppait consciencieusement l’épée dans le linge, comme s’il était très fragile, Ishey lui jeta un regard défiant.
« Seule Amarielle décide de ton sort et du mien. »
« J’en prendrai grand soin. » fit la seconde d’Ishey avec respect, tenant le bagage dans ses deux mains.
« Va l’apporter au lieu de faire ta chienne à mâles ! » cracha Ishey en la rejetant d’un revers de bras.

La brune acquiesça et fit volte face.
La seconde d’après, elle disparaissait au triple galop sur un cheval, prenant la direction de la forteresse. Ishey fixa intensément Lyanna un petit moment, tentée à l’idée de la défier. Mais la menace de finir à la place des traitresses, pieds et poings liés comme elle l’avait promis, la faisait réfléchir.
« Je t’emmène. » dit-elle finalement, abdiquant.
Elle quitta la charrette pour prendre son cheval. Elles allaient se rendre vers la forteresse tranquillement, jusqu’à ce que la réponse d’Amarielle leur parvienne en chemin. En attendant, Ishey voulait se venger et elle trouva le moyen. D’un simple geste de la main, deux Boches sautèrent brutalement sur Darren.

L’une lui enfonça son poing dans le foie et l’autre lui colla sa botte dans le genou, le forçant à s’agenouiller. Le militaire poussa une plainte sourde mais retenue, il devait se montrer comme un esclave de grande qualité, prouver la raison pour laquelle il servait Lyanna. Alors il se laissa docilement maltraiter sans même chercher à leur échapper, sans se défendre. Surtout, il ne leva pas les mains en signe de reddition. Darren laissa tout simplement les Boches le battre. Il encaissa dignement, comme un esclave solide et éternellement servile, tandis qu’une autre s’approchait avec la fameuse laisse.

En voyant cette scène, Lyanna fut sur le point de protester. Ishey, de son côté, lorgnait la guerrière avec une lueur de satisfaction, attendant un faux pas de sa part. Il était clair que les Boches n’allaient pas tuer le militaire. Mais il était clair également qu’il n’aurait pas de cheval pour les suivre. Et qu’il devait donc suivre le convoi des mâles esclaves pour arriver à la forteresse par ce moyen différent.
« Allons-y. »
"Attends !" ordonna Lyanna en la dévisageant.

La jeune femme ne pouvait pas rester sans rien faire pendant que Darren se faisait maltraiter et humilié. Sans compter que la laisse dévoilerait le subterfuge qu’elle avait donné plus tôt. L’envie de frapper Ishey la démangeait, mais c’était ce que cette dernière attendait. Lyanna la fusilla de son regard noir, mais elle resta étrangement calme, alors qu’intérieurement, elle bouillait de rage. Pour parler à la Boche, la guerrière resta sur son cheval, la dominant de toute sa hauteur. Et de sa prestance.

"Je t’ai dit que c’était un eunuque. La laisse ne pourra pas être installée correctement. Il suivra les autres mâles, même sans cet outil. Il a trop peur que je le tue s’il désobéit".

Lyanna plissa légèrement les yeux. Elle fit une pause, avant de s’adresser à nouveau à Ishey, menaçante.

"Quant à toi, je peux te jurer une chose : lorsque Amarielle me verra, je te garantie que tu ne lui seras plus indispensable. C’est moi qui prendrais ta place, je serais son bras droit. Toi, tu n’es rien. Et pour avoir osé maltraiter l’esclave qui m’appartient sans même me demander mon accord, je te tuerais pour ça. Chaque coup qu’il recevra, même s’il vient de tes sous fifres, je te le rendrais au centuple avant de t’achever !"

Le poids de la menace glissait sur Ishey qui ne rêvait que de balayer l’Amazone. Mais les autres, qui tenaient encore Darren, y étaient beaucoup plus sensibles. Les deux qui le retenaient finirent par céder sans même que leur cheffe n’en fasse le signe, repoussant Darren de leur emprise. Le militaire toussa deux fois avant de se redresser et reprendre sa posture de soumission. Non pas dirigée vers Ishey et ses sbires. Mais vers Lyanna, comme dans l'attente d’un ordre simple. Celle qui tenait la laisse la rangea doucement dans sa poche, espérant ne pas attirer davantage les foudres de l’Amazone.

Ishey, en revanche, ne comptait pas se laisser marcher dessus.
Elle se pencha légèrement sur sa selle pour lorgner Lyanna, mauvaise.
« Pour l’instant, tu n’es rien pour moi. Une simple poussière qui me gratte l’oeil. Un caillou dans ma botte. Un moucheron. »
Elle cracha par terre, aux pieds de son cheval, et ajouta sans cligner des yeux :
« Et lorsque je serai face à Amarielle, que je devrai me justifier. Je lui raconterai combien tu protèges ardemment ton mâle. Ta Soeur va vite se demander si tu lui ouvre pas ton séant comme ces traîtresses, là. Et peut-être bien que tu ne te débats même pas, le visage dans la poussière, tandis qu’il te rabote ! »
"Crois ce que tu veux, je m’en fiche. Je me demande qui ma Soeur va croire entre toi et moi. Sache seulement que je ne protège pas ce mâle. Je n’aime tout simplement pas qu’on joue avec mes affaires. Il n’y a que moi qui ai le droit de porter la main sur lui".

Lyanna tourna la tête pour regarder Darren, qui semblait attendre un ordre de sa part. Elle aurait bien voulu qu’il continue de la suivre, car au moins, elle pouvait le protéger. Cependant, devant Ishey, il valait mieux jouer la sécurité, même si cela ne lui plaisait pas. La jeune femme femme reporta son attention sur la Boche, tout en donnant un ordre au militaire.

"Rejoins les autres mâles !"

Encore fragilisé par son passage à tabac, Clive posa une main sur sa poitrine et s’inclina respectueusement. Il n’ouvrit pas la bouche pour répondre, se contentant de cette affirmation gestuelle avant de se détourner. Il marcha en direction du regroupement d’esclaves mâles, préférant faire un écart devant les suppliciées pour atteindre ceux qui étaient au repos. Les esclaves hommes, d’ailleurs, le regardèrent avec jalousie. Ils enviaient le fait qu’il soit habillé et équipé. Un esclave de luxe en somme.

« C’est tout de même commode. » fit remarquer Ishey avec un sourire mauvais. Elle regarda le reste de son armée et cria : « Traitez le différemment. Il ne nous appartient pas. »

Ishey fixa ensuite l’Amazone, l’air de lui demander si elle était enfin satisfaite. Lyanna se contenta d’un simple hochement de tête, soulagée intérieurement, bien qu’elle gardait ce visage froid qu’elle avait depuis son arrivée à la scierie. Puis la Boche donna un coup de talon à sa monture pour prendre la direction de la forteresse. La route se fit dans un silence terrible et pesant. La cheffe des Boches refusait de lâcher un mot à cette étrangère, à son ennemie. Une question passa dans l’esprit de Lyanna, qui cherchait à en savoir plus sur April. Bien qu’elle ignorait si Ishey allait lui répondre ou non.

"La Corsaire, est ce qu’elle a été capturée ? Ou est-ce qu’elle court encore ?"

La guide l’ignora royalement. Cela ne surprit pas la guerrière, qui s’était attendue à ce comportement de sa part. Alors qu’elle quittait la scierie en sa compagnie, la jeune femme se tourna pour regarder Darren, resté sur place avec le convoi de mâles. Il ne ferait pas route avec elle, et bien qu’elle s’inquiétait de son absence, elle ne le montra pas. Lyanna suivit Ishey vers la forteresse.

La Boche prit une légère avance sur la monture de Lyanna pour ne pas l’avoir dans sa vision périphérique et lui faire sentir qu’elle menait, qu’elle était à la tête. Elle quitta les sentiers battus et se servit des irrégularités du terrain pour la tester, la chercher. Si elle avait plus de mal qu’elle à traverser un ruisseau, un relief ou un sentier rocailleux, elle se fendait d’un petit sourire moqueur. Elle cherchait continuellement à lui faire sentir qu'au-delà de ce duel de force, de charisme, il y avait également la maîtrise. Ishey ne doutait pas que sa rivale était une excellente duelliste. Mais elle s’estimait l’être également. La compétition pour la place privilégiée auprès d’Amarielle ne s’arrêtait pas sur ce chemin. Elle avait bien l’intention de traîner Lyanna dans la boue et montrer qu’il ne suffisait pas d’être Kiranienne pour mériter le titre de Soeur.

Le temps passa longuement et le soleil était désormais bien haut. Bientôt, il commencerait sa descente pour un début de soirée. Ensemble, les deux cavalières traversèrent quelques sites de batailles, des corps empalés sur des pieux, d’autres pendus aux arbres. Sans oublier des petits campements mis à sac et des chariots détruits. Quelques patrouilles de Boches passaient parfois, saluant respectueusement leur cheffe tout en jetant un regard curieux à Lyanna.
De son côté, l’Amazone devait reconnaître que sa Soeur n’avait pas chômé. Malgré les atrocités rapportées par April sur son journal, il régnait dans cette faction une discipline et une rigueur martiale qu’elle ne trouverait pas dans le refuge. Ici, chaque fille semblait avoir sa place, être capable de se battre. Il n’y en avait pas une qui tenterait de s’engraisser au détriment de l’autre.
Il n’y aurait pas eu d’esclavage dans une ferme pendant deux ans dans l’armée d’Amarielle…
Cependant, si Lyanna reconnaissait que sa Soeur avait fait en quelque sorte du bon travail en instaurant la discipline, c’était cette histoire de punition des femmes en envoyant les mâles faire leurs sales besognes. Ce principe choquait la guerrière, après tout ce que sa tribu avait traversé et connu. Et elle comptait bien en toucher deux mots avec cette Amarielle.

Soudain, la seconde d’Ishey apparut depuis le sommet d’une colline. Elle les aperçut et changea immédiatement de direction pour aller à leur rencontre. Elle fouettait son cheval comme si elle était dans l’urgence, avalant la distance à un rythme fou pour les rejoindre le plus vite possible. Elle s’était tellement donnée à fond pour combler la route dans les plus brefs délais qu’elle était elle-même essoufflée. Son cheval manqua de s’écrouler, l’écume à la gueule, couvert de sueur. Et la sous-fifre mit pied à terre.
Elle commença par jeter un regard surpris à sa supérieur avant d’aller directement vers Lyanna, ouvrant sa tunique depuis laquelle dépassait son foulard. Elle en ressortit l’épée de l’Amazone qu’elle monta à sa hauteur avec un respect exagéré.
« Lyanna...avec mon plus grand respect. » fit-elle en lui rendant son épée. « C’est un honneur de marcher sur la voie des Kiraniennes. »

Lyanna fut soulagée de revoir son épée. Elle remercia la jeune femme, voyant qu’elle avait tenu parole, et s’empara de son arme pour la ranger dans son fourreau.
Ishey était folle de rage. Elle faisait des efforts démesurés pour le dissimuler.
Lorsque son regard noir se posa sur sa seconde, lui reprochant de ne pas être venue la voir en premier, celle-ci spécifia la raison.
« Lyanna de Kirana doit être guidée à la forteresse. Amarielle nous ordonne de la traiter comme si nous l’escortions en personne. Nous devons la considérer comme son égale. »
Elle se tourna une nouvelle fois vers Lyanna.
« Tous vos désirs seront comblés, soyez-en sûre. »

Un sourire satisfait apparut sur le visage de Lyanna, qui regarda alors Ishey. Elle venait à l’instant d’afficher sa supériorité devant sa seconde, et elle devait être traitée en invitée d’honneur. La Soeur d’Amarielle. Ishey regarda droit devant elle. Une bataille faisait rage dans son cœur. La volonté d’Amarielle ne pouvait être discutée sans subir les pires tortures. Elle le savait, elle l’avait vu. Quiconque osait la contredire mourrait de sa main. Le terme “mort” était d’ailleurs largement surestimé tant la souffrance qu’elle causait était immense avant la libération. Combien de filles avaient supplié d’être achevées ? Combien l’avait remercié pour avoir abattu le dernier coup, tant sa punition avait été horrible ?

Elle devait se faire une raison. Elle devait traiter Lyanna comme si elle était la nouvelle Amarielle. Et ça la tuait…elle n’avait plus le choix.
« La Corsaire est habile. Elle échappe à nos embuscades. Mais elle a perdu nombre de ses soutiens. Nous l’avons blessé il y a quelques jours...nos mâles la traquent sans répit désormais. Amarielle a été claire : elle se la réserve personnellement. »
Elle s’humecta les lèvres, ne pouvant pas soutenir le regard de Lyanna tant elle était en colère.
« Je répondrais à tes questions désormais. Tu n’es plus n’importe qui. »

Lyanna acquiesça d’un hochement de tête. Elle resta calme, malgré cette jubilation qui l’envahissait.

"Parfait !"

La guerrière donna un coup de talon pour s’approcher d’Ishey. Celle-ci ne cherchait plus à être devant cette fois. La sous-fifre fermait la marche, peinant à les suivre tant son cheval était épuisé.

"Tu connais sa dernière position ? J’en parlerais à Amarielle, mais j’aimerais bien faire partie de la chasse".
« Un réseau de grottes à quelques centaines de pas de la forteresse. La Corsaire a attendu en lâche à l’intérieur, profitant des ténèbres. Elle a blessé beaucoup de nos guerrières. Nous avons du mal à la débusquer alors...»
Ishey se fendit d’un air mauvais.
« Elle se comporte en vermine, on la traite en vermine. Nous soufflons de la fumée de feu par endroits stratégiques et nous lâchons les mâles de l’autre côté. Avant même de crier au secours, elle déféquera du foutre et du sang par torrents entiers ! »

Lyanna écouta Ishey, mais rien ne parut sur son visage. Intérieurement, elle était inquiète pour April qui luttait seule face à ce fléau. Et à en croire la Boch, la militaire n’en aurait plus pour longtemps, malgré sa détermination à survivre. Il lui fallait de l’aide, et vite. Darren ne pourrait pas l’aider, sauf s’il était envoyé dans cette mission. Et la guerrière serait avec sa Soeur. Il ne restait plus que Jim et Max. Dès qu’elle en aurait l’occasion, Lyanna enverrait un message au reste du D4, à contre-cœur, pour qu’ils aillent aider April. En attendant, la jeune femme devait chercher à en savoir le plus possible sur cette forteresse.

"Je suppose que la forteresse est bien gardée ? Elle doit être impénétrable pour éviter toute tentative d’assaut".
« Elle l’est. » répondit la cheffe à contrecœur. « Mais pas encore assez pour les sournoiseries de la Corsaire. Quand nous l’avons blessé, nous l'avions surprise dans la salle du trône. Sa machine à tonnerre aurait arraché le visage de ta Soeur si la flèche d’Anthara n’avait pas été précise. »
Elle secoua la tête.
« Elle a osé s’enfoncer jusqu’au cœur de notre foyer. Amarielle était folle de rage. Quand nous l’aurons débusqué, je transporterai son corps démembré pour en déposer chaque morceau dans chaque ville d’importance. Que toutes sachent ce qu’il en coûte de s’attaquer à elle... »

Lyanna resta silencieuse, elle était partagée entre son soulagement de savoir que April était toujours envie, et une étrange sensation de crainte à l’idée que la militaire ait failli réussir à tuer sa Soeur, la seule survivante de sa tribu avec elle. Ainsi donc, April avait réussi à pénétrer à l’intérieur de la forteresse sans se faire prendre. Il y avait donc des passages non surveillés, peut-être même inconnus de ses habitantes. Le D4 pourrait peur être s’infiltrer par là lorsque leur camarade serait sauvée.

"Elle a réussi à entrer dans la forteresse sans se faire voir ? Comment est-ce possible ? Par où est elle passée ?"
« Il faudra poser ces questions à ta sœur. Je n’en sais pas plus. » éluda Ishey.

Elle donna un coup de menton en direction de l’horizon. La forteresse était petite vue d’ici. Mais de précieux détails se devinaient déjà. Une grande ruine, une ville élaborée abandonnée depuis longtemps. Une première tour de guet sur la colline la plus proche servait à avertir en cas de danger. Elle était occupée par une petite troupe d’observatrice prête à allumer un grand feu en cas de problème. Il fallait ensuite traverser quelques maisons agencées de manière chaotique avant d’atteindre un premier rempart.

Ishey guida son invitée jusqu’au contrefort. Plusieurs dizaines de Boches travaillaient activement à combler les failles. Les parties du mur fraîchement restauré se distinguaient des sites en attente d’intervention. Il ne faisait pas de doute que l’endroit ferait une base de défense magnifique une fois achevée. Car toute la ville et la forteresse s'organisaient sur une colline progressive. Chaque tour, chaque rempart, chaque poste de tir dominait le précédent et ainsi de suite. Lyanna qui avait occupé son rôle de cheffe de guerre de son village pouvait déjà y voir les différentes organisations de combat tactique. Les façons de coincer l’ennemi en se servant du dédale de maison en pierre, créant les goulets d’étranglements, pendant que les archères feraient pleuvoir l’enfer depuis les hauteurs.

Une fois franchie la première ceinture, Lyanna atteignit le cœur du village. Contrairement à tout ce qu’elle avait vu ces derniers jours, ces ruines maintenant réaffectées étaient entièrement constituées de pierre. Des abris bien plus solides pour toutes les guerrières qui vivaient là. La misère que l’Amazone avait cotoyé dans chaque village et chaque bourg n’avait pas cours en ces lieux.

Les guerrières d’Amarielle ne vivaient pas dans l’opulence. Mais elles vivaient bien, comme dans sa tribu autrefois. Les chaumières étaient réparties pour chacune. Toutes ces femmes dont elle croisait les regards endurcis étaient de repos. Elles astiquaient leurs tenues, se lavaient, entretenaient leurs armes.
L’Amazone retrouva des scènes de vie qu’elle aurait pensé perdues depuis longtemps. La façon était identique. Il n’y avait pas de famille spécifique. Des anciennes qui s’occupaient des plus jeunes, qui s’occupaient à leur tour des gamines. Entrer dans cette partie de la forteresse réveilla des souvenirs chez la guerrière, qui revoyait sa vie d’avant. Cette entraide entre Soeurs, cette vie en communauté soudée. Et étrangement, malgré ce qui l’amenait sur cette planète et la mission, la jeune femme se sentait bien ici. Comme chez elle.

Le rempart principal de la forteresse défendait le cœur de l’armée d’Amarielle. Le pont levis et les douves empêchaient des assauts en nombre. Au-dessus, de nombreuses patrouilles circulaient sur les remparts régulièrement éclairées par des feux et des archères bien entraînées. Les sabots de son cheval claquèrent sur le bois du pont. En face venait une patrouille de guerrières solidement armées, prête pour une mission spécifique. Elles passèrent en saluant Ishey.

Une fois dans la cour, Lyanna trouva les services et ressources indispensables à l’armée. Des forgeronnes, des tanneuses, des tourneuses, des charpentières. Une hutte de médecine, l’artisante armurière. Tous les étals portaient les insignes distinctifs de Kirana, des petits détails parfois anodins, d’autres plus parlant, mais qui renvoyaient tous clairement à son passé.

La tribu de Lyanna s’était habillée d’un environnement rocailleux plus austère avec ces murailles et ces donjons bien haut. Mais c’était son ancienne vie qui semblait être sortie des cendres de la destruction. Partout où se posait son regard, elle retrouvait des souvenirs, des traits de sa culture et de son monde. Elle avait franchi une dimension invisible qui semblait l’avoir emmenée dans une Kirana différente. Mais tout de même une Kirana.
Les filles qui s'entraînaient et se partageaient leurs techniques. Les mâles qui se chargeaient des sales besognes. Des groupes qui riaient, qui chantaient, de la sympathie, de l’attachement et de l’amour. Tout était là, tout était revenu.

« Où est-elle ?!? Poussez-vous, mes filles ! Ce jour est important ! Où... »
La femme était vétue de l’armure typique de sa tribu. Elle avait connu des modifications à cause du manque de matériaux d’origine mais c’était toujours celle-là. Nyméria connue sous le sobriquet d’Amarielle poussa un groupe de guerrières qui se reculèrent en riant, amusées de voir leur guide aussi agitée. En demeurait toutefois un profond respect. Se faisant, les guerrières étaient devenus comme les rideaux d’un spectacle dévoilant l’artiste. Une solide duelliste Kiranienne blonde apparut alors, cherchant du regard la survivante qu’elle n’aurait jamais cru revoir un jour.



La ruine d'Amarielle - Page 2 Mzorid11

Son regard balaya une dernière fois à la recherche d’une armure Kiranienne avant de découvrir la présence de Lyanna, vêtue de l’uniforme de sa pire ennemie et surtout...d'un pantalon. Pourtant, son cœur bondit si fort dans sa poitrine, la joie l’assaillit tellement, qu’elle poussa un cri plein de vie et de bonheur, occultant tout le reste.

« LYANNA !!!! »

Le regard de l’Amazone fut attiré dans la direction d’où son nom venait d’être crié. Et en posant son regard sur la femme blonde qui l’observait, son coeur fit un bond dans sa poitrine. Non, elle n’était pas la dernière survivante de son peuple. Mais comment est-ce que c’était possible ? Elle avait vu cette Kiranienne, son instructrice, disparaître dans un téléporteur wraith. Sur le coup, plus rien n’avait d’importance que sa Soeur. Même Darren était effacé de ses songes, balayé par ces retrouvailles bouleversantes.

"NYMERIA !!!" cria-t-elle à son tour, en descendant brusquement de son cheval.

Nyméria approcha de sa Soeur avec une intense gravité. D’un air d’abord protocolaire, elle avança ses bras pour la saluer comme les Soeurs de sa tribu le faisaient depuis toujours. Lyanna s’avança vers son instructrice, et vint l’enlacer dans ses bras, faisant fit de ce qui se passait autour d’elle. L’assurance de Nyméria s’effrita dès le premier contact, lui imposant la réalité qu’elle n’était plus seule. Les souvenirs affluèrent comme si un barrage venait de céder et ses tremblements discrets devinrent l’amorce d’un chagrin de joie. Ce qui devait donc être le salut protocolaire des Kiraniennes devint alors une accolade profonde d’émotions.
« Oh ma Soeur...Lyanna ! »

Lyanna resta longuement dans les bras de sa Soeur, heureuse d’avoir retrouver quelqu’un de sa tribu. A la fois soulagée et intriguée, la jeune femme finit par se reculer un peu pour regarder son intructrice, les yeux brillants tant elle luttait pour ne pas s’effondrer en sanglot. Nyméria, de son côté, avait la gorge serrée. Les larmes avaient déjà roulé le long de ses joues.

"Mais … comment c’est possible ? Je croyais être la dernière survivante ! Mais tu … tu es là ! Comment … ?"
« Je le croyais aussi. » dit-elle dans un rire.
L’instructrice reprit Lyanna dans ses bras et la serra fort contre elle. Elle expira d’un intense soulagement de bonheur. Que ce soit à l’idée d’avoir retrouvé sa meilleure élève et une survivante de sa tribu.
« Excuse-moi, Amarielle. Concernant la scierie, j’ai ordonné... »
« Je sais, tu as fait du bon travail. » répondit-elle en lui coupant la parole. Sa voix était douce mais catégorique, elle refusait qu’Ishey la dérange en pareil moment. Lyanna ne prononça pas un seul mot, mais après la confrontation qu’elle avait eu avec Ishey, elle fut ravie de la voir dans cette posture. Elle réprima difficilement un sourire en l’observant, consciente que la jeune femme ne la porterait pas du tout dans son coeur après ça. Le regard grevé de jalousie, cette dernière inclina respectueusement de la tête et recula d’un pas. Elle jeta un regard haineux à Lyanna avant de s’en aller en emportant les chevaux.
« Mais qu’est-ce que c’est que cette tenue ! » lâcha Nyméria en riant, se reculant pour l’observer. « Un pantalon, Dieux ! J’en perdrai mon épée si tu me disais être à l’aise, habillée comme un mâle. Par chance...j’ai une armure à ta taille. »
"Oh non, ce n’est pas agréable de porter ça, tu peux me croire. C’est une horreur !"

Lyanna refusait de reconnaître que, avec le temps, elle avait appris à se faire à ce pantalon. A force de le porter en mission, elle l’oubliait, mais elle ne voulait pas le dire à Nyméria. L’idée de remettre en cet instant une tenue Kiranienne lui ferait un bien fou, il fallait le dire. La guerrière se mordit la lèvre avant de poursuivre.

"C’est une longue histoire. Comme la tienne, je suppose".
« Tu supposes bien. »

Nyméria essuya rapidement ses joues.
« Tu as soif ? Faim ? »

Lyanna fut sur le point de répondre, lorsque son estomac le fît pour elle, poussant un petit grognement. A cause de ses nausées, la jeune femme mangeait peu. Mais lorsqu’elle se sentait mieux, elle parvenait à prendre un repas. Sauf que cette fois-ci, Darren et elle n’avaient pas eu le temps de manger. Elle fit une petite moue à Nyméria, toujours à la fois respectueuse et intimidée par la prestance de son instructrice. Bien qu’après avoir accédé au poste de chef de guerre, elle était son égale. Cette réaction, Nyméria l’avait connue chez Lyanna depuis qu’elle était gamine. Son regard étincela tant elle était ravie de revoir cette candeur chez son élève.

"J’ai un peu faim, j’avoue".

Nyméria ria.
Elle serra une nouvelle fois Lyanna dans ses bras.
« Je te fais préparer ma meilleure chambre, à deux pas de la mienne. Patience, ma fille. Nous faisons la fête ce soir : ton retour chez toi ! »

Alors qu’elle était dans les bras de Nyméria, Lyanna fronça les sourcils sans que son instructrice ne s’en aperçoive. Son retour chez elle ? Mais la guerrière n’avait pas l’intention de rester ici. Quoique, elle se sentait bien ici. Comme sur Kirana, les guerres contre les Urgals en moins. Cependant, pouvait-elle vraiment rester ici ? Darren. Oui, il y avait Darren. Lyanna resta silencieuse aux paroles de Nyméria, ne sachant pas quoi lui répondre. Elle voulait rester ici, avec elle. Mais d’un autre côté, il y avait Atlantis. Et son compagnon. Après quelques secondes, la guerrière se sépara de son instructrice.

"Au fait, j’ai un esclave mâle. Il se trouve actuellement avec les autres pour venir ici. J’aimerais qu’il dorme dans ma chambre, et non pas avec eux. Je n’ai pas confiance dans ton bras droit, même si je lui ai interdit de toucher à ce qui m’appartient".
Elle lui fit les gros yeux, très étonnée par ce qu’elle entendait.
« Un esclave dans ta chambre ? » répéta-t-elle outrée. « Tu dois vraiment avoir une piètre opinion d’Ishey pour te sentir obligée d’une telle folie. Je t’ai connu plus virulente dès qu’un mâle posait le pied dans tes quartiers... »

Lyanna se doutait que sa requête intriguerait beaucoup Nyméria. Elle la regarda, prenant un air sérieux et déterminé.

"C’est un eunuque. Je l’ai castré pour qu’il m’obéisse à la perfection, il assure ma protection en toutes circonstances. Il dormira au pied du lit, sur le tapis. Et je l’ai acheté une petite fortune, alors je préfère l’avoir sous la main. Je n’apprécierais pas que d’autres le corrigent à ma place. Je suis la seule à le faire, il m’appartient".
L’instructrice secoua légèrement la tête, dubitative. L’idée que Lyanna se soit attachée à un mâle ne lui passait pas par l’esprit puisque, comme elle à l’époque, elle n’avait strictement aucune notion de sentiments amoureux. En revanche, puisqu’elle cherchait une explication, elle reconnaissait que ce mâle pouvait être le dernier “objet”, la dernière “propriété” de son amie et qu’elle ne voulait pas que quelqu’un l'abîme.

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DC : Kyle Hawkins - Rodney McKay - Skyler McAlister
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Darren Clive

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√ Arrivée le : 20/03/2019
√ Messages : 288

Mar 23 Mar - 17:10

Darren Clive

La ruine d’Amarielle
Darren & Lyanna


« Tu es en sécurité ici, tu n’as plus besoin qu’un mâle te protège. » affirma Nyméria en lui lissant tendrement une mêche de cheveux, ce qui rappela à Lyanna le geste que Darren avait pour elle. « Mais je comprends que ta propriété t’importe. Je vais ordonner qu’il ait sa place dans l’enclos et qu’on te le laisse en bon état. Ma parole est respectée ici, personne ne touchera à ton mâle. C’est dit. »

Lyanna voulut protester, mais son comportement allait paraître suspect. Alors, elle se contenta d’acquiescer d’un hochement de tête, à contre-cœur d’accepter que Darren reste loin d’elle.

"Merci Nyméria".
L’instructrice lui adressa un sourire entendu.
« Ton esclave doit être vraiment efficace pour que tu t’en encombres. Nous le testerons ce soir durant les jeux. »
Elle lui fit un clin d'œil. Nyméria préparait visiblement quelque chose. Et cela ne présageait rien de bon chez la guerrière. Des jeux ? Elle voulait refuser, Darren était blessé, et il avait été roué de coups par les sous-fifres de Ishey.
Avant que Lyanna ne puisse lui répondre, elle avait sifflé et fait apparaître une fillette. Avec des couettes et un regard d’ange, elle se précipita jusqu’à Nyméria pour lui tendre un petit sac qu’elle ne semblait jamais quitter. Cette fois-ci, l’instructrice refusa d’en prendre le contenu. Elle demanda à la fillette d’emmener Lyanna jusqu’à la chambre et de distribuer plusieurs instructions.

Heureuse, la petite guide agrippa la jambière du pantalon de Lyanna puis l’attira en direction du corps principal du château.
« A très vite ma Soeur. Il me tarde d’entendre ton histoire et te raconter la mienne ! »

Quinze minutes plus tard, l’Amazone atteignait l’étage au-dessus d’une salle du trône. Elle avait croisé pas mal de Boches qui la saluaient respectueusement, visiblement conscientes de qui elle était. L’information s’était propagée plus vite qu’elle avait marché. On lui ouvrit la porte sur une chambre majestueuse. Un lit double place avec des couvertures épaisses et douces. Du mobilier finement ciselé. Des chandeliers et des bougies murales assuraient un parfait éclairage. Dans un coin de la pièce, une zone était dédiée à l’entretien de l’arme et de l’armure, avec un mannequin et chevalet. Le tout prévu pour son équipement de combat personnel. Ailleurs, un petit coin permettait l'entraînement personnel bien qu’il était mieux de sortir dehors. Sûrement prévu dans le cas où il ferait mauvais temps. Lyanna observait chaque recoin de cette chambre, et elle ne put que constater la richesse des lieux par rapport à ce qu’elle avait vu jusqu’ici, dans les autres villages qu’elle avait traversés.

Toujours là, la petite fille pointa du doigt les deux portes au fond de la chambre. La première menait aux commodités. La seconde s’ouvrait sur un grand bain. Nyméria avait demandé le meilleur pour son élève. Des femmes l’avaient déjà précédée.

La ruine d'Amarielle - Page 2 Bain10

Trois pour être exact. La première disposait quelques serviettes de bain sur les bancs tandis que l’autre préparait des sels et des huiles de massages. La dernière finissait de verser de l’eau chaude dans le bain central pour ajuster la température.

« Mes respects, Lyanna. » fit la première qui remarqua sa présence.
Les autres répétèrent la même phrase en s’inclinant légèrement, sans exagérer. Le petit malaise tenait du même sentiment qu’avait Lyanna face à son instructrice. Ces trois jeunes femmes étaient intimidées d’être face à une Kiranienne. Après avoir vérifié une dernière fois les objets mis à sa disposition, les Soeurs commencèrent à quitter le bain.
La petite fille s’installa sur un banc non loin, probablement en l’attente d’une demande de sa part. Mais la dernière guerrière lui prit la main pour l’emmener avec elle, lui expliquant que Lyanna se débrouillerait toute seule.
« S’il manque quelque chose, tu peux nous le demander. On trouvera. » dit-elle en poussant la fillette qui chouinait pour rester.
Chez les Kiraniennes il n’y avait pas de servantes. Les filles étaient venues en avance pour lui préparer le bain et mettre les différents éléments à sa disposition.

Lorsqu’elle reviendrait de son bain, Lyanna découvrirait alors une armure typique Kiranienne, bien conservée, que Nyméria aurait fait déposer sur son lit. De quoi retrouver sa vie et son identité pour de bon. Mais en attendant, la jeune femme allait pouvoir profiter d’un bon bain chaud. Elle retira son attirail et sa tenue, avant de se glisser dans l’eau. Elle s’assit, s'immergeant ainsi jusqu’à la poitrine, et se délassa un peu. Puis, un détail lui vint en mémoire. La voilà seule, c’était le bon moment pour contacter Jim. La guerrière aurait préféré que ce soit Darren qui le contacte, mais le soldat était absent. Et il fallait donner rapidement les informations pour sauver April. Lyanna appuya sur son oreillette, cherchant le canal du patriarche du D4.

//Jim ? Tu m’entends ?//
//Oui je vous entends, Lyanna. On s’occupe du petit cadeau que vous nous avez laissé sur le chemin.//
//Y’en a une qui a voulu me mordre le bout, Lyanna. Nan mais t’y crois ça ? Je lui mettais un bandage à l’épaule, elle avait la tête un peu proche, elle a cru que je voulais une...enfin tu vois quoi ! J’ai bondi en arrière et j’ai sauvé ma courge ! Nan mais elles sont fêlées tes copines. D’ailleurs... //
//Il veut dire qu’on s’occupe bien des victimes de la scierie et qu’on a pas été réduit en charpie pas des femmes en furie. Bon, quelle est votre situation ? Vous êtes où ?//

Lyanna réfléchit quelques secondes en regardant autour d’elle. Devait-elle vraiment lui dire qu’elle se trouvait actuellement dans un bon bain chaud, en train de se détendre ? Non, il valait mieux éviter. Surtout que Darren n’était pas logé à la même enseigne.

//Je suis dans la forteresse, avec ma Soeur. Et il y a beaucoup de guerrières. J’essaie d’en apprendre plus sur ce lieu//
//C’est une mauvaise nouvelle, ça. Pas un rapport. Oubliez un instant nos différents et cessez d’être avare en détails. Qu’avez-vous appris, Lyanna ? //

Lyanna soupira en levant les yeux au ciel.

//J’allais y venir !//
//Comment c’est pas vrai... // commenta Max tout en essayant visiblement de retenir une patiente hystérique.
La guerrière entendit la voix de Max, et heureusement pour lui que le militaire ne soit pas devant elle. Sinon, elle l’aurait fusillé du regard.

//En venant ici, j’ai questionné le bras droit de Nyméria, ma Soeur, au sujet d’April. C’est pour ça que je t’appelle. April n’a pas été capturée, elle court toujours, mais sa vie est menacée. Aux dernières nouvelles, elle est blessée, et elle a été aperçue dans un réseau de grottes situé près de la forteresse en train de se cacher. Les guerrières ont reçu l’ordre d’enfumer les entrées des grottes, sauf une seule où elles ont lâché une horde de mâles pour la débusquer et ...//

Lyanna ne termina pas sa phrase. Vu que Jim et Max étaient arrivés au groupe de réfugiées, ils devaient se douter de ce qui attendait April si ces mâles lui tombaient dessus.

//Ahahaha, pire idée ! // se réjouit soudainement Max. //Imposer une bande de zob qu’elle a pas demandé, ça va la rendre bien garce et teigneuse. S’ont pas sorti de la caverne les... //
//On a compris, merci Max. Laisse Lyanna finir son rapport.//
//Je suis coincée dans la forteresse, et Darren aussi. On aura du mal à aller à son secours sans éveiller les soupçons//
//A chacun son rôle. On s’occupe de sortir April de cet enfer et vous, vous travaillez à faire cesser ce bordel dehors. Les témoignages de ces femmes ne donnent pas une belle image de votre Soeur. Il faut trouver un moyen de la neutraliser, ça ne peut pas durer.//

Lyanna garda le silence quelques secondes, repensant aux paroles de Jim. Le fait que Nyméria autorisait les viols sur des pauvres femmes la préoccupait beaucoup. Mais pour le reste, la guerrière était plutôt impressionnée par tout ce que sa Soeur avait fait de cet endroit. Cela allait être dur de la neutraliser. Si neutraliser, Lyanna le voulait.

//Je réfléchis à comment faire// dit-elle en restant volontairement dans le vague.
//Ok, rendez compte dès que possible et soyez prudente.//
//Hé Jim. Je dois préciser, c’était quand même une bonne idée.//
//Darren. Comment tu te sens, garçon ?//
//Ca va. Je viens de monter en grade, je suis prêt à parier que je le dois à Lyanna.//
Il ricana. Lyanna fut soulagée d’entendre la voix de son compagnon, et de savoir qu’il allait visiblement bien.
//C’est que ça a du bon d’avoir une Amazone pour compagne dans un endroit pareil.//
//Ouais ben au moins, elle te protège, TOI ! Moi elle a laissé des cannibales faire “a dada sur mon bidet”. C’était pas cool ! //
Les paroles de Max eurent le mérite d’énerver Lyanna.
//Je te rappelle que je suis venue te sauver avant que ces femmes ne te chevauchent, ingrat ! La prochaine fois, je t’abandonnerais !//
//Détention ?// coupa Jim, qui ramenait sur le sujet sérieux.
//Version grand luxe. On vient de me jeter dans une cabane avec de quoi manger, un lit, et une vraie couverture. J’étais une merde a écraser impérativement. Maintenant je suis une merde qu’on craint. Elles ont même pas touché à mon équipement.//
Il laissa filer quelques secondes.
//Merci d’avoir pensé à moi, ma petite chérie !//

Lyanna sourit dans son bain.

//J’ai demandé à Nyméria à ce que tu viennes dormir dans mes quartiers, mais ça lui a paru étrange. Elle m’a promis que personne ne porterait la main sur toi//
//Tu es folle. Toi, moi, au milieu d’un nid de vipères où il est interdit de se toucher. Tu m’aurais trop demandé ma belle, je suis désolé...//
//Ayé, ça recommence. Y’a un canal privé pour ça, mec. //
//Tu te plaindras moins quand tu nous parleras de ta louve. Non, franchement, ne prend pas de risque pour moi Lyanna. Ça se passe plutôt bien par ici. Mais c’est peine perdue pour les autres gars.//
//Comment ça ?//
//Ils sont cons comme des valises. Ça doit être ce truc bizarre que les filles leur font boire. Ils ont autant de neurones qu’un radis, ça les rend vraiment dangereux. Si c’était des chevaux, je les finirai.//
//Bon, c’est noté. Autre chose ?//
Darren n’ajoutait rien.
//Lyanna ?//
//Pas pour l’instant//
//Tenez moi au courant.//

Le sergent allait terminer son appel lorsqu’il rappela à la volée.
//Lyanna ?//
Il laissa filer quelques secondes.
//C’est du bon travail. Continuez.//
Lyanna ne sut pas comment réagir à cette remarque de la part de Jim. Surtout après leur altercation et la menace du patriarche concernant la désertion de la guerrière. Était-il sincère ? Était-ce un piège ? La jeune femme resta un instant silencieuse, ne sachant pas si elle devait répondre à Jim ou non. Elle était partagée en deux, entre son envie de l’envoyer balader, et son côté reconnaissant de lui avoir fait un compliment. Au final, Lyanna serra les dents, et sortit difficilement un petit :

//Merci//

Le sergent n’ajouta rien. C’est Darren qui prit le relais.
//Lyanna ? Canal cochon.//
//Au secours, vous gourez pas ! //
Lyanna soupira aux paroles de Max, et se dépêcha de changer de canal. Sur le bon canal, le militaire reprit sérieusement.
//C’était sérieux, tu sais ? Tu viens de nous apprendre qu’April était toujours en vie. Et tu as même donné sa dernière position connue.//
Dans sa cabane, Darren acquiesça.
//Elle nous est très chère. Tu as géré, mon amour !//
//Je t’ai dit que je continuerais de chercher April, même après que Jim m’ait renvoyée de l’équipe pour que je rentre sur Atlantis. Je n’ai pas l’intention de laisser tomber April !//
//Je voulais surtout parler du fait que tu as appelé Jim pour lui dire tout ça. C’est un concept que tu as encore du mal à intégrer mais c’est ce qu’on surnomme “l’esprit d’équipe”.//
//Je me suis dit que tu n’aurais pas eu l’occasion de lui parler rapidement, et le temps était compté//
//Tu as fait le bon choix.//
Il marqua une petite pause.
//Je suis fier de toi. Et ça me rend encore plus amoureux. C’est possible ça ? Ou bien je suis devenu con comme les autres légumes à côté ?!?//
Lyanna sourit à nouveau aux paroles de Darren, l'imaginant aux côtés des autres mâles.
//Aucun risque que tu sois aussi stupide qu’eux. Et oui, c’est possible que tu sois encore plus amoureux de moi. Parce que moi, ça m’arrive d’être plus amoureuse de toi//
//Je l’ai senti.// avoua-t-il. //Quand tu as collé ta joue contre mon dos, quand on était à cheval. Tu aimais bien être contre moi, te faire emmener par ton mâle...//
Lyanna garda le silence quelques secondes. Il était vrai qu’à ce moment là, la jeune femme avait agit pour montrer qu’elle commençait à pardonner à Darren. Mais maintenant qu’ils étaient là, tous les deux, elle n’avait plus vraiment d’intérêt à être fâchée contre son compagnon. Tout ce qu’elle voulait maintenant, c’était se retrouver dans ses bras.

//C’est vrai, j’ai bien aimé me blottir contre toi. Et j’ai envie de recommencer//
//J’ai envie que tu recommences. Sentir une femme t’étreindre comme ça sans que tu le demandes, ça fait vraiment chaud au coeur.//
Il y eut un craquement soudain.
//Je te laisse, j’ai de la visite. Je t’aime !//
//Je t’aime aussi. Sois prudent//

Tout en se demandant qui pouvait bien venir rendre visite à Darren, Lyanna mit fin à la conversation, avant de retirer l’oreillette. Elle glissa sous l’eau pour continuer de se laver. Le temps passa, et la jeune femme finit par sortir du bain, une serviette autour de son corps pour se sécher. Elle retourna dans sa chambre, étant seule, et aperçut les vêtements Kiraniens sur son lit. Ce n’était pas sa tenue habituelle, mais cela y ressemblait beaucoup. Une jupe assez courte, des bottes montant aux dessous des genoux, un haut qui descendait jusqu’à son ventre, un peu plus long que le vêtement qu’elle avait laissé sur Atlantis. Lyanna ne réfléchit pas longtemps avant d’enfiler cette tenue, se sentant bien plus à l’aise avec ces vêtements que la tenue Atlante. Elle plaça ses fourreaux dans son dos, et se regarda brièvement dans le miroir qui se trouvait à côté de la porte menant à la salle d’eau. Elle ressemblait à une vraie guerrière Kiranienne, comme à l’époque sur sa planète. Bien plus que quand elle était sur Atlantis. Cette sensation était peut être dûe au fait qu’ici, il y avait des femmes qui avaient adopté son mode de vie. Et sa Soeur.

Après s’être séchée les cheveux et coiffée, Lyanna quitta ses quartiers. Dans le couloir, elle tomba sur la petite page qui était sa guide. Cette dernière l’entraîna alors au sein de la forteresse, à sa demande. La guerrière avait encore un peu de temps devant elle. Alors, elle demanda à la fillette de lui faire visiter les lieux. Au fur et à mesure qu’elle s’enfonçait dans chaque recoin du bâtiment, Lyanna se sentait de plus en plus chez elle. Elle observait tout, au point qu’elle en oubliait sa mission : essayer de trouver des passages non surveillés pour entrer et sortir de la forteresse sans être vu, comme l’avait fait April. Au bout d’un long moment, la page conduisit la guerrière jusqu’à la salle du banquet où l’attendait Nyméria. Impatiente à l’idée de revoir sa Soeur pour discuter avec elle, Lyanna pressa le pas en suivant la fillette.

Les grandes portes s’ouvrirent sur la fameuse pièce. Elle était tout aussi grande que la salle du trône, si ce n’est davantage. Il s’agissait d’une ancienne arène retravaillée. En plein centre, la grande fosse donnait sur l’étage du dessous. C’est tout autour, en la surplombant à l’abri comme des gradins, que Nyméria avait conçu ses installations. A l’aide de mortier et de pierres, elle avait fait combler les marches pour former un sol droit et régulier. Une plateforme parfaitement équilibrée entourait donc le centre de la salle. S’y trouvait alors les grandes tables rectangulaires entourant la fosse.

Bien que l’endroit d’origine ne correspondait pas vraiment aux habitudes des Kiraniennes, Nyméria semblait l’avoir fait adapter pour convenir à sa culture. Divers braseros disposés devant les tables apportaient lumière, chaleur et confort aux invitées.

Il régnait dans cet endroit une intense activité. Nombre des guerrières au repos, qui n’étaient pas mobilisées à la surveillance des remparts ou en mission, aidaient à préparer les festivités. Chacune donnait son petit coup de main. Soit en aidant à allumer les torches accrochées aux piliers, en disposant les couverts ou en ajustant le mobilier. Régulièrement, les Soeurs allaient et sortaient d’un autre accès. Manifestement les réserves ou les cuisines puisqu’elles en sortaient toujours avec un plat. Fruits, légumes, pichets de breuvages. Le tout atterrissait sur la table.

Bientôt, deux guerrières émergèrent de la même entrée après qu’on leur ait maintenu les portes ouvertes. Elles soutenaient un énorme plateau en le prenant chacune d’un côté. Un cochon entier, cuisiné au feu de bois et encore fumant, n’attendait plus qu’à être dévoré.
Dans ce flux régulier de jeunes femmes souriantes à l’humeur festive, Lyanna ne tarda pas à repérer sa Soeur. Elle se démarquait autant qu’elle avec sa tenue Kiranienne, tenue qu’aucune autre ne portait. Elle ramenait des volailles tout en discutant joyeusement avec quelqu’un que l’Amazone ne connaissait pas. A son visage, on devinait facilement qu’elle confiait son plaisir de ne plus se sentir seule en termes de racine.

Lorsque son regard se posa sur Lyanna, sur sa tenue et sa façon de se tenir, c’est comme si elle était également revenue sur sa planète d’origine. Son regard pétilla et elle s’excusa auprès de son interlocutrice.

« Lyanna. » s’exclama-t-elle en venant vers elle.
Sa joie de la revoir et ne plus se sentir seule ne se dissipait pas.
« Laisse-moi te regarder. »
Tenant toujours son plateau de volaille cuite, la Kiranienne l’inspecta brièvement et son sourire s'agrandit davantage.
« Tu n’as pas changé. »
Le plateau rejoignit les bras de son amie. C’était une façon de l’intégrer dans ce nouveau monde. De lui faire sentir qu’elle ne serait jamais une étrangère et qu’elle pouvait faire comme chez elle.
Lyanna sourit à Nyméria, puis elle posa le plateau sur la table la plus proche, à côté des autres plateaux. Elle finit par se retourner vers sa Soeur.

"Veux tu que je fasse autre chose pour aider ?"
« Bien sûr. » dit-elle en venant lui tirer une chaise. « Tu vas t’asseoir et me goûter...ça. »
Sa Soeur prit une coupe en argile qu’elle remplit en se servant d’un pichet. On y avait tracé un symbole à la craie dessus pour repérer le type de breuvage.
« Rien à voir avec cette chose puante des mâles, rassure-toi. »
Il s’agissait d’un jus de fruit tiré d’un arbre peu productif. Nyméria lui donna son verre, plutôt impatiente de la voir goûter. Elle plongea son regard dans le sien pour sonder sa réaction, s’attendant à y voir les signes du délice, puis elle s’installa à côté d’elle. En temps normal, elle aurait aidé ses sœurs jusqu’au bout des préparatifs. Elle avait beau en être la cheffe, elle travaillait autant que les autres.

Mais là, là...elle avait du temps à rattraper. Elle avait des retrouvailles à apprécier.
Lyanna regarda son verre et sentit le breuvage qu’il contenait. L’odeur était fruitée, mais visiblement, il n’y avait pas d’alcool. Bien que sa tribu en avait fabriqué par le passé, des alcools doux, la guerrière n’y avait jamais vraiment pris de plaisir. Elle était toujours restée sage à ce sujet, comme si ses responsabilités de chef de guerre lui interdisaient des déviances. Ce que contenait la coupe en cet instant avait l’air appétissant.
Nyméria se servit le même verre puis le leva pour saluer son amie.
« A ton retour inespéré, ma Soeur. Tu me combles d’une joie que j’ai bien du mal à décrire. »
Elle but avec elle, comme pour sceller ce moment intense en émotions. Lyanna porta la coupe à ses lèvres, et but une gorgée de breuvage. Un petit sourire naquit aussitôt sur ses lèvres, ne s’étant pas attendue à pareille boisson sur cette planète.

"C’est délicieux".

Nyméria lui pressa l’avant-bras en riant doucement, ne parvenant à contenir son bonheur, puis elle reprit un aspect plus sérieux.
« Tu veux commencer ? Ou préfères-tu m’entendre ? »
"Commence, je veux tout savoir !"

Lyanna secoua la tête en regardant Nyméria. Elle avait de nombreuses interrogations concernant la survie de son instructrice.

"Je me souviens de l’attaque des Wraiths. Je t’ai vu disparaître dans le halo de lumière qui provient de leurs vaisseaux. Comment est ce que tu peux être ici ?"
« Parce que le halo n’est pas la fin. J’ai vu ce qu’il y avait derrière... »

Nyméria jouait machinalement avec sa coupe, y passant distraitement son doigt sur le rebord pour en faire des cercles infinis. Elle finit par le vider avant de poser son verre, organisant ses pensées. Jamais elle ne s’était demandée comment elle pourrait expliquer ce qu’elle y avait vu. Maintenant, les mots lui manquaient.

« Bettie a paniqué inutilement. Elle s’est mise en tête que les démons de brume devaient être défaits pour que les vaisseaux disparaissent. Je l’ai vu matraquer inutilement ces formes brumeuses en hurlant à pleins poumons. »
Elle secoua la tête.
« Ah, les jeunes. Leur fougue endort l’esprit. »
Son regard partit dans le vide à mesure qu’elle se remémorait.
« Nous avons été prises par le halo. La lumière était éblouissante puis plus rien. Un sommeil inattendu, froid et glacial. C’est une Soeur qui m’a réveillé. Nous étions dans l’antre des Wraiths, prises au piège. Je n’ai jamais revu Bettie. »


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Lyanna

√ Arrivée le : 14/07/2018
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√ Messages : 178

Mar 23 Mar - 22:57

Lyanna

La ruine d’Amarielle
Darren & Lyanna

Lyanna écoutait Nyméria avec un grand intérêt, son regard ne lâcha pas sa Soeur, même lorsqu’elle s’emparait de la coupe pour boire une nouvelle gorgée de jus de fruits. Elle était à la fois intriguée et fascinée par ce qu’elle entendait. La guerrière ne connaissait pas grand-chose des Wraiths, à part ce qu’elle avait vu lors de cette attaque. Depuis qu’elle était sur Atlantis, son chemin n’avait pas croisé le leur, bien que Darren lui avait raconté plusieurs histoires qui lui était arrivé avec ces monstres. Nul doute qu’on pouvait lire du respect dans les yeux de Lyanna lorsqu’elle les posait sur son instructrice, comme cela avait toujours été le cas depuis qu’elle était enfant.

"Tu étais là haut ? Sur l’un de leurs immenses vaisseaux qui volent au-delà du ciel ?".
Elle fit oui de la tête.
« Mais celui-là n’était pas au-delà du ciel. Je ne pourrai te dire pourquoi. »
Le regard de Nyméria dévia sur le côté, signe qu’elle réfléchissait encore sur un mystère qu’elle n’était jamais parvenue à résoudre.
« Vois-tu. Missa, Aurelle et Lia étaient avec moi. L’ennemi avait visiblement un autre plan que de nous dévorer. L’un de leur chef aux cheveux blancs passait parfois nous voir. Il prenait une Soeur qui ne revenait plus jamais. Donc, ensemble, nous avons décidé de leur montrer ce qu’est une Kiranienne emprisonnée. »
Elle lui laissa deviner d’un sourire complice. Leur tribu n’était pas connue pour se laisser abattre même dans ces situations.
« Je m’y voyais mourir, errant sans fin dans les entrailles de leur vaisseau, l’arme à la main. Toute fin digne d’une Kiranienne. Au fil du temps, notre groupe s’est réduit. Aurelle a été la première à partir. Lia...elle s’est jetée dans le vide en emportant deux de ces horreurs dans la tombe. »
Nyméria plissa des yeux.
« Je trainais Missa avec moi, sa jambe percée par le feu de leur arme. Et soudain, comme si un Dieu méconnu avait choisi d’accorder mes prières, je l’ai senti. »
Elle joua du suspens. Ce qui fit réagir son interlocutrice qui ne parvint pas à cacher son impatience.
"Senti quoi ?"
« Un courant d’air, Lyanna. Une brise fraîche, réelle, telle que nous la connaissions sur notre monde. J’ai choisi de la suivre et elle m’a menée à l’extérieur qui n’était pas le ciel, ni l’au-delà. Mais la terre ferme ! »
L’instructrice se pencha pour lui révéler ce qui l’avait sauvé.
« Le gros vaisseau était posé au sol, autour d’une nature inconnue aux couleurs ternes. Nous étions...ailleurs. »
Lyanna fronça les sourcils, intriguée.
"Tu étais sur une autre planète ? Mais comment l’as-tu quitté ?"
« J’en suis certaine. Les arbres, les plantes, les buissons. Tout avait des formes et des couleurs qu’un rêve ne suffirait à concevoir. Les troupes Wraiths nous talonnaient. Je pouvais entendre les sifflements pénibles de leurs petits vaisseaux au-dessus de ma tête. J’avais choisi la dissimulation dans cette nature, pour soigner la jambe de Missa. Je voulais capturer un chef aux cheveux blancs et le faire parler, obtenir une issue mais...»
Elle soupira.
« Missa en avait décidé autrement. Tu la connais, elle ne veut jamais se faire convaincre d’une idée qui n’est pas née de son esprit. »
Elle ria un peu de ce trait de caractère dans un élan nostalgique. Le silence retomba un peu, l’enfonçant davantage dans ses souvenirs.
« Notre Soeur insistait à prétendre qu’un cercle existait ici aussi. Et qu’il pourrait nous conduire ailleurs. »
"Comme celui de Kirana. De ce que j’ai vu jusqu’ici, il y a plusieurs anneaux de pierre sur différentes planètes. Ça ne m’étonne donc pas qu’il y en avait un aussi là bas. Le plus difficile est de le trouver et de le faire fonctionner".

Nyméria ne prétendit pas le contraire. A l’époque, elle considérait les légendes sur le cercle comme l’imagination de vieilles folles abusant des herbes à hallucinations. Mais ce qu’elle avait vu après s’être échappée du vaisseau, tout ce dont elle avait été témoin depuis, ne soulignait que l’étendue de sa bêtise. Tous ses principes, toutes ses certitudes, s’étaient envolés en fumée.
« Missa l’a pourtant fait fonctionner du premier coup. » lui révéla-t-elle sans un sourire et sans l’ombre d’un reproche. Elle partagea l’étonnement de sa Soeur et lui confirma de son regard que ça avait bel et bien été le cas.
« Elle a appuyé sur des symboles et le cercle s’est allumé dans un grand fracas. Mais après, rien ne se passait, nous étions toujours là. Alors nous nous sommes approchées du miroir liquide et... »
Nyméria secoua la tête.
« On aurait cru le voyage d’un Dieu parmi les étoiles. Flottant, virevoltant, jusqu’à une boule de lumière qui nous a libérés dans de l’eau. De l’eau salée partout….partout. »
"Un océan … je connais ça" dit Lyanna en faisant référence à la planète où se trouvait Atlantis.
« Océan... » répéta l’instructrice pour apprendre le mot qui désignait cet endroit.

La guerrière réfléchit quelques secondes, impressionnée à l’idée que Missa soit parvenue à ouvrir la Porte des Etoiles du premier coup. Alors qu’elle même avait essayé à de nombreuses reprises sans succès. Tout comme ses Soeurs avant elle, mais aussi après, avaient fait. Ce n’était qu’une fois sur Atlantis que les Terriens lui avaient expliqué qu’il fallait activer les symboles dans le bon ordre pour composer une adresse. Au hasard, cela ne fonctionnait jamais.

"Missa a réussi à ouvrir un passage dès sa première tentative ? Mais comment a-t-elle fait ? Sur notre monde, j’ai dû essayer plusieurs fois sans y parvenir. Et d’autres ont tenté également le coup, personne n’y est parvenu".
« Et des générations entières n’auraient pas suffit. » convint-elle, signe qu’elle était parfaitement d’accord concernant cette contradiction. « Nous étions pourchassées, on nous tirait ces choses bleutées. Ce n’est qu’avec le recul et les souvenirs que je me rends compte que Missa a tout fait pour qu’on se rende au cercle. Et elle l’a activé d’une manière qu’aucune débutante entreprendrait. Ses gestes étaient sûrs. »

Nyméria regarda son verre vide. Son estomac se tordait. Il y avait quelque chose qu’elle n’avait pas envie de révéler à son élève tant elle doutait de son esprit à ce moment de leur fuite. Lyanna regarda attentivement son instructrice, elle comprit que cette dernière lui dissimulait quelque chose. Rien dans ses dires n’expliquait comment Missa connaissait l’emplacement de la Porte des Étoiles, ni comment elle avait pu l’activer sans une seule hésitation.

"Nyméria, je sens que tu me caches quelque chose. Tu ne me dis pas tout. Comment Missa savait se servir de l’anneau de pierre ?"

La concernée la regarda un instant avant de pouffer de rire.
« C’est vrai. » dit-elle en se souvenant. « Toute petite, déjà, tu voulais connaitre la fin de l’histoire avant les autres, quand on les racontait autour du feu. »
Elle lui demanda de patienter d’un regard.
Lyanna abdiqua à contrecœur et termina son verre, avant de poursuivre, désireuse d’apprendre la suite.

"Qu’est ce qui s’est passé ensuite ? Vous avez sans doute cru mourir noyées, non ?"
« Il y avait tant d'eau partout. C’était dur de deviner l’envers de l’endroit. Le changement était trop radical, j’ai été prise par surprise. Je n’aurai aucune honte à t’avouer que j’ai paniqué au début. Et puis...j’ai vu mon air former des bulles et remonter. C’était le chemin. »
Lyanna comprenait la réaction de son instructrice. La nage n’était pas un domaine acquis dans sa tribu. Elle même avait appris à nager sur Atlantis. Peu de femmes sur Kirana connaissait la natation. Peut être flotter à la surface en battant des pieds et des mains pour ne pas couler, mais sans plus. Nyméria serra son verre plus fort, faisant blanchir les jointures de ses doigts.
« Je tenais Missa de toutes mes forces mais, étrangement, elle allait plus profond encore. J’ai cru qu’une créature l’avait happé par le fond. Et même si on n’y voyait rien, c’est là que j’ai vu que...que c’était elle...que c’était Missa qui voulait s’enfoncer. »
"S’enfoncer ? Mais comment ça ? Je ne comprends pas !"
« Je ne comprends pas non plus, ma Soeur. » reconnut-elle finalement. « Aujourd’hui encore, je m’interroge. »

Nyméria la regarda longuement, hésitant encore à se confier.
Son élève allait-elle la traiter de folle si elle lui expliquait ce qu’elle avait vu ? Ou bien allait-elle prétendre que les émotions, l’épuisement et la panique avaient contribué à un cauchemar éveillé ?
L’instructrice prit une profonde inspiration.
« Ce n’était pas Missa. »
Elle acquiesça, comme pour se convaincre de cette réalité.
« Je me battais pour la retenir, l’empêcher de s’enfoncer encore plus loin. Je l’ai énervé puisque, d’un coup, elle s’est retournée pour me montrer son visage. Notre Soeur mais...défigurée par autre chose...comme possédée. Je l’ai vu comme je te vois, ouvrir sa bouche pour me hurler dessus, dévoilant à l’intérieur une créature de cauchemar. »
Elle se mordit la lèvre.
« Une telle surprise m’a fait lâcher sa main. Et elle est partie dans les profondeurs obscures. J’étouffais, j’allais mourir en restant dans cette eau. Alors je suis remonté jusqu’à la surface. »
Son regard était devenu humide. Elle secoua négativement la tête.
« J’ai tenté de descendre encore et encore. Mais je ne savais pas le faire. Et je ne voyais plus Missa. Elle n’était plus là. Elle n’est...jamais réapparue. Plus jamais. »
Lyanna posa sa main sur l’épaule de Nyméria, compatissante. Elle n’avait jamais vu ce dont parlait sa Soeur. Ni sur Kirana, ni sur aucun monde où elle était partie en mission. La jeune femme secoua la tête, perdue dans une incompréhension totale.

"Il n’y a rien de tel sur Kirana, même si notre monde est vaste et rempli de mystères".

L’instructrice lui sourit. Elle aimait bien ses interventions, la façon dont elle soulignait les faits. Ca lui avait beaucoup manqué. Les autres élèves se contentaient souvent d’écouter et d’appliquer. Lyanna, elle, était très curieuse par nature. Elle aimait aussi comprendre pourquoi. Ce petit quelque chose de plus avait séduit Nyméria, c’est en partie la raison pour laquelle elle l’avait prise sous son aile.
« Missa était elle-même sur Kirana. Après, pendant ma captivité, je crois que quelque chose lui est arrivé. Quelque chose qui détenait le savoir de l’anneau...quelque chose qui voulait fuir comme nous et qui désirait retourner dans... »
Elle se remémora le terme employé par son élève.
« ...l’océan. »
Son regard se perdit sur les tables chargées de victuailles. Les Soeurs se rassemblaient déjà, d’autres s’étaient installées, il y avait beaucoup de gaieté et de rires. Elle se mit à sourire par contamination mais son récit demeurait très sérieux.
« Chaque nuit, je me demande ce que c’était. Je devrai haïr cette chose pour m’avoir pris Missa. Mais si elle ne nous avait pas fait franchir la Porte...tu aurais vécu seule. »

Lyanna baissa les yeux, attristée par les dernières paroles de Nyméria. Même si Missa avait péri, cette entité qui avait pris possession de son corps avait permis à Nyméria de survivre. La guerrière soupira, et se resservit un verre, avant d’en proposer à son instructrice. Elle accepta plus pour le geste généreux que le contenu.

"Tu ne pouvais rien y faire. Il y a certaines créatures inconnues qui sont capable de faire des choses extraordinaires … et terrifiantes".

Lyanna but une gorgée de jus de fruit, avant de poursuivre.

"Au moins, Missa repose en paix, comme toutes nos Soeurs".
« Hm.... »
Nyméria restait pensive.
Heureusement, l’atmosphère de la fête qui commençait doucement à monter lui empêchait des pensées trop négatives. Elle mourrait d’envie de connaître l’histoire de son élève alors elle abrégea.
« Je pense que tu devines la suite, puisque tu m’as trouvée. » fit-elle en la remerciant d’un signe de tête pour le verre. « J’ai franchi le filet de cette vieille bique puante à l’entrée. Le havre de paix que l’on m’avait vanté n’était qu’une terre misérable où des Soeurs se réduisaient mutuellement en esclavage. La misère, la mort et le chaos. »
Avec un petit sourire de satisfaction, elle donna un coup de menton à son armée. Il n’y avait pas un visage qui manquait de sourire si ce n’est Ishey qui les lorgnait de loin, peu amène.
« Vois ce que j’en ai fait. »

Lyanna regarda autour d’elle, puis dévisagea chacune des guerrières présentes. Elle ne porta pas plus attention à Ishey qu’une autre, puis regarda à nouveau Nyméria, un sourire aux lèvres.

"C’est impressionnant que tu ais réussi à faire tout ça en si peu de temps".
« Je n’aurai de répit qu’une fois notre clan rebâti. »

Le sourire de la guerrière s’effaça alors qu’elle pensait à autre chose.

"Mais je pense à toutes ces malheureuses dehors. Il doit y avoir une solution pour que nous puissions vivre toutes sur un pied d’égalité. Comme nous faisions sur Kirana, en nous entraidant et non en nous entretuant".
« Mais c’est ce que je fais. » répliqua Nyméria sans être surprise par sa question. « Ces malheureuses, comme tu les appelles, sont toutes les bienvenues dans notre tribu. Il faut pour cela accepter une nouvelle vie de discipline, de force et de courage. »
Elle lui adressa un petit sourire.
« Pour le moment, elles s’entêtent à vouloir accumuler des biens, de la richesse personnelle, comme si cela les préserverait du danger. Alors je leur montre la vraie menace. Généralement, elles ne mettent pas longtemps avant de frapper à ma porte. Tous les jours, les rangs de nos Soeurs grandissent. »

**C’est ce que tu fais, en affamant le reste de la population et en envoyant des mâles violer des femmes** pensa Lyanna, alors qu’elle baissait les yeux. Elle aurait tant voulu dire à Nyméria que les atrocités qu’elle avait vues étaient la conséquence de sa façon de faire. Mais elle préféra garder le silence, ne voulant pas offenser son mentor maintenant qu’elles s’étaient retrouvées. Et puis, l’heure était à la fête, non pas à un échange d’idées qui les opposerait sur certains points. La guerrière se contenta d’acquiescer d’un hochement de tête, avant de regarder l’assemblée. Nul doute que Nyméria saurait que quelque chose préoccupait son élève.

« Ne t’en fais pas. Nous parlerons d’avenir plus tard. » dit-elle après l’avoir observé quelques secondes. « A ton tour, dis-moi comment tu as survécu. Je suis vraiment impatiente de connaitre ton histoire. »

Lyanna se mordit la lèvre, avant de terminer sa coupe. Comment expliquer sa nouvelle vie à Nyméria ? Comment lui dire que la femme qui cherche à la tuer était en réalité une amie à elle ? Quelqu’un qu’elle considérait comme une Soeur ? Hors de question qu’elle parle de Darren, car son instructrice la renierait aussitôt si la jeune femme lui confiait avoir des sentiments pour un mâle. Lyanna songeait qu’il lui fallait rester assez vague, même si cela allait être difficile.

"Après l’attaque des Wraiths, notre village a été à moitié détruit. Nous étions quelques survivantes, peut-être une trentaine avec les enfants. Nous avons essayé de nous relever, mais les Urgals ont profité de l’occasion pour nous attaquer au petit matin, après le départ des Wraiths. Nous étions impuissantes. J’avais beau me battre de toutes mes forces, ils étaient bien trop nombreux. J’ai vu les autres se faire massacrer. Même Ellina qui n’avait que trois ans, je m’en souviens très bien. J’ai été obligée de fuir dans la forêt, comme d’autres Soeurs. Mais elles ne sont pas allées bien loin. Les Urgals ont détruit ce qui tenait encore debout. Ils ont tous brûlé, et on laisser les cadavres pourrir".

Ces moments douloureux serrèrent le coeur de Lyanna. Même si cela s’était passé deux ans auparavant, cette scène d’horreur était gravée dans sa mémoire. Tout comme Nyméria se reprochait la mort de Missa, Lyanna se reprochait la mort de toutes ses Soeurs.

"J’étais la dernière survivante. J’étais seule. Il n’y avait plus personne. J’ai erré pendant des heures à essayer de trouver quelqu’un, mais rien. Les Urgals avait quitté les lieux après avoir fait leur sale besogne. Je ne savais pas quoi faire".

Lyanna garda le silence quelques instants, cherchant ses mots pour expliquer la suite.

"Et puis, l’anneau de pierre s’est réveillé. Il s’est activé, et quatre personnes sont apparues. Trois femmes et un mâle, vêtus avec la tenue que je portais lorsque tu m’as vu. On s’est rencontré, et ils ont accepté de m’emmener avec eux, loin de Kirana. On s’est même battus contre les Urgals, et je suis parvenue à venger nos Soeurs en affrontant et en vainquant leur chef".

La guerrière jeta un œil à Nyméria, attentive à ses réactions pour chaque parole qu’elle prononçait.

"Depuis ce jour, j’ai vécu avec eux. Ils vivent dans une immense cité qui flotte sur l’eau. Un vaste océan. Tu verrais ça, cet endroit est stupéfiant. Nos Ancêtres ont vécu là il y a très longtemps".

Lyanna s’interrompit quelques secondes, et décida de continuer à rester vague sur ce qu’elle avait fait depuis deux ans. Elle prit soin de ne pas parler des mâles qui vivaient sur Atlantis.

"Avec du temps, j’ai réussi à m’intégrer. Même si cela a été très difficile. Encore aujourd’hui, j’ai du mal par moment. Et puis, je suis allée visiter d’autres mondes. J’ai aidé des personnes en détresse, des femmes qui avaient besoin de moi. J’ai combattu des mâles à maintes reprises. Jusqu’à ce que mes pas me mènent sur cette planète … jusqu’à toi, sans que je m’y attende !"

Nyméria avait suivi le récit d’une oreille attentive. A aucun moment elle n’avait cherché à l’interrompre pour lui poser des questions, les réservant à la fin. D’un regard acéré, l’instructrice observait son élève et ses réactions tandis qu’elle lui confiait les morceaux manquant à son puzzle. Ainsi, sa tribu n’était plus que poussière, anéantie. Malgré son espoir fou, plus rien ne l’attendait là-bas, même pas les ruines.
Quelque part, Nyméria s’était toujours doutée que le village avait été rayé de Kirana. Les Wraiths n’étaient pas connus pour laisser les villages intacts. Mais elle ne pensait pas qu’ils auraient laissé les miettes aux Urgals cela dit.
Ces pourritures de mâles avaient largement profité de leur faiblesse pour les achever. Les pleutres !

La révélation de Lyanna lui causa un long frisson dans le dos et un sentiment de désarroi qu’elle s’empressa de dissimuler. Elle comprenait très bien le sentiment de son amie en se découvrant dernière survivante, ayant échoué à défendre les derniers membres de leur famille. Peut-être que certaines guerrières auraient attribué ça à de la chance dans un sursaut d’optimisme. Mais pour quiconque occupait le rôle de la sécurité, de la protection des sœurs, être la dernière survivante d’un monceau de cadavres tenait de la malédiction. Une terrible punition.
Vivre en ayant perdu sa famille, vouée à constater son échec jusqu’à la fin.

**Tu as fais ce que tu as pu, je le sais.** pensa Nyméria tout en continuant de l’écouter.

Comme elle avait cherché à cacher certains détails, il lui semblait que Lyanna faisait la même chose. Elle était une bien mauvaise menteuse et elle ne savait pas manipuler son auditoire. Le tic nerveux qui consistait à se mordre la lèvre était aussi voyant qu’un panneau désignant l’emplacement de son malaise. Nyméria en avait un peu souri mais elle ne s’en formalisait pas. Si elle avait suivi des étrangers avec un mâle dans le groupe, elle aurait également été peu bavarde pour le partager.

L’instructrice nota silencieusement les différents éléments. D’un côté, elle était contente que son élève s’en soit sortie et qu’elle ai fait quelque chose de sa vie, au-delà du simple instinct de survie. Elle en ressentait de la fierté. Comme d’habitude, elle ne l’avouerait pas directement afin de paraître toujours aussi stricte et pousser l’Amazone à se surpasser. Mais elle faisait bel et bien sa fierté.

Quant à sa tenue et la conclusion de son histoire, cela ne faisait que confirmer les doutes qu’elle avait déjà eu. La jalousie d’Ishey avait son utilité et, tandis que son élève se lavait, elle avait obtenu de meilleures informations sur cette nouvelle appartenance. Une appartenance qu’elle comptait bien briser en peu de temps. L’entendre dire qu’elle avait toujours du mal à s’intégrer était une bonne nouvelle, un levier qu’elle comptait bien exploiter.

« Donc.... » amorça-t-elle avec un regard malicieux. « Tu n’es pas venue pour moi. C’est cette femme, aussi pénible qu’une tique, qui t’a attiré ici. »
Elle acquiesça doucement, toujours en souriant.
« Pour remplir un contrat sur sa tête ? Vraiment ? »
Nyméria suspectait que l’explication fournie pour convaincre Ishey n’était pas la bonne. Tout en ayant posé cette question sur le ton d’un scepticisme amusé, l’instructrice lorgna ces fameuses lèvres que son amie n’allait pas tarder à malmener. Ce que la guerrière fit aussitôt, ne sachant pas comment expliquer son lien avec April à son instructrice.

"En effet, je ne suis pas venue pour toi, mais pour elle. Je ne savais même pas qu’une de mes Soeurs se trouvait sur cette planète. Je recherche cette femme pour la ramener. J’ai été envoyée ici pour une mission de sauvetage. Je n’ai appris ta présence ici que bien plus tard".
« Ce sera une mission courte. » lâcha-t-elle dans un élan sévère. « Et ces deux autres mâles qui errent sur la grande route, sont-ils également venus pour le “sauvetage” ? »
Elle plissa légèrement des yeux.
« Je t’imagine mal entourée de tant d’esclaves. »

Lyanna dévisagea Nyméria, se doutant que son instructrice se posait beaucoup de questions concernant ces mâles. Alors, elle prit un air autoritaire et sûr d’elle, celui qu’elle avait lorsqu’elle commandait les guerrières.

"Ceux là ne sont pas à moi. Ils appartiennent à la femme que je recherche. Ils sont également sur cette planète pour la trouver et la ramener. Je les menais, mais j’ai dû me séparer d’eux avec mon esclave pour continuer la mission".
« Bien... »

Nyméria fit le point mentalement et acquiesça positivement.
« Je vois que ton chemin a été tout aussi mouvementé que le mien. Je suis heureuse que tu me sois revenue. Il y a bien une marée de questions qui me viennent à l’esprit mais ce serait manquer aux politesses. »
L’instructrice lui fit un petit sourire puis se leva.
« Mes Soeurs.... »
Le brouahaha couvrait trop sa voix.
« SOEURS !!! »
Cette fois, elle captiva l’attention. Toute l’attablée cessa de discuter pour se concentrer sur la maîtresse de maison. Nyméria les considéra longuement, en choisissant ses mots. Sa voix raisonna fort dans la salle du banquet.

« Voilà bien longtemps que je foule cette terre en quête de justice, de stabilité et de prospérité. Notre clan s’est reconstruit de mes mains, puis des vôtres, à vous toutes. Je n’ai jamais convoité un juste retour. Et la vie m’en a remercié. »
Elle tendit la main pour que Lyanna se lève à son tour. Cette dernière s’exécuta.
« Ce soir, mon coeur est léger, ma joie bondissante. Je fête le retour de Lyanna, mon élève, mon amie et partenaire. Mes racines, que je pensais coupées, ne le sont plus. »
Nyméria avait récupéré son verre. Elle le leva en s’écriant doucement : « A Lyanna ! » et toute la foule suivit par la suite.
Lyanna sourit, son cœur se serra en entendant son nom acclamé parmi l’assemblée. Elle retrouvait cette importance qu’elle avait autrefois, sur Kirana. Remerciant Nyméria, la guerrière leva son verre à son tour, avant de boire une gorgée de breuvage, prête à festoyer avec sa Soeur.

L’apparition de Lyanna était rarement perçue comme une intrusion.
Peut-être que quelques femmes, dans le lot, se méfiaient naturellement de ce visage inconnu si haut placé dans la hiérarchie. Mais dans l’ensemble, une seconde guerrière Kiranienne, un second guide, était considéré par l’assemblée comme un gage de sécurité.
La nouvelle tribu se renforçait, elle prenait en envergure. Et ça rendait tout le monde heureux.

Le signe de Lyanna en réponse au discours de son instructrice fit remonter une série d’exclamations joyeuses et bienvenues. Les chaises et bancs raclèrent sous le mouvement des guerrières qui reprenaient place. Puis naturellement, sans nécessité d’un signe concret, le banquet démarra dans une ambiance chaleureuse. Quelque part, des instruments entonnaient déjà des petites musiques en fond sonore. A l’autre bout, quelqu’un les taquina en répondant d’une chanson paillarde si vieille que le contenu en était incompréhensible.

Tandis qu’on se faisait passer les plats, les blagues et conversations allaient bon train. Des rires jaillissaient parfois d’un côté et de l’autre sans crier gare. On se détendait, on se reposait. Les Soeurs d’Amarielle étaient en sécurité et elles croquaient la vie à pleine dents.
Comme dans toutes tribus, elles s’étaient regroupées par affinités, ce qui laissait paraître quelques fossés de rivalité ici et là.
Mais c’était comme une grande famille de campagne. Une immense famille attablée d’adultes, jeunes et matures, avec les enfants qui se couraient après autour de la table.

Lyanna vit passer tous les plats que les Soeurs faisaient circuler. Beaucoup de viande et de gibier cuit dans le jus. Il y avait des légumes, des pommes de terre, des salades composées et du pain encore chaud. Souvent, des guerrières sortaient de table pour revenir avec de grande coupe chargée de mets supplémentaires. Comme des produits de la mer, des crustacés et des crabes aux allures inhabituelles.

Nyméria, de son côté, était devenue muette.
Elle occupait l’extrémité de cet agencement de table comme une matriarche et elle prenait beaucoup de plaisir d’observer toutes ces scènes de vie. Comme une vieille grand-mère qui resterait en retrait, prostrée sur son fauteuil, en train d’écouter et de regarder sagement l’ensemble de sa famille. Un brin effacée, elle n’en profitait que mieux. Elle sentit toutefois la présence de Lyanna à ses côtés et lui rendit un petit sourire complice, se sachant découverte.
Pour faire diversion, elle lui chargea les bras d’un nouveau plateau, des petites pâtisseries salées, puis fit mine d’avoir une poussière dans l’oeil.

Les quelques Soeurs a proximité immédiate de Lyanna ne tardèrent pas à se pencher pour démarrer une conversation. Elles se présentèrent avec le sourire et lui posèrent plusieurs questions, répondant ensuite aux siennes. Chacune lui expliqua, pour l’anecdote, comment elles avaient rejoint Amarielle. Parfois, c’était volontaire. Et d’autre fois, c’était bien plus mouvementé.
Baguela, par exemple, était une lancière d’une quarantaine d’années qui travaillait dans le textile. Sa patronne exigeait toujours plus de sa part en termes de productivité. Hélas, ces années passées à lier les fils avaient abîmé ses doigts. Elle connaissait des douleurs permanentes à l’exercice et sa patronne s’en moquait.
Et puis, un assaut des Soeurs d’Amarielle sur le village l’avait libéré. Elle était allée directement voir Ishey, la regardant dans les yeux, pour lui expliquer sa volonté d’une nouvelle vie.
« Maintenant j’ai mal aux doigts en cramponnant ma lance. » lui dit-elle en souriant. « Mais au moins, c’est pour me défendre moi et celles que j’aime. Pas une vieille bique qui vivait sur mon labeur . »
Baguela s’exprima plus fort pour être entendue de Nyméria.
« Elle m’a rendu ma force, ma liberté et ma fierté. »
L’intéressée regardait droit devant elle mais son petit sourire trahissait le fait que le compliment lui était venu aux oreilles.

Lyanna continua d’en apprendre un peu plus au fil des conversations. Il y avait du bon et du mauvais. Aucune des Soeurs ne se plaignaient de leur nouvelle vie même si elles reconnaissaient avoir eu beaucoup de mal, au début, en apprenant la discipline. Les interlocutrices demandaient souvent à Lyanna si elle avait vécu ainsi dès son plus jeune âge. Même si on aurait pu penser que c’était plus simple, ce faisant, les Soeurs regardaient l’Amazone d’un air admiratif. Lyanna leur expliqua que oui, elle avait dû apprendre la discipline dès son plus jeune âge, comme les autres membres de la tribu.

Le repas ayant franchi le stade des volailles, le fromage et les gâteaux commencèrent à arriver sur la table. L’estomac de Lyanna semblait la laisser tranquille avec ses nausées, et la jeune femme put manger autant qu’elle voulait, affamée. Elle le regretterait peut-être le lendemain matin, mais peu lui importait. C’était un moment festif, elle en profitait. Certaines guerrières avaient suffisamment manger, elles préféraient discuter et rigoler ensemble. Sous le regard de Nyméria qui continuait d’observer, le cœur léger, quelques petits défis taquins commencèrent à voler d’un bout à l’autre de la table.

Deux archères s’opposèrent très rapidement dans un esprit bon enfant.

Nasta était une petite brune, à peine adulte, qui portait très bien le don pour la précision. Elle s’accrochait des plumes aux bouts de ses cheveux, étant plutôt coquette et encore naïve, ce qui lui valait le surnom de “l’oisillon”. Malicieuse et enthousiaste, elle détaillait l’humiliation qu’elle causerait à sa rivale du moment, agitant l'empennage d’une flèche sous son nez pour la chatouiller.

L’autre, c’était Bervie. Elle devait avoir cinq ou six ans de plus. Elle riait de la petite provocation de sa Soeur bien que ses joues avaient chauffé au rouge. Tout en agitant son arc, elle lui répondit être capable de la moucher en lui coupant les flèches en deux. Et qu’elle pourrait ensuite partir pleurer dans les jupons de l’instructrice.

C’était une occasion sympathique, songeait Nyméria. Les deux archères s’étaient positionnées devant leur table. Les cibles, des galettes de paille sur trépied, se trouvaient après la fosse, de l’autre côté. Les Soeurs qui s’y trouvaient à table charriaient les archères en se penchant soudainement sous la table, comme pour échapper à une flèche invisible. Lyanna sourit en regardant la scène. C’était comme chez elle, à l’époque où de jeunes femmes et filles apprenaient l’art du combat en s’affrontant par des jeux. Melina et elle en étaient également passées par là.

« Nasta, Bervie, un instant. »

Les deux concurrentes se retournèrent pour faire face à leur guide. La joie et les taquineries avaient soudainement disparu au profit de cette discipline martiale. Elles levaient un peu le menton, attendant de connaître l’ordre de leur supérieur. Mais il ne vint pas.
Nyméria les regarda quelques secondes, souriant malicieusement, puis elle se pencha un peu vers son élève.

« Choisis en une. » annonça Nyméra en regardant Lyanna. « L’une fera l’épreuve en ton nom, l’autre le fera au nom du mien. »
Son sourire se creusa davantage.
« Gagne et je te ferai une offrande spéciale….de Kirana. »

La plus jeune, Nasta, écarquilla les yeux. C’était la première fois qu’elle jouait au nom d’une Kiranienne. Profitant que sa comparse, plus disciplinée, attendait sagement de connaître sa bienfaitrice, Nasta agita subtilement son arc pour attirer l’attention de Lyanna.
D’un simple mouvement des yeux, indépendante de son corps figé, elle se désigna pour être l’avatar de l’Amazone. Elle voulait faire gagner Lyanna et être remarquée de Nyméria. Laquelle concluait avec malice :

« Mais si tu perds, je gagne cet étrange ornement de métal qui entoure ton cou. »

La main de Lyanna se referma aussitôt sur les plaques militaires qui reposaient contre sa peau. Les plaques de Darren. Si elle perdait le duel, elle serait obligée de les donner à Nyméria. La jeune femme hésita quelques instants, se refusant de perdre ce précieux cadeaux. Son instructrice pourrait certainement voir ce doute qui habitait son élève. Lyanna la regarda, puis posa ses yeux sur Bervie, qui restait silencieuse et immobile, ainsi que sur Nasta, la plus jeune, débordante d’énergie et de volonté. Devait-elle accepter ce pari risqué ?

"Je devrais te céder ça ?" demanda-t-elle en désignant les plaques, signe qu’elle y apportait un certain attachement.
« Oui. Je vois bien que ce n’est pas une breloque à tes yeux. Ça n'en rend le pari que plus palpitant. »

Lyanna réfléchit longuement. Puis, emportée par la joie de se retrouver ici, avec sa Soeur et d’autres guerrières comme dans sa tribu, elle acquiesça d’un hochement de tête. C’était comme si elle ne prenait pas vraiment conscience qu’elle mettait en jeu un objet qui lui était très cher.

"Très bien, j’accepte le pari. Et je vais choisir ..."

La guerrière regarda les deux femmes, avant de jeter son dévolu sur la plus jeune. Même si c’était plus risqué, car elle pouvait manquer d’expérience par rapport à l’autre.

"Nasta !"

Lyanna se saisit de sa coupe, et avant de boire, elle dévisagea la jeune femme.

"Tu as intérêt de gagner, je n’ai pas envie de perdre cet objet. Si tu perds, mon courroux sera terrible" lança-t-elle à Nasta pour l’inciter à se surpasser.

Nasta écarquilla les yeux, prenant la menace au premier degré. Elle regretta immédiatement de s’être proposée tandis que sa tête qui s’enfonçait dans ses épaules. D’un mouvement, elle accompagna sa Soeur concurrente au bord de la fosse et prépara ses flèches. La jeune femme avait la pression, essayant de se calmer avec un exercice de respiration. De l’autre côté, il y avait deux cibles, une pour chaque fille.

Lors de son premier tir, elle mit quasiment dans le mille. Bernie fit la même chose juste après. Le jeu s’annonçait donc serré dès le début. Tout autour d’elles, les filles du banquet tapaient des mains sur la table pour encourager leur représentante. Ce bruit disparaissait dès que l’archère bandait son arc et un silence religieux permettait leur pleine concentration. Puis lorsque la flèche touchait la cible, elles applaudissaient et multipliaient les encouragements.

Bernie avait une meilleure précision dans son tir mais Nasta était plus passionnée. Elle avait le feu dans le regard et un petit tic, bandant son arc jusqu’à toucher la corde contre sa lèvre. L’oisillon avait un air amusant à chaque fois qu’elle envoyait sa flèche. A chaque fois que Bernie semblait prendre une avance dans un tir quasi parfait, Nasta parvenait au même score. Mais une fois à la moitié du tournoi, elle manqua le cercle central de quelques centimètres. Bernie venait de creuser l’écart.

L’oisillon jeta un regard craintif en direction de Lyanna. Elle était stressée à l’idée que l’échec puisse être concret. Ses prochaines flèches l’amenèrent à talonner sa concurrente de près, à tel point qu’un simple tir au centre pourrait lui octroyer la victoire. Mais contrairement à Bernie qui restait calme jusqu’au bout, le trac gagna Nasta sur sa dernière flèche. L’issue de la partie en dépendait.

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Darren Clive

Image perso : La ruine d'Amarielle - Page 2 Bannie10
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√ Messages : 288

Mer 7 Avr - 16:12

Darren Clive

La ruine d’Amarielle
Darren & Lyanna


La pression était à son comble. Si elle atteignait le centre, elle arrachait la victoire à la volée.
Nyméria avait été captivée jusqu’à la fin. Elle avait serré sa coupelle d’une main blanche, suspendue à la flèche de Nasta qu’elle voulait perdante. Le trait s’envola et le trac de l’oisillon lui fit manquer son tir au-delà de sa précision habituelle. L’instructrice sursauta, enfin libérée de son suspens, puis tourna un œil goguenard vers son élève.
Doucement, elle amena sa main bien ouverte sous son nez et agita les doigts.
Les plaques…

Lyanna soupira en voyant qu’elle avait perdu son pari. Elle prit conscience qu’elle venait de perdre ce qui la liait à Darren. Un œil à son instructeur lui montra que cette dernière était satisfaite de la tournure des évènements. La guerrière avait accepté de jouer … et elle avait perdu. Elle retira les plaques, et les regarda longuement, comme hésitante à les céder. Puis, à contre cœur en serrant les dents, Lyanna les tendit à Nyméria, s’en voulant d’avoir confié ce pari à une autre. Elle aurait dû le faire elle-même.

"Je ne te cache pas que ça me déplait de m’en séparer !"
« Je l’ai remarqué. » répondit-elle, moqueuse.
Nyméria récupéra les plaques puis les observa. Elle finit par découvrir les fines inscriptions et les fixa longuement. Tout comme Lyanna autrefois, elle ne savait pas lire. Elle ne savait pas ce que ça signifiait.
« Qu’est ce que c’est ? »

Lyanna réfléchit à la réponse à donner, et regarda à nouveau les plaques.

"Il y a écrit Darren Clive, c’est le nom du mâle qui m’appartient. Ces plaques rappellent aux autres qu’il est ma propriété".
« C’est curieux. »
Nyméria essayait de comprendre le principe mais quelque chose lui échappait.
« Ce mâle ne devrait-il pas porter cet ornement avec ton nom, alors ? »
"Il en avait un aussi ! Mais il l’a perdu sur cette planète, pendant un combat".

L’instructrice leva ses deux sourcils en écoutant les explications. Elle regarda de nouveau les plaques et un petit sourire sadique lui vint. C’est d’une façon tout à fait naturelle qu’elle passa les plaques autour de son cou, les faisant reposer sur sa poitrine, tandis qu’elle jouait machinalement avec l’une d’elle.
« Alors il semblerait que tu aies perdu plus qu’un simple bijou au pari. » dit-elle avec malice. « J’espère que le mâle déduira facilement qui est sa nouvelle maîtresse. »

Lyanna ne put s’empêcher de fusiller Nyméria du regard. Céder des plaques était une chose. Céder Darren, hors de question.

"Attention, ma Soeur, tu ne devrais pas jouer à ce jeu là avec moi !"

Bien qu’elle s’était toujours bien entendu avec son instructrice, même quand celle-ci lui en avait fait baver à l'entraînement, Lyanna savait très bien se comporter en chef de guerre avec n’importe qui. Nyméria ne faisait pas exception. La guerrière se pencha légèrement par-dessus la table, sans lâcher son interlocutrice des yeux.

"J’ai parié ces plaques, non pas un mâle. Cet esclave m’appartient toujours, et il n’est pas question que je te le cède".

Nyméria soutenait son regard avec un air de défi. Amusée, elle prenait un grand plaisir à jouer de la situation inconfortable dans laquelle Lyanna se trouvait.
« Tu ne l’as pas cédé, tu l’as perdu au pari. » énonça-t-elle en lui faisant une petite moue. « A toi de récupérer la mise. »

Lyanna serra les dents. Elle n’avait pas l’intention de laisser Darren aux mains de sa Soeur.

"Très bien … tu proposes quoi ?"
« Combat-le. » annonça-t-elle de but en blanc. « Tu y portes beaucoup d’intérêt, surtout pour un mâle. Ça me rend curieuse. Montre moi ce qu’il sait faire et je te rends ton ornement. »
"Je refuse" lança aussitôt Lyanna, qui ne voulait pas affronter Darren. "Si je le combats, je vais gagner et le tuer. Et je n’ai pas envie de perdre un esclave aussi utile que lui".
« Je t’ai connu à une époque où cette proposition t’enjoyait. » rétorqua Nyméria, provocante. « Dans ce cas, j’y vais à ta place. Et s’il échoue, tu auras perdu la mise pour de bon. »

L’enjeu était bien trop grand. Si Nyméria affrontait Darren, Lyanna savait parfaitement que son compagnon n’avait aucune chance.

"Tu as raison sur un détail : autrefois, j’aurais été heureuse d’affronter un mâle et de le réduire à néant. Et c’est toujours le cas aujourd’hui. Mais souviens-toi. Nous ne nous séparions pas des esclaves de valeur et obéissants. Il n’y avait que les faibles et les rebelles que je tuais avec plaisir. Ce mâle là n’est ni un faible, ni un rebelle. Il m’a été très utile à de nombreuses reprises, il a démontré qu’il pouvait me servir convenablement. Et ce genre d’esclave est très rare à trouver, d’où mon envie de le garder à mon service".

La guerrière secoua la tête.

"Je refuse ta proposition. Je sais très bien que ce combat sera truqué, car tu vas facilement gagner".
« Quelle véhémence. Les mâles s’écharperaient à obtenir un tel intérêt d’une Kiranienne. »
Elle la regarda un petit instant.
« Bien. Je n’insiste pas. Et je garde tout. » déclara-t-elle avec un sourire provocant.
"Pourquoi ne le ferais-tu pas affronter l’un de tes mâles esclaves ? S’il gagne, je le récupère" dit Lyanna, avant de désigner les plaques. "Et ça aussi".
« Oh. Excuse-moi, ma sœur, je croyais que le combat ne serait pas truqué. selon tes mots. »
Nyméria chercha quelqu’un du regard dans l’assemblée et finit par l’appeler d’une voix forte. La guerrière était occupée au jeu du couteau, piquant la table rapidement entre chacune de ses phalanges sans se blesser. En entendant son nom, elle releva la tête puis se redressa entièrement. Silencieuse, respectueuse, elle attendait un ordre.
Ce n’était pas une débutante.
« Puisqu’il en est ainsi. Ton “champion” contre la mienne. »

Lyanna regarda la guerrière qui s’était levée. Et bien que cette dernière ne semblait pas être à son niveau, ni celui de Nyméria, cette femme semblait être un adversaire de poids. Lyanna ignorait si Darren pourrait avoir le dessus sur elle, surtout qu’il était blessé.

"Je vois que je n’ai pas trop le choix. Bien qu’une adversaire comme elle face à mon esclave blessé et qui a été roué de coups avant de venir ici par ton bras droit ne présage pas un combat équitable. A mains nues, ou avec des armes ?"
« Je t’en laisse le choix. »
Nyméria plissa des yeux.
« Es-tu vraiment en train de me bouder pour un mâle ? »
"Je ne te boude pas. Je n’aime tout simplement pas qu’on touche à mes affaires" dit-elle sur un ton un peu sec.

Lyanna réfléchit quelques instants. Elle savait que Darren se défendait au corps à corps, mais qu’en serait-il face à une guerrière ? Ils s’étaient déjà entrainés suffisamment pour que la jeune femme ait pu voir son niveau. Cependant, elle savait aussi que son compagnon ne savait pas manipuler les armes blanches. Et elle se doutait que Nyméria l’empêcherait d’utiliser son arme à feu. Même si se battre au corps à corps serait dangereux, il valait sans doute mieux n’avoir aucune arme. Surtout que cette guerrière semblait très bien manipuler les couteaux.

"Très bien. Ca sera un combat au corps à corps alors. Aucune arme" dit-elle en regardant Nyméria. "Et je veux parler à mon esclave avant le début du combat, histoire de lui expliquer les enjeux pour qu’il te montre sa valeur".

L’instructrice demeura interdite. La Lyanna qui était revenue auprès d’elle n’était plus la même. D’aussi loin que remontaient ses souvenirs, son élève n’avait encore jamais adressé la parole à un mâle autrement que pour l’effrayer, le punir, ou le tuer. L’image qu’elle en avait appartenait au passé. La réalité ne correspondait plus à son souvenir et elle prenait ça avec une certaine philosophie. Coupées de leurs racines, perdues dans leur errance respective, elles avaient toutes les deux changé par la force des circonstances.

Nyméria prenait conscience que sa jeune élève ne s’amusait pas. Elle donnait l’air d’avoir trouvé une pierre précieuse et de vouloir la garder jalousement. Elle était comme ces enfants qui se voûtaient autour de l’objet pour qu’on ne puisse même pas regarder ce que c’était.
Dans un premier temps, l’instructrice tiqua du regard en cherchant une explication pour un tel intérêt, une telle volonté à préserver la santé d’un mâle comme du bétail sacré.

Au final, autant opter pour un plus court chemin et accepter cet état de fait. Nyméria détourna le regard vers sa championne qui attendait toujours, droite et rigide. Elle lui fit non d’un petit signe de tête. La Soeur haussa des épaules puis reprit son petit jeu du couteau, sans être vexée.
Quelques secondes plus tard, les plaques militaires de Darren étaient de retour entre les doigts de Lyanna. Son instructrice lui refermait les mains autour en lui souriant légèrement.

« Je n’ai pas envie que le souvenir de nos retrouvailles se construisent sur des querelles, mon amie. Je t’aimais plus joueuse que cela mais...soit. Soit. »

Nyméria lui posa une main sur l’épaule puis se détourna pour aller à la rencontre de Nasta. La jeune archère s’en voulait beaucoup de son échec et elle avait décidé d’abandonner la soirée au profit d’un entraînement acharné sur la cible.
Nyméria devinait son état et, comme toute Soeur Kiranienne, elle allait lui offrir ses conseils. Ne pas prendre cette défaite comme une humiliation, savoir profiter de la fête et du moment présent, et reprendre l'entraînement quotidien avec ferveur.

Lyanna fut soulagée de savoir qu’elle avait récupéré les plaques de Darren. Et que ce dernier n’allait pas devoir se battre pour rester à ses côtés. Elle soupira, et remit les plaques à leur place, avant de regarder Nyméria et Nasta. Cette dernière continuait de s'entraîner. Malgré son échec, nul doute que cette jeune femme deviendrait une archère redoutable lorsqu’elle parviendrait à gérer son stress.

La soirée se poursuivit sur de nombreux jeux, des défis, et des duels dans l’arène. Les Soeurs s’opposaient non pas pour vaincre mais échanger leurs techniques. Attirée par les plus fortes, Nyméria s’invita dans l’arène en déclenchant l’admiration de toutes. Ancienne instructrice, elle repoussa sans trop de difficulté les quatre combattantes tout en prodiguant des conseils. Leur disant de ranger leurs pieds, de fermer cette faille au flanc, d’être plus précises. Lyanna regarda son instructrice faire, cela lui rappela des souvenirs, lorsqu’elle avait été elle-même à la place de ces guerrières.

Progressivement, les Soeurs quittaient la table en emportant leurs plats et en nettoyant leur partie. D’autres, revenues tardivement de patrouilles, les remplaçaient alors. Nyméria appréciait la fête, allait parfois parler à quelques amies tout en présentant Lyanna. Elle souriait, riait avec elle, et blaguait. Lyanna se laissait aller à ces élans de fête, elle s’amusait, discutait avec les autres, apprenait à les connaître.

Et puis, l’heure devint tardive. L’instructrice ne se voyait pas souhaiter la bonne nuit. Elle proposa d’entrer dans ses quartiers pour prendre une dernière boisson et discuter encore, de souvenirs, du bon vieux temps. Lyanna accepta, bien sûr, et suivit son aînée dans les couloirs de la forteresse jusqu’à ses quartiers. La chambre de Nyméria, contre toute attente, n’était pas aussi luxueuse que celle de Lyanna. C’était plutôt un grand bureau couvert de cartes, avec des figurines représentant divers sites.

Elle ne savait pas lire donc elle se débrouillait autrement, en dessinant les informations, comme en témoignait cette grande croix noire sur une image de scierie. Plusieurs autres secteurs raturés l’accusaient d’assauts tout aussi violents. Mais ailleurs, elle en avait totalement pris possession. Nyméria possédait de grands champs, des vergers, des arbres fruitiers. Et des sites d’excavations depuis lesquels elle armait ses troupes d’armes plus performantes. Lyanna observait les cartes, regardant en détail ce qui formait le territoire de Nyméria, avant de jeter un œil autour d’elle.

La chambre de l’instructrice n’était guère plus qu’un centre de stratégie personnel. Elle dormait contre un mur, sur un petit lit spartiate d’une place, avec une maigre couverture. Le manque de confort semblait volontaire et forcé. Le seul luxe se trouvait sur le mannequin d’armure et l’atelier d’entretien pour son arme.

« J’ai de l’espoir. » avoua Nyméria en sortant une bouteille en terre cuite d’une armoire, laissant sa Soeur observer les cartes. « Quand toutes vivront sainement, je débouterai la gardienne qui filtre l’entrée. Toutes ces pauvres, là-dehors, auront une instruction solide et gratifiante. »
Elle lui sourit et lui tendit son verre rempli.
Lyanna prit ce dernier, et observa le contenu, en l’humant brièvement. Les plans de sa Soeur étaient intéressants. Elle même avait voulu déloger Nataëlle pour permettre à toutes ces pauvres femmes d’entrer dans le refuge. Mais vu la misère qui y régnait, était-ce une bonne idée ? Une misère causée en partie par Nyméria.

« Tout est possible Lyanna. Peut-être même qu’une fois le refuge sécurisé et sous contrôle, notre armée pourra revenir. »
Son regard brillait de complicité. Elle parlait bel et bien de ça.
« Nous pourrions reprendre Kirana. Rayer les Urgals de nos terres. »

Revenir sur Kirana. Refonder leur tribu. Une idée bien alléchante pour Lyanna, qui imaginait retrouver sa vie d’avant. Même si elle vivait sur Atlantis, elle était Kiranienne. Sa place n'était-elle pas sur son monde ? La guerrière fut tiraillée par cette idée. Elle soupira légèrement, et regarda Nyméria.

"Ton plan est intéressant. Avoir une armée forte et conséquente pour reprendre ce qui est à nous. Et exterminer les Urgals jusqu’au dernier".

Lyanna réfléchit sur la suite de la conversation, et comment l’aborder. Notamment, les points sur lesquels elle n’était pas d’accord avec son instructrice.

"Mais comment veux tu faire ? Comment penses tu que ce monde ci deviendrait un véritable paradis pour toutes ces femmes ? As tu vu ce qui se passe, hors des murs de ta forteresse ? C’est la misère et la pauvreté !"

Nyméria pencha la tête sur le côté.

« Penses-tu que j’ai reconstruis notre culture sans avoir longuement erré sur ces terres ? »
Nyméria avala son verre cul sec et le posa sur la table.
« J’ai vécu dans cette même misère et pauvreté que tu as vu sur ton chemin. A chaque fois que je croyais un groupe capable de raison, de partager les ressources, j’ai été affreusement déçue. »
Son regard dévia vers les cartes.
« Il y aura toujours des opportunistes qui mangeront sur le dos des plus faibles. Il y aura toujours des voleuses, des tueuses, des rançonneuses, prêtes à tout pour prendre aux autres. Et je ne parle pas de celles qui se repaissent de la propre chair de leur semblable. »
Son bras valide balaya les environs.
« Mais ici, tout est en ordre. Il n’y a pas de meurtres, pas d’opportunistes, et nous sommes toutes Soeurs. Ce monde... »
Elle était certaine en parlant.
« Ce monde peut-être beau et ordonné. Mais il faut le nettoyer pour réussir. Imposer l’ordre et la discipline. Chasser les adeptes du chaos. Ça ne se fait pas sans douleur, Lyanna. La misère ne disparaîtra que lorsqu’il ne restera plus que des Soeurs. »
"Alors explique moi pourquoi toutes ces femmes dehors sont terrifiées rien qu’en entendant le nom d’Amarielle ? Pourquoi est ce qu’elles te craignent autant, si tu ne cherches qu’à faire de cet endroit un monde meilleur ?"

Lyanna s’interrompit quelques secondes, avant de reprendre.

"Je te crois quand tu dis que tu veux que des Soeurs nous rejoignent, et que tu veuilles reformer une tribu comme sur Kirana. Mais jamais, nos Soeur n’auraient autorisé le viol de ces femmes, quelle qu’en soit la raison. Nous avons lutté contre ce fléau. Et toi, tu l’autorises ?"
« Cesse cette naïveté, tu as passé l’âge. » rétorqua soudainement Nyméria, aussi sévèrement que lorsqu’elle l'entraînait.
Mais Lyanna avait touché un point sensible. L’instructrice avait approché le verre de ses lèvres, celui qu’elle avait rempli de nouveau, mais l’envie n’y était plus.
« Bon. » fit-elle plus doucement, le reposant sur le bureau. « Dis-moi pourquoi nous nous sommes tant entraînées sur Kirana ? »
Elle ouvrit ses mains, feignant de ne pas savoir, et insista.
« Pourquoi étais-tu notre cheffe de guerre ? Quel était la raison de ton existence ? »
"Je protégeais nos Soeurs contre les attaques des autres tribus. Je commandais les guerrières dans la défense du village, mais aussi lors des assauts que nous menions" lui répondit Lyanna, sans comprendre où voulait en venir Nyméria.
« De qui nous protégeais-tu ? » insista-t-elle une fois de plus.
"Des mâles !"
« Exact. »

Nyméria s’approcha et lui prit les mains.
« Nous nous sommes éternellement préparées à repousser leurs assauts. Parce que nous savons ce qu’il se passe en cas de défaite. Ou lorsque nous manquons de vigilance. Les drames que nous avons connus. Les Soeurs qui ont été violentées. Ces batailles perdues où nous avons vu nos meilleures guerrières prostrées, à quatre pattes, réduite à attendre la fin d’un tel supplice. Tu l’as vu...Mélina...les autres... »
Elle lui parlait doucement, lentement, essayant de lui faire comprendre sa logique.
« Ici, cette menace est négligée, moquée. Privées de ce danger, les femmes de ce Refuge s’entretuent au lieu de se fédérer. Quelqu’un devait le leur rappeler, leur montrer la vraie menace.»
Elle lui souriait mais ses yeux brillaient d’humidité.
« Tu crois que je suis heureuse d’avoir fait ça ? Je dois vivre avec cette décision. Parce que j’en vois le bénéfice. Toutes nos Soeurs ont conscience de la menace, cela les a soudées comme nous, Kiraniennes. Mes ennemies doivent disparaître si je veux pouvoir offrir la paix et la prospérité à toutes. »

Lyanna écouta les propos de Nyméria, mais elle finit par secouer la tête.

"Je suis d’accord sur le fait que tu veuilles recréer notre tribu. Que tu cherches à convaincre ces femmes de nous rejoindre. Que tu ais réduits ces mâles en esclavage. Mais ne me demande pas de comprendre que tu acceptes qu’ils commettent des viols pour que les autres te craignent. Je désapprouve cela, il vaut mieux exécuter tes opposantes plutôt que de leur faire vivre un tel supplice. Nous ne sommes pas les Urgals, et tu agis comme eux".

A la dernière phrase, les poils de l’instructrice s’hérissèrent et sa figure se déforma de colère.
« Comment oses-tu ! Je t’interdis de me traiter d’Urgals ! »
Elle donna un coup rageux sur son verre, lequel éclata en mille morceaux au sol.
« Etais-tu là, dans la fange et la boue de cette planète, depuis aussi longtemps que moi pour te fendre de cet avis éclairé ? Hein ? As-tu vu comme moi ces femmes qui se réduisaient elles-mêmes en esclavage ? Ces mâles puants qui en dirigeaient des groupes à coups de poings ? Qui les achetaient à seules fins de les besogner ? »
Elle se pointa du doigt.
« Je suis une maître d’arme ! Mon rôle est d’instruire ! De rendre fort, par la douleur et la sévérité s’il le faut. Et toi, fraîchement parvenue ici, tu viens me faire la leçon ?!? »

Nyméria se rendit compte qu’elle perdait les pédales. L’accusation lui allait droit au cœur. Ca lui faisait mal parce que c’était la vérité, une horrible vérité. Elle lui en voulait d’être à cette place facile. De n’avoir eu qu’à observer et prétendre. C’était quelque chose qu’elle aurait voulu, aimé. La facilité. Mais elle avait dû se battre et faire un choix.
L’instructrice s’était éloignée de quelques pas, contemplant la carte affichée contre le mur, feignant de l’observer. Elle chassa quelques larmes d’un revers de main, luttant contre le sentiment d’être reniée et discréditée par son élève.

« Tu n’étais pas là, Lyanna. » dit-elle finalement.

Elle regarda encore la carte, les poings sur les hanches, tout cherchant une respiration convenable.

« C’est d’accord. » lâcha-t-elle finalement.
Nyméria se retourna pour la regarder.
« Si une instructrice a échoué... »
Elle marqua une pause.
« Peut-être qu’une cheffe de guerre réussira. »

Pendant tout ce temps, Lyanna n’avait pas bougé, se contentant de fixer Nyméria dans les yeux. Celle ci avait beau avoir été son instructrice, la jeune femme savait quand il falait dissimuler ses émotions, et ne pas montrer de la peur ou de l’inquiétude. Un visage calme et sérieux, voilà ce qu’elle présentait à son aînée, pendant que celle-ci lui faisait des reproches sur sa façon de penser. Même lorsque Nyméria s’éloigna, Lyanna resta immobile, baissant les yeux sur son verre qu’elle tourna doucement dans sa main, comme pour en remuer le contenu. Finalement, la guerrière réfléchit quelques secondes, et acquiesça d’un signe de tête.

"Très bien. Je leur montrerais comment faire. Nos ennemies ne seront plus violées, mais exécutées. Je t’aiderais à rebatir notre tribu, avec nos principes".
« Tu retrouves ta place de cheffe de guerre aux côtés de tes nouvelles Soeurs. » confirma Nyméria « Je me chargerai de l’instruction et de la discipline. Et toi de pacifier ces terres. »

Lyanna garda le silence quelques secondes. Nyméria lui proposait de la rejoindre pour faire revivre sa tribu, et faire de ce monde un endroit meilleur pour ces femmes démunies. Mais, elle avait sa vie sur Atlantis. Avec Darren. Rester auprès de son aînée impliquait de ne plus rentrer sur Atlantis. Un choix très difficile à faire, et Lyanna hésitait. Voilà le choix que son compagnon avait redouté.

"Laisse moi réfléchir à ta proposition. J’ai besoin d’un peu de temps".
« Réfléchir ? » s’étonna soudainement l’instructrice. « Qu’est-ce qui peut donc te faire hésiter ? La question ne devrait même pas se poser. »

Bien sûr que Nyméria ne comprenait pas. Comment pouvait-elle comprendre ?

"J’ai une nouvelle vie, c’est difficile de me dire que je dois la laisser tomber".
« Une nouvelle vie ? Tu m’as confié qu’elle était dure et que tu t’y adaptais mal. Ici, tu n’auras rien à prouver. »

L’instructrice agita la main. Elle abandonnait.
« Bonne nuit, Lyanna. Puisse-t-elle te rendre moins indécise. »
"Nyméria ..."

Mais son instructrice ne semblait pas vouloir l’écouter. Lorsqu’elle la congédia, la guerrière se contenta d’un hochement de tête, et posa son verre, avant de quitter les quartiers de Nyméria pour retourner dans les siens. Elle était en proie au doute, à l’hésitation. Oui, elle avait une vie sur Atlantis, avec Darren. Mais elle pourrait avoir aussi une vie ici, avec sa Soeur. Mener sa vie d’avant. Sa vie qui faisait d’elle ce qu’elle était réellement, sans plus personne pour lui ordonner de ne pas s’en prendre aux mâles. Une fois dans ses quartiers, Lyanna ferma la porte, et s’y appuya, en soupirant. Que devait-elle faire ? Quel choix adopter ?


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Lyanna

√ Arrivée le : 14/07/2018
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Mer 7 Avr - 17:14

Lyanna

La ruine d’Amarielle
Darren & Lyanna

Lyanna demeura seule face à ses nombreuses interrogations. Sa rencontre avec son ancienne instructrice lui avait rappelé nombre de bons moments mais également le fait qu’elles étaient différentes dans la gestion des troupes. L’offre n’était pas à prendre à la légère. Diriger l’armée, c’était comme se faire remettre les clés du château. Elle allait devenir la garante de la sécurité de ces terres, porter la guerre plus loin, et suivre le plan de son amie consistant à imposer la culture Kiranienne au reste du refuge.
Il y avait tant à y gagner mais aussi à perdre.

Lyanna allait devoir conquérir les terres, réduire la résistance à néant. Intégrer les recrues et les sympathisantes, tuer toutes celles qui se dresseront contre Amarielle.
Est-ce qu’elle serait prête à le faire ? Surtout en sachant que ces femmes ne seraient pas toujours d’accord ?

Ce n’était pas une mince affaire. Toutes ces pauvres victimes qui s’entassaient à l’entrée, celles qui se suicidaient sur le mur, attendaient un salut que Lyanna pourrait leur offrir. Mais pour ça, il fallait dire adieu à Atlantis. Se confronter à April, au D4, et peut-être même à Darren. La guerrière était tiraillée en deux, elle voulait rester avec Darren. Mais aussi avec Nyméria, sa Soeur. Le dernier membre de sa tribu, malgré ses pratiques qui l’opposaient à Lyanna. Cette dernière soupira, car elle savait qu’elle devrait prendre une décision. April et Darren n’avaient pas voulu qu’elle cherche Nyméria pour éviter de tomber dans ce conflit. Mais refuser de trouver sa Soeur, c’était trop déchirant pour elle. La jeune femme s’avança jusqu’à son lit, et se déshabilla, perdue dans ses pensées. Elle avait besoin de parler, elle avait envie d’entendre Darren. Alors, elle tenta de le contacter.

Lyanna ne parvint pas à avoir son compagnon à la radio. Ce dernier ne lui répondit que par ce fameux double clic qui lui prouvait qu’il allait bien. Mais manifestement, le soldat était dans une position qui l’empêchait tout dialogue nocturne. Ce qui chagrina la jeune femme, comme depuis le début de cette mission lorsqu’elle avait été séparée de Darren à plusieurs reprises, sans pouvoir lui parler. Elle s’allongea dans son lit, nue, les draps rabattus sur son corps, tandis qu’elle observait le plafond de sa chambre, tout en réfléchissant.

La fatigue cumulée depuis le début de cette mission et les émotions finirent par avoir raison de Lyanna. Elle finit par s’endormir dans ce grand lit, gênée par l’absence de son soldat, en ayant encore en tête cette proposition cornélienne. Autant dire que son sommeil était plutôt agité. Mais pourtant, ses sens lui firent défaut. Elle qui, en règle générale, restait vigilante par nature et ne s’endormait profondément qu’entre les bras de Darren, ne sentit pas cette présence se glisser dans ses quartiers.

Quand Lyanna comprit qu’une paire de main s’était saisie brusquement de ses draps, il était déjà trop tard. Une force qui manquait cruellement de douceur - signe qu’il ne s’agissait pas de Darren - l’avait fait basculer suffisamment fort pour qu’elle se retrouve au sol. Les draps lui étaient retombés dessus pèle-mêle alors qu’elle goûtait la morsure froide de la pierre. Le temps que ses mains parviennent à retrouver le manche de l’une de ses armes, dans le but de répondre à l’agression, le faisceau d’une lampe torche typiquement Atlante l’aveugla brusquement. Quelqu’un s’était agenouillé juste à côté. Le geste avait été d’une telle confiance que l’agresseur ne craignait pas que cette lame puisse venir lui trancher la gorge.

Il n’y avait que Max pour oser un truc pareil, non ?
Darren était trop amoureux pour lui faire ce genre de mauvaise surprise, d’autant plus que sa réception avait été plutôt mauvaise, lui mâchant l’arrière train. Jim était un homme trop poli.
A moins que...

Comme si sa pensée avait été devinée, ce même faisceau lumineux dévia pour révéler l’identité de son agresseur. La source placée sous le menton, le visage abîmé d’April Machado se penchait sur elle d’un air diabolique. Son sourire satisfait, teinté de cruauté, reflétait parfaitement son acte. Elle l’avait fait chuter de son lit pour se venger, c’était très clair.

« Alors, coquine ? Tu dors à poil même en mission ? »
"April ?!" s’étonna Lyanna, ayant du mal à croire que la militaire était là, dans ses quartiers.

April ricana, dévoilant des dents teintées de sang. Elle se redressa pour lui tendre la main et l’aider à se relever.

« Je t’avais interdit de venir... »

A l’intonation de sa voix, April lui en voulait. Mais elle était également heureuse de retrouver une amie. Seule l’obscurité empêchait Lyanna de voir à quel point April était dans un état lamentable. Elle pouvait quand même le sentir à cette odeur de sueur rance mêlée de vieux sang. Lyanna se mit sur les genoux, et aidée par la main de la militaire, elle se redressa. Elle n’était pas du tout gênée de se présenter nue devant quelqu’un, la pudeur n’avait pas cours sur Kirana. Elle resta quelques instants à essayer de détailler April du regard, mais elle ne put voir que ce que le faisceau lumineux dévoilait.

"Je sais que tu m’avais dit de ne pas venir. Mais qu’est ce que tu croyais ? Tu pensais sérieusement que j’allais laisser passer l’occasion de revoir l’une de mes Soeurs, alors que je croyais être la dernière survivante de ma tribu ?"

Lyanna soupira discrètement en fermant les yeux quelques secondes.

"Je n’ai pas pu, April. J’en étais incapable ! Je devais venir".
« Oh arrête un peu, tu vas me faire pleurer... » rétorqua April en s’éloignant, la lampe braquée sur ses affaires. « Le coup de la Sainte, c’est bon pour enrhumer ton mec. La vérité : tu as décidé que rien ne se mettrait en travers de ton chemin dès l’instant que tu as compris que c’était une Kiranienne. »

Lyanna avait fini par se diriger vers la table de nuit pour allumer une bougie, afin d’éclairer un peu la pièce. Puis, elle s’habilla tout en regardant April. Bien que cette dernière semblait en colère de sa présence ici, la guerrière était soulagée de la voir en vie. Mais soucieuse, vu tout ce qui lui était arrivé.

April avait éteint sa lampe pour économiser de la batterie. Maintenant qu’elle y voyait un peu plus clair, elle trouva le holster de cuisse de son amie et fouilla sans lui en demander la permission. Elle trouva sans mal un chargeur plein qu’elle engagea dans sa propre arme de service. Lyanna la laissa faire. De toute façon, elle ne savait pas vraiment se servir de cette arme. Autant la laisser à quelqu’un qui en avait besoin.

Le déclic qui accompagnait le retour de la culasse, c’était comme reprendre sa respiration après avoir risqué la noyade. Ca faisait des lustres qu’April était à court de munitions. Toujours sur le qui-vive, elle posa son neuf millimètres sur la commode et observa l’uniforme que Lyanna ne portait plus. Il lui suffisait de tourner la tête pour la surprendre dans cette autre tenue, son ancienne appartenance à la culture Kiranienne.

A l’époque, April aimait bien lui poser des questions sur le sujet. Elle avait toujours été admirative, mais aussi un peu jalouse, que Lyanna ai pu combattre aussi longtemps, si peu vêtue, sans finir couverte de cicatrices disgracieuses.
Aujourd’hui, et ce soir en particulier, en la regardant, elle ne voyait plus que cette ordure d’Amarielle.

Cette haine sans limite occultait le soulagement pourtant bien réel d’avoir retrouvé son amie.

« Tu n’as pas été longue à balancer ton uniforme... » lui dit-elle sur un ton acide, plantant un regard accusateur dans le sien.

Lyanna ne put s’empêcher de jeter un regard noir à April, comme en réponse à la réplique froide de la militaire.

"Je ne l’ai pas balancé, comme tu le dis. Si c’était le cas, il aurait terminé dans un feu depuis longtemps. Hors, tu vois bien qu’il est toujours là ! Je te signale que des vêtements kiraniens, j’en porte aussi sur Atlantis !"
« Tu te cherches des excuses. »

Machinalement, April ouvrit son gilet tactique et le posa sur le côté de la commode. La lumière était maintenant suffisante pour discerner l’ampleur du désastre. April avait passé quasiment un mois dans la même tenue. Le vêtement avait beau être résistant et conçu contre les aléas, ses nombreux combats avaient imposé une usure importante. Une manche déchirée sur la longueur laissait entrevoir son bras bandé avec un tissu de fortune. Le sang y avait séché depuis un certain temps, formant une auréole brune et très sale, signe que ça avait été fait dans l’urgence. Négligé depuis.
Des trous ici et là, des parties fondues par des tirs plasma que le gilet avait intercepté. C’était comme Darren mais en pire.

April n’était pas pudique non plus mais elle lui tourna le dos. C’était davantage pour formuler les reproches et la rancœur qu’elle avait contre elle que pour se dissimuler. Car, en retirant ce qu’il restait de son t-shirt, elle dévoila une multitude de lacérations très fines sur la surface de son dos.
Des traces qu’elle reconnaissait bien comme des coups de fouet.
Lorsque les bandes de cuir étaient suffisamment bien conçues, d’une bonne qualité, les coups ouvraient la peau comme dans du beurre. Ca avait à peine cicatrisé, avec un début d’infection évident.

Lyanna était restée silencieuse, assise sur le bord de son lit à observer April. Son regard se posa sur les nombreuses blessures que la jeune femme portait. Mais surtout sur les traces de lacération dans son dos, ce qui lui fit froncer les sourcils.

"Qui t’a fait ça ?"
« T’as qu’à demander au bras droit de ta Soeur. Elle se trouvait au bout de ces petits cadeaux quand elle voulait que je réponde à ses questions ! »
"Tu parles d’Ishey ? Elle, je ne l’aime pas. Je lui ai promis de m’occuper d’elle quand elle m’a pris de haut. Elle paiera pour ce qu’elle a fait".

Déjà que Lyanna ne portait pas Ishey dans son cœur, elle avait maintenant une raison supplémentaire de la haïr.

"Comment vas-tu ? Jim et Max te cherchaient, je les ai envoyé vers les grottes où on m’a dit que tu te cachais. Mais ..."
« Ma radio est morte. Je vous aurai donné des nouvelles sinon. » éluda April, sur le même ton sec.
Elle piqua le t-shirt de Lyanna et l’enfila. Elle ne semblait pas vouloir s’attarder sur ses blessures ni se nettoyer. Mais rien que le fait d’avoir quelqu’un à qui parler, d’entendre la voix de Lyanna et sa façon de s’inquiéter pour elle, il était difficile de la rejeter. Pourtant elle aurait voulu pouvoir lui faire la gueule.
« Faut pas que je croise Jim. Je sens que je vais pleurer comme une gamine de six ans. » avoua-t-elle finalement.
April baissa son pantalon. Elle avait un trou dans la cuisse gauche, ça saignait encore.
Le kit médical dans le gilet de Lyanna s’ajouta à la liste du vol. April en sortit quelques articles et s’assied sur la commode, ajustant sa jambe pour avoir un meilleur accès. Elle ralluma la torche qu’elle coinça entre ses dents pour éclairer la blessure.

Lyanna finit par se lever du lit, et s’approcha d’April. Sans le lui demander, elle attrapa la lampe, afin d’orienter le faisceau sur la blessure, et laisser la militaire avoir ses deux mains libres pour se soigner.

"Qu’est ce que tu fais ici ? Comment as-tu fuis les mâles qui étaient à ta poursuite ?"
« Elles souffrent du même problème que leur salope de cheffe. Elles ont trop confiance, elles me voient comme une punaise gênante. » lui expliqua April, amère. « Ce fameux troupeau qui souffre d’un problème de libido, je l’ai attiré et retourné à l’expéditeur. Ca leur a fait le cul à ces bandes de mal baisées. Il y a eu un tel bordel que ça m’a ouvert un boulevard jusqu’au château. »
Elle inséra la pince dans sa plaie ouverte et retint un soudain cri de douleur. En réaction, ses muscles s’étaient crispés et le sang se remettait à couler davantage.
« Paraît...qu'y avait un repas...j’avais la dalle. Et c’était l’occasion... parfaite... pour lui éclater la gueule. »
April approchait, elle le sentait. La douleur était si forte qu’elle cessa de parler pour se concentrer. La militaire se sentait sur le point de tomber dans les pommes alors qu’elle était si proche. Rien qu’au toucher, elle sentait l’extrémité de la pince tapoter nerveusement sur le corps étranger. Cela suffisait à produire des décharges d’éclairs qui, par réaction, lui arrachait des plaintes de plus en plus sonores.
Finalement, dans un geste brusque, April retira la pince et la positionna d’une main tremblante sur le faisceau de la lampe. C’était une pointe de flêche.
« Et tu sais quoi ? Au moment où je déniche un bon poste de tir, je découvre une pétasse habillée tout comme elle. Bien malin celui qui aurait pu faire la différence entre les deux à distance. »
Le souffle court. Elle laissa tomber la pince par terre et plaqua sa main sur le trou sanguinolent de sa cuisse. De l’autre, elle amena une gaze qu’elle découpa avec ses dents et tenta de l’appliquer. Seulement, la douleur lui faisait tellement trembler des mains qu’elle n’y arrivait pas.
La douleur...et la colère.
Elle termina son explication sur ce ton, la voix chevrotante.
« T’imagine le choc...quand j’ai compris que l’autre qui riait, qui mangeait et s’amusait, tout comme elle. Il se trouve que c’était ma meilleure amie ! Toi putain !!! »
April siffla.
« T’as rien à foutre là, Lyanna ! C’est un nid de serpents ! »

Voyant que la militaire avait des difficultés à bander sa blessure seule, Lyanna lui rendit la lampe torche, et effectua elle-même le bandage. Au début, April résista parce qu’elle lui en voulait. Mais elle avait eu si mal qu’elle se rendait compte être incapable de finir. Elle abdiqua à contrecœur et se cramponna au meuble pour réprimer ses plaintes. On pouvait voir que la Kiranienne serrait les dents aux paroles de son amie, ça ne lui avait pas échappé.

"J’ai fait ce que je crois être la bonne chose ! Je ne vais pas laisser tomber ma Soeur. S’il y a un moyen de calmer la situation pacifiquement sans qu’il ne lui soit fait de mal, je saisirais cette chance !"

Lyanna soupira, puis recula d’un pas après avoir bander la blessure d’April.

"Je ne la laisserais pas tomber ! Mais je ne veux pas laisser Atlantis non plus. Je trouverais une solution !"
« Hé, libellule ! Tu voles de travers ! » répliqua la militaire en remontant son pantalon. Le geste un peu sec lui tira les traits. C’est clairement sa haine et sa colère qui la tenaient. Lyanna était bien placée pour reconnaître ces signes. April s’effondrerait à l’instant où ses nerfs se relâcheraient. Du coup, elle parlait sans filtre et déversait son venin sans retenue. Cela ne signifiait pas forcément que c’était sans vérité. C’était ce qui faisait le plus mal.
« Réveille-toi. T’es amoureuse d’une époque que tu retrouveras plus jamais. Plus jamais, ok ? Ta Soeur, c’est moi. Le D4, c’est ta famille pour le meilleur et SURTOUT pour le pire. Atlantis, tu y as ta vie. La vraie vie. Avec un boulot, de l’entourage et un mec. »
Lorsque la militaire mentionna le fait que le D4 était sa famille, Lyanna résista à l’envie de lui dire que non. Surtout à cause de ses accrochages avec Jim, la guerrière n’avait pas la même vision du mot “famille” par rapport à April. Mais elle garda la silence, se contenta de jeter un regard noir à la jeune femme, en réponse à son attitude agressive à son égard.
April balaya sa tenue kiranienne d’un geste de la main.
« Ca, c’est qu’un tas de merde. Une pâle imitation d’un passé qui te manque et que tu ne pourras pas retrouver. L’autre pétasse a les mains pleines de sang. Elle torture sans pitié tout ce qui ne lui ressemble pas. Je compte bien mettre un terme à tout ça. »
Ses yeux se rétrécirent.
« Et si tu es sur mon chemin, ma petite chérie, je te mets une balle dans le cul. »

Lyanna dévisagea April, l’affrontant du regard sans détourner les yeux. Elle n’avait jamais imaginé en arriver là avec la militaire, mais si cette dernière voulait s’en prendre à Nyméria, la guerrière l’en empêcherait. C’était son devoir en tant que Soeur.

"Tu sais très bien que je ne te laisserais pas faire !"

Lyanna secoua la tête, avant de soupirer.

"Je sais qu’elle a du sang sur les mains. J’en avais aussi à l’époque. Mais je peux l’aider à changer les choses. Elle est déjà d’accord pour supprimer certaines pratiques odieuses en me confiant son armée, parce qu’elle a confiance en moi".
« Magnifique ! Et tu comptes faire quoi ? La parade ?!? »
April replaça rageusement son gilet puis s’empara de son neuf millimètres.
« Toutes celles qui refusent d’intégrer ta secte de la mort se font buter. Les victimes, celles qui n’ont pas la chance de porter un habit de Boches, croulent sous un racket organisé. Ta fameuse armée fait des excursions pour tuer, piller et terroriser. Alors vas-y, prends la tête ! Tu vas régler le problème en distribuant des fleurs ?!? »
"Ca, c’est mon problème. C’est à moi de changer les choses, et de faire ce qu’il faut. Pas à toi !"
« Tu sais même pas dans quoi tu t’embarques. » regretta April. « Toi et l’autre pétasse, vous êtes comme les doigts de la main. Elle va te retourner le ciboulot, c’est la meilleure hypothèse. Ou alors tu vas te faire griller et les masques vont tomber. Tu es naïve, Lyanna. T’es une gamine. »

Les dernières paroles d’April blessèrent Lyanna autant qu’elles la mirent en colère. La guerrière serra les poings, sans quitter la militaire des yeux.

"Ca ne te regarde pas ! C’est mon problème. Maintenant, va-t-en ! Retrouve Jim et Max, et partez ! Je m’occuperais de sortir Darren d’ici".
« Va te faire foutre ! » cracha April avec haine. « T’étais pas là, avec ta grande gueule, à voir toutes les horreurs que j’y ai vu. Ta copine est une meurtrière. J’vais la flinguer et tu ne m’en empêcheras pas. »
Elle se mit à reculer en direction de la porte, s’assurant de garder Lyanna en vue.
« D’ailleurs, merci d’avoir mis mon ami inutilement en danger. Je suis certaine qu’il est heureux, coincé dans ce château, au milieu de toutes ces tueuses. Ca aussi, c’est très mature de ta part. »
April posa la main sur la poignée. Elle entrouvrit la porte, juste assez pour en distinguer l’extérieur.

Lyanna resta immobile, regardant April prête à quitter ses quartiers. Elle refusait l’idée que la militaire s’attaque à sa Soeur. Si quelqu’un devait en arriver là, ça serait elle, et non April ou les autres.

"Je t’empêcherais de t’en prendre à Nyméria. Et si tu t’en prends à moi, tu leur permettra de réduire Darren en esclavage. En ce moment, il est sous ma protection. Mais s’il m’arrive quelque chose, tu ne pourras pas le protéger".
« J’suis pas Kiranienne ma bichette. » siffla-t-elle d’un air mauvais. « Ta connasse n’aura pas le temps de savoir d’où ça vient. Elle paiera ! »
Sur ces derniers mots, elle inspecta brièvement l’intérieur du couloir et quitta Lyanna sans un regard en arrière. Le neuf millimètres en main, enfin rechargé, elle se fondit dans l’obscurité en silence, bien qu’en boitant sévèrement. Elle n’était plus là.

Le bruit d’un pas régulier, celui d’une patrouille de Soeur, s’éleva un instant plus tard dans un calme olympien. Ce n’était pas la première fois qu’April parcourait discrètement ce château, elle devait avoir trouver une faille dans la sécurité de Nyméria pour se déplacer de la sorte. Lyanna ne pouvait pas rester sans rien faire. D’un côté, elle voulait protéger April. Et de l’autre, elle voulait également protéger Nyméria. Alors, laisser la militaire se balader dans la forteresse, et prendre le risque de tomber sur la Soeur de la guerrière, ou de tomber sur les ennuis, c’était hors de question. Lyanna soupira, prit ses épées qu’elle mit dans leurs fourreaux, et quitta ses quartiers en essayant de traquer April.

Au détour d’un couloir, un peu plus loin, l’Amazone retrouva une trace de sang à l’aspect caractéristique. Une marque légère de la main d’April posée sur le mur - signe qu’elle s’y était appuyée juste après avoir pris suffisamment de distance - trahissait le fait qu’elle s’était laissée aller à l’émotion. Elle avait clairement affiché sa rage devant Lyanna pour paraître solide avant de se retrouver, dans ce couloir, et faiblir l’espace d’un instant.

Malheureusement, à cause du soin auquel elle avait participé, les empreintes des semelles d’April finirent par se dissiper entièrement, par un étalage trop long et important sur la pierre du château. Lyanna n’étant pas spécialisée dans le domaine, elle manqua rapidement d’indice pour suivre une piste claire. La jeune femme s’égara et le comprit lorsqu’elle croisa une patrouille qui venait directement sur elle.

Les trois gardes toisèrent Lyanna avec un mélange d’inquiétude et de perplexité, elles se demandaient ce qu’elle faisait ici à une heure aussi tardive, en arme et armure. Pas qu’elle ne devait pas les porter, étant donné que Nyméria faisait exactement la même chose. Mais l’environnement s’était grandement rafraîchi depuis les fenêtres laissées ouvertes.

« L’on peut vous aider, Soeur ? » demanda la moins sceptique des trois. « Cette partie du château n’a rien de très intéressant pour vous. »

Lyanna regarda les trois gardes qui la questionnaient. Si jamais elle leur disait la vérité, toutes les femmes de la forteresse se lanceraient à la poursuite d’April. Cela sauverait Nyméria à coup sûr, mais mettrait la militaire dans de sales draps. La guerrière décida de mentir, pour s’occuper elle-même d’April.

"Je ne fais que me promener. Histoire de visiter la forteresse, je n’en ai vu qu’une partie".
« De ce côté...ce n’est pas un endroit pour vous. » répondit timidement la Soeur.
Celle d’à côté claqua de la langue pour exprimer son mécontentement et lui imposer le silence. Cette dernière, soudainement gênée, baissa le nez après avoir poliment salué Lyanna. Elle reprit la route, suivie de ses collègues, sans dire un mot de plus. La guerrière fronça les sourcils en regardant le chemin qu’elle voulait prendre, avant de se retourner vers les gardes pour les interpeller.

"Pourquoi dis tu que ce n’est pas un endroit pour moi ? Qu’y a-t-il là-bas ?"
« L’enclos à mâles. » lança-t-elle par-dessus son épaule, la voix frissonnant d’un dégoût palpable.

Lyanna laissa les gardes s’éloigner, puis avança dans la direction de l’enclos des esclaves mâles. Darren se trouvait là bas. La jeune femme pouvait très bien prévenir Jim qu’April était dans la forteresse, mais maintenant qu’elle se dirigeait vers l’enclos des mâles, et donc vers son amant, autant lui parler de cette histoire à lui. Sans hésitation, Lyanna emprunta le chemin qui la mènerait à Darren. Très vite, le milieu changea pour un décor bien plus inhospitalier et austère. Cette partie-là du château, largement plus lugubre, portait la signature de la pensée d’une Kiranienne envers un mâle. La haine, la colère et la fureur. Pourquoi y aurait-il eu un effort de décoration pour ces traitres ?
Pas de meubles, pas de tableaux décoratifs ni de tentures. Seulement la pierre froide et morbide, salie par un manque d’entretien, et des fenêtres aux carreaux cassés. La température elle-même semblait avoir baissé de dix degrés.

Pour atteindre l’enclos, il fallait descendre un escalier. Les autres couloirs menaient aux chambres des Soeurs qui semblaient s’occuper exclusivement de la garde de l’enclos. Par méfiance, cet endroit était solidement surveillé. Nyméria n’accepterait jamais qu’un mâle parvienne à s’échapper et qu’il surprenne l’une de ses filles, alors au repos et inconsciente du danger.
En descendant ces marches, Lyanna surprit donc les premiers claquements très caractéristique du fouet. A chaque coups répondaient des plaintes de douleur et de désespoir. Parfois, quelqu’un vociférait, lui ordonnant de se taire. Mais rien n’y faisait. Encore quelques mètres et l’Amazone débouchait dans une grande salle s’ouvrant sur une multitude de cages. Les hommes étaient parqués ici depuis longtemps. De la vieille paille servait de literie et ils s’y reposaient tous, entassés les uns sur les autres, se serrant pour lutter contre le froid. Nus, maltraités et malades, ils ne ressemblaient guère plus qu’à un bétail qu’on destinait à l’abattoir.

De nombreuses Soeurs patrouillaient l’endroit et travaillaient de nuit. Elles acheminaient les mâles d’une cage à une destination inconnue et inversement. Pour les guider, elles se servaient soit des fameuses laisses menaçant dangereusement leurs attributs. Soit de collier étrangleur depuis une longue perche. Il y a en avait d’ailleurs un, dans le coin, qui se révoltait par une sourde agressivité.

Habituée, la Soeur l’avait plaqué le visage au sol à l’aide de la perche. Deux autres passèrent Lyanna en manquant de la bousculer pour venir le ligoter de la tête aux pieds. Tout autour de la guerrière, il y avait des plaintes, des cris de désespoir et des rugissements bestiaux. Mais ce qui frappait le plus, c’était l’absence dans le regard. L’absence de conscience, d’intelligence, de la moindre étincelle d’humanité. Quelque chose leur avait été retiré de force, les rendant malléables sans concession. Si n’importe quel Atlante aurait pu être choqué de voir une telle chose, ce n’était pas le cas de Lyanna, qui ne s’offusqua pas le moins du monde de ce que ces mâles subissaient. Son regard se contenta de les balayer avec dégoût, et elle n’intervint même pas pour venir en aide à l’esclave qui était en train d’être maîtrisé. Elle continua d’avancer, regardant partout dans la salle.

Malgré la masse grouillante de corps, il n’y en avait pas un qui ressemblait à Darren. Pas un seul ne semblait habillé. Mais l’élan de l’Amazone fut stoppé net par une nouvelle scène qu’elle capta. Une Soeur empruntait un couloir en portant un gilet tactique Atlante. Le trou dans le dos correspondait parfaitement à ses souvenirs, c’était celui de Darren.

"Toi là bas !" cria-t-elle à la jeune femme pour l’appeler, le regard sévère, avant de s’avancer dans sa direction. "Où as-tu eu ça ?"
Un peu surprise, la jeune femme, une novice d’une vingtaine d’années, se colla dos contre le mur en se demandant ce qu’elle avait fait de mal. Elle tenait le gilet tactique inconsciemment comme un bouclier entre elle et rien de moins que la nouvelle seconde de Nyméria. Elle ouvrit la bouche plusieurs fois pour répondre mais se ravisait, la trouvant inappropriée. Finalement, elle se fendit d’un timide :
« J’ai été punie, j’ai mal aiguisé mon épée. »
Elle ne se rendait pas compte qu’en tenant le gilet comme ça, elle donnait une vue parfaite sur la bande patronymique de Darren. C’était bel et bien son gilet. Mais on l’avait entièrement vidé. Chargeurs, grenades, Kit de secours, il n’y avait plus rien. Cela ne plut pas à Lyanna. Si le gilet avait été vidé, que restait-il à Darren ?

"Tu n’as pas répondu à ma question ? Qu’est ce que tu fais avec ça ? Il appartient à mon esclave, et donc à moi !"
Elle baissa le nez pour regarder le gilet, les épaules voûtées. Elle semblait avoir été prise la main dans le sac. L’incompréhension se mêlait à la peur dans son regard. Si la jeune pouvait fusionner avec le mur, elle l’aurait fait maintenant. Elle détourna même le visage pour que les yeux de Lyanna ne la transpercent plus.
« Je...mais...on brûle. » marmonna-t-elle. « On brûle toujours les affaires des nouveaux esclaves mâles. C’est répugnant. »
En prenant conscience que ça ne calmait pas du tout l’Amazone, et parce qu’elle cherchait à échapper à sa colère, elle se décala de quelques pas pour commencer à fuir.
« J’ai été punie, moi. » lui rappela-t-elle, ne voyant pas pourquoi elle méritait une seconde réprimande.

Mais Lyanna attrapa la jeune femme par le bras, et la plaqua contre le mur pour l’empêcher de fuir. Elle était furieuse. La jeune fille, de son côté, semblait avoir reçu un court-jus. Elle poussa un petit cri.

"Nyméria avait pourtant donné des instructions précises : personne n’était autorisée à toucher ma propriété. Que ça soit mon esclave comme ses affaires".
« Pitié ! Je n’ai rien fait ! »

Sur le coup, la guerrière n’en avait que faire de la punition qu’avait subi cette jeune femme. Elle pensait à Darren, elle craignait qu’il ne lui soit arrivé quelque chose. Lyanna arracha brusquement le gilet tactique des mains de son interlocutrice.

"Ce vêtement est vide. Où sont le reste des affaires ? Et où est mon esclave ?"
La Soeur leva les mains d’une façon particulière. Lyanna comprit tout de suite, en la voyant se prostrer de cette façon, écartant le visage et plaçant ses bras pour intercepter les coups, qu’elle était battue. Depuis un certain temps. Elle l’avait déjà vu sur Kirana, dans les autres mondes, chez les femmes qui ne parvenaient pas à se défendre contre les mâles violents.
Prise de terreur, ses genoux cédèrent et elle s'agglutina sur le sol.
« Je n’ai rien fait !!! » la supplia-t-elle dans un sanglot étranglé par la panique.

Lyanna leva rapidement les yeux au ciel en voyant le comportement de la jeune femme, et elle soupira discrètement. Cela eu le mérite de calmer un peu sa colère. La guerrière s’agenouilla, et posa doucement sa main sur son épaule, tentant de la tranquilliser. Le contact lui avait fait pousser un autre petit cri. Mais le coup qu’elle attendait d’encaisser avec désespoir ne venait pas.

"Ecoute moi" commença-t-elle à dire, sur un ton plus calme. "Je ne vais pas te faire de mal, ni te punir. Mais j’ai besoin que tu répondes à mes questions".
Elle cligna des yeux.
Est-ce que c’était vrai ? Est-ce qu’elle n’allait pas connaître la douleur ?
L’adolescente chercha confirmation dans le regard de Lyanna et se mit à hocher de la tête, comme pour lui promettre qu’elle répondrait. Mais elle craignait toujours que le coup ne s’abatte alors elle se redressa, raclant le mur de son dos. La pierre la ramenait trop proche de l’Amazone à son goût, beaucoup trop proche.
« Je...Ishey... » glapit-elle. « Elle m’a dit que...la salle du calvaire...et brûler...ça. »

En entendant prononcer le nom d’Ishey, Lyanna serra les dents. Décidément, cette garce allait passer sous sa lame.

"La salle du calvaire ? Qu’est ce que c’est ?"
« Mais...la salle du calvaire... » reprit-elle avec une insistance apeurée, ne comprenant pas pourquoi Lyanna lui posait la question. Elle releva une nouvelle fois la main en détournant son visage.
« On y rend les mâles vides. Sans pensées. Pour obéir, à jamais. »

Lyanna dévisagea la jeune femme. Une horrible pensée traversa son esprit, et elle eut peur de la réponse à sa question.

"Mon esclave, où est il ?"
« Dans la salle. »
"Où est ce ?"

Craintive, elle pointa du doigt une direction qui traversait le mur avec une telle certitude qu’elle ne mentait pas. Si l’Amazone n’avait pas été attirée par le gilet tactique de son compagnon, c’est le chemin qu’elle aurait emprunté. La source la plus intense en gémissement et en appels au secours. En profitant de ce que cette vérité lui infligea, la petite se carapata dans un sprint désespéré. Ses semelles avaient raclé le sol à peine une seconde avant qu’elle ne disparaisse dans le détour du couloir, plus au fond, en espérant retrouver la sécurité de la solitude. Lyanna ne chercha même pas à la rattraper. Elle avait eu ce qu’elle voulait, et elle avait autre chose en tête de bien plus urgent que de s’occuper d’une gamine. La guerrière se précipita vers la salle du calvaire, le regard noir de colère, tenant toujours le gilet dans sa main.

Quelques regards s’étaient posés sur elle au voyage. Les Soeurs se demandaient ce qu’il se passait et pourquoi Lyanna réagissait comme ça. Parfois, on lorgnait le gilet qu’elle tenait avec un profond dégoût. Pourquoi une grande guerrière comme elle s’abaissait-elle à porter les vêtements d’un mâle ? Lui qui avait forcément sué dedans, c’était un coup à tomber malade. Ou au mieux, être salie par ce simple contact éprouvant.

La salle du calvaire avait connu de meilleurs jours mais elle était en pleine effervescence ce soir. Plusieurs mâles se jetèrent contre les barreaux des cellules de chaque côté de l’Amazone pour l’appeler à l’aide. Ils étaient conscients, intelligents et capables de s’exprimer. Les premières cellules détenaient des hommes encore habillés, signe qu’ils avaient été pris récemment. Et à en croire le teint incroyablement clair et laiteux de leur épiderme, ils avaient passé leurs vies dans des endroits enfermés. Comme une cave.
Caché d’Amarielle…

Les mâles n’avaient pas tous disparu. La population du refuge, les familles qui aimaient encore leur enfants et adultes mâles, les dissimulaient de Nyméria. April n’en avait jamais croisé parce qu’ils ne vivaient plus à la vue de tous. Mais à en voir leur nombre dans les cachots, Nyméria avait manifestement mis la main sur une cache de ces bougres. Un autre village rasé, probablement. Ou bien les résistantes d’April avait perdu une bataille et, sous l’effet de l’ignoble torture du viol, avait vendu leur famille dans l’espoir que la mort vienne les délivrer.

Ces hommes tendaient la main vers Lyanna, l’appelant, la suppliant. L’origine de leur terreur tenait des étapes suivantes laissées délibérément à la vue de tous. Les Soeurs s’emparaient d’une victime avec deux ou trois colliers étrangleurs à perche. Une fois certaines qu’elles le tenaient bien, d’autres filles punies pour un manquement à l'entraînement ou l’entretien les déshabillaient. On avait beau leur avoir fourni des gants, elles plissaient du nez et vivaient l’épreuve comme une humiliation profonde.

Une fois débarrassé des vêtements, le mâle était plaqué contre une vierge de fer. On lui enfilait la laisse autour de ses attributs et on lui en faisait connaître l’effet. La douleur était si violente que, généralement, les otages cessaient de se débattre, adaptant l’immobilité selon la douleur ressentie.
On avait alors plus qu’à l’attacher solidement contre la vierge. Sa tête était sanglée jusqu’à la mâchoire puis la table était orientée pour permettre la descente d’un entonnoir particulier. Il était conçu pour une tâche bien précise. Bloquer les narines du supplicié et descendre un tuyau profondément dans sa gorge.

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Darren Clive

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Jeu 8 Avr - 0:25

Darren Clive

La ruine d’Amarielle
Darren & Lyanna


Lyanna était traitée comme un fantôme.
Quelques Soeurs la saluaient poliment mais, dans l’ensemble, elles étaient entièrement prises par la campagne de traitement des nouveaux mâles. Elles discutaient ensemble, souriaient et agissaient gaiement. Cette scène révélait la tâche qui semblait avoir été routinière depuis deux ans dès qu’on remplissait ces cellules. L’Amazone n’eût pas besoin de chercher longtemps pour connaître la dernière étape. D’autres Soeurs manifestement plus cérébrales que guerrières se chargeaient de passer devant chaque vierge de fer. Équipées de seaux, elles versaient à l’intérieur de l’entonnoir une quantité précise de créatures grouillantes. Les parasites sifflaient de plaisir face à l’offre d’une proie ouverte et sans la moindre défense.

L’homme que Lyanna regardait poussa un long hurlement terrifiant et se débattit. La douleur était telle que son esprit faisait barrage à celle de la laisse pour ne se concentrer que sur celle-ci. Il y eut, au travers des cris et des plaintes, un gargouillis sinistre de la chair agressée par le parasite. Puis le bougre cessa de se défendre. Son regard écarquillé par la terreur perdit de son éclat jusqu’à connaître le même vide que les autres. On le laissait là un certain temps avant de le renvoyer dans les premières cellules qu’elle avait croisé.

C’était comme ça qu’Amarielle transformait les mâles en armes...

Lyanna resta longuement à regarder le mâle qui venait d’être transformé en esclave docile et obéissant. Puis, elle avança dans la pièce sans s’occuper des mâles qui l’appelaient à l’aide. Son regard cherchait Darren, elle espérait ne pas être arrivée trop tard. L’idée que son compagnon puisse avoir ces choses dans le corps la terrifiait. Dans toute cette activité, elle avait du mal à le retrouver. Il n’était ni dans les enclos contenant les mâles habillés. Ni sur les vierges de fer. La pression montait de plus en plus lorsque, soudain, elle pensa le reconnaître plus loin.

Darren se trouvait dans une salle à l’écart. On l’avait jeté nonchalamment sur un tas de pailles, nu et équipé d’une laisse à ses attributs. Couché sur le flanc comme un animal, son regard vide fixait le mur sans le voir. La grille avait été laissée ouverte et l’éclairage y était insuffisant. Seule la torche la plus proche diffusait un halo lumineux sur son corps abîmé par leurs anciens combats. Le mouvement régulier de ses abdos montraient qu’il respirait lentement mais ça n’avait rien à voir avec le rythme qu’elle lui connaissait lorsqu’ils dormaient ensemble. Cette marque, qu’elle reconnaissait bien, c’était celle que lui avait laissé le croc d’une créature durant leur mission sur Héstevic. C’est Lyanna qui avait dû la retirer avant de faire de la couture sur sa plaie.
Le militaire aimait bien la taquiner avec. Lorsqu’ils étaient couchés, tendrement enlacés l’un contre l’autre, il s’amusait à compter les trous qu’elle lui avait fait avec le fil et l’aiguille. Des trous encore visibles par la cicatrice qui y était restée depuis.

Le cœur de Lyanna s'emballa. Et sans se préoccuper du regard des autres femmes, la guerrière se précipita vers le soldat, en venant s’agenouiller près de lui.

"Darren !"

Lyanna posa sa main sur la joue de son compagnon, essayant de capter son attention.

"Tu m’entends ? Darren ! Réponds moi !"

Le regard de Darren était désespérément vide.
Pourtant, au contact de l’Amazone, il sembla s’animer un petit instant. Il gardait la bouche entrouverte, la langue pendante, comme prise d’une paralysie. Mollement, il avança sa main vers elle. Mais au lieu de rechercher sa joue, comme il l’aurait toujours fait, il harponna son derrière. Ses doigts s’étaient enfoncés sauvagement et, l’instant d’après, il faisait un bond très mou dans l’espoir de la saisir.
« HEUUUUAAAAAAAA !!!! » cracha-t-il, une lueur perverse remplaçant brièvement son regard vide.
Il semblait trop faible pour pouvoir se déplacer. Une partie de son corps répondait mal et il n’avait plus suffisamment de lucidité - ou plutôt pas assez d’intelligence - pour se lever. Darren se contentait donc de tendre ses deux mains vers l’Amazone, directement vers sa féminité, en bavant depuis sa bouche restée ouverte.
« AAAHHHEUUUAAA !!!! »
"Darren, arrête !"

Lyanna était parvenue à se reculer suffisamment pour ne pas être à la merci du militaire, bien que ce dernier était assez faible. Elle pourrait avoir facilement le dessus sur lui. Le voir dans cet état lui déchira le coeur, et la jeune femme ressentit une haine féroce contre Ishey. Elle ne pouvait pas laisser son amant comme ça. Lâchant le gilet, Lyanna attrapa les mains de Darren pour le bloquer, tentant à nouveau de communiquer avec lui, bien qu’elle doutait que cela puisse fonctionner.

"C’est moi, Darren ! Lyanna ! Je suis là pour toi !"
« AAANNNNNAAA !!!! » répéta-t-il d’un air profondément stupide. Puisque ses mains étaient retenues par l’Amazone, il ondulait du bassin dans sa direction. Comme si sa virilité tendue était assez démesurée pour l’atteindre à distance. Il n’y avait plus rien de Darren dans cet homme...qu’une copie odieuse de tous les autres qui avaient été traité avant lui.
« Je reconnais que c’est un excellent spécimen. Ce sera un outil formidable. » fit la voix d’Ishey dans son dos.

En entendant la voix d’Ishey, Lyanna tourna la tête pour regarder dans sa direction, la fusillant de ses yeux assassins. Nonchalamment adossée au chambranle du cachot, sa rivale l’observait d’un regard cruel et très satisfait. Son sourire s’élargit en relevant la peine et la colère de Lyanna. L’Amazone se retrouvait avec Darren qui agrippait maintenant les pans de sa jupe, espérant pouvoir la monter comme un animal. Et du côté d’Ishey, plusieurs sœurs s’étaient attroupées volontairement, les armes déjà sorties. Elles étaient toutes venues pour elle.
Un piège...
« Il devait être castré. » lui rappela Ishey en donnant un coup de menton vers le militaire, lequel continuait inlassablement de grimper sur l’Amazone. « Tu as menti, je le savais. »

Lyanna n’eut aucun mal à repousser Darren, et elle se redressa pour faire face à Ishey et aux autres guerrières. Elle était furieuse, et elle sortit ses épées pour les menacer, sans quitter sa rivale du regard. Cette dernière continuait de sourire et de la narguer.

"Tu as tellement peur de te battre contre moi que tu as besoin d’autres guerrières pour t’aider ? Tu es pitoyable !"
« Elles ? » répéta Ishey d’un ton enjoué. « Elles sont simplement témoins. Lorsque je raconterai la vérité à notre noble Amarielle... »
Comme pour la provoquer par le refus de l’engagement, la rivale se recula de quelques pas en levant ses mains, paume bien dégagées. L’instant d’après, à peine l’entrée dégagée, la porte du cachot se refermait vivement sur elle en l’enfermant avec Darren. C’était son plan depuis le début. Lyanna comprit cette sordide mascarade en découvrant que celle qui venait de pousser la porte n’était rien d’autre que la petite qui transportait le gilet de Darren. Plus aucune crainte dans son regard si ce n’est les yeux rougis par des larmes forcées. Maintenant, elle la toisait et laissait paraître un énorme sourire de satisfaction. Dans sa phase d'adolescence, elle croyait pouvoir jouer l’adulte avant l’heure. Elle souriait cruellement, satisfaite à l’idée d’avoir su se jouer d’une vraie Kiranienne. Elle semblait soudainement beaucoup moins grande n’est-ce pas ?

Darren avait réussi à se mettre à genoux. Tout en poussant des grognements frustrés, ses doigts parcouraient les contours de la jupe de l’Amazone dans l’espoir de la lui enlever. Mais il était si décérébré qu’il ne pensait ni à tirer dessus, ni à chercher une quelconque attache.
« AAANNNNNAAA !!!! » lâcha-t-il une nouvelle fois d’un ton pervers.
« Ton mâle est solide. » reconnut Ishey. « Il retrouve sa mobilité beaucoup plus vite que les autres. Dans peu de temps, ton masque va tomber. »
Elle agita ses mains sans armes.
« Je n’ai pas besoin de me battre contre toi, traîtresse. On va voir l’intérêt que tu portes à ta “propriété”. De ce que j’ai vu, ça te sera difficile…puisque tu es une adoratrice de mâles. »
Le dernier mot souleva une vague de profond dégoût chez les autres Soeurs.
"Tu me le paieras, je te le garantis !"

Lyanna repoussa à nouveau Darren pour qu’il la lâche. Le militaire n’avait pas encore retrouvé possession de son corps pour lui résister. La jeune femme rangea ses épées, et elle se précipita vers la grille, y donnant de grands coups de pied, comme si ces gestes pouvaient faire lâcher la porte.
« Tu gaspilles ton énergie. » ricana Ishey. « Beaucoup de mâles ont testé ces barreaux sans jamais les franchir.»
« AAAAAAHHHHH !!!! »

L’Amazone fut soudainement écrasée contre la grille de la porte. Darren avait enfin réussi à se redresser. Ses jambes le portaient mal, il s’était donc écroulé sur elle en lui agrippant l’épaule et une poignée entière de ses cheveux. Lyanna poussa un petit cri de surprise en se retrouvant coincée contre la porte et Darren. Elle sentit tout de suite ce qu’il essayait de faire, mettant plus de force.

"Darren, arrête ça !"

Le militaire ne revenait pas à la raison et lshey avait fait de bonnes prévisions. Il récupérait de plus en plus vite. Bientôt, le conflit allait être inévitable. Lyanna ne voulait pas en arriver là. Elle ne voulait pas frapper son compagnon. Alors, elle devait le maîtriser avant qu’il ne retrouve toutes ses forces. Prenant appui contre les barreaux, la jeune femme recula brusquement pour faire perdre l’équilibre à Darren. Elle chuta au sol avec lui, et profita de l’effet de surprise pour se dégager de son étreinte. Alors que le militaire tentait à nouveau de l’attraper, Lyanna saisit son bras, et retourna son amant sur le ventre, avant de se placer sur lui, bloquant son bras dans son dos pour l’entraver. Elle se pencha sur lui pour lui parler à l’oreille.

"Ressaisis toi, Darren. C’est moi ! Écoute moi !"

Comme s’il s’agissait d’une tortue retournée, Darren se mit à battre stupidement des pieds. Il enchaîna les grondements et les rugissements, imperméables aux mots de sa compagne, happant l’air de plusieurs coups de dents.
« Une adoratrice ! » confirma Ishey avant de cracher dans sa direction, au travers des barreaux.
Les autres Soeurs secouaient négativement la tête, témoins de la scène. Chacune se demandait pourquoi Lyanna se contentait de le tenir alors qu’elle pouvait le tuer d’un simple geste. La propriété expliquait-elle seulement la scène qu’elles observaient ? Non...le cas de l’adoratrice était bien plus légitime.
« Fini de jouer, mâle ! » cria Ishey. « Elle est à toi. Besogne là fort, cette traîtresse. Et tu seras bien nourri ! »
« BBBAAAAAAAAHHHHH !!!! »
Par simple réaction bestiale, par le but qui n’était autre que l’accouplement le plus avilissant, l’animal qu’était devenu Darren déploya une force que Lyanna n’aurait jamais soupçonnée. N’ayant jamais eu à se battre contre lui à mort, n’ayant partagé que des moments de douceur, la jeune femme connut la force qu’il employait alors ordinairement pour se battre. Son amour pour elle occulté, les douleurs de cette prise limitée par l’instinct bestial, il poussa de sa main libre au point que Lyanna se trouva à cheval sur son dos.
Puis le déchaînement de violence tomba sur elle. Darren la fit tomber sur le sol et hurla davantage, enthousiasmé par la vulnérabilité de l’Amazone. Lyanna se retrouva allongée sur le dos, mais avant de réfléchir davantage, la jeune femme chercha à se redresser. En vain. Darren lui sauta dessus et lui saisit les bras, cherchant à lui interdire toute défense tandis qu’il essayait de se nicher entre ses jambes. La guerrière se débattit comme elle pouvait, mais le poids de Darren pesait trop sur elle. Elle tentait de garder les cuisses serrées pour lui interdire l’accès, sans y parvenir. Les mains bloquées, incapable de se défaire de son étreinte pour le repousser, Lyanna fut incapable d’empêcher son amant d’ouvrir ses jambes pour se glisser entre ses cuisses. Il ne restait plus que son sous vêtement qui la protégeait d’une intrusion bestiale.

Déjà, plusieurs sœurs détournaient le regard. Mais Ishey, de son côté, observait la scène d’un air parfaitement froid.
« Voilà ta récompense, sale traîtresse ! »
"Darren, je t’en prie ! Arrête !"

La position de dominée commença à rappeler de douloureux souvenirs chez Lyanna. Et elle usa de toutes ses forces pour se débattre. Mais Darren était trop fort, il avait le dessus, et poussé par cette horrible envie de la prendre, il surpassait la jeune femme pour la maitriser. Lyanna était entièrement à sa merci, et elle ne voulait pas que son compagnon la besogne sauvagement. Elle ne le supporterait pas. Mais elle ne pouvait pas s’enfuir. Après la colère, ce fut la terreur qui la submergea. Ce qu’elle avait vu sur son monde, elle allait le subir de la part du mâle qu’elle aimait. C’était insupportable pour elle. La guerrière bougea comme elle pouvait sous le corps du militaire, mais elle ne parvint pas à se dégager de son étreinte.

"S’il te plait … ne fais pas ça ..."

La voix de Lyanna s’étrangla dans sa gorge, et elle plongea ses yeux dans ceux de Darren. Des larmes commencèrent à couler, effrayée par la situation. Elle voulait lui résister mais elle en était incapable. Le soldat avait trop d’emprise sur elle. Et il allait la violer là, devant les autres femmes, et cette garce d’Ishey. Lyanna continua de fixer Darren dans les yeux, et de pleurer, le cœur déchiré par ce qu’elle était en train de vivre.

En réponse, le militaire lui plaqua solidement une main sur le visage et lui écrasa la figure contre le sol. Il se cabra en poussant un cri de domination, la tête bien haute, en dégustant l’agonie de sa proie. Le soldat allait commettre l’irréparable lorsque la dernière supplique de l’Amazone le bloqua soudainement.

"Darren … je t’en prie … pitié ..."

La pression qui lui écrasait le visage contre la pierre poussiéreuse et la paille se réduisit progressivement, comme une forme de douceur qui venait contrecarrer la violence de sa prise. La plainte de Lyanna avait été si désespérée, si désemparée, qu’elle avait saisi son amant jusqu’aux tripes. Ca l’avait remué à tel point que ses sentiments pour la femme de sa vie, étaient plus intenses que ses instincts basiques. Son attachement envers Lyanna, son amour sincère pour elle. Pour sa personnalité, sa beauté, son être... tout prenait le pas sur le reste.
Depuis longtemps, Darren avait été si aimant qu’il n’avait su se contenir. Il avait toujours eu du mal à lui dire non, jusqu’à risquer son propre emploi pour atteindre cette forteresse. Et ce cri, ce cri de détresse si vibrant, l’avait atteint au plus profond de son âme.

Une fois que sa main griffue s’était séparée du visage de Lyanna, celle-ci put le regarder de nouveau dans les yeux. Le militaire n’avait rien perdu de son regard vide chargé de vice. Mais il y avait quelque chose en plus, d’inhabituel. De la panique. La peur de la perdre à tout jamais.

Le soldat restait là, positionné au-dessus d’elle, dans cette posture dominante. Il tenait encore l’un des bras de l’Amazone au-dessus de sa tête, le pinçant douloureusement contre la pierre. Mais son autre main, celle qui restait en suspension au-dessus de son visage, ne lui faisait aucun mal. Ses doigts redescendirent doucement sur elle, dans un geste qu’elle connaissait parfaitement bien.
Et doucement...entre son pouce et son index...il lui lissa la petite mèche de cheveux qu’elle avait sur le côté. Celle qui avait été raccourcie autrefois, lorsqu’un monstre d’Héstevic l’avait frappé de trop près. C’était le premier geste de tendresse que Darren avait adopté après leur premier baiser. Il l’avait toujours conservé. Lyanna était restée immobile, surveillant chaque geste de son amant comme si elle craignait ce qu’il allait lui faire. Mais sentir ses doigts lisser sa mèche de cheveux la fit pleurer un peu plus. De soulagement cette fois-ci. Ses paroles et son regard étaient parvenus à toucher Darren malgré l’état bestial de ce dernier. Ce qui démontrait que leur lien affectif était plus fort que tout.

Darren venait de répéter inconsciemment un processus qui avait une grande signification dans son esprit. Le vide de son regard perdurait. Mais maintenant, ses yeux s’agitaient sur les coins, convulsant sous la violente réaction d’une pensée consciente. Au centre de sa rage bestiale, il se souvint de son amour. Il prit conscience du mal qu’il lui faisait. Et il réalisa la terrible vérité.

« AAAAAAAAHHHHH !!!! »

Un grand cri de frustration avait remplacé celui de la bête.
Parce qu’il devait extérioriser, Darren frappa de son poing libre le sol à une bonne marge du visage de son amante. Et soudain, sans crier gare, dans une célérité incroyable, il fit volte face et se jeta contre les barreaux de la cellule. Il causa un grand mouvement de foule parmi les Soeurs, lesquelles reculèrent soudainement en hurlant. Il avait passé sa main au travers des barreaux et l’avait abattu sur Ishey, la personnification de son enfer. La Soeur responsable de tout ça retomba douloureusement sur les fesses en se tenant le visage. Elle n’avait subi qu’une griffure limitée qui marquait son front. Elle était plus symbolique que douloureuse. Sa fierté venait d’en prendre un sacré coup.

« SAAAAAAALLOOOOOOOPEEEEE !!!! » articula le cri sauvage de Darren.
« Mais qu’est-ce qu’il se passe ici ?!? Ces cris vont-ils finir ? Je vous avais dit... »
Nyméria apparut devant la grille. Elle écarquilla des yeux en reconnaissant l’esclave de sa Soeur et s'apprêtait à chercher le coupable. Mais avant même que sa colère ne s’abatte, elle découvrit ensuite la présence de Lyanna dans la cellule, prostrée au sol, vulnérable.
« LYANNA !!! » s’écria-t-elle.
Son cri, sincère et paniqué, avait été identique au jour où les Wraiths avaient fondu sur leur tribu.
« Qu’est-ce que vous faites ?!? »
« Je fais éclater la vérité ! » affirma Ishey en venant s’interposer sur son chemin.
« Pour vrai ! C’est une adoratrice... » ajouta l’adolescente.

Le regard de Nyméria s'agrandit davantage, de même que sa bouche ouverte sous le coup de la surprise. Elle était tentée de nier en bloc mais, déjà, tous les petits éléments étranges relevés lors du repas venaient légitimer cette accusation. Les morceaux du puzzle se rassemblaient et elle déduisait alors la même chose.

Une bouffée de haine l'envahit. Elle ne pardonnerait jamais à Ishey de l’avoir trahi. D’avoir imposé une épreuve aussi cruelle à Lyanna, sa Soeur.
Nyméria était coupable de se servir du mâle comme arme. Mais jamais elle n’aurait permis que Lyanna en soit la victime. Elle s’approcha alors des barreaux pour ouvrir la cellule mais, une fois encore, Ishey lui barra la route.
« C’est ma Soeur ! » gronda-t-elle avec un air féroce.

Lyanna profita de cet instant pour reprendre ses esprits, après l’agression de Darren qui semblait avoir repris un peu possession de ses moyens. Elle se redressa et fonça sur la grille, avant de passer son bras à travers les barreaux. Ishey était si proche, et elle lui tournait le dos. C’était le moment de libérer la haine qu’elle avait pour cette femme. Le bras de Lyanna se referma sur la gorge de la guerrière, et avec force, la jeune femme tira en arrière pour bloquer Ishey contre les barreaux. Et la privant ainsi d’air et en lui faisant mal.
Elle se secoua comme une anguille, ses mains entourant inutilement la terrible entrave.

"Je t’avais prévenu que je te tuerais pour avoir osé le martyriser !"

Lyanna serra un peu plus son étreinte. Mais, déjà, le reste de ses Soeurs volaient au secours d’Ishey en bousculant Nyméria sur le passage.

"Comment on retire ces trucs de son corps ???" lui cria Lyanna, furieuse.

La lutte dura un moment. Mais au final, le nombre des Soeurs suffit à décrocher Ishey avant qu’elle ne rende son dernier souffle. Blanche comme un linge, signe que la pâleur de la mort avait déjà commencé à la recouvrir, elle gisait aux pieds de ses comparses qui l’entouraient avec inquiétude. La rivale toussait et crachait, se massant la gorge, sans vraiment réussir à trouver son souffle.
Son regard noir remonta sur Lyanna et elle ordonna d’une voix cassée :
« Tu...ez…..la ! »
L’instant d’après, l’archère du lot lâchait son trait. Visiblement peu gênée de l’espace restreint et de l’obstacle que constituait les barreaux, elle avait envoyé sa flèche avec une extrême fluidité. C’était l'entraînement dispensé par Nyméria. Mais cela ne signifie pas que l’élève avait dépassé le maître.
D’un geste tout aussi souple et vif, Nyméria tira sa lame dans un tintement métallique et poursuivit son geste. Une courbe nette, précise, sans la moindre hésitation, vint couper la flèche en deux en plein vol. Elle pointa alors directement son arme vers le groupe.
« Comment osez-vous !!! » vociféra-t-elle.
Elle pointa chacune des Soeurs, lesquelles tiraient à leurs tours leurs armes.
« Je suis votre guide, votre mentor ! »
« Tu...protèges…..l’adoratrice ! » siffla Ishey en se redressant. « Tu...nous as appris...à... »
« Je sais ce que je vous ai appris !!! »
La pointe de l’épée de Nyméria vint pointer la gorge de chacune de ses Soeurs.
« Et bien ? Qui osera me défier ? Toi ? Toi ? »
Le groupe d’Ishey avait finalement perdu de sa superbe.
«Je vous punirai sans la moindre pitié ! »
Sa main libre palpait la serrure de la cellule. Lorsque le déclic eut lieu, Lyanna put finalement ouvrir la porte. Le battant s’ouvrait pour la laisser libre, face à six adversaires, Ishey inclus. Nyméria attendait que sa Soeur la rejoigne pour régler les comptes, les dents serrées. Lyanna quitta la cellule, et se plaça aux côtés de son instructrice, sortant ses épées qu’elle tenait fermement. Elle jeta un regard noir aux autres femmes présentes dans la pièce, et en particulier à Ishey.
« C’est votre dernière chance ! »

Mais Darren ne leur laissa pas le temps.



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Lyanna

√ Arrivée le : 14/07/2018
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Mar 13 Avr - 23:31

Lyanna

La ruine d’Amarielle
Darren & Lyanna

Dans un cri de bête puissant, il fonça dans le tas. Le coup d’épée qui lui larda l’épaule ne lui fit rien. Il rentra dans la ligne comme une boule de bowling en renversant deux sœurs et en causant l’effet de surprise.

"Darren !!!"

Mais c’était peine perdue, le militaire était en plein combat, il ne l’écoutait pas. Hors de question pour Lyanna de rester là sans rien faire. Elle se jeta à son tour dans la mêlée pour épauler son compagnon, abattant ses lames sur l’adversaire qu’elle croisait. Tout en cherchant Ishey du regard, celle qu’elle avait envie de tuer à tout prix.

Nyméria répondit à la même impulsion que Lyanna à peu près au même moment. La mort dans l’âme, elle mit ses regrets de côté pour s’habiller d’un ancien rôle qui ne l’avait jamais quitté. Avant d’occuper n’importe quelle fonction dans la tribu, une Kiranienne était avant tout une guerrière. Et la trahison ne connaissait pas la pitié. Comme Lyanna au cours de ses pérégrinations, une femme qui faisait le choix de lever l’arme contre elle devenait une ennemie au même titre qu’un mâle.

Les sympathisantes d’Ishey prenaient position contre leur guide parce qu’elles n’acceptaient pas l’existence d’une exception pour un mâle. Elles refusaient de croire qu’il puisse exister le moindre doute dans ce qu’on leur avait enseigné, quitte à se confronter à l’enseignante elle-même. Mais ce faisant, elles avaient perdu de vue l’amour et le lien sacré d’attachement entre Soeurs.

Le choc entre les deux camps fut très violent. Nyméria contra un coup de massue de son épée longue et écrasa son pied sur celui de son adversaire. A l’époque, elle le faisait doucement pour lui rappeler de ranger ses pieds. Maintenant la leçon était terminée, le conflit devenait réel. C’était devenue son ennemie. La Soeur s’écria en levant son pied, cherchant à l’éloigner de la source de douleur par réflexe. Se faisant, elle avait quitté toute vigilance. Nyméria posa simplement son épée à la jointure entre l’épaule et le cou. Puis elle tira d’un geste vif et sévère, ouvrant cette dernière dans un odieux gargouillis de sang. L’instant d’après, elle paraît un nouveau coup et repoussait sa nouvelle cible. Comme au bon vieux temps, lors des conflits sur Kiranna, elle occupait la droite de Lyanna, la protégeant sur cette partie de ligne.

Darren était beaucoup plus chaotique. Après avoir cogné une dernière fois le crâne de sa victime contre le sol, il remarqua par le simple hasard l’archère qui visait Lyanna. Celle-ci attendait le moment opportun pour lui envoyer un trait qui lui percerait la gorge de part en part. En réponse, tout en râlant comme une bête affamée, Darren sauta sur sa jambe et y planta férocement les dents. L’archère hurla de douleur, ses doigts glissèrent et la flèche s’envola. Elle passa juste au-dessus du crâne de Lyanna en sifflant avant de se planter dans une poutre apparente. La guerrière était trop concentrée dans son propre combat pour remarquer qu’elle avait frôlé la mort, et que Darren était venu à son secours.

L’adversaire de l’Amazone avait la trentaine. Sa posture était solide, sa défense aussi. Par son regard écarquillé, on devinait sans mal l’impression qu’elle vivait. Elle réalisait qu’elle jouait sa vie sur cette confrontation. Elle se donnait donc à fond, consciente qu’elle ne se battait pas contre une novice. Armée d’un bouclier et d’une lance, elle cherchait une faille dans l'enchaînement de la guerrière. L’ennemie dévia son bouclier, effectuant une courte rotation d’un jeu de jambes pour éviter de s’exposer. Ainsi, la lame de Lyanna cogna le bouclier et racla contre la matière. C’était le moment ! Ce même bouclier se releva brusquement pour la cogner au visage. L’Amazone reçut le coup dans le nez, lui causant une réaction naturelle qui lui brouilla la vue. Mais ce n’était pas ça qui allait l’envoyer au tapis, elle savait encaisser.
Lyanna percevait déjà la pointe de la lance s’avancer pour chercher son coeur. Elle eut le réflexe de reculer pour éviter l’arme. Puis, d’un coup sec, elle abattit son épée sur le bois de la lance avec force pour la trancher en deux. TCHAC !!! Ca ne faisait pas le poids contre le métal d’une arme Kiranienne. Le manche remonta toutefois dans un geste circulaire et lui cogna le poignet, cherchant à lui faire lâcher une lame. Mais heureusement pour Lyanna, le coup de fut pas suffisamment fort pour la priver d’une de ses épées. La guerrière reprit sa garde, attendant de voir ce que son adversaire allait faire. D’un geste précipité, l’ennemie se recula pour essayer d’obtenir une distance de sécurité. Elle laissa tomber son arme inutile et dégaina un poignard, demeurant à l’abri de son bouclier. Le couteau avait une allonge beaucoup plus petite qu’une épée, mais le bouclier la protégeait des attaques de Lyanna.
Autour, la bataille continuait de faire rage avec Darren et Nyméria.

Lyanna tourna autour de son adversaire, analysant sa posture et ses réflexes, cherchant une faille en donnant de temps en temps quelques petits coups sur le bouclier pour voir comment la jeune femme réagissait. L’enseignement de Nyméria s’y retrouvait, l’ennemie ne se laissait pas distraire. La guerrière ne la quitta pas des yeux, parant les coups de poignard avec fluidité. Le bouclier était entravant pour les gestes, Lyanna était plus rapide. Puis, trouvant la faille qu’elle voulait, elle abattit fortement à plusieurs reprises son épée droite sur le bouclier pour tenter de le dévier suffisamment, afin de lui priver de sa défense. Son épée gauche restait en garde pour se protéger. Au prochain coup, son adversaire donna une impulsion pour contrer plus violemment la lame. Son bouclier se dégagea en laissant une ouverture suffisante. La pointe du poignard filait en direction de son ventre. Lyanna fit un pas de côté pour éviter la lame du couteau, tout en donnant un violent coup de son épée gauche sur le bord du bouclier pour l’écarter de son adversaire. Cette dernière étant vulnérable, la guerrière abattit sa lame droite dans sa direction.

L’arme de Lyanna s’enfonça dans son abdomen dans un bruit sec, la perçant jusqu’à la garde. Son adversaire poussa une plainte mêlant la surprise et la douleur. Dans un dernier sursaut, elle rabattit son poignard qui laissa une estafilade sur l’avant-bras de Lyanna. Cette dernière serra les dents, elle avait connu pire comme blessure. Le bouclier de l’ennemie la chassa ensuite d’un nouveau coup, obligeant Lyanna à reculer de quelques pas, abandonnant son épée. Elle fixa son adversaire, changeant sa lame restante de main, prête à parer une éventuelle attaque. Mais c’était les sursauts d’une agonisante. L’une des lames de Lyanna toujours en elle, la femme s’agenouilla en y amenant la main, n’osant pas y toucher. Son bouclier, quant à lui, lui servait maintenant de simple béquille pour ne pas s’écrouler. La guerrière s’avança, le regard empli de rage. Son ennemie était à sa merci. D’un geste brusque, elle lui donna un coup de pied dans le ventre pour la faire chuter au sol. Puis, elle retira son épée, laissant le sang couler abondamment, avant de s’éloigner de l’agonisante, cherchant une nouvelle cible.

Dans le boucan des cris de combat, elle observa son environnement et trouva Nyméria qui avait été acculée dans un coin. Deux ennemies l'attaquaient à un rythme rapide dans l’espoir de prendre le dessus sur elle. La Soeur de Lyanna parait les coups les uns après les autres, refusant de laisser son épée se perdre au-delà de sa défense. Elle avait attendu son heure et, comme Lyanna l’aurait fait, elle saisit une faille pour monter toute sa rapidité. Tandis que l’une levait son arme, elle se glissa avec fluidité en lui ouvrant le ventre. La deuxième ne parvint pas à abattre son coup, craignant inconsciemment de toucher sa partenaire, ce qui la priva de toute initiative. Donc Nyméria l’enchaina sans problème. Elle lui creusa une bonne fente dans le genou, l’amenant à s’affaisser dans un cri de douleur. La lame revint alors lui sectionner une bonne part du crâne dans un bruit horrible.
Déjà, du renfort ennemi venait. Nyméria en planta une dans le ventre et s’en servit comme bouclier pour gêner les deux autres.

Du côté opposé, ce n’était pas la même musique. Darren était toujours sur l’archère. Elle avait passé un sale quart d’heure. Son visage boursouflé portait de nombreuses traces de coups et de griffures. Mais cet assaut bestial de sa part n’avait rien d’efficace. Il était perdu dans ce qui l’avait altéré, le poussant à agir comme les mâles de cette planète. L’archère le retenait avec ses deux pieds posés sur son torse tandis qu’il agitait ses mains griffues vers elle. Ses appels à l’aide trouvèrent une réponse. L’autre sœur venait de lui abattre une chaise sur le dos sans résultat réel. Ivre de haine et de rage, Darren continuait de pousser comme un damné pour franchir la frêle défense de sa victime.

Sous le nez de Lyanna, celle qui venait d’utiliser la chaise comprit enfin comment écarter Darren. Elle se jeta sur la laisse qui entourait sa virilité, traînant sur le sol, et donna un coup très violent. Le cri de bête du militaire se mua en une profonde douleur. C’était au point qu’il s’immobilisa d’un coup et cessa d’attaquer l’archère. Cette dernière retira une de ses bottes pour la lui coller en plein visage et le rejeter en arrière.

« Tiens-le ! Tiens-le bien... » cria-t-elle en sortant un couteau de sa ceinture.
Elle le chevaucha sur la taille pour s’assurer de son immobilité et leva ses mains bien haut, comme si elle s’apprêtait à accomplir un rite sacrificiel.
« SALE MALE ! »

Mais Lyanna n’allait pas la laisser faire. Elle se précipita en direction de Darren, et sans attendre, elle égorgea l’ennemie qui était prête à abattre son poignard sur le militaire. Celle qui tenait la laisse n’eut pas le temps de réagir, voyant sa Soeur tomber sur le côté en émettant un horrible gargouillis, du sang coulant de sa bouche. Et lorsqu’elle tourna la tête pour chercher l’origine de cette attaque, Lyanna enfonça sa lame dans son cœur, sans aucune pitié. Maintenant que la menace était écartée, la guerrière se mit à genoux près de Darren, inquiète pour lui.

"Reste tranquille Darren, je te retire ça !" lui dit-elle en tentant de retirer la laisse.

N’ayant pas pris conscience de ce qu’il se passait, le regard embrumé par la douleur, Darren s’était retourné sur le ventre en essayant de se relever. Lyanna n’avait pas d’accès et son compagnon remuait tellement, comme une boule de nerf sur le point d’exploser, qu’elle ne pouvait pas s’y risquer. Ses ronflements sonores de colère remontaient, signe qu’il récupérait ses moyens, et il sauta sur la guerrière en la rejetant brusquement.
Un automatisme à vouloir attaquer tout ce qui l’entourait. Ivre de rage, réduit en l’état d’animal, il toisa Lyanna et la reconnut. Son regard conservait cette crainte de lui faire du mal et il avança son bras en défense.
« HONNN !!!! » râla-t-il d’un air désespéré. « NONNNNN !!!! »

Lyanna fut repoussée en arrière, et retomba sur ses fesses. Elle leva les mains, comme pour essayer d’apaiser son compagnon. Sa gorge se serra en voyant la détresse que vivait Darren en cet instant. Elle aurait tant voulu se blottir dans ses bras, mais elle savait que dans son état, il valait mieux qu’elle ne l’approche pas. Au moins, le militaire semblait la reconnaître. Mais le voir comme ça était difficile pour la guerrière. Sans s’approcher, elle se mit à genoux, les mains toujours levées.

"Ca va aller, calme toi Darren. Laisse moi retirer ce truc, elles ne pourront plus te faire de mal avec ça".

Dans un sursaut, le soldat rampa par-dessus le corps de l’un de ses bourreaux et vint se tasser dans l’angle du mur le plus proche. Il s’y était réfugié dans un élan de crainte difficile à comprendre. Depuis le début, Lyanna essayait de se montrer douce et lui faire comprendre qu’elle était de son côté. Malheureusement, Darren souffrait d’une importante altération.

L’autre fois, lorsque l’Amazone avait fait sa première rencontre avec Ishey, elle avait été témoin du fort degré de crétinisme des mâles. Ils exécutaient stupidement les tâches ordonnées et se laissaient guider par le seuil de douleur de ces laisses. L’odieux viol collectif semblaient être une forme de récompense à l’assouvissement d’un besoin primal des plus élémentaires. A part ça, ils restaient stupidement immobiles, les bras ballants.

Si Darren semblait capable de pensées plus complexes, son regard demeurait désespérément vide. Il était affligé, comme malade, réduit à des actes sans que son visage ne traduise la moindre émotion civilisée. Ramassé contre ce mur, il lui tourna le dos et se plaça en position foetale, la tête contre la pierre, comme si cela suffisait à faire disparaître le monde.

« Yanna….onnn... ! » lâcha-t-il, dans un murmure stressé.

Il se recouvrit la tête de ses mains, croyant pouvoir se fondre dans le sol et que plus personne ne le regarde. Lyanna serra les dents, elle ne supportait pas ce qu’elle voyait. Pendant quelques secondes, la jeune femme regarda autour d’elle pour voir où en était le combat. Heureusement, les derniers adversaires étaient au prise avec Nyméria. Cette dernière venait de couper le poignet d’une duelliste qui se surestimait. Les deux autres firent brusquement demi-tour, prises de terreur. Nyméria, avec la rage coutumière des Kiraniennes, les prit directement en chasse. Lyanna put donc se consacrer à son compagnon. Lentement, elle s’avança vers lui, et s’accroupit.

"Darren ..."

Hésitante, ignorant comment elle devait s’y prendre avec lui pour qu’il ne réagisse pas comme les autres mâles décérébrés de cette planète, Lyanna posa doucement sa main sur l’épaule du militaire, dans un geste réconfortant, pour voir sa réaction. Il avait d’abord sursauté, comme la première fois, comme si le contact lui brûlait la peau. Le militaire s’écrasa d’autant plus contre la pierre de peur de l’agresser de nouveau. Mais ensuite, il ressentit autre chose, de bien différent. Tendresse, chaleur humaine, il s’en souvenait maintenant. Il le recherchait continuellement autrefois. Et cette main douce, dont il devinait les cales aux jointures, héritage de toutes épéistes d’exception, lui faisait du bien.

Sa respiration, haletante au début, se réduisit peu à peu dans un souffle. Darren râla doucement, comme une bête souffrante, ayant conscience qu’il n’était pas du tout dans son état normal. Il refusa de se tourner pour faire face à ce regard, pour que tout le monde voit le déchet qu’il était devenu. Mais Lyanna avait un réel pouvoir apaisant sur lui. Le soldat cessait de s’agiter, il tremblait moins. La guerrière garda sa main posée sur l’épaule de Darren, et elle caressa doucement sa peau, attendant que son amant se détende un peu plus. Au moins, il ne l’avait pas repoussé, ni ne s'était jeté sur elle. C’était déjà une bonne chose. La jeune femme patienta le temps qu’il fallait pour ne pas le brusquer, et risquer qu’il ne redevienne une bête sauvage.

"Calme toi … je vais te retirer ça, d’accord ?"

Il ne semblait pas comprendre clairement. En réponse, l’une de ses mains vint capturer celle de Lyanna pour la serrer. Il répondait positivement à la tendresse. Lorsqu’elle s’aventura jusqu’à sa virilité pour lui retirer cette odieuse entrave, le militaire poussa une plainte à peine retenue. Peur, angoisse, envie de s’échapper et de se cacher dans un trou. Mais il n’en fit rien...parce que c’était des mains douces. Les mains qu’il aimait, il s’en rappelait.
« ...anna... » répétait-il mollement durant l’opération.

Pendant ce temps, l’écho d’une cloche sonnait au loin. L’activité soudaine d’une cavalcade à l’étage du dessus et les éclats de voix n’auguraient rien de bon. Quelqu’un revint rapidement dans son dos, à pas léger, c’était forcément Nyméria. Couverte du sang de ses anciennes amies, nouvelles ennemies, elle considéra un instant les corps ensanglantés des tortionnaires avant de s’approcher de sa Soeur. L’épée encore en main, elle réduisit la distance qui les séparait et l’observa s’affairer sur Darren.

« Tu perds ton temps. » annonça-t-elle avec un vague regret, plus pour la peine potentielle de sa Soeur que du mâle.
Elle posa la pointe de son épée longue sur la nuque du militaire, lequel tressaillit au contact du métal poisseux de sang.
Elle ajouta d’une voix légèrement coupable :
« Il est irrécupérable. Ishey en a fait une limace. Offrons-lui la liberté d’une mort rapide, je t’aiderai à trouver un autre mâle aussi valeureux. D’accord ? »

Bien entendu, Lyanna ne pouvait pas se résoudre à une telle chose. Auparavant, sur sa planète, les mâles n’étaient rien. Si l’un mourrait dans les champs, il n’y avait aucune larme, aucune peine ressentie. Il était tout simplement remplacé par un autre mâle plus robuste. Mais cette fois-ci, c’était hors de question de laisser tomber Darren pour en avoir un autre. Nyméria ne pouvait pas comprendre ça. Il fallait dire qu’elle n’avait pas vécu sur Atlantis, comme Lyanna. D’un revers de la main, la guerrière écarta l’épée de son instructrice.

"Je ne veux pas d’un autre mâle. C’est Darren que je veux ! Je ne te laisserais pas l’achever !"

Lyanna regarda Nyméria, tout en restant accroupie près du militaire.

"Il doit bien y avoir quelque chose à faire pour retirer ces trucs !!!"

Nyméria resta interdite. L’accusation d’Ishey semblait se vérifier, même si c’était impossible à concevoir. Une adoratrice de mâle ? C’était un concept qui n’existait même pas sur Kirana. Sa Soeur lui semblait comme malade, envoûtée. Est-ce que ce “Darren” avait trouvé un moyen de lui capturer l’esprit ? De la réduire dans une forme d’esclavage autrement plus subtile que les barbares de Kirana ? Sans force, ni brutalité ?

L’instructrice rangea doucement son épée et s’agenouilla, lui prenant l’épaule.
« Tu sais bien que s’il existait un tel remède, je ne m’y suis jamais intéressée. Je n’y voyais pas l’intérêt. »
Nyméria la regarda longuement dans les yeux et secoua la tête. Elle resserra doucement son emprise pour lui montrer qu’elle était bien là.
« Je veille sur toi depuis toujours. Je t’ai vu sortir du ventre de la reproductrice, porter tes premières lames, gagner tes premières places au sein de notre tribu. Alors dis-moi, confie-le : qu’est ce qui se passe ?!? Pourquoi tiens-tu à ce point à ce mâle ? »
Elle secoua doucement la tête.
« Toi qui tuais jadis dès qu’un esclave te regardait, tu sembles donner à celui-ci une importance...inconcevable. »
Pour ne pas lui demander ouvertement si elle était bien une adoratrice, comme l’avait suspecté Ishey. Qu’importe de toutes manières. Même si c’était le cas, le lien entre les Soeurs Kiraniennes était indéfectible. C’est exactement de ça que toutes les autres venaient de se rendre coupable. Avoir renié leur priorité à celle qui tenait l’arme à ses côtés.

Lyanna soupira et secoua la tête.

"Ce n’est pas vraiment le moment de parler de ça !"

La guerrière se doutait que Nyméria n’allait pas se contenter de cette excuse. Et qu’elle devait penser qu’elle était soit devenue folle, soit entravée par quelque chose contre lequel elle ne pouvait pas lutter. Elle détourna les yeux, et continua d’avoir des petites caresses sur l’épaule de Darren pour lui montrer qu’elle était bien là, avec lui, malgré son état bestial et menaçant.

"Je t’ai dit que j’avais dû apprendre à survivre. Et la vie sur la cité des Ancêtres est bien différente que sur Kirana. Si tu m’aides à le guérir, je te raconterais tout".

Un sourire complice illumina le visage de Nyméria. Ca, ça lui parlait.
« Hmmm...oui. Déjà petite, tu marchandais. Décider de la nature des desserts contre tes exercices du soir. » lui rappela-t-elle.
Et comme à l’époque, Nyméria agita lentement son index pour lui faire comprendre que, non, ce n’était pas l’élève qui exigeait de son instructrice. Maintenant, elle était adulte et elle avait le choix de camper sur ses positions. Mais Nyméria ne préférait pas. En haut, la cavalcade et les cris s’accentuaient. Etrangement, la garde aurait déjà dû être là. Mais ce n’était qu’une question de temps. Et cela inquiéta Lyanna qui ne voulait pas se faire surprendre par d’autres adversaires.
« Dis moi, Lyanna. Tu peux me faire confiance. Et je t’aiderai à sortir avant de disputer la prochaine bataille qui s’annonce bien longue. »

Lyanna soupira en regardant Nyméria. Qu’est ce qu’elle pouvait être têtue celle là. Il fallait dire que la guerrière n’avait jamais eu le dernier mot avec elle. Normal pour un élève face à son instructrice. Au loin, les cris redoublaient, le danger se rapprochait, mais Nyméria ne voulait pas bouger tant qu’elle ne saurait pas tout. Et la vérité n’allait pas lui plaire, Lyanna le savait. Cette dernière serra les dents, contrariée.

"Très bien, tu veux savoir ? Je suis attachée à ce mâle, et il est attaché à moi. Satisfaite ?" lui lança-t-elle sur un ton rageur, s’en voulant d’avoir cette discussion avec Nyméria dans de telles conditions.

La guerrière se leva, et s’éloigna de quelques pas, semblant chercher quelque chose. Elle retourna dans la cellule pour prendre le gilet tactique de Darren, avant de revenir près du soldat, en jetant toujours un œil autour d’elle.

"Tu sais où sont ses affaires ? Je n’ai retrouvé que ça. Il lui faut des vêtements".
« Alors c’est vrai ? » reprit-elle, imperturbable. « Tu es une adoratrice. Tu gouttes le contact avec le mâle, tu en appelles de ton corps ? »
Le dégoût qu’elle ressentait à cette idée était à peine voilé dans sa question. Mais elle voulait savoir, elle voulait que son élève l’avoue. Perdre son clan, sa forteresse, pour la protéger de cette hérésie, valait bien d’en recevoir la sincérité.
« Lyanna... » insista-t-elle pour avoir la réponse.
"Nyméria ..." commença à répondre Lyanna, pour lui dire que la conversation était close. Mais son instructrice n’allait pas la lâcher comme ça.

La jeune femme déchira sans ménagement la tenue de l’un des cadavres, pour avoir deux morceaux de tissu. Darren s’était blessé pendant le combat, il ne semblait même pas s’en rendre compte. Puis, Lyanna lui banda l’épaule afin d’arrêter le saignement, le temps de recevoir des soins plus appropriés. Elle en profita pour vérifier sa blessure au dos, avant de remarquer que celle-ci ne s’était pas aggravée, par chance. Darren se montrait docile, il semblait aimer les attentions, ne comprenant pas qu’il s’agissait de soin. Pendant toute l’opération, Lyanna pouvait sentir le regard insistant de Nyméria sur elle. La guerrière n’osa même pas la regarder, elle ne voulait pas lire le dégoût et le mépris dans les yeux de sa Soeur. Elle banda également sa propre coupure au bras avec le second morceau de tissu, même si l’entaille était moins profonde que celle de Darren.

"Vivre sur la cité des Ancêtres a été très éprouvant pour moi. Il y avait des mâles partout, mais aussi de nombreuses femmes. Mais ils vivent de façon égale, pas comme sur Kirana. J’ai frappé de nombreux mâles, je voulais les tuer, et j’ai failli avoir des problèmes à cause de ça. Et Darren est apparu, bien différent de tous les mâles que j’ai rencontrés. Il ne m’a jamais fait de mal. Il m’a aidé, il m’a sauvé, et il m’a empêché d’avoir davantage de problèmes et d’être livrée à moi-même en étant renvoyée de la cité des Ancêtres pour me retrouver seule sur une autre planète".

Lyanna finit par se redresser, et elle affronta Nyméria du regard, une lueur de détermination dans les yeux.

"Alors oui, je tiens à lui. J’ai une relation avec lui qui me plait, même si je trouvais ça étrange et perturbant au début. Je sais que tu désapprouves, mais tu ne peux pas comprendre".
« MAIS TU ES FOLLE ??? » éclata brusquement Nyméria, n’en pouvant plus de tels propos. Dans un accès de colère, blessée de voir un être cher se vautrer dans de tels penchants, elle avait saisi un morceau de l’armure de Lyanna d’une main ferme, comme si elle la prenait au col. Jamais dans toute l’histoire de Kirana, une Soeur de leur tribu n’aurait eu une telle pensée. Les conditions lui semblaient n’être que des excuses qui ne légitimaient que sa propre faiblesse.
« On t’aurait écartelée pour un tel crime ! » lâcha-t-elle un peu moins fort, le regard toujours ahuri.

Et puis, Nyméria redescendit dans les tours.
Lyanna était sa dernière Sœur, pour le meilleur et pour le pire. Elle l’avait vu grandir, elle l’avait entraîné jusqu’à son accession à un poste prestigieux. Et elle l’avait chéri...longuement aimée comme une mère. Elle ne supportait pas ce défaut chez une femme de cet accabi qui s’était montrée si solide, si exemplaire.
Mais c’était sa Soeur...et elle l’aimait.
« Lyanna... » râla-t-elle en se détournant, la colère bouillonnant toujours dans sa voix. Elle la relâcha enfin pour lui tourner le dos. Il semblait clair, qu’au début, elle comptait la laisser. Nyméria savait qu’elle survivrait mais elle ne lui parlerait plus, elle resterait à distance pour ne pas se faire contaminer par cette maladie mentale. Oui, c’était ça pour elle : une affliction mentale, une déviance.

Mais après avoir fait quelques pas, l’instructrice se figea et regarda la corbeille dans laquelle on jetait les affaires des mâles. Elle se souvint du combat précédent. Dans la même impulsion, elles avaient balayé ces petites impudentes qui avaient osé bafouer son autorité. Au combat, elles s’étaient retrouvées toutes les deux. Il y avait bien quelques petites choses à rectifier dans sa posture mais l’essentiel des leçons - les lacunes sur lesquelles elle insistait autrefois - semblait intégrées.
En somme, sa Lyanna était toujours là, elle aussi.

D’un coup de pied, Nyméria fit tomber la panière. Elle trouva sans mal les vêtements de l’Atlante qui jurait vis-à-vis des autres, du fait de sa conception et sa texture, et les envoya vers son élève d’un coup de pied. Hors de question qu’elle n’y porte les mains. Contrairement à son élève qui les ramassa sans hésitation. De quoi écoeurer un peu plus sa Soeur.
Et tandis que Lyanna s’en occupait, Nyméria soupira plusieurs fois, intégrant cette réalité difficile à accepter.
« D’accord...d’accord... » répétait-elle douloureusement.
Finalement, elle se tourna vers l’Amazone qui galérait à habiller Darren, lequel n’avait plus assez de neurones pour enfiler un pantalon.
« Il existe peut-être un moyen. Mais il faut quitter la forteresse, rapidement. Je te guide ! »

Après avoir réussi tant bien que mal à mettre le pantalon de Darren, ne comptant pas vraiment sur sa coopération pour l’aider, Lyanna lui enfila ensuite son tee shirt. Ainsi que ses chaussettes et ses chaussures qui se trouvaient également dans la panière. Tout devait être brûlé, heureusement que ça n’avait pas été le cas. Darren n’aurait pas pu se promener nu. Lorsque Nyméria mentionna qu’il existait peut-être une solution, Lyanna la fixa avec une lueur d’espoir dans le regard.

"Un moyen ?"

La jeune femme aida Darren à enfiler son gilet tactique pour lui donner une protection. Elle s’éloigna ensuite pour chercher d’autres affaires de son compagnon dans les vêtements sur le sol, mais les armes du militaire n’étaient hélas par là. Par chance, elle trouva le portefeuille de Darren. Il y avait de précieux objets pour lui à l’intérieur, comme la photo de sa sœur, et la guerrière était soulagée de l’avoir retrouvée. Elle le glissa dans une poche du gilet. Au même moment, guidé par une envie mystérieuse, le soldat plongea sa tête dans le cou de l’Amazone et y prit une grande inspiration. Il semblait répondre à une envie soudaine de sentir ses cheveux. Lyanna se raidit à ce geste. Bien qu’elle aimait son compagnon, ce qui s’était passé dans la cellule, avant que le militaire ne se contrôle pour ne pas lui faire de mal, avait beaucoup éprouvé la Kiranienne. Cette dernière se mit aussitôt sur la défensive en se crispant, mais elle se détendit lorsqu’elle remarqua que le soldat n’était pas dangereux à son égard. Elle aida Darren à se lever. Avec énormément de mal, il fallait le dire. Vu son état, le soldat n’était pas très coopératif. Lyanna lui parla doucement, lui montrant toujours ces petites attentions qu’elle avait pour lui, et qui devaient encore plus écoeurer Nyméria.

Après quelques instants où elle parvint à relever Darren, Lyanna sut qu’il était temps de partir. Cependant, il y avait un problème : April. Cette dernière était quelque part dans la forteresse. Et Jim et Max étaient à l’extérieur, là où la guerrière devait aller pour mettre Darren en sécurité, le temps de le libérer du mal qui le rongeait de l’intérieur. Mais Lyanna ne pouvait pas abandonner April, malgré l’envie irrésistible de cette dernière d’éliminer sa Soeur.

"Il y a deux guerriers mâles qui sont hors de ta forteresse, ils nous attendront et ils nous aideront. Mais il y a April quelque part ici. Et elle veut ta mort parce qu’elle te considère comme quelqu’un de mauvais".
« Je pense le savoir. » reconnut Nyméria avec une pointe d’humour. « Elle a fait de sa vie le devoir de me tuer. »

Cela serait difficile d’expliquer à Nyméria pour quelle raison April la considérait comme une ennemie. Mais la Kiranienne ne connaissait pas les coutumes Atlantes.

"Si je suis avec toi, elle ne te fera rien, je l’en empêcherai. Mais je ne partirais pas d’ici en l’abandonnant. C’est une Soeur pour moi, au même titre qu’une Kiranienne".
« Ca suffit. Ne m’infantilise pas, je sais me défendre seule. Et si tu y tiens tant, je ne la tuerai pas. Sa détermination, au moins, vaut le respect. Je t’aiderai à la retrouver, elle est vitale pour la résistance. »
"La résistance ?" demanda Lyanna, intriguée.
« On dirait bien que ton autre Soeur te faisait des cachotteries. » éluda Nyméria. Ce n’était pas le moment d’entrer dans les détails selon elle.

Quitter la forteresse allait s’avérer difficile. Jim et Max devaient être mis au courant de cette initiative. Lyanna porta sa main à son oreille pour activer sa radio. Mais quelle ne fut pas sa surprise en ne la sentant pas sous ses doigts. Pourtant, elle l’avait gardé après s’être changée. La guerrière ne s’était pas rendue compte qu’elle l’avait perdu pendant le combat, lorsqu’elle s’était pris un coup de bouclier.

"C’est pas vrai … où est ce qu’elle est ..." murmura Lyanna, en regardant le sol autour d’elle dans l’espoir de trouver l’oreillette.
« Quoi donc ? Nous n’avons pas le temps de... »

L’écho d’une fusillade éclata brusquement non loin. Une série de claquements très sec, rapprochés, comme le faisait Darren lorsqu’il utilisait son arme. Ca ne pouvait être que le reste du D4, certainement. Lyanna arrêta ses recherches vaines, et retourna s’occuper de Darren. Si Jim et Max étaient dans l’enceinte de la forteresse, inutile de continuer de chercher sa radio.

Quelques éclats de voix suivirent l’arrivée de quatre Soeurs, dont l’une était blessée à l’épaule. Elles se réfugièrent dans la salle du calvaire sans prendre conscience de la présence des deux Kiraniennes. Elles renversèrent quelques tables en bois pour se mettre derrière à couvert et préparer une défense désespérée. Déjà, en entendant les ordres de voix de femmes, Darren s’était mis à grogner et serrer les poings. Il s’agissait d’une menace, il voulait l’abattre. Lyanna serra son étreinte sur lui pour tenter de le calmer, elle avait beaucoup de mal à contenir son agressivité et à l’empêcher de sauter sur leurs ennemies qui ne les avaient pas encore vu.

Nyméria avait sorti son arme par automatisme et s’était collée dans l’encadrure de la cellule. Elle observa l’extérieur et vit que ses ennemis lui tournaient le dos. Ca l’intriguait, elle décida de rester cachée pour les observer. Quelques autres tirs dégagèrent le couloir de la résistance puis l’une cria de surprise. Elle se redressa au-dessus de son couvert en bandant son arc mais c’était trop tard. Quelque chose l’avait déchiqueté comme par magie, creusant des trous dans sa poitrine, avant qu’elle ne s’effondre mollement. Les trois autres semblaient pétrifiées par le doute. Elles se regardèrent sans savoir quelle stratégie adopter.
Nyméria leur avait pourtant dit qu’il suffisait d’un simple moment d’hésitation pour se faire tuer par un adversaire aguerri.

Les deux mâles qu’elle vit apparaître dans son champ de vision l’étaient, ça ne faisait pas de doute. Occupant chacun un flanc et effectuant une progression en parallèle, ils tuèrent les Soeurs de leurs étranges armes Atlantes sans même marquer un temps d’arrêt. L’efficacité martiale s’y ressentait. Ils appliquaient une pression certaine et, en s’habillant de cette progression implacable, ils imposaient le danger.

Nyméria secoua la tête, dépitée à l’idée que ses Soeurs aient si peu retenu ses leçons. Elle comprit qu’elle s’était longuement bercée d’illusions. Son erreur était certainement plus grave que la déviance de Lyanna. Cette dernière n’avait pas les mains pleines de sang et de cruelles violences orchestrées par des mâles avec son soutien.

Les deux militaires s’arrêtèrent au centre de la salle du calvaire. Les armes toujours pointées vers l’avant, ils contrôlèrent rapidement la mort des Soeurs. Ils s’échangèrent un “RAS” puis, après un petit moment, l’appel monta à voix haute.

« Lyanna, vous êtes là ? »

Lyanna soupira, pas du tout ravie de se retrouver en face de Jim. Nyméria se montra en première, l’arme en main. Elle se moqua des deux armes pointées sur sa poitrine.
« Que lui veux-tu, mâle ? »
« Merde. T’as vu ça, Jim ? Y’aurait pas un air de famille ? »
« Lyanna en plus âgée et en blonde. » confirma le sergent avant de reprendre.
« Je recherche deux jeunes gens qui portent la même tenue que moi. Le château est en feu, c’est un massacre. »

Nyméria supportait très mal de voir ces deux mâles s’adresser à elle aussi ouvertement. Mais lorsqu’elle apprit que sa forteresse disparaissait dans les flammes, elle comprit pourquoi la garde s’était montrée si longue. Cet incendie devait causer la panique dans les rangs, ce qui avait permis à ces deux-là de se faufiler jusqu’ici.
Tant bien que mal, elle donna un coup de menton vers la cellule, laissant l’Amazone sortir avec Darren. Lyanna se montra enfin, soutenant le militaire qui était toujours aussi sauvage.

Jim remarqua immédiatement l’état de son frère d’arme et tiqua. Son visage avait légèrement blanchi.
« Bordel, Darren ! Mais...il est... »
« On s’en occupera plus tard, il faut quitter la forteresse. » annonça-t-il à contrecœur. Il en revint au plus important.
« Lyanna, on ne parvenait plus à vous joindre. Vous êtes entière ? Cette personne est dans notre camp ? »
« Mais pour qui se prend ce sale mâle ?!? Personne ne lui a jamais muselé le bec ? »
« Pas de doutes, y’a clairement un air de famille. » commenta Max avant de se retourner. Il alla préparer le comité d’accueil à d’autres sœurs dont l’approche se devinait par leurs pas sonores. Plusieurs rafales plus tard, le couloir était de nouveau silencieux.

Lyanna laissa Darren quelques instants, pour venir se placer entre Jim et Nyméria. Elle aurait préféré ne pas voir le militaire, mais son aide pour sortir son compagnon de cette forteresse n’était pas de refus. Cependant, vu la tension palpable entre les deux leaders, la situation pouvait se dégrader à tout moment, comme lorsqu’elle même s’opposait à l’autorité de Jim.

"Vous allez vous calmer, tous les deux ?! Ce n’est pas le moment !"

Le regard de Lyanna se déplaça de Nyméria à Jim. Bon sang, voilà qu’elle prenait la défense du soldat en empêchant son instructrice de lui sauter dessus, même si elle aurait voulu la laisser faire. La jeune femme regarda la Kiranienne.

"Je sais, il parle beaucoup, il ne se tait jamais et il est exaspérant. Mais interdiction de le frapper !"

Nyméria lui fit les gros yeux, n’en revenant pas de ce qu’elle entendait.
Puis, la guerrière se retourna vers Jim.

"Ca va, je n’ai qu’une égratignure. Et j’ai perdu ma radio dans le combat. Il faut sortir Darren d’ici, et April est quelque part dans la forteresse. Elle recherche Nyméria pour la tuer".

Un petit regard en direction de son instructrice suffisait à faire les présentations.

eden memories

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Darren Clive

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Sam 17 Avr - 16:34

Darren Clive

La ruine d’Amarielle
Darren & Lyanna


Jim avait abaissé son fusil de précision. Il le coinçait maintenant sous son aisselle, assuré à l’idée que son partenaire sécurisait leurs arrières. Parfois, il entendait quelques tirs interdire l’approche sur leur position. Le fait de baisser son arme permettait d’éviter tout élan agressif. Néanmoins, il ne comptait pas s’abaisser au rôle que les Kiraniennes privilégiaient envers les hommes. Jim était le leader de la section en mission et il ne comptait pas laisser Nyméria prendre le dessus.
Il ne prit pas mal les propos de Lyanna, bien au contraire. Il acceptait avec indifférence la façon qu’elle avait de les présenter.

« Je sais. » lâcha-t-il finalement. « Vous ne serez pas surprise d’apprendre qu’elle est également notre fameuse pyromane qui transforme cet endroit en tas de cendre. Nous sommes tombés sur elle en vous cherchant, Lyanna. »
Il acquiesça, non sans soutenir le regard haineux de Nyméria.
« Nous devons nous retrouver au plus vite à l’écurie, nous nous sauverons en prenant des chevaux. Quant à elle... »

"Elle, elle est de mon côté, c’est ma Soeur, et elle connaît peut être un moyen d’aider Darren".

Jim s’attendait à cette réaction. Ca ne l’emballait pas.
Ils pouvaient repartir avec Nyméria mais la rencontre avec April se promettait d’être explosive.
« Très bien. Elle vient avec nous. »
« Tais-toi, mâle. Je suis libre de choisir ma voie ! Et je suivrai ma Soeur sans besoin du consentement d’un être aussi vil. »
« Je m’appelle Jim. » répliqua le sergent, sans décrocher son regard du sien. « Le mieux serait que l’on s’accorde, du moins temporairement, pour le bien de Lyanna. Et celui de mon équipe. Vous êtes d’accord ? »
Nyméria prit une longue inspiration en s’approchant de lui, menaçante. Elle crevait d’envie de lui en coller une.
« Je devrais te faire avaler mon épée jusqu’à la garde pour te punir de ton impudence. » siffla-t-elle.
« Je suis coutumier du fait. Lyanna fait partie de mon équipe, elle m’a habitué. » rétorqua le leader. « Alors ? »
"Nyméria ..." murmura Lyanna à l’encontre de son instructrice, afin de l’inciter à se calmer pour le moment. Seul comptait Darren, ils ne devaient pas perdre de temps.

Nyméria était gonflée de haine et de colère. Elle promit silencieusement à Jim de le faire taire lorsque toute cette histoire serait terminée. En attendant, elle acquiesça difficilement de la tête, se réservant à l’heure de la vengeance. Lyanna comprenait sa Soeur. Elle avait eu le même raisonnement, la même envie depuis son arrivée sur Atlantis. Même encore aujourd’hui, certains mâles de la cité l’énervaient au plus haut point. Si Darren n’avait pas été là pour la tempérer, la jeune femme n’aurait pas fait long feu sur Atlantis, après avoir causé de nombreux morts autour d’elle.
Jim considérait le problème comme résolu de son côté. Il se tourna vers l’Amazone.
« Lyanna, il faut partir tout de suite. Vous pouvez vous occuper de Darren ? »

Lyanna se mordit la lèvre, et se tourna vers Nyméria. April devait être retrouvée avant de partir, mais la jeune femme avait également une soif de vengeance à assouvir. Une lueur de détermination passa dans son regard.

"Je dois trouver Ishey et la tuer de mes mains pour ce qu’elle a osé faire !"

« La vengeance attendra. »
« Tu auras ta vengeance. »

Ils avaient répondu tous les deux en même temps, en totale opposition, bien que Lyanna préférait écouter sa Soeur.
Déjà, Nyméria tournait un nouveau regard empli d’une colère bouillonnante. Quel était ce monde où un mâle pouvait parler à ce point ? Il lui cassait les oreilles, il postillonnait. Avec sa bouche répugnante et ses grands airs. Le sergent n’en démordait pas, elle non plus.
« La solution pour soigner ton mâle n’est pas ici. Il faut rejoindre la résistance de ta Soeur à la flamme facile. Ishey sera fatalement sur notre chemin, je t’expliquerai. »
Nyméria tourna le dos à Jim et ouvrit le bras dans une autre direction pour lui proposer la direction de fuite. Le sergent ne disait rien.

Lyanna n’appréciait pas l’idée de ne pas se lancer à la poursuite d’Ishey. Mais Nyméria avait raison : sa route croiserait sûrement celle de cette garce. Et à ce moment-là, Jim ne parviendrait pas à l’empêcher d’assouvir sa vengeance. Pour le moment, il fallait aider Darren.

"Tu as raison, Nyméria. Il faut sortir Darren d’ici et l’aider" dit-elle en venant soutenir le militaire pour l’aider à avancer. "Allons retrouver April".

Nyméria afficha une mine dégoûtée. L’entendre donner de l’importance à ce mâle tout en la mêlant à cette histoire la mettait très mal à l’aise. Elle espérait ne pas tomber malade de la même déviance. Toujours moribond, Darren s’était laissé guider par l’Amazone, laissant paraître une certaine satisfaction d’être à son contact.

« Je crois que je vais vomir. » lâcha-t-elle dans un murmure avant de prendre la direction d’un mur solide.

Elle tira un bougeoir mural sans hésitation, signe qu'elle connaissait le système. Il y eut un déclic sonore puis elle poussa de toutes ses forces. Un morceau du mur se détacha, permettant l’accès à un escalier en colimaçon humide et sombre. Il semblait mener à divers endroits dans le château. C’était probablement comme ça qu’April avait réussi à s’infiltrer sans se faire repérer.

Max. On évacue. N’oublie pas de fermer le mur derrière toi !


Vingt minutes plus tard, devant les écuries…


« APPROCHEZ !!!!!! » hurla April, secouant sa petite hache ensanglantée.

Elle bourra du pied sa dernière victime. Un violent coup de rangers en plein visage. C’était de la chance à ce stade mais elle avait touché l’endroit qu’elle espérait. Les lèvres. Avec une telle puissance d’impact, elle avait senti les dents de son adversaire se disloquer et la peau se fendre largement. La victime roula sur elle-même en hoquetant de douleur, lui laissant un peu d’espace pour la suivante.

Une épéiste courut sur elle, l’arme en l’air.
Leur défaut, depuis le début, consistait à la combattre à la loyale. Nyméria avait enseigné avec un excès de droiture. April n'en avait rien à foutre. Elle était là pour se venger et dépouiller de la pétasse. Les coups bas, c’était sa signature.
Celle-là, elle la fit tomber d’un croche-pied peu élaboré. La simplicité affligeante. A vouloir être capable de défier des experts, on en oubliait les bases les plus élémentaires. A peine se recevait-elle sur les mains qu’April poussa un cri en abattant son arme. La lame se planta dans le dos de sa victime dans un bruit sourd et répugnant.
L’épéiste poussa un cri horrible, se redressant juste avant que le traumatisme ne la transforme en légume. Le prochain coup qui visait à lui fendre la nuque comme une bûche ne vint pas. April s’était faite embarquée par l’adversaire qui lui succédait.

Elle lui harponna la chevelure d’une main ferme à l’endroit le plus sensible, vers la tempe, et donna un coup violent. L’ennemie cria et la repoussa à pleins bras, se séparant par la même occasion d’une bonne touffe de cheveux bruns.
« OU EST AMARIELLE ?!? » hurla April d’une voix pleine de rage.

Elle esquiva deux coups de masse et reçut le revers dans son gilet. April poussa une plainte douloureuse. Mais à croire que cela alimentait sa détermination, cette énergie cinétique repartit directement à l’expéditeur. Elle lui fendit sa belle petite gueule d’un coup de hache vengeur et, tandis que l’autre se tenait le visage en poussant un cri horrifié, elle sortit son neuf millimètres pour l'exécuter froidement.

« AMARIELLE !!! » appela-t-elle de ses pleins poumons. « AMARIELLE !!!!!! »

Dix mètres plus loin, trois sœurs avaient débouché de la cour avec des sceaux. Depuis qu’elle avait foutu le feu à la salle du trône et la réserve d’eau de vie, c’était un véritable enfer pour les Soeurs. Privées de moyens élaborés, elles s’étaient réunies autour des différents points d’eau pour former des chaînes de sceaux d’eau. Une mobilisation très importante de ressources humaines qui ne permettaient plus une surveillance efficace.
Autant dire que le secteur des écuries était loin de figurer parmi les sites d’importance. April y attendait Jim et Max après avoir scellé les chevaux. Mais elle était si haineuse, si désireuse de vengeance, qu’elle n’avait pas su profiter de leur rencontre. Le sergent avait sévi, lui ordonnant de revenir dans le rang, ce qu’elle avait fait jusqu’à une certaine limite.
Elle pouvait toujours occuper son temps en dézinguant de la garce tout en les questionnant, non ?

« Vous, là !!!!!! »

Non, celles-ci s’enfuirent en abandonnant leurs sceaux.
Le château brûlait presque entièrement. Le craquement des poutres, le crépitement des énormes flammes surgissant des fenêtres, s’associaient aux cris des Soeurs qui espéraient encore prendre le dessus.

Brusquement, April se retrouva par terre. Quelqu’un lui avait sauté dessus en profitant qu’elle ait le dos tourné. Elle se tortilla comme une anguille pour échapper à cette emprise et donna une impulsion sur le côté. C’était une adolescente, une gamine. Elle se mit à pleurer en lui suppliant de ne pas la tuer. Elle se mit à s’excuser, marmonnant des “pardons” et des “je ne le ferai plus”. C’était la même comédienne qui s’était jouée de Lyanna. Elle lui sortait le même numéro.
Ces suppliques touchèrent le cœur d’April, pourtant grevé de haine. Et lorsqu’elle relâcha les doigts qui entouraient sa gorge, elle reçut un violent coup au visage en réponse. Le temps qu’elle retrouve ses esprits, elle comprit qu’elle était de nouveau en position de vulnérabilité. Elle vit la pointe d’un poignard se diriger droit sur elle et elle l’intercepta juste à temps.

« Bien essayé ! » siffla-t-elle.
April était épuisée, très affaiblie. L’adolescente avait ses chances de la terminer. April se voyait pas finir comme ça et elle gémissait en tentant de repousser la lame. Mais en comprenant qu’elle n’y arrivait pas, elle dû se résoudre à faire un choix. Une blessure supplémentaire. Elle l’avait déjà fait lors de différents théâtre de guerre. Il valait mieux choisir l’endroit où l’on prenait le coup de couteau plutôt que de s’épuiser jusqu’à le voir entrer dans son cœur.

Une dernière inspiration et April changea sa force de répulsion. Au lieu de repousser la lame, elle donna toutes ses forces sur un côté. L’adolescente, qui y mettait tout son poids, chuta lourdement et s’enfonça à travers son épaule. Juste au-dessus de sa poitrine. La militaire cria de douleur. Comme la dernière fois, celle-ci revint à l’expéditeur sous la forme d’un puissant coup de boule en pleine figure.
L’adolescente resta toutefois à califourchon sur April. Alors qu’elle se tenait le visage, surprise par cet échec, bien redressée sous le coup de la douleur, trois balles venues d’ailleurs la touchèrent. Le calibre 5.7 du P90 lui creusa un gros trou sur un côté du crâne. Les deux autres balles de la même rafale manquèrent de lui sectionner la nuque. Le cadavre retomba sur une April essoufflée qui ressortait haineusement la lame de son épaule, à l’encontre des règles de combat.

« April !! » s’écria Max, angoissé, en venant repousser le cadavre.
Le canon de son P90 était encore fumant. Les traits tirés par la peur, voyant bien qu’elle saignait depuis cette fente dans son gilet, il essaya de l’examiner et se fit jeter comme un malpropre.
« Ta gueule, putain ! J’avais pas besoin de ton aide ! »
Elle accepta tout de même la main de son ami pour se redresser et reprit son souffle. Elle était tellement à bout qu’elle titubait comme si elle était saoule. Sortie récemment du passage secret, elle voyait Jim en position de tir. Il dézinguait, depuis son fusil à lunette, des archères qui les visaient. En abattre une suffit à faire fuir les autres.

Lorsqu’elle remarqua la présence de Lyanna, la militaire lui offrit un sourire chaleureux malgré leur dernière dispute. Elle était rassurée de l’avoir vu faire la jonction avec le D4. Et puis...c’est là qu’elle aperçut son ennemie jurée. Elle était bien là, comme un parasite qui s’était greffé dans SON équipe.
Menée par une énergie qu’elle ne pensait plus avoir, April se jeta sur sa petite hache et sautilla par-dessus le rempart que forma Max en ouvrant les bras. Il l’empêcha de progresser sur Lyanna et Nyméria avec la même élégance qu’un basketteur refusant le camp adverse. Gênée, April lança son arme sans parvenir à l’atteindre. La hache tournoya et se perdit bien au-delà de sa cible initiale.
« C’est elle ! C’est elle ! » vociféra April en sautant par-dessus son partenaire sans réussir à franchir son étreinte. Max la portait presque sur son épaule tant qu'elle s’y appuyait. « J’vais te saigner, sale pute !!!! J’vais t’ouvrir la gueule. SALOPE ! »
« Quelle énergie ! Je reconnais que tu sais choisir tes Soeurs. » lâcha Nyméria avec mesquinerie, gardant toute de même une main sur la garde de son épée.
"Et encore, tu n’as pas tout vu. Elle peut se montrer bien pire que ça" affirma Lyanna, tout en venant se placer devant Nyméria, au cas où Max ne parvienne plus à retenir April.
« On a pas le temps ! Prenez les chevaux ! »
Il vint se saisir d’April.
« Ca suffit, arrête ! Tu règleras tes comptes plus tard ! »
« Je vais la crever, c’est à cause d’elle que….DARREN ? »

Clive, qui tenait la main de Lyanna parce qu’il se remémorait fugacement l’avoir fait, ne réagit même pas. Il regardait les flammes qui s’échappaient d’une fenêtre, hypnotisé par la danse et la couleur. Le bandage sommaire que lui avait placé sa compagne s’était teinté d’un rouge vif mais peu étendu. Alors qu’il observait l’incendie d’un air envoûté, deux flèches le frôlèrent sans même le faire sourciller. Lyanna fit reculer le militaire pour le protéger.
Jim épaula son fusil à lunette et chassa les archères revenues à l’assaut.

Darren avait le regard vide. Si vide. April écarquilla les yeux en reconnaissant sans mal les symptômes des autres esclaves l’ayant attaqué autrefois. Elle fixa Nyméria, certaine qu’elle en était la responsable. D'abord Vada, tous ses crimes. Et puis son ami !
April cria. Elle tenta une nouvelle fois de franchir le mur qu’était Max.

« Lyanna !! » supplia quasiment ce dernier pour avoir de l’aide. Il peinait à retenir cette tornade.

Lyanna ne parvint pas à rester sans rien faire. Elle lâcha la main de Darren, et s’approcha de Max et d’April, pour aider le soldat à arrêter la jeune femme.

"Ce n’est pas elle qui a rendu Darren comme ça ! C’est Ishey qui l’a trahi, et qui s’en est prise à lui ! C’est de sa faute à elle, pas à Nyméria !"

La guerrière secoua la tête, déterminée à protéger son instructrice.

"Alors, laisse la tranquille !!!"
« Je t’emmerde ! Va te faire ramoner par ta goudoue ! » gueula April, aveuglée par la haine. « Elle a tué Vada ! Il ne restait même pas ses os à enterrer. Salope ! Elle a même fait clouer sa langue ! Approche, arrête de te cacher ! »
« Bon sang, ça suffit ! C’est pas le moment, sautez sur les chevaux ! »
« Non putain ! J’attends ce moment depuis des semaines ! » s’écria-t-elle en venant récupérer son neuf millimètres sur le sol.
Elle se moqua des “oh, oh, ola !” que lui lançait Max en voyant que ça montait en enchère.



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Lyanna

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Sam 17 Avr - 16:53

Lyanna

La ruine d’Amarielle
Darren & Lyanna

Nyméria demeura étonnamment calme. Elle s’approcha de Lyanna qu’elle écarta doucement après avoir posé la main dessus et vint jusqu’à April qui avait bien l’intention de la tuer.
« Vada était une amie. » révéla-t-elle.
« Ferme ta gueule, tu mens ! » ragea April en posant le canon de son arme sur sa tête.
« Nous n’étions pas d’accord. Nos idées nous ont confrontés. Mais elle gérait des citoyennes respectables. Je n’aurai jamais ordonné une telle chose. »
Elle marqua une pause.
« Ishey, oui. Elle n’a jamais avoué ce meurtre. Je suis certaine qu’elle est derrière tout ça. »

April s’était mise à trembler. Elle accentua la pression sur la détente. Son esprit bataillait.
Jim était trop occupé à aligner ses cibles pour interdire la progression sur l’écurie. Même Max fut obligé d’épauler son P90 pour flinguer un petit groupe qui courait sur eux. C’était le moment parfait pour agir, pour détruire Amarielle une fois pour toute. Lyanna en était le seul rempart et elle était certaine qu’elle pourrait vivre en perdant son amitié.
Mais l’information la perturbait énormément.

Nyméria continuait de s’offrir dans un calme à toute épreuve. Elle formula ouvertement le doute qui rendait April au bord de la crise de nerf.
« Tues-moi, guerrière. Et tu t’abreuveras d’une sérénité illusoire. Ton ennemie véritable continuera de parcourir librement ces contrées et d’ordonner des meurtres sordides. Si c’est ce que tu veux... »
« J’vais quand même te buter, ordure ! Juste pour lever le doute ! » lâcha la voix chevrotante d’April.
Elle s'apprêtait à faire feu.
Étant à côté des deux femmes, Lyanna réagit aussitôt en donnant un coup dans le bras d’April, ce qui dévia son arme. Le coup de feu partit dans le vide, évitant Nyméria de peu. Puis, la guerrière repoussa violemment la militaire, avant de se placer entre elles, afin de protéger son instructrice.
Cette dernière n’ayant rien à ajouter, elle sauta sur un cheval et prit la bride d’un autre. Elle avait l’intention de le donner à sa Soeur lorsqu’elle en aurait terminé. Les autres mâles et celle-ci n’avaient qu’à se débrouiller.

"Si tu tues Nyméria, Darren est perdu. C’est ça que tu veux ? Le laisser être un esclave idiot pour assouvir ta vengeance sur la mauvaise personne ?"

Par instinct, malgré la situation catastrophique autour d’eux, Lyanna s’était saisie de ses épées, prête à s’en servir au cas où. Elle continuait de fixer April pour l’affronter.

"Je ne te laisserais pas la tuer !"

Forcément, parler de Darren la fit réagir. April écarquilla les yeux, sa colère s’accentuant d’un degré supplémentaire. Son regard noir toisait Lyanna. Elle n’appréciait pas de la voir avec ses armes, de la menacer comme ça. Elle-même s’apprêtait à réagir si elle portait le premier coup.

Pourtant, s’il y avait quelqu’un de plus cher que la vengeance, c’était bien les éléments du D4. Les membres de sa famille. Elle hasarda un regard vers Darren. Toujours imperturbable et stupide, il avait récupéré une flèche qu’il s’amusait à faire voler comme un avion. Comme un enfant qui faisait de grands pas avec une petite maquette.

Malgré une respiration forte et chaotique, April parvint à se contrôler et elle rangea son arme.
« On en a pas fini, toutes les deux ! » la menaça-t-elle en pointant Nyméria du doigt. « Ce n’est que partie remise ! »

Tandis qu’April s’emparait des chevaux qu’elle avait préparés pour que Jim et Max puissent les monter, Nyméria tourna un regard intrigué vers sa Soeur.
« Partie remise ? » lui demanda-t-elle en lui donnant les rênes de son cheval. « Ça se mange ? »
"C’est une expression Atlante. Ils parlent étrangement, quelques fois. J’ai moi même du mal à les comprendre, par moment. C’est Darren qui m’explique quand je ne comprends pas quelque chose".
« Eurk ! Un mâle t’apprend ! » lâcha-t-elle avec une mine dégoûtée.

Lyanna s’empara des rênes du cheval, et revint vers Darren pour le faire monter. Mais seule, elle eut beaucoup de mal. Sans oublier que le militaire y mettait de la mauvaise volonté dans son état. Le grand couillon ne voulait pas lâcher sa flèche. La guerrière eut besoin d’aide pour parvenir à ses fins. Max termina ses cibles puis vint soutenir April qui avait déjà commencé le boulot. Bon gré, mal gré, Clive se retrouva dans le dos de Lyanna. Au début, il se mit à lui tripoter les cheveux, jouant avec. Et puis en reconnaissant leur odeur naturelle, et voyant qu’il s’agissait de cette personne pour qui il avait un étrange attachement, il l’enserra brutalement de ses bras. Il avait manqué de lui couper le souffle, la tendresse n’y étant pas. Au moins ne risquait-il pas de tomber de cheval. Lyanna pouvait le sentir en train de lui humer la nuque d’un air béat. Elle tenta de desserrer un peu son étreinte, en vain. Alors, elle le laissa, soulagée à l’idée qu’il ne chuterait pas lorsqu’ils partiraient au galop.

« En avant ! » ordonna Jim en donnant un coup de talon à sa monture.
Il balança une grenade fumigène pour former un brouillard.
« On les perd dans les bois. Exécution ! »
« Je n’ai pas à t’obéir, sale mâle ! » s’écria Nyméria, étrangère au concept d’ordre militaire. Elle lança à son tour sa monture.

La troupe quitta tout de même le château à bride abattue sous une volée de flèches. L’une d’elle toucha la croupe du cheval de Nyméria. Trente centimètres plus haut et elle le prenait dans la nuque. Rapidement, ils filèrent à travers les plaines jusqu’à remonter à la lisière du bois le plus proche. April était à la traîne. Elle ne savait pas monter les chevaux et sa blessure commençait à l’handicaper sérieusement. Les nerfs se relâchaient et son épuisement se rappelait brutalement à elle.
Quelques mètres avant d’atteindre le bois, elle s’effondra sur le col de sa monture. Son propre sang commençait à teindre le crin de l’animal.

Imperturbable, à l’image des solides Kiraniennes, Nyméria revint jusqu’à elle pour s’emparer des rênes. Elle ne craignait pas qu’April se réveille soudainement pour lui coller une balle. Etant donné que Lyanna était occupée avec son mâle et qu’elle refusait de s’approcher des autres, elle se chargea de conduire April à l’abri du bois. Après tout, Lyanna n’avait-elle pas dit qu’elle la considérait comme sa Soeur, au même titre qu’elle ?

A cause de cette situation, Jim ne pouvait pas pousser plus loin.
Ne connaissant pas les bois, il risquait de s’y perdre et de gâcher un temps précieux. Il fallait qu’il prenne des informations et qu’on soigne les blessés.
« Lyanna, vous restez avec votre amie. Surveillez Darren. Max, charge-toi d’April. »
« Reçu ! »

Lyanna descendit de cheval, en même temps que Nyméria, et elle aida Darren à faire de même. April reprit conscience à peu près au même moment. Elle se laissa glisser dans les bras de son ami et accepta son aide cette fois. Adossée contre un arbre, un peu en retrait, elle fit des efforts démesurés pour ne pas pleurer. La rage continuait de bouillir dans son corps mais la fatigue la diminuait atrocement.
« Ca va aller, t’inquiète ! » fit Max en l’aidant à enlever son gilet tactique. Il retira son t-shirt, l’exhibant de son sous-vêtement sans sourciller. Comme le ferait un membre d’une famille bien plus préoccupé par les soins. Le coup de couteau lui avait fait une fente très inquiétante. Les lèvres, séparées et gonflées par une inflammation naissante, laissaient encore échapper un flot continu d’hémoglobine.
« Je...je n’aurai pas dû vous mêler à ça ! » murmura April en ne parvenant pas à retenir un sanglot. Elle observait Darren. Maintenant il se tenait debout, à côté du cheval, sans esquisser le moindre geste. Le regard vide, il attendait simplement un ordre. Lyanna avait été bien obligée de s’écarter pour rester avec Nyméria. Donc, sans les stimulis particuliers que provoquait l’Amazone, il faisait la plante verte.
Cette vue horrible causa une douleur plus profonde chez April que ce coup de couteau.
« Il est venu pour moi. »
« On a tous répondu présents. » lâcha Jim d’une voix rassurante et paternaliste. Il lui prit l’épaule, celle qui ne saignait pas, soutenant son regard pour savoir si elle était toujours d’attaque.
Larmoyante, épuisée et démotivée, elle acquiesça tout de même de la tête. C’était une putain de militaire ! Bien sûr qu’elle répondrait oui. C’était ce que le sergent recherchait.
« Bien. Donne lui à manger dès que tu as fini, Max. »
« Hey, tu as entendu ? Je vais pouvoir te faire mon Big Energy spécial 5000. Tu reprends des forces, on soigne Darren, et on rentre à la maison ! »
« T’es con ! » souffla-t-elle, essayant d’ignorer la couture qu’il faisait sur sa peau, non sans rire légèrement.

Le sergent se rendit immédiatement en bordure de la lisière pour observer, depuis son fusil, le site de l’incendie. Personne ne les avait pris en chasse. La colonne de fumée qui montait de la structure était si épaisse que les jumelles n’étaient pas nécessaires.

Nyméria se tenait droite, la main sur son arme, en observant la même scène de catastrophe. Elle voyait son monde se briser pour la deuxième fois. Et puisqu’elle se voulait forte, elle faisait mine d’y être insensible. Seule Lyanna savait que c’était faux et que Nyméria se sentait soudainement perdue.
« La nouvelle Kirana. J’y avais tellement cru. » murmura-t-elle à l’adresse de sa Soeur, prise de sincérité. C’était sa plus grande œuvre qui partait en fumée, avec des Soeurs opportunistes qui s’étaient jouées d’elle. « Je devais rebâtir notre tribu ! En faire un lieu de paix...sans Wraiths. »

Lyanna garda le silence quelques secondes, regardant elle aussi la forteresse brûler. Elle se demandait si Ishey n’avait pas péri dans l’incendie. Intérieurement, la guerrière espérait le contraire, car elle voulait l’éliminer de ses propres mains pour tout le mal qu’elle avait fait. Nyméria s’en voulait d’avoir entraîné des femmes qui n’étaient pas fiables, ni de confiance. Certes, ses méthodes étaient à revoir, comme l’utilisation de mâles pour violer de pauvres victimes, ou la répression pour punir celles qui refusaient de la rejoindre. Mais Ishey avait joué un rôle crucial dans cette haine que beaucoup vouaient à l’égard de Nyméria, comme April. D’une petite étincelle créée par son instructrice, Ishey en avait fait un énorme brasier, mettant à terre toutes les valeurs que Nyméria avait voulu enseigner.

"Il y a d’autres endroits où notre tribu peut être rebâtie. Avec nos vraies valeurs".

La guerrière tourna la tête pour surveiller Darren, qui n’avait pas bougé depuis qu’il était descendu de cheval. Elle soupira, attristée de le voir dans cet état, et partit dans sa direction. Avec douceur, Lyanna le rassura, lui parlant pour attirer son attention, et calmer cette sauvagerie qui pouvait l’envahir à tout moment. A son contact, Darren s’était animé, comme s’il reprenait vie. Son regard perdu lui donnait toujours l’air d’être un aveugle perdu dans ces bois. Mais il levait le nez, attiré par la douceur et la tendresse de Lyanna, attendant sagement son ordre pour la suivre. Ce n’était pas sans un lourd regard réprobateur de la part de Nyméria. Mais elle observait dans le même temps ces interactions qui n’avaient, dans son esprit, aucun sens. Voyant son bandage de fortune rougi, l’Amazone rejoignit rapidement Max pour lui demander quelques affaires dans sa trousse de secours, vu que Darren n’avait plus la sienne.
« Ouais, attends. » répondit-il en sortant de la trousse ce qui lui manquait, afin de lui donner l’ensemble du dispositif, histoire de lui donner l’ensemble des moyens. Max était trop occupé aux côtés de sa soeur d’arme pour relever ce moment. Mais il avait bien noté que l’Amazone ne s’était pas montrée incisive. Il pensait, par une rapide déduction, que l’état de Darren la préoccupait trop pour l’agressivité gratuite.

Le kit en sa possession, Lyanna retourna vers son compagnon, et lui prit la main, avant de l'entraîner avec elle pour revenir près de Nymeria, quitte à froisser son instructrice à cause de la présence d’un mâle. Mais ne devait-elle pas veiller sur eux deux ? Difficile à faire s’ils étaient séparés par plusieurs mètres de distance. Et Darren avait besoin de soin, elle décida donc de s’en occuper elle-même, avant sa propre blessure qui était moins grave. Très obéissant, le soldat suivit son amante en murmurant la moitié de son nom. Il tentait toujours de le prononcer distinctement sans y parvenir, oubliant généralement la première syllabe.

Tandis que Jim continuait de surveiller les alentours, et que Max s’occupait de soigner April, Lyanna s’accroupit sur le sol, obligeant Darren à faire de même. Après avoir retiré le gilet tactique et son tee shirt, puis le tissu autour de son épaule, elle commença à désinfecter l’entaille.

Pendant ce temps, Darren suivit les émotions primaires qui l’animaient. Cette affliction trahissait les pensées qu’il avait très certainement eu, autrefois, et qu’il dissimulait. Sans conscience de la mesure, Darren agissait maintenant sans filtre. Alors que Lyanna était affairée à lui refaire son bandage, il pencha son visage pour frôler le sien. Il n’était manifestement pas assez lucide pour savoir ce qu’était un baiser. Mais il en ressentait toutefois l’envie, le désir du contact et de la démonstration. Donc il s’avança encore, lui caressant la joue de son nez, sans réussir à faire quoi que ce soit de direct. Il parcourait sa joue de son souffle, oscillant entre ses lèvres et son front, guidé par son attachement mystérieux.

Si en temps normal, la guerrière se serait jetée sur Darren pour l’embrasser avec tendresse et passion, ce ne fut pas le cas en cet instant. La réaction du militaire prit un peu Lyanna au dépourvu, vu ce qui s’était passé dans la cellule. Comme lorsqu’il avait caressé ses cheveux, la jeune femme fut sur la défensive en se crispant, comme si elle craignait que son compagnon ne cède à un moment de folie, et ne lui saute à nouveau dessus pour abuser d’elle. Mais, ce ne fut pas le cas. Darren se montra doux, bien que maladroit à cause de son état. Lyanna ne l’embrassa pas, ne chercha pas ses lèvres des siennes. Ce n’était pas le moment adéquat, et elle était encore trop perturbée par la situation pour y penser.

Cependant, la jeune femme ne repoussa pas le soldat. Elle le laissa faire, soupirant de bien être en ressentant sa présence contre elle, bien qu’elle restait quand même sur ses gardes. Le voir dans cet état lui déchirait le cœur, Lyanna voulait retrouver son Darren. Elle ferma les yeux quelques secondes, posant son front contre celui du militaire, afin de garder un contact physique avec lui. Puis, elle déposa un petit baiser sur sa joue, et poursuivit les soins qu’elle lui prodiguait.

Lyanna s’adressa ensuite à son instructrice, laquelle ne la quittait pas du regard.

"Viens avec moi sur Atlantis ! Je sais qu’il y a plein de mâles là-bas, mais tu n’es pas obligée de vivre avec eux. La cité est perdue au milieu de l’océan, et il y a un continent très vaste. J’ai pour projet d’édifier une école d’arts martiaux pour transmettre aux femmes et aux filles qui le veulent nos coutumes martiales. Il n’y aura aucun mâle".
« Une école, vraiment ? » lâcha-t-elle, un brin sceptique. « Tu n’as jamais parlé d’un tel désir. Tu disais souvent que tu préférais l’action aux paroles...c’est vraiment ton idée ? »

Lyanna se mordit la lèvre quelques secondes, silencieuse. Son regard passa d’abord de Darren, puis se reposa sur Nyméria.

"C’est son idée à lui".

La jeune femme se doutait que son instructrice n’allait pas apprécier une idée qui venait d’un mâle. Cette dernière lui adressait justement un regard réprobateur, l’air de lui demander comment elle pouvait ne pas se méfier. Pour Nyméria, c’était clairement un stratagème pour mettre la main sur l’art martial Kiranien.

"Tu as raison, je n’ai jamais voulu apprendre aux autres, ce n’était pas mon rôle. Mais c’était le tien, et des autres instructrices. Mais ..."

Lyanna soupira, avant de continuer à s’expliquer, sans cesser de s’occuper de Darren.

"J’étais seule. Et je n’allais pas bien à l’idée que nos valeurs et nos souvenirs allaient disparaître avec moi. Alors, Darren m’a proposé cette solution. Une amie à moi, Teyla, une femme qui m’a aidé à m’intégrer, était d’accord avec lui. Transmettre les valeurs de mes Soeurs à d’autres".

La guerrière ne put s’empêcher de caresser doucement la joue de son compagnon du revers de la main, lui prodiguant ce petit geste affectif qui la remplissait de nostalgie à l’idée de retrouver celui qu’elle aimait, et non avoir ce mâle primaire qu’il était devenu. Le soldat écarquilla légèrement les yeux en laissant filer un râle de satisfaction.

"J’ai trouvé que c’était une bonne idée, et ça m’a remonté le moral. même si je ne suis pas du tout une instructrice comme toi".
« Tu ne t’es pas dit que ça pourrait être un odieux piège ? Les mâles ont souvent tenté de percer nos secrets. Pour mieux nous surpasser sur le champ de bataille. »

Lyanna ne put s’empêcher de rire doucement face à la méfiance légitime de Nyméria. Elle secoua la tête en la fixant dans les yeux. L’instructrice lui fit les gros yeux.

"Pas ceux-là, ce n’est pas dans leurs habitudes de voler le secret des techniques de combat des autres peuples. Et puis, ils ont aussi leurs propres techniques de combat sur leur monde".
« Tu as l’air bien sûre de toi. »
"Je le suis !" lança la guerrière, un sourire aux lèvres.

Lyanna regarda Nyméria, tout en continuant de soigner Darren. Bien sûr, tout en lui parlant de cette idée d’école, elle lui cachait un détail : le fait que, après avoir refusé un ordre de Jim, et déserté pour continuer sa mission, la guerrière serait sûrement expulsée d’Atlantis, et livrée à elle-même.

"Tu pourrais m’aider à transmettre ce savoir pour que notre culture ne soit pas oubliée, si tu veux. Les Atlantes sont d’accord avec cette idée. Bien sûr, ils m’ont interdit d’enseigner nos valeurs de haine contre les mâles. Mais pour les techniques de combat Kiranien, ils ne sont pas contre".
« Et qu’est-ce que notre culture sans la haine de l’homme ? » lui demanda-t-elle sérieusement. Elle la désigna d’une main hâtive, toujours vexée par la réalité de ce qu’elle voyait. Sa meilleure élève adoratrice de mâle, un cauchemar. « T’es-tu regardée ? »
Ce n’était pas un reproche, son ton n’était pas incisif. Elle ne cherchait pas à braquer son amie mais à lui faire prendre conscience. En voulant recréer Kirana, Nyméria s’était fourvoyée et avait fait naître un monstre. Des opportunistes possédaient maintenant les techniques martiales des Kiraniennes alors qu’elles ne le méritaient pas. Lyanna ne risquait-elle pas de reproduire le même schéma en omettant la colère contre le mâle : ce puissant moteur qui animait ses deux épées ?
« Que serais-tu si je ne t’avais pas enseigné la fureur qui fait battre ton cœur et surpasse tous tes opposants ? »
"Je sais, mais notre vie était différente à cette époque !"

Lyanna termina de changer le bandage de Darren. Puis, elle l’aida à se rhabiller. Il se montra docile. Ayant eu l’expérience quelque temps plus tôt, il savait maintenant ce qu’elle faisait. Le travail restait laborieux mais moins risqué pour l’Amazone.

"Sur Kirana, les mâles étaient nos ennemis jurés, vu ce qu’ils nous faisaient. C’était des monstres, nous le savons toutes les deux. Mais sur Atlantis, ils sont différents. J’ai dû m'y résoudre, même si certains méritent d’être castrés ou tués. On ne peut malheureusement plus enseigner cette haine des mâles là où il n’y a plus de mâles à haïr à tout prix, et à éliminer. Je ne sais pas comment t’expliquer, mais la situation a changé. Elle a évolué, même si c’est très difficile à croire".
« Je ne comprends même pas comment tu peux tenir pareils propos. » confia Nyméria.
Elle finit par soupirer.
« C’est le cauchemar de toute instructrice que d’être dépassée comme ça. La compréhension d’une enseignante qui devient obsolète, c’est comme tomber gravement malade... »
Cela ne signifiait pas pour autant qu’elle allait se mettre à adopter le raisonnement déviant de son amie. Toutefois, elle ne pouvait s’empêcher de remarquer combien elle lui semblait plus mature. Encore plus que sur Kirana. Lyanna lui semblait mentalement altérée...mais plus expérimentée. Ce qui l’avait rendue encore plus solide aux inattendus, à l’inédit.

Nyméria pinça des lèvres, plutôt gênée. Depuis le début, elle était témoin d’un cas inédit qu’elle ne s’expliquait pas. Son mâle était sage, calme, alors qu’il avait été traité par le parasite. Bêtement, il répétait le geste de l’Amazone et la récompensait d’un baiser sur la joue avant de rester là, les bras ballants, agenouillé sur le sol. Lyanna se redressa, et garda un contact avec Darren, caressant doucement ses cheveux. Elle lui promettait de le rendre comme avant, de trouver une solution pour qu’il redevienne le mâle qu’elle aimait. Et bien entendu, la réaction du militaire intrigua Nyméria.
« Les laisses, j’avais été contrainte de les imposer. Sans cette douleur, les mâles sautaient sur les filles pour les prendre violemment. Il fallait éviter le contact. Un simple ordre suffisait à déclencher colère et cruauté. »
L’instructrice secoua négativement la tête, fixant Darren avec un mélange de dégoût et de curiosité.
« Il n’a pas de laisse. Et... »
Nyméria n’aimait pas porter de l’intérêt à un mâle mais ça la turlupinait vraiment.
« Pourquoi est-il aussi calme ? Tu peux le toucher sans qu’il ne cherche à te monter. »
"Il a essayé de me sauter dessus, quand cette garce d’Ishey m’a enfermée avec lui. Et je pense que si je n’étais pas là, il se montrerait sûrement violent avec toi".

Avouer que Darren avait failli la violer était difficile pour Lyanna. Elle n’avait jamais pensé qu’une telle chose pouvait arriver. Ishey avait failli réussir son coup, mais c’était sans compter sur l’amour que le militaire éprouvait pour sa compagne, et qui était plus fort que ces instincts primaires et bestiaux.

"Mais il ne l’a pas fait. Comme si au fond de lui, malgré ces parasites, il savait que le lien qui nous unit est profond et indestructible. Il tient à moi … et je tiens à lui".

Lyanna affronta Nyméria en prononçant ces mots, démontrant une nouvelle fois qu’elle était attachée à Darren.

"Je t’avais dit que les mâles d’Atlantis étaient différents des Kiraniens".

Nyméria ouvrit la bouche pour rétorquer quelque chose mais elle savait sa phrase peu pertinente. Alors elle scella ses lèvres et fronça les sourcils. Comment Lyanna, la Kiranienne la plus rude et la plus sévère de la tribu, celle qui inspirait tant de craintes aux esclaves mâles, pouvait lui tenir tête en affirmant une telle chose. Un attachement, une sorte de lien qu’elle ne ressentait même pas. Ce mot, amour, qui n’avait strictement aucune définition chez elle.
« Mais... »
Elle secoua la tête.
« Tu devrais ressentir du dégoût à son contact, non ? Il te salit en te touchant...ce n’est pas répugnant ? »

Lyanna garda le silence quelques secondes, réfléchissant aux paroles de Nyméria. Il fallait bien reconnaître que son instructrice n’avait pas tout à fait tort dans ses mots. Mais pas par rapport à Darren.

"J’ai ressenti ce dégoût au contact d’autres mâles, à mon arrivée sur Atlantis. Certains qui ne faisaient que me regarder. D’autres ont osé me bousculer, même sans faire attention. Il y en a même eu un qui a voulu m’affronter au combat. J’avoue, ceux-là m’ont répugné. J’en ai frappé plus d’un avant d’avoir des problèmes. Mais Darren … c’est différent".

La guerrière jeta un œil au militaire, qui restait assis sans bouger, perdu dans son monde de simplet.

"Il était exaspérant, et j’ai dû m'empêcher de nombreuses fois de le frapper ou de l’envoyer six pieds sous terre. Mais il m’a appris des choses que je ne connaissais pas. Et il m’a sauvé la vie, avant de me défendre face à son supérieur. Il ne m’a jamais laissé tomber. Je sais que c’est un mâle, mais c’est sans doute le seul qui ne provoque aucun dégoût en moi quand il est à mes côtés".
« Mais...pourquoi l’as tu gardé ? Par utilité pratique ? Comme esclave ? »
"Il n’est pas un esclave. Il n’y a pas d’esclave sur Atlantis" répondit Lyanna en secoua la tête. Elle cherchait comment expliquer cet étrange attachement qu’elle éprouvait pour Darren, mais c’était difficile. "J’aime sa présence. Son être. Je suis bien quand je suis avec lui. Je ne sais pas comment expliquer ça … mais je ne veux pas être séparée de lui".

L’idée que Darren ne puisse plus redevenir comme avant était insoutenable pour Lyanna. Mais Nyméria ne lui avait-elle pas dit qu’il existait peut-être un moyen de le débarrasser des parasites ?

"Tu m’as dit qu’on pouvait peut-être le faire redevenir comme avant. Comment ?"

L’instructrice observa Darren un instant avant de lui répondre.
« Lyanna...mon enfant... »
Elle lui passa une main sur la joue.
« Es-tu vraiment sûre de le vouloir ? Es-tu certaine de ne pas être folle ? Ou sous l’effet d’une malédiction que ces sales mâles t’auraient fait subir ? »
Dans un sens, Nyméria espérait que ce soit le cas. Ce serait tellement plus simple à accepter.
« Tu te rappelles sur Kirana, ce qu’on a vu dans le village des barbares Ermates ? Leurs femmes esclaves. On aurait cru qu’on leur avait coupé les griffes. Qu’elles ne pouvaient plus faire que le linge et enfanter... »

Lyanna comprenait la réaction de méfiance de Nyméria. Elle avait eu la même à son arrivée sur Atlantis, et pendant de nombreux mois. Même encore aujourd’hui, rares étaient les mâles qui parvenaient à approcher l’Amazone sans s’en prendre une. En même temps, depuis le début de leur relation, Darren s’arrangeait toujours pour s’interposer. Il se montrait exaspérant en l’empêchant de frapper. Ou en la convainquant, à force d’arguments fourbes, de se tenir sage. Au moins, ça lui évitait de finir dans la cellule minuscule et sans air de cet horrible mâle, Ridding. Lyanna secoua la tête, essayant de rassurer son instructrice.

"Oui, Nyméria. Je suis sûre et certaine de vouloir le garder. Et non, je ne suis pas folle. J’ai toute ma tête, rassure toi".

La guerrière posa sa main sur l’épaule de la Kiranienne.

"Je t’assure que ces mâles ne sont pas comme les Kiraniens. Ils sont plus évolués, et il n’y a aucune esclave femme là bas. Les mâles sont même dirigés par une femme. D’ailleurs, il y a plein de femmes sur Atlantis, qui donnent des ordres aux mâles. Regarde April, c’est une guerrière comme Darren. Et elle n’est pas la seule".
« Je ne suis pas dupe. » rétorqua soudainement Nyméria, ne voyant pas les efforts que son amie déployait pour tenter de la convaincre.
Son regard passa une dernière fois vers Darren puis elle soupira.
« Les partisantes de ta Soeur, celles qui résistaient au nouvel ordre, se sont rassemblées au col d’Orchemont. Ton amie croit son secret bien gardé et elle se trompe lourdement. Sa troupe est flétrie d’espionnes. »

Nyméria observa April. Elle devait reconnaître qu’elle s’était montrée être une adversaire de valeur. Très vicelarde et couarde, selon elle, mais d’une résolution qui dépassait sa fatigue et ses blessures. C’était digne d’une Kiranienne. Digne de l’amitié que Lyanna lui portait.
C’était dur à admettre...mais c’était mérité.

« Je prévoyais un assaut. Un contact très violent, rapide. Pour les disperser avant que leur rébellion ne devienne un danger. J’y ai su qu’il s’y trouvait une étrange vieillarde, une sorte de chamane. Les espionnes m’ont rapporté qu’elle était vue comme un grand espoir. Qu’elle avait le pouvoir de ramener les mâles. »
Aussitôt, l’intérêt de Lyanna s’éveilla, ce qui l’aida à mettre de côté le fait que son instructrice ait cherché à s’en prendre à April. Nyméria acquiesça.
« L’un des objectifs de l’assaut consistait à supprimer ou capturer cette personne. Pour conserver le contrôle sur les mâles. Ishey va s’empresser d’assaillir la rébellion pour dégager la menace. Et ainsi jeter toutes ses forces à notre recherche... »
L’instructrice laissa passer quelques secondes avant de conclure.
« Cette chamane est ta meilleure chance de le retrouver comme avant. »
Nyméria n’en revenait pas de l’aider à sauver un mâle.
"Alors, il faut trouver cette chamane !"

Si la Kiranienne était choquée à l’idée de venir en aide à Darren, Lyanna n’y songeait même pas. Tout ce qui importait pour elle était de soigner son compagnon.

"Merci, Nyméria".

Cette dernière répondit par une grimace mi-figue mi-raisin. Elle appréciait sa reconnaissance mais pas sur la finalité : aider un mâle. Elle ne répondit rien, revenant à l’observation passive de son fief en flammes.
Lyanna regarda April au loin, qui était encore avec Max. Ce dernier lui préparait un repas pour qu’elle reprenne des forces. Aux intonations changeantes de sa voix, il était très certainement en train de lui relater sa mission en duo avec l’Amazone. Il ne se priverait pas de se plaindre qu’elle avait englouti son Big Energy 3000 sans le remercier et donnerait sa version de son agression par les cannibales.
Manifestement, l’histoire faisait sourire April qui tourna un regard vers elle. La guerrière eut envie d’aller voir sa nouvelle Soeur pour lui demander où se trouvait la chamane, mais vu son état, il valait mieux la laisser manger avant. Alors, à contre-coeur, Lyanna partit voir Jim pour l’informer de la situation. Et lui dire où il fallait aller.

Le soldat était toujours à son poste de tir, ayant posé le canon de son arme sur la branche d’un arbre pour plus de stabilité. L'œil dans le viseur, il observait l’activité dans la forteresse, ne souhaitant pas se faire surprendre par une troupe lancée à leurs trousses. Quand il entendit l’Amazone s’approcher, il ne détourna que l’oeil pour vérifier rapidement qui c’était. Sa tête n’avait pas bougé d’un millimètre.

"Nyméria a une idée pour sauver Darren. Il faut trouver une chamane qui se trouve au Col d’Orchemont. April sait où se trouve cet endroit, elle y a établi sa Résistance".

Si elle s’écoutait, Lyanna demanderait immédiatement à April quelle direction prendre, avant de partir tout de suite avec Darren et Nyméria. Bien que la militaire soit mal en point, il ne fallait pas traîner. Mais Lyanna se força à rendre compte de la situation à Jim, même si elle n’en avait pas du tout envie. Autant dire que la jeune femme avait du mal à contenir son impatience.

"On doit y aller tout de suite, il n’y a pas une minute à perdre. Ishey est en route, et si elle trouve la chamane avant nous, elle la tuera. Et Darren sera perdu".

Jim resta silencieux quelques instants. Il n’était pas né de la dernière pluie. Nyméria réagissait comme elle, à ses débuts sur la cité. Pour rien au monde elle n’aurait nourri ce genre de projet sans être directement sollicitée par l’Amazone. Le sergent se retrouvait une nouvelle fois confronté entre la mission et les sentiments de cette guerrière.
« Lyanna...vous pensez vraiment qu’une chamane vaut mieux que toute la technologie médicale de notre cité ? » lui demanda-t-il d’un ton calme.
Il se détourna du viseur pour l’observer. Jim donna ensuite un bref coup de tête en direction du reste du groupe. Profitant de l’absence de Lyanna, le gamin de la bande était allé récupérer Darren. Le soldat devenu légume se laissa faire. On le faisait agenouiller aux côtés d’April qui tenta de lui parler, sans succès. Affaiblie et émotionnellement fragile, elle laissa paraître la peine de voir son ami dans un tel état. Elle posa sa tête sur son épaule en lui demandant pardon. D’aucun ignorait que Darren vivrait très mal cet état humiliant.
« La mission est terminée. Nous avons April. Et si votre amie accepte de se tenir, elle peut nous suivre sur la cité. Ce serait pas plus judicieux ? »

Bien entendu, Lyanna n’était pas du même avis que Jim. Comme très souvent d’ailleurs. L’Atlante et la Kiranienne n’avaient pas les mêmes objectifs, ni la même vision des choses. Pour le soldat, la mission était finie depuis qu’April avait été retrouvée saine et sauve, en imaginant que la technologie d’Atlantis pourrait aider Darren. Mais pour Lyanna, c’était différent. Ishey était une vraie menace pour cette planète, pour ces femmes avec qui April avait vécu pas mal de temps. L’Amazone tourna son regard en direction des autres militaires, et elle serra les dents en voyant Darren. Encore une fois, elle allait être en confrontation avec Jim. Ce n’était pas la première fois. Et puis, la jeune femme était persuadée qu’elle ne pourrait pas rentrer sur Atlantis après sa confrontation avec le patriarche de l’équipe.

Lyanna secoua la tête en reportant son attention sur Jim.

"Je ne sais pas si Atlantis peut aider Darren dans son état. C’est trop risqué de le ramener là-bas sans rien tenter ici. Et si tu te trompes, et que les tiens ne peuvent rien faire pour lui ? Je ne veux pas prendre ce risque".

Le regard de la guerrière se porta sur les ruines en flammes au loin. Elle s’attendait déjà à ce que Jim joue la carte de son autorité avec elle, comme d’habitude.

"Ishey est un véritable danger pour le Refuge. C’est un monstre tyrannique contre laquelle April a lutté pour sauver les autres. Elle doit être éliminée, et on ne peut pas laisser les autres tomber sans leur venir en aide".

Lyanna fixa ensuite Jim de son regard déterminé.

"Tu n’as qu’à rentrer avec April et Max. J’irais au Col d’Orchimont avec Nyméria, et Darren pour le sauver. Et je tuerais Ishey !"
« Vous savez bien que ça ne fonctionne pas comme ça. »
Le sergent secoua la tête.
« Je ne peux pas vous laisser partir seule avec un soldat frappé d’incapacité et une femme avec qui vous ne pouvez être objective. Je vous rappelle que nous avons opéré contre sa politique. C’est bel et bien contre votre amie qu’April s’est battue toutes ces semaines. »
Il laissa passer quelques secondes..
« Vos sentiments obscurcissent votre jugement, Lyanna. C’est compréhensible. Mais je dois penser à l’équipe avant tout. Une équipe qui ne se sépare pas. »
"Une équipe qui ne se sépare pas ..." répéta Lyanna en émettant un petit rire moqueur. "Dit le mâle qui m’a séparé de cette équipe en m’ordonnant de retourner sur la cité !"
« Vous faites votre tort toute seule. » compléta Jim. « A la moindre contrariété, vous désobéissez. Vous avez le sens de l’équipe quand ça vous arrange. Et vous me reprochez de ne pas vous faire confiance ? »
Il hasarda son regard sur le reste de l’unité.
« Je pourrai laisser Darren seul. April, Max aussi. Mais pas vous, je regrette.. »

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Darren Clive

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Mar 20 Avr - 20:19

Darren Clive

La ruine d’Amarielle
Darren & Lyanna


Lyanna eut une furieuse envie de frapper Jim, et il lui en fallut de peu pour le faire. Ses poings se serrèrent, tandis qu’elle fusillait le militaire du regard. Si elle avait pu le tuer sur le champ, elle l’aurait fait. D’autant que Darren était dans l’impossibilité de tempérer sa rage. Nul ne savait pour quelle raison la guerrière se retenait, et sans un mot, elle laissa le militaire, et retourna auprès de Nyméria, la seule personne qui la comprenait en cet instant.

"Maudit mâle, il ne m’aidera pas. Il veut rentrer tout de suite sur Atlantis, en laissant Ishey faire ce qu’elle veut de cette planète".

Lyanna était furieuse. Elle était seule avec sa Soeur. Elle ne pouvait pas compter sur Jim. Max ne la suivrait pas non plus. April était trop blessée pour continuer la mission. Et Darren était dans un état désespérant. La jeune femme tourna la tête en direction de son compagnon, qui était toujours avec ses coéquipiers. L’idée de le laisser avec eux, et de l’abandonner était quelque chose de difficile à concevoir. Mais avait-elle le choix si elle voulait arrêter Ishey ? Lyanna soupira. Les Atlantes retourneraient chez eux. Et après sa désertion pour trouver Amarielle, la guerrière n’avait plus sa place sur la cité. Elle serait renvoyée, cette fois-ci. Pourquoi vouloir obéir à Jim et retourner sur Atlantis, en laissant de pauvres femmes souffrir ici, alors qu’elle serait renvoyée à peine arrivée dans la salle d’embarquement ? Sa décision était difficile, mais elle ne voyait pas d’autre choix.

"Peux tu m’emmener au Col d’Orchemont ?"
« Vous ne parlez pas sérieusement. » lâcha Jim avant que Nyméria ne réponde. Agacé, il l’avait suivi pour terminer cette conversation, ce qui exaspéra Lyanna au plus haut point. Le sergent se moqua du regard meurtrier des deux Amazones.
« Et vous comptez faire quoi là-bas ? Habillées en Kiraniennes, allant au devant d’une foule de paysannes opprimées et en colère ? »
« Ca ne te regarde pas, sale mâle. »
« Si, précisément. »
Le soldat fixa l’Amazone.
« Je n’ai pas signalé votre désertion avec Darren la première fois. Mais si vous recommencez à jouer la rebelle, j’appellerai directement Ridding. Vous connaissez la suite. Votre vie sur la cité prendra fin et vous ne verrez plus Darren. C’est l’avenir que vous voulez pour votre couple ? »

Lyanna fronça les sourcils au moment où Jim lui expliqua qu’il n’avait pas prévenu Atlantis concernant sa désertion. Ainsi donc, elle ne serait pas renvoyée si elle rentrait maintenant ? Et donc abandonner toutes ces femmes face à la folie d’Ishey ? Pour quelle raison Jim avait-il gardé le silence ? Le visage de Nyméria se vida de la moindre expression. Elle sortit son épée.
« Tu as gaspillé ta salive pour la dernière fois. »

La situation dégénéra. Pour la protéger, Nyméria menaçait Jim. Celui-ci répliquerait sûrement, opposant la Kiranienne aux Atlantes. Lyanna réfléchit un très court instant, bien qu’elle avait une terrible envie de laisser sa Soeur faire. Mais au détriment de leur avenir. A contrecoeur, la guerrière se plaça face à Nyméria, entre le militaire et elle.

"Range ton épée" lui lança-t-elle, même si ces mots lui coûtaient.

Sa sœur lui jeta un regard réprobateur. Elle sembla hésiter un certain temps avant de rentrer sa lame, affichant le même remords que Lyanna face à tant de retenue. Nyméria agressa le sergent d’une dernière promesse de mort avant de lui tourner le dos et s’éloigner. Lyanna soupira en regardant Nyméria partir. La situation n’allait vraiment pas en s’arrangeant.
Jim, de son côté, peinait à rester calme. Ce manque de respect pour son autorité commençait clairement à lui courir.
« Notre mission consistait à retrouver April et c’est fait. Si vous tenez à étendre votre mission à la protection de la population, nous le demanderons lors du prochain contact avec Atlantis. April fera son rapport concernant cette menace et on leur enverra votre proposition. C’est comme ça que ça fonctionne ! »
Il ne lui laissait pas le temps de rétorquer. La colère vibrait dans sa voix mais il essayait de se contrôler.
« Maintenant, que ça vous plaise ou non, je suis effectivement un homme et je dirige cette unité. Je prends des décisions pour le bien commun, de tout le monde, et non pour votre intérêt du moment. Et si vous avez un problème avec ça, vous le réglez autrement qu’en vous conduisant en anarchiste. Cessez de me tourner le dos. Et cessez de fuir votre unité »
Jim marqua une pause avant de conclure.
« Vous avez dit avoir eu le même grade que Sheppard. Alors vous devriez pouvoir comprendre ça, non ? »

Lyanna eut envie de rétorquer au soldat qu’elle aurait aimé que son grade soit reconnu, car elle aurait été la supérieure de Jim en cet instant. Ce qui aurait grandement facilité les choses. Mais elle se contenta de garder le silence. Le patriarche lui reprochait de lui tourner le dos en fuyant. Pour l’heure, c’était la seule chose à faire. La fuite était plus appropriée, sinon la guerrière savait qu’elle ne parviendrait pas à se retenir. Son poing partirait avant même d’y songer. Lyanna se contenta de secouer la tête, refusant de répondre à Jim pour ne pas envenimer la situation.

La jeune femme s’éloigna à son tour. Au moins, Jim était parvenu à l’empêcher de partir à la recherche d’Ishey avec Nyméria. Mais l’Amazone avait besoin de se retrouver seule pour réfléchir. Et pour calmer sa rage. Darren n’était pas là pour l’aider, alors elle devait le faire seule. Lyanna s’éloigna un peu du camp pour s’isoler. Furieuse, elle serra les poings, et frappa un arbre sous la colère. Heureusement, pas assez fort pour se blesser, même si sur le coup, elle songea que c’était une mauvaise idée. Sa respiration était rapide, elle aurait voulu crier. Mais elle garda le silence. Après quelques secondes, la jeune femme finit par s’asseoir sur le sol, contre le tronc d’arbre, massant sa main endolorie.

Dix minutes plus tard, les craquements du bois annoncèrent l’approche d’un individu plutôt gauche. Il piétinait plus qu’il ne marchait. Darren apparut dans son champ de vision. Ce dernier se déplaçait comme s’il était ivre. Visiblement, il avait échappé à la vigilance de ses amis et eu une mésaventure dans un buisson plein de ronces. Il avait même une épine encore plantée dans la joue. Parce qu’il ne ressentait pas la douleur, le corps étranger restait là, dans une petite goutte de sang.

Clive progressa de deux autres pas, manifestement à la recherche de quelque chose malgré son regard vide. Il ne se rendait pas compte que son amante se trouvait à quelques mètres, adossée à un arbre. L’homme s’avança au hasard jusqu’à atteindre un arbuste naissant. Son feuillage, trop épais et trop lourd pour le tronc frêle, tombait comme une masse chevelue au sol. De ce fait, l’ensemble donnait une silhouette humaine très vague que Darren semblait avoir choisi pour personnifier un interlocuteur.

« Heuuu ! ...anna... » articula-t-il mollement alors qu’il levait une main couverte d’échardes et d’épines.

C’était une fleur qu’il avait cueillie. Du genre qui donne des baies comestibles après avoir murie. Le soldat était allé s’empêtrer là-dedans pour obtenir la fleur la plus belle. En la tendant à cet arbuste à la vague silhouette humaine, il tentait de redonner vie à un souvenir vague.
A cause de son affliction mentale, le militaire semblait persuadé qu’en reproduisant l’exercice à la perfection, il ferait renaître une émotion qui lui manquait. Alors sa main redescendit jusqu’en bas. Il prit une inspiration et reproduisit le geste de façon plus élégante.

« Ya..aa ! ...Yann...a... » s’exerça-t-il devant l’arbuste. « Ly.. ...an...na... »

La jeune femme était restée immobile, à observer Darren, sans prononcer un seul mot. Le voir dans cet état était difficile pour elle, insoutenable. Elle se mordit la lèvre, ses yeux se remplirent de larmes sans qu’elle ne le veuille. Mais la guerrière se retint de pleurer. Elle voulait rester forte pour son compagnon, même si c’était difficile.

Lyanna se leva et se dirigea vers Darren, qui tentait toujours d’offrir une fleur à un buisson. Avec douceur, elle attrapa sa main pour signaler sa présence.

"Darren" lui dit-elle pour attirer son attention.
Le soldat s’immobilisa, tendant l’oreille comme s’il recherchait l’origine de la belle voix.

En voyant les épines dans sa peau, la jeune femme soupira.

"Où est ce que tu as été ?"

Lentement, Lyanna retira l’épine qui se trouvait dans la joue de Darren, bien que ce geste était difficile à faire. Puis, elle le guida jusqu’à l'arbre, et s’y assit, tirant sur la main du militaire pour qu’il fasse de même. Elle tenta alors de retirer les autres épines qui se trouvaient sur ses mains et ses bras. Il se laissa faire sans réagir. Et puis, attiré par des envies aléatoires, il se laissa tomber sur le sol. Sans vraiment de douceur, comme souvent, il s’allongea sur le côté en laissant reposer sa tête sur les cuisses de l’Amazone. Il semblait avoir choisi de se reposer en s’appuyant sur elle, laissant filer un soupir de grande satisfaction. Lyanna le laissa faire, et après avoir retiré la dernière épine, elle passa doucement sa main dans les cheveux de son compagnon pour lui prodiguer de la tendresse.

Quelques instants plus tard, April vint directement à sa rencontre. Elle gardait une main plaquée contre le pansement récent, et bien rouge, que Max lui avait posé.
« Gare à ton cul ! J’débarque ! » lâcha-t-elle tandis qu’elle se laissait tomber contre l’arbre, occupant le peu d’espace qu’il restait.
April serra les dents et poussa une plainte sous le choc. Sa dernière blessure était manifestement à vif et sa réaction se partageait entre la douleur et l’épuisement. Elle se creusa donc une petite place, son épaule touchant celle de Lyanna, et elle allongea une jambe abîmée sur l’autre laissée en équerre.
La jeune femme respira, observant l’endroit quelques secondes, avant de se décider à parler.
« J’devrais m’excuser. Je n’ai pas été tendre avec toi. »
Elle pourrait le faire. Mais elle en avait pas envie.
A la place, April sortit une barre chocolatée de sa main libre. Max lui avait donné la sienne. Elle arracha le sachet d’un coup de dent et en sortit la moitié. Pas facile de le couper lorsqu’il ne restait plus qu’une main, la militaire était réduite à l’écraser entre son index et son pouce. Le morceau pendouilla dangereusement au-dessus de la tête de Darren qui restait absorbé par les gestes de tendresse de sa compagne.
Le morceau de chocolat servait visiblement d’excuses. Lyanna prit le morceau en remerciant la militaire, et croqua dedans.
« N’empêche... »
April goba sa moitié.
« Ch’l’aime pas ches masses, ta copiche ! »

Lyanna eut un petit rire fugace, sans cesser ses caresses.

"Personne ne m’aimait non plus, quand je suis arrivée sur Atlantis".
« C’est vrai. Je t’ai baptisé “cul serré” la première fois que tu as frappé Max... » Elle fit mine d’être déçue. « Dommage que Darren ait remédié à ça. Ca t’allait comme un gant. »
Un petit sourire se dessina sur les lèvres de Lyanna, qui était amusée par les paroles de la jeune femme. April était contente de la taquiner, ça faisait longtemps, on le sentait au ton de ses brimades.
« Tu te sens comment ? » lui demanda-t-elle finalement, avec plus de sérieux.

Le sourire de Lyanna disparut plus vite qu’il était apparu. La guerrière garda le silence quelques secondes, le regard rivé sur Darren qui semblait s’être endormi. Une lueur de tristesse passa dans ses yeux, et elle finit par soupirer discrètement.

"Mal … je ne vais pas très bien ..."

Lyanna se mordit la lèvre, avant de regarder April.

"Et toi ?"
« Pareil... » reconnut-elle tout en jetant un regard vers Darren. « J’en veux à la Terre entière. Je rêve d’un bain. Et d’un bon coma de trois semaines. »
April souffla.
« J’aimerai tellement que tout soit plus simple. Qu’il me suffise de buter Amarielle parce que c’est la grande méchante. Ne pas chercher plus loin. Et voilà que maintenant... »
Elle tourna son regard. L’instructrice discutait avec Jim. Ou plutôt, elle lui crachait sa haine au visage alors qu’il récoltait des renseignements. Au moins, elle ne tirait pas l’épée et le cheval servait de rempart entre les deux.
« Si tu savais tout ce que j’ai perdu sur cette planète. J’aimerai...je voudrai... »
Elle eut un petit sursaut ensanglanté.
« Promets-moi que je ne fais pas une connerie en lui faisant confiance. En...en te faisant confiance. »

Lyanna comprenait ce qu’April voulait dire, elle regardait aussi Nyméria et Jim. Si son instructrice décidait de sauter sur le militaire, la guerrière était trop loin pour l’en empêcher. Heureusement, à part une joute verbale, la confrontation ne semblait pas aller plus loin.

"C’est ma Soeur. Je lui fais confiance".
« Quel argument... » se moqua-t-elle en souriant.

La guerrière délaissa Nyméria et Jim, et reporta son attention sur April.

"Ishey est beaucoup plus dangereuse que Nyméria. Elle déforme les valeurs que ma Soeur essaie d’inculquer".

Lyanna soupira. C’était difficile pour elle de laisser Ishey en liberté, sans pouvoir l’arrêter. April acquiesça silencieusement. Elle détestait toujours autant l’instructrice mais cette Ishey...elle voulait également la tuer. Son dos serait couvert à jamais des cicatrices de ses coups de fouets. Elle en garderait très certainement un complexe à l’avenir.
« Je connais un chemin... » avoua-t-elle. « Un vieux sentier de chèvres oublié. C’est comme ça que les résistantes se regroupent à la barbe des Boches... »
Lyanna fronça les sourcils en regardant son amie. Jim lui avait interdit de poursuivre cette mission, au risque d’être renvoyée d’Atlantis. Et voilà que maintenant, la militaire lui proposait une solution pour arrêter Ishey. April regarda une dernière fois vers Nyméria.
« Mais si elle, elle se rend là-bas, ce sera un massacre. On empêchera pas toute cette foule de se venger. Elles seraient foutues de l’écorcher vive et de la laisser agoniser au soleil. »
La militaire souffla. Elle n’en revenait pas d’essayer de trouver une solution. Surtout pour Lyanna.
« J’ai une idée. Mais ça va pas te plaire... »
"Dis toujours".
« Quand on pourra partir là-bas, il faudra jouer la comédie. Tu dois convaincre ta copine de se laisser emprisonner. Je ferai croire qu’elle servira de monnaie d’échange. Et elle restera sous ta garde. »

Lyanna ouvrit de grands yeux en entendant la proposition d’April. Son regard passa de la militaire à Nyméria, avant de revenir sur son amie.

"Tu penses vraiment que ça peut marcher ? Nyméria aura du mal à se laisser convaincre d’être une prisonnière !"
« Je sais que si elle débarque comme ça, arme au flanc, la gueule enfarinée...elle a beau faire sa star, elle servira de paillasson à tout un peuple. »
April la regarda dans les yeux.
« Toutes les résistantes ont perdu un parent, des enfants, des terres. Si ce n’est pas tout simplement avoir subi le viol à la vue de toutes. Tu auras beau dire qu’Ishey est le plus grand mal, c’est ta copine qui a craqué l’allumette. »
La militaire devina à la lueur du regard de son amie.
« C’est une image...pour dire qu’elle a commencé cet enfer. »
Lyanna détourna les yeux d’April, après avoir compris l’image qu’elle venait d’expliquer. La militaire avait raison : Nyméria avait commencé, Ishey avait poursuivi en empirant les choses.

"Pourquoi faut-il que Nyméria joue les prisonnières ? Ne peut on pas simplement lui dire de rester à l’écart, le temps de discuter avec les Résistantes ?"
« J’en sais rien. Tu le ferais toi ? Rester au loin pendant qu’on décide de ton sort ?... »
April lorgnait Lyanna. Elle n’était vraiment pas sûre que ça corresponde au personnage. La guerrière réfléchit quelques secondes, en silence. Si les rôles avaient été inversés, bien sûr que non, elle ne resterait pas à l’écart. Elle voudrait participer pour protéger les siens, quitte à se mettre en danger.
« Écoute. J’suis trop crevée pour jouer au petit général. Si tu as une meilleure idée, hésite pas. J’te dis juste que si ta copine met un pied dans le camp en se la jouant Amazone, elle se fera fumer...d’ailleurs... »
April ouvrit le sac qu’elle avait trainé avec elle. C’était celui de Max, on le reconnaissait sans mal à l’odeur de la charcuterie qu’il avait trimballé sans arrêt depuis son arrivée. La militaire tira dessus par accoup, en manque de force à cause de sa blessure, et lui fourra dans les bras un uniforme. A l’origine, Max l’avait pris pour son amie, afin de lui fournir du change après tant de temps.
« Lâche ta tenue si tu tiens pas à devenir un paillasson, toi aussi... »

Lyanna regarda les vêtements qu’elle avait dans les mains, et les déplia pour voir un pantalon et un tee shirt noir. Une tenue Atlante, visiblement réservée à April. Mais cette dernière la lui donnait pour qu’elle ne soit pas prise pour cible par les Résistantes. Lyanna appréciait de porter sa tenue Kiranienne, mais April avait raison. Après tout, les femmes de cette planète avaient été plus coopératives avec la Soeur Corsaire, et non avec une Kiranienne. Même si elle voulait garder ses vêtements, Lyanna obtempéra d’un hochement de tête.

"Merci" lui lança Lyanna.

Avec douceur, la jeune femme se sépara de Darren pour ne pas le réveiller en se levant. Et sans aucune gêne, elle se déshabilla, sans se préoccuper si les autres membres de l’équipe la regardaient ou non, avant d’enfiler le tee shirt.

April créa un semblant d’intimité pour son amie en détournant le regard. Son manque total de pudeur l’avait saisi il y avait un peu plus d’un an, la première fois qu’elles étaient allées à la piscine ensemble. Après un long moment passé à nager, à se tirer la bourre et à s’enseigner quelques techniques de baston dans la flotte, elles étaient retournées dans le vestiaire. L’Amazone s’était foutue à poil sans la moindre gêne devant les autres. Quelques nanas n’en avaient rien à cirer, d’autres s’en étaient trouvées génées. Ce qui avait attisé la curiosité de Lyanna.

April lui avait expliqué pourquoi certaines détournaient les yeux et se montraient mal à l’aise. Elle lui avait également rappelé, non sans sourire, que ce n’était pas quelque chose à faire en présence d’hommes. Sans quoi son Darren risquait fort de piquer une crise.

Donc, assise contre le tronc d’arbre, April tournait simplement la tête en observant un morceau de la forêt, une main plaquée contre sa blessure. Avoir retrouvé ses amis et sa famille lui avait fait prendre conscience de son extrême faiblesse. Elle fermait régulièrement les yeux, à deux doigts de s’endormir. Son corps n’arrivait pas à se décider sur le ressenti prioritaire : fatigue ou douleur ?

« MAAAHHHHHHHH... »

Surprise, April sursauta et brisa sa réserve en regardant en direction du cri. Son esprit avait déjà établi l’hypothèse de la menace. Darren s’était réveillé et, en percevant la nudité de Lyanna, il l’avait attaqué, cherchant à répondre à une envie de mâle en rut.
Elle n’était pas si loin de la vérité.

En fait, Darren s’était réveillé au pire moment. Gêné par l’absence de cette chaleur appelée “tendresse”, il l’avait cherché du regard. Ses yeux s’étaient arrêtés sur le mignon petit derrière de son amante pendant qu’elle enfilait le pantalon. Carton plein ! En un instant, il s’était redressé et avait saisi le bassin de sa compagne...pour faire un câlin à ce derrière agréable. Lyanna avait sursauté, ne s’étant pas du tout attendue à ce que Darren lui saute dessus de cette manière, les mains agrippant le haut du pantalon pour tenter de terminer de l’enfiler. Sur le coup, la jeune femme sentit ses vieux démons se réveiller. Mais alors qu’elle se crispait en sentant un mâle l’enlacer par derrière, même si c’était son mâle à elle, la guerrière remarqua quand même que Darren ne cherchait pas à l’agresser. Il ne faisait que la serrer contre lui, à genoux derrière elle, ses bras enlaçant la taille de sa compagne. Lyanna se détendit un peu, mais elle tenta de se défaire de cette étreinte pour terminer de s’habiller.

"Darren, lâche moi ! Je n’arrive pas à mettre mon pantalon !"

Les paroles de Lyanna étaient lancées en vain, le soldat ne la lâchait pas. Au contraire, il assurait davantage son étreinte. Si elle voulait lui faire lâcher prise, la guerrière devait se montrer un peu plus violente, quitte à blesser Darren. Mais Lyanna s’y refusait. Les yeux écarquillés, April examinait encore cette scène en se demandant comment c’était possible. Darren faisait un câlin passionné au cul de Lyanna, laquelle se débattait, ne pouvant plus enfiler le pantalon jusqu’en haut.
C’était trop, April éclata de rire. Les sursauts de son corps déclenchèrent une brutale vague de douleur. La militaire se pencha sur le côté en se plaignant, risquant de défaillir, mais elle tomba dans un profond fou rire. Elle en avait les larmes aux yeux.

« MAAAHHHHHHHH... » lâcha Darren, très enthousiaste, avant de coller un baiser gourmand sur l’une des fesses de Lyanna.

« Quelle tombeuse ! Trop sex ! » parvint à articuler April, pliée en deux, n’en pouvant plus de rigoler.
"Arrête de te moquer, et viens m’aider !!! Il ne me lâche pas !!!" lança Lyanna à la militaire, désespérée.

Alarmé, Max s’était approché, le neuf millimètre en main. A peine avait-il vu un morceau de chair de Lyanna qu’il s’était retourné en s’écriant :
« OH PUTAIN ! LYANNA CUL NU ! Sauve qui peut ! Chacun pour soi !!! »


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Lyanna

√ Arrivée le : 14/07/2018
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Mer 21 Avr - 11:49

Lyanna

La ruine d’Amarielle
Darren & Lyanna

Lyanna lança un regard noir à Max, pas du tout gênée à l’idée que le soldat ait pu voir ses fesses nues. Bien que ce dernier ait fait demi tour, la jeune femme ne put s’empêcher de lui crier :
"Tu aurais pu éviter de venir si c’était pour t’enfuir sans m’aider !!!"
« Et m’faire charcuter pour t’avoir vu à poil ? La vieille excuse. Bien essayé ! » avait fait la voix de Max qui s’éloignait.

Voyant bien que l’étreinte de Darren empêchait Lyanna de se défendre, April se redressa et tenta d’agripper son camarade. Il était clair que l’Amazone pouvait le repousser mais, vu la configuration, elle l’aurait forcément blessé. La militaire s’assura une bonne prise sur l’épaule de Darren à la deuxième tentative. Elle parvint, tant bien que mal, à l’arracher de ce calin “sensuel”. A cause de sa blessure, April ne s’était limitée qu’à l’essentiel en creusant un écart suffisant.
Darren se mit donc à tendre les bras, l’air profondément deçu, en regardant l’Amazone comme un gamin à qui on avait refusé un bonbon.

« Dépêche-toi de t’habiller. Il est excité le garçon. » lâcha April, amusée.

Lyanna parvint à enfiler entièrement son pantalon, et tira un peu sur le tee shirt pour le mettre correctement. La voilà entièrement habillée. Quelque chose attira son attention, et la guerrière ne put s’empêcher de sentir le vêtement. Elle ignorait que Max avait trimballé un saucisson dans le sac, avec la tenue, depuis le début de la mission.

"Ca sent bizarre" dit-elle en toute innocence.

April relâcha Darren. La peau désormais couverte de l’Amazone semblait endormir sa libido. Maintenant, le militaire se vengeait sur l’armure Kiranienne qu’il tenait à deux mains, l’observant comme s’il avait découvert le feu pour la première fois. April reprit sa place contre le tronc, son sourire contrit indiquant que sa blessure lancinait.

« Y’a peut-être un rapport avec toute la charcuterie locale que Max a trimballé depuis votre arrivée. » lui fit-elle comprendre en souriant.
Elle lorgna Lyanna, moqueuse.
« Je ne lui tournerai pas le dos à ce mec. Il ne se contentera pas de t’embrasser le cul, ce coup-là ! »

Lyanna fronça les sourcils, avant de soupirer. Voilà que maintenant, elle sentait comme de la nourriture. Si leur chemin croisait celui des cannibales, elles lui sauteraient sûrement dessus pour la faire cuire et la dévorer. Et à entendre April, Darren pourrait avoir aussi cette idée si la délicieuse odeur de charcuterie réveillait sa faim.

"Je suis maudite !"

Laissant Darren jouer avec sa tenue Kiranienne, la guerrière retourna s’asseoir à côté d’April.

"Je vais me battre en sentant la nourriture !"
« Bienvenue au D4, chérie. »

Durant un bon quart d’heure, April et Lyanna discutèrent de leurs mésaventures respectives. La militaire apprit les regrets de l’Amazone lorsque son équipe avait pourchassé une criminelle pour la vendre comme un droit de passage, ce qui faisait écho à ce que April avait vécu pour entrer au refuge.
Cette dernière lui raconta certains faits qu’elle n’avait pas consigné dans son journal. Des petites aventures, des scènes de vies, qui rappelaient en majorité la façon de vivre de Lyanna dans sa tribu.

« La Corsaire. » répéta-t-elle en secouant la tête.
Elle aimait bien le titre. Mais elle ne comprenait toujours pas.
« Sur Terre, ça a une autre définition. Ce sont des criminels qui prennent le contrôle d’un navire par la force pour piller les ressources... »

Emportée dans la suite de l’échange, tant il y avait à dire, April resta tout de même discrète sur ce qu’elle avait vécu durant sa captivité. Il était évident qu’Isha l’avait torturé. A peine Lyanna approchait-elle du sujet qu’April réprimait des tremblements qu’elle ne pouvait dissimuler. La militaire éluda et dissimula le sujet sous une couche de haine contre celle qui osait insister. Lyanna gardait le silence, ne cherchant pas à en savoir davantage. Son amie ne voulait visiblement pas parler de ce qui lui était arrivé. Alors, ce n’était pas à elle de chercher ces informations.

« April...c’est Atlantis. » coupa finalement Max en venant lui apporter une oreillette.
En réponse, April lui tendit la main de sorte qu’elle voulait de l’aide pour se redresser. Une angoisse l’avait brusquement saisi parce que c’est maintenant que se jouait l’avenir de la mission. Malgré sa fatigue, malgré tout ce qui avait pu l’ébranler, elle répondit à la radio comme si elle était fraîchement revenue d’une permission salvatrice. Restée assise, Lyanna soupira et regarda April s’éloigner. Bien qu’elle avait envie que la militaire reste sur cette planète pour continuer la mission, la jeune femme savait qu’elle était très mal en point. Il valait sans doute mieux pour April qu’elle retourne recevoir des soins sur Atlantis, même si c’était une dure à cuire.
Max l’observa, un peu inquiet, tandis qu’elle s’éloignait.
« Ca va aller, tu crois ? »

Lyanna garda le silence quelques secondes, toujours assise. Elle finit par secouer légèrement la tête.

"J’espère".

Max regarda autour de lui. Il était seul avec l’Amazone.
Généralement, il ne traînait pas dans le coin quand c’était ça. Surtout que Darren n’était pas là pour faire bouclier, trop occupé à enfiler un morceau de l’armure sur sa tête comme un idiot. Il était vraiment temps qu’il revienne, pensait-il, car ça peinait de le voir dans cet état.
« Hé, j’ai pas pu te raconter ! » lâcha-t-il en s’installant en face d’elle, en tailleur, comme s’il était devant un feu de camp. Pour le plus grand désespoir de Lyanna.
« On a réussi à parler par des gestes ! J’crois que la louve, ça l’amuse. Enfin elle est curieuse et elle prend ça comme un jeu. Je pense que...savoir que la tavernière lui a menti, ça l’a un peu rapproché de moi...heu... »
Il hésita en regardant autour de lui.
« En fait, j’ai essayé de lui faire un bisou sur la joue. Mais elle a eu une réaction vraiment bizarre. Elle a posé son flingue sur la table et elle l’a fait tourner. Quand il a atterri sur elle, et pas sur moi, elle s’est contentée de continuer le repas. »
Max comptait sur elle pour répondre à cette énigme. Il ne comprenait vraiment pas.
« Il se serait passé quoi si l’arme m’avait choisi ? »

Lyanna dévisagea Max avec un air de “t’es sérieux de me poser cette question ?”. A vrai dire, la jeune femme se fichait complètement de l’histoire d’amour de Max pour sa chère sauvage. Elle l’avait déjà aidé une fois, alors la guerrière était exaspérée à l’idée de parler à nouveau de ça avec ce mâle. Lyanna n’avait aucune idée de ce dont lui parlait le militaire. Cependant, connaissant l’Amazone, elle n’allait bien sûr pas lui donner une réponse qui le rassurerait. Bien au contraire, c’était beaucoup plus drôle de l’effrayer. Et Lyanna en jouait beaucoup.

"Tu as eu beaucoup de chance. Si l’arme t’avait visé, tu serais mort pour avoir essayé de l’embrasser".
« Ah. » fit-il, bien emmerdé. Il se doutait de la mauvaise foi de son interlocutrice, ce qui le contraria. « Mais alors...comment on montre à quelqu’un qu’on est intéressé dans ton pays ? Un sacrifice Vaudou, égorger une poule, offrir un collier de molaires ? »

Lyanna jeta un regard noir à Max, car ce dernier se moquait d’elle ouvertement. Cependant, il n’allait pas s’en tirer comme ça. L’Amazone n’avait pas fini de le provoquer gentiment. Elle fit mine de réfléchir.

"Je ne sais pas … il y aurait bien une solution à tenter, mais ..."

La guerrière se tut quelques secondes, avant de secouer la tête.

"Non, oublies. Il ne vaut mieux pas essayer".

Forcément, Max cherchait à en savoir davantage. Il avait tant envie de séduire son autochtone et il était si peu habitué à un trait d’humour chez l’Amazone, qu’il ouvrit grand les oreilles. Lyanna se retint de rire, et le regarda avec sérieux.

"Bon d’accord, je vais te le dire. Si tu veux l’approcher sans risquer de mourir, il faut que tu exécutes une petite danse de salut en tournant autour d’elle à reculons, entièrement nu, avec les mains jointes devant toi".

Lyanna qui se moquait de Max ? Mais non voyons, vous pensez bien. La guerrière avait malgré elle appris la taquinerie avec le D4, surtout avec Max. Et n’ayant pas le droit de le frapper, elle utilisait donc les mots pour leurs joutes verbales. Lyanna fit un effort pour garder son air sérieux. Rire maintenant ne serait pas gratifiant. Mais elle ne put s’empêcher de lancer une dernière boutade au militaire.

"Heureusement, avec le petit truc qui pend entre tes jambes, tu ne l’effraieras pas. Elle ne devrait pas te sauter dessus pour le couper".

Le sourire reconnaissant de Max s’effaçait progressivement à mesure qu’il comprenait. C’était une moquerie, Lyanna se vengeait et, comme d’habitude, n’avait aucune intention de lui faciliter la vie. Si la première taquinerie passait encore, il se vexa lorsqu’il entendit la deuxième. Darren ne lui avait pas appris que c’était très insultant de se moquer de la virilité d’un homme ?

« Tu peux parler, espèce de planche à pain. T’as le cul carré et du gras qui pendouille du bide ! » rétorqua brusquement le soldat.

Si Max avait voulu se montrer blessant à l’égard de Lyanna pour l’énerver, il n’y parvint pas. Simplement parce que la guerrière savait qu’il avait tort. Cette dernière eut un petit sourire moqueur, en secouant la tête.

"N’importe quoi !"

Max se releva avec l’intention de s’en aller, non sans empoigner son ventre comme pour symboliser les bourrelets dont il accusait l’Amazone d’être nantie, et s’éloigna de trois bons pas. C’est là qu’il sursauta lorsqu’il se retrouva confronté à Nyméria, laquelle le fixait avec un mélange d’étonnement et de haine. L’insulte que ce mâle avait lancé était si spontanée qu’elle se demandait encore s’il était sain d’esprit.

« Nan mais j’parle pas de vous, euh... » s’embrouilla-t-il. « Ca va. Y’a quelques rides mais ça tient la route, donc...euh... »

Il se rendait compte qu’il risquait de passer un mauvais quart d’heure. Jim s’était rapproché d’April, ils semblaient terminer leur rapport pour Atlantis. Il n’y avait donc personne pour le protéger en cas d’agression. Max utilisa donc une technique bien à lui en pointant la direction derrière Nyméria d’un air parfaitement sérieux. L’instructrice, bien que tentée de lui enfoncer son épée dans la gorge, tourna la tête à la recherche d’une menace.
Rien…
Le temps qu’elle demande des comptes au simplet, il s’était sauvé un peu plus loin, essayant d’échapper à l’attention en ramassant les conserves au sol. Il se disait que s’il se montrait trop occupé, on n’irait pas l’agresser.

« Tu as vraiment reconstruit ta vie avec…”ça” ? »

Lyanna soupira, désespérée par l’attitude de Max. Heureusement pour lui, le militaire s’était éloigné. Non seulement, la guerrière aurait pu lui en coller une même si elle n’avait pas le droit. Mais surtout, il venait de frôler la mort de la main de Nyméria.

"Hélas … oui. Je le reconnais, il y a des idiots sur Atlantis. Heureusement, ils ne sont pas nombreux".
« Je ne pourrais pas le supporter. » affirma l’instructrice tout en observant Darren avec la tenue d’Amazone sur la tête.
Nyméria le vit comme une insulte. Elle s’approcha à grand pas, lui arracha l’armure sans douceur, et lui fila un coup de botte lorsqu’il se plaignit. Si ça ne tenait qu’à elle, elle lui aurait cassé quelques dents au passage. Mais parce que sa Soeur y tenait, elle était bien obligée de retenir ses coups. A l’origine, cette armure lui appartenait, elle l’avait proposé à Lyanna depuis sa réserve personnelle.
L’instructrice adressa donc un petit regard réprobateur à l’Amazone, un peu vexée qu’elle ait eu si peu de soin pour ce que ça représentait à ses yeux, et observa son armure en espérant qu’elle ne soit pas abîmée.
« Aucune Soeur ne peut s’interdire la joie de découvrir la cité des Anciens. Mais si elle est peuplée de ces mâles répugnants...je ne pourrais pas. Je finirai par les tuer. »
Son regard se redressa sur la scène plus éloignée de Jim qui discutait à la radio aux côtés d’April.
« Ils sont faibles, vicieux et répugnants. Ils osent parler, comme s’il faisait face à une famille, sans conscience du danger. Les scélérats ! »

Lyanna fronça les sourcils, et se leva, avant de se diriger vers Nyméria. La voyant avec sa tenue Kiranienne dans les mains, la guerrière s’en saisit, et la plia avec une grande délicatesse.

"C’est pour ça que je t’ai proposé d’aller vivre sur le continent, où je compte bâtir cette école d’arts martiaux. Il n’y a pas de mâle, là bas".
« Je suis sceptique. Celui-là sera forcément dans le coin. » dit-elle en désignant Darren.
"C’est le seul qui aura le droit de venir".

La jeune femme emporta la tenue, et la glissa dans le sac à dos qu’April avait emmené jusqu’à l’arbre, malgré la présence de la charcuterie à l’intérieur qui embaumerait ses vêtements. Puis, elle se dirigea vers Darren. Le geste qu’avait eu Nyméria n’avait pas échappé à l’Amazone. Elle posa sa main sur l’épaule de son compagnon pour le rassurer de sa présence, avant de dévisager son instructrice.

"Tu sais que tu es tout pour moi, ma Soeur. Mais ne t’avises plus de porter la main sur lui" lui lança-t-elle avec sérieux, sans la quitter des yeux.

Le visage de Nyméria s’empourpra. Elle acceptait de le faire revenir à son état d’intelligence pour elle mais elle ne comptait pas s’abaisser au même état de dépravation. Elle était tout pour Lyanna ? Visiblement pas assez pour privilégier ce mâle.

« RASSEMBLEMENT ! » avait tonné Jim d’une voix forte. Il venait de fermer le canal avec Atlantis. Là-bas, la Porte s’était désactivée.
L’instructrice accepta très mal cet ordre, ne comprenant pas qu’il fasse partie d’un acte courant chez les militaires. Elle le toisa avec un certain dédain et, lorsqu’elle fut assurée qu’il regardait dans sa direction, elle cracha copieusement par terre. Le message était clair.
« Arrange-toi pour que ton “bétail sacré” ne m’approche pas. » siffla Nyméria pour clore le sujet Darren, excédée par tout ce qu’elle vivait depuis l’incendie. Ça commençait à faire beaucoup.

La Soeur s’éloigna dans le sens opposé, manifestement pour s’occuper de son cheval. Lyanna la regarda partir, elle ne tenta rien pour la faire revenir, et assister au briefing de Jim. L’Amazone finit par attraper la main de Darren pour qu’il la suive, et elle s’approcha des autres pour écouter le patriarche, non sans jeter un œil en arrière, vers Nyméria. Forcément, son instructrice croisa Max qui revenait de son petit ménage et se saisit du pommeau de son épée. Elle sortit la lame de son fourreau sur dix centimètres en faisant tinter le métal. Ce bruit poussa le soldat à marquer un écart, sursautant bêtement en baragouinant un « QueuEuoAAaa ? Heu, non, rien, déso ! »

En arrivant sur Lyanna, il lui adressa un regard l’air de dire : Elle est complètement fêlée, ta copine !”
« Allez, on se rassemble. » Pressa le sergent en tapant dans ses mains. « Il y a du nouveau ! »

Lyanna garda le silence, et croisa les bras. Elle se mordit la lèvre, craignant de ne pas apprécier ce que Jim allait dire.
« La hiérarchie nous demande de prélever un échantillon du fameux parasite et de rentrer sans délai, toutes affaires cessantes. Ils refusent une quelconque implication dans un conflit armé. Le mot d’ordre est sans appel : nous devons sauver les meubles et filer. »
« C’est qu’une bande de lâches, ils veulent qu’on se barre comme des chiens ! » grogna April, ayant beaucoup de mal à contenir sa colère.
Jim lui intima le calme en levant une main. Ceux à quoi Max répliqua aussitôt :
« J’comprends mais à un moment, faut être réaliste. On est venu te chercher, on va prendre de quoi soigner Darren, et puis on repart. On va pas passer notre vie à sauver la veuve et l’orpheline en se faisant traiter de tous les noms parce qu’on a un zob ! »
Max fourra les mains dans ses poches.
« C’est encore plus frustrant qu’elles sont mignonnes, en plus. »
Il récolta illico une claque derrière le crâne de la part d’April. Un petit ”Ouuuaille !” monta dans l’air, mélange de “ouille” et de “aie”. A sa tête, ça se voyait que le geste lui avait manqué.
Quant à Lyanna, elle était furieuse. Il était hors de question qu’elle abandonne ces femmes à la tyrannie d’Ishey. Peu importait son avenir sur Atlantis. C’était scandaleux de se servir de ces malheureuses pour soigner Darren, avant de les laisser à une mort certaine, ou pire. La guerrière ouvrit déjà la bouche pour répliquer, mais le patriarche l’en empêcha en poursuivant.
« Ils veulent en finir avec cette mission rapidement. » débuta Jim, voyant bien la vexation d’April et la rage de Lyanna. Il marqua une pause avant d’ajouter d’une voix plus grave : « Par chance, l’officier le plus proche se trouve à des années lumières. Alors quand on ira là-bas... »
Le visage d’April se redressa, chargé d’espoir. Elle n’en revenait pas que Jim ouvre la porte à la magouille. C’était pourtant bel et bien le cas. Lyanna fut dans le même cas que son amie, elle avait du mal à croire ce qu’elle entendait.
« Vous écrirez dans vos rapports avoir été pris dans la guerre entre les deux camps pendant que nous recherchions l’échantillon. Ne nous laissant pas d’autres choix que de nous battre avec les rebelles pour préserver nos vies. »
Si Max parut ennuyé, April lui sauta dans les bras au risque de se blesser. Elle paya d’ailleurs une note assez lourde en se pliant sous le coup de la douleur.
« Il faut vraiment que ça reste entre nous. » précisa le sergent.
« Ouais mais... »
Max sortit une main de ses poches pour désigner machinalement Nyméria.
« Et elle, on en fait quoi ? Lyanna, ça va encore. Elle est trop à fond sur Darren pour nous faire un coup fourré. Mais la vieille, elle est hyper dangereuse. J’vais pas être serein de tout le voyage. »
« On en a pas besoin, elle dégage ! » siffla April.
Mais voyant l’expression de Lyanna, elle se ravisa un peu et ajouta.
« On aura qu’à lui donner des vivres et l’adresse de Paradize. Lyanna viendra la chercher après. »
"Hors de question, elle vient avec nous !" lança Lyanna en soutenant le regard d’April.
Cette dernière soupira.
« J’ai confiance en toi cocotte, pas en elle ! »
« Et d’ailleurs, j’l’ai vu frapper Darren. » ajouta Max avec une horrible mesquinerie, sachant bien que l’argument aurait une certaine valeur. Cela lui vallut un regard noir de la part de l’Amazone.
« Réfléchis, Lyanna. Sur Paradize, ta copine ne sera pas en danger. Elle pourra reprendre des forces et tu pourras la rejoindre. Si elle nous suit, elle risque de se faire buter par les rebelles. Tu m’as dit toi-même qu’elle ne voudra pas jouer le jeu. »

Jim était plutôt d’accord sur le principe. Il avait déjà beaucoup de mal à composer avec l’Amazone. C’était quasiment impossible avec l’instructrice. Pour poursuivre la mission sur son pendant officieux, il lui fallait une équipe solide.
« Lyanna. » lâcha-t-il avec son air autoritaire. « Je vous demande d’y réfléchir d’un point de vue stratégique, objectif, moins amical. Est-ce que sa présence ne risque pas de nous porter préjudice ? »

Lyanna lança un petit rire moqueur, et elle commença à faire les cent pas, une chose qu’elle faisait parfois lorsqu’elle était énervée. Le D4 agissait comme d’habitude selon elle. Dès que quelqu’un leur posait des problèmes, ils l’écartaient, comme toujours. Au diable que Nyméria les ai aidé à quitter la forteresse sans affronter l’armée dans les couloirs, ou qu’elle ait guidé la monture d’April pour empêcher cette dernière de tomber. Non, il fallait qu’elle parte. La guerrière regarda les autres membres de l’équipe à tour de rôle.

"Alors, comment allez vous faire ? Vous allez l’emmener vous même jusqu’à la Porte des Étoiles, qui est à l’opposé de notre objectif, avec impossibilité de revenir ici ? Ou vous allez la laisser se débrouiller toute seule pour rejoindre la Porte, en sachant bien sûr que sur le chemin, elle va croiser un tas de personnes qui ne l’apprécient pas, comme tu me l’as si bien rappelé, April, et qui n’hésiteront pas à la tuer ?"
« La casse-couille... » se plaignit Max.

Le sergent lui fit un regard pour lui ordonner de se taire. Pendant un petit instant, il fixa l’Amazone et se dit que c’était la deuxième fois qu’elle lui riait au nez.
« Préparez vos affaires. » ordonna-t-il pour les deux autres.
April et Max s’éloignèrent sans broncher. Jim, lui, regarda l’Amazone avant d’ouvrir la bouche. Darren l’avait coursé pendant qu’elle faisait les cent pas. Maintenant que sa cible s’était arrêtée, il tentait de lui refaire les lacets sans savoir comment réaliser un nœud.
« Vous devez cesser de vous sentir agressée quand on vous pose une question épineuse. Est-ce que vous pensez que votre amie suivra notre équipe sans la freiner ? »

Lyanna regarda en silence Darren essayer de refaire son lacet. Elle ne prit pas la peine de répondre à Jim, comme si elle cherchait quoi lui dire. Elle se pencha, et refit son lacet pour stopper les gestes de son compagnon. Automatiquement, Clive retourna dans une attitude cotonneuse en attendant un ordre. Lyanna se redressa et soupira, avant de se tourner vers Jim. Pas simple de ne pas se sentir agressée quand on lui faisait clairement comprendre qu’on n’avait pas confiance en elle. Si elle s’écoutait, la guerrière lui répondrait d’aller se faire voir, comme le lui avait appris April après lui avoir expliqué un jour ce que voulait dire cette expression terrienne. Mais Lyanna se retint de justesse.

"J’en suis sûre. J’ai confiance en elle" lui dit-elle avant de se taire, se retenant de rétorquer qu’elle était d’ailleurs la seule.
« Alors elle vient. » décida Jim. « Je compte sur vous pour la tempérer. Je veillerai à ce qu’April marque une certaine distance entre vous. »
Il attendit de voir si elle avait quelque chose à ajouter. Lyanna réfléchit, mais elle finit par acquiescer d’un hochement de tête, en silence. N’ayant rien d’autre à ajouter, la jeune femme laissa Jim, et elle rejoignit Nyméria qui s’occupait de son cheval. Elle était parvenue à faire accepter sa présence pour la suite de la mission. Maintenant, le reste dépendrait de son instructrice.

"Nyméria, il faut que je te parle".
« Tu viens t’excuser de préférer un mâle à ta sœur ? Déjà ? » fit-elle, taquine, tandis qu’elle assurait la sangle de la selle.
"Pas vraiment ..."

Lyanna attendit de capter l’attention de sa Soeur, cherchant comment engager cette conversation. Elle connaissait son caractère, elle avait le même. Alors, elle savait que Nyméria n’allait pas être enchantée par cette histoire.

"Les autres voulaient que tu partes, mais j’ai réussi à les faire changer d’avis".
« Quelle surprise. Des mâles reconnaissants, c’est contre-nature. »
"Je t’avais dit que ces mâles sont différents de ceux que nous connaissons".

La guerrière s’arrêta quelques secondes, jetant un oeil au reste du D4 au loin, avant de reporter son attention sur Nyméria.

"Ils acceptent que tu nous accompagnes pour aller voir les Résistantes, alors qu’elles veulent sans doute ta mort. Mais pour ça, tu dois accepter deux conditions pour que la situation ne s’envenime pas".
L’instructrice ouvrit de grands yeux.
« Des conditions ? Ah oui ? »
Elle fit un signe de la tête, comme quoi elle trouvait qu’ils se donnaient bien des libertés de venir lui imposer leurs pensées.
« Et ils ont envoyé la meilleure me faire passer le message, en parfait lâches qu’ils sont ? Je regrette de te voir porter ce rôle. »
"Ecoute moi avant de râler !"

Lyanna n’hésita pas à affronter son instructrice, et elle poursuivit ses explications, lui parlant du plan proposé par April.

"D’abord, tu ne dois pas t’en prendre à eux. Ni à April, ni à Darren, ni aux deux autres mâles. Ils garderont leurs distances aussi pour éviter l’affrontement. Et ensuite ..."

L’Amazone cherchait ses mots, car la suite n’allait pas être du tout appréciée par Nyméria. Elle le savait parfaitement.

"April m’a dit que les Résistantes voulaient ta mort après tout ce qu’elles ont subi. Elles te tueront dès qu’elles te verront, sans même chercher à comprendre. A moins que … tu te fasses passer pour ma prisonnière. Tu seras sous ma protection, elles ne pourront pas s’en prendre à toi".
« Ta “prisonnière”... » répéta Nyméria après s’être tenue silencieuse un moment. Elle secoua négativement la tête, blasée. Elle avait envie de baisser les bras.
« T’écoutes-tu parler, ma Soeur ? Mais qu’est-ce qu’ils t’ont fait à l’esprit ?!? »

Sans attendre, elle passa un pied au destrier et enfourcha sa monture.
« Qu’ils s’étouffent avec leurs conditions. Allons-y ensemble, sans ces sales mâles et leur comportement à vomir. Comme autrefois, Lyanna... »
Elle insista du regard, sa voix devenant douce, chargée de nostalgie.
« Notre temps. »

Lyanna soupira en regardant Nyméria. Cette dernière était aussi têtue que le D4. Elle voulait essayer de trouver une solution pour éviter de perdre sa Soeur, mais également sa nouvelle famille. Cependant, son instructrice lui mettait des bâtons dans les roues pour l’obliger à choisir. Ce fut à son tour de secouer négativement la tête.

"Je ne peux pas, Nyméria. Si je fais ça, je dis au revoir à Atlantis. Et si tu vas là-bas, tu te feras tuer ! Je n’ai pas envie de te perdre, mais je ne veux pas non plus perdre ma nouvelle famille".
« Tu as déjà fait ton choix... » regretta Nyméria non sans lancer un regard haineux en direction de Darren. Elle était persuadée que si ce sale mâle ne lui avait pas ensorcelé l’esprit, Lyanna serait déjà en train de chevaucher à ses côtés. L’instructrice lui adressa un dernier sourire, ça semblait être un au revoir, parce qu’elle ne comptait pas rester là. Lyanna s’en rendit compte, et elle ouvrit la bouche pour l’empêcher de partir.
Mais au moment où Nyméria donna un coup de talon à sa monture, April sortit de derrière les arbres, le sac sur le dos, en sifflotant. Elle agitait machinalement son neuf millimètres en venant barrer la route de son ennemie, jusqu’à se planter devant le cheval. Son sifflement s’arrêta sur une conclusion vaseuse et elle fit mine d’être heureuse de la retrouver, comme si elle ne l’avait pas vu depuis des lustres.
« Tiens ! Mais ou est ce que tu vas comme ça ?!? »
« Dégage la route... »
« Pour aller prévenir ta bande de salopes de notre position, ce que tu as appris sur nous ? »
Son pouce tira le chien de son pistolet.
« Descend ! »
En réponse, Nyméria resta immobile, la défiant du regard.
« Je t’ai dis de descendre de ton cheval ! »

Lyanna semblait voir la scène au ralenti. D’abord, sa Soeur qui s’apprêtait à partir. Puis April se dressant devant elle pour la tuer. La guerrière se figea un instant, choquée par cette scène. Puis, elle s’élança pour se placer entre le cheval et la militaire, faisant face à cette dernière.

"April, non ! Range ton arme !"

La militaire soupira, l’arme toujours en main. Elle chercha à dévier sa visée pour menacer Nyméria, perchée sur son cheval, mais Lyanna s’exposait trop dangereusement. Cela l’irrita.
Et elle abdiqua.
« Tu fais chier, Lyanna ! C’est ton bagage, démerde-toi pour la garder dans le rang ! » lâcha-t-elle en rangeant son arme.
« Hé, tu fais quoi ? » lança Max qui passait tranquillement par là en emmenant deux chevaux dans son sillage. « J’t’ai dis que la culasse était flinguée depuis ma baston avec les cannibales, t’as pas écouté ? »
« MAAAX ! Elles savaient pas qu’il pouvait plus tirer, ton flingue. Maintenant c’est mort, l’autre débile va se sauver ! »
« Ah ? Désolé... » lâcha-t-il en distribuant les rênes des chevaux à son équipière et Lyanna.
April grimpa difficilement en croupe et elle s’avança. Max se plaça derrière elle. En prenant les rennes, il la maintenait contre lui et veillait à ce qu’elle ne tombe pas.
« Ca suffit, je m’en vais. »
« Non, vous venez avec nous. » lâcha Jim en approchant, lui aussi à cheval. « Voyez ça comme le travail d’esclaves mâles qui vous permettent d’accéder au camp. On y sera plus rapidement en groupe plutôt qu’en voyageur isolé. »
Nyméria fit la moue, ayant envie de vomir à une idée pareille. Mais elle savait que Jim avait raison sur un point : elle accéderait plus rapidement au camp en leur compagnie. La mort dans l’âme, elle accepta de rester à la seule condition d’être avec Lyanna.
Une condition...ou plutôt un ordre strict.
Lyanna soupira en apprenant que son instructrice acceptait de les suivre, même si c’était à contre-cœur. Après avoir aidé Darren à monter à cheval, la jeune femme fit de même, et prit les rênes.

Le D4 partit immédiatement en direction du col d’Orchemont.

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Darren Clive

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Mar 27 Avr - 22:50

Darren Clive

La ruine d’Amarielle
Darren & Lyanna


**DEUX JOURS AUPARAVANT ...**


Les Boches ne lui avaient laissé aucune chance.
Quand elles l’avaient tiré de sa prison dorée avec une haine déterminée dans le regard, Darren avait tout de suite eu une pensée pour sa compagne. Son angoisse ne s’était pas attardée un seul instant sur sa condition. Dans son esprit, il s’était fait l’hypothèse dramatique et évidente qu’elle avait échoué. Qu’à un certain moment dans cette soirée, elle avait été soit démasquée, soit désavouée par la fameuse Soeur qu’elle était partie retrouver.

La salle du Calvaire était suffisamment ouverte pour lui faire comprendre ce qui l’attendait. Le même traitement que les autres hommes qu’il avait désigné comme “perdus”, tout juste bon à abattre. Darren avait cherché à se défendre, bien sûr. Mais elles étaient trop nombreuses, trop fortes, et surtout très habituées. Il avait résisté comme un diable jusqu’à finir attaché sur la vierge de fer, complètement à poil. C’est là qu’il avait pris conscience que sa vie se terminait comme ça. Dans cette salle de torture sordide, loin de ses amis et de sa femme, tandis qu’on descendait un entonnoir dans sa gorge. Ca l’avait saisi d’épouvante. Il avait crié, gesticulant de tous les côtés, en forçant sur ses attaches. Le soldat s’était tendu, croyant que sa terreur lui offrirait une force surhumaine, puis la réalité l’avait rappelé au fond de cette table froide et glauque.

Il se souvenait sans mal de son corps parcouru de spasmes et de tremblements. De la voix d’Ishey qui lui demandait, alors qu’elle l’avait violemment saisi par la tignasse, si c’était “ça”, le fameux “champion” d’une Kiranienne. Ce bourreau s’était approché très près de son oreille pour lui murmurer des promesses. Il sentait son souffle chaud, démoniaque, lui lêcher l’oreille. Elle lui expliquait comment elle tuerait Lyanna, en se servant de lui. Ce qui l’avait fait davantage hurler de rage...inutilement.

Darren n’acceptait pas que son existence puisse se terminer de façon si sale, aussi horrible. Qu’après toutes ces aventures. Après toutes ces blessures, ces sacrifices, ces moments qui les avaient rapprochés. Que ce soit lui, le protecteur de cette femme dont il était amoureux, qui finirait par en devenir le boucher. Que la plus grande peur qui habitait Lyanna : sa hantise inavouée de finir comme Mélina, prostrée et impuissante sous un homme qui la violait ; se réalise sous les traits de son amant.
Clive aurait préféré mourir. Il aurait préféré pouvoir se libérer une main, se saisir d’une arme et se trancher la gorge, plutôt que de faire un telle chose. Et il ne pouvait rien faire…il était impuissant.
Le soldat aurait voulu rester digne jusqu’à la fin. Mais il en avait les larmes aux yeux.

Ishey avait fait un signe de tête, un grand sourire démoniaque ornant son visage.
Une Boche lui avait versé le sceau de parasite en réaction et il avait tout de suite hurlé. De panique au début. Puis de douleur. En sentant ces choses percer sa peau, se frayer un chemin dans son être et s’installer autour de ses organes. La sensation était parfaitement distincte, ces pattes griffues qui se plantaient dans des endroits sensibles pour se garantir d’y rester fixé. Contraint à subir cette fin horrible, le soldat s’était accroché à corps perdu sur ses meilleurs souvenirs. Sa rencontre avec l’Amazone. Le premier “je t’aime” sortit d’entre ses lèvres. Le sourire qui égayait son visage à chaque fois qu’elle le voyait. La première St-Valentin, alors qu’elle croupissait en prison. Il avait magouillé avec le geôlier pour déménager une table de restau dans sa cellule.
Et puis...tout s’était éteint.


**QUELQUES JOURS PLUS TARD ….**

Darren ouvrit des yeux chargé par une importante fatigue. Son esprit était en morceaux et il peinait à saisir son environnement. L’air chargé d’encens et de cette foutue herbe grillée lui donnait la nausée. La vieille carne n’arrêtait pas d’en passer sous son nez en psalmodiant des trucs bidons sur le Dieu de la Misère. C’était la onzième fois et il savait à quoi s’attendre. Quelque chose bougea à l’intérieur de son corps, gêné par l’effluve infiltrée dans ses poumons puis son système sanguin. Un craquement sinistre dans ses chairs le contraignit à y placer les mains.

« Non ! » croassa-t-il d’une voix paniquée qui ne lui ressemblait pas. « Pitié. J’en peux plus ! »

La vieille bique n'en avait rien à foutre. Les mouvements qui bombaient anormalement son torse l’encourageaient à prier d’une voix encore plus forte. Comme si les paroles Saintes d’un Vieux Temps étaient véritablement à l’origine de cette réaction. La supplique de Clive s’étrangla dans la douleur. Il sentit la bestiole se détacher puis glisser sous ses doigts pressés. Elle remonta jusqu’à sa gorge. Il n’y avait rien de plus horrible que de sentir un parasite se balader dans son être et de devoir le subir. Par une réaction hors de contrôle, il sentit sa gorge se rigidifier et il bascula sur le côté juste à temps. Darren vomit dans un terrible hoquet une répugnante substance orangée. Deux bestioles sortirent de sa bouche et s’agitèrent par terre, renversées sur le dos, avant de s’immobiliser. Une gamine s’attelait déjà à nettoyer ça tandis qu’il retombait sur le dos, inconscient.

Quinzième fois…
Il en sortait de moins en moins. Il souffrait de plus en plus.
Clive n’avait pas toutes les idées en place. Il n’était même pas en mesure de comprendre qu’on lui sauvait la vie. Tout ce dont il était sûr, c’est qu’il voulait que tout s’arrête. Qu’on lui tire une putain de balle dans la tête et qu’on le laisse enfin se reposer pour l’éternité. Même à travers le sommeil, il sentait son corps brûler là où le parasite s’était tenu avant. A croire que cette saloperie lui avait laissé un cadeau, un venin ou un agent réactif, qui lui faisait payer salement son départ.

La dix-septième fois, il avait hurlé.
« TUEZ-MOI ! TUEZ-MOI PUTAINNNN ! »
Dans son crâne ! Elle était dans son crâne !!! Attachée à son putain de cerveau ! Darren avait si mal que quatre personnes s’étaient jetées sur lui pour le tenir. Il remuait des pieds en répétant l’ordre, hurlant de douleur, sans même reconnaître ses amis du D4. Elle était sortie de son crâne...par le nez.

Tous ces traitements traumatisants n’en finissaient plus et la vieille bique restait insensible à la douleur du soldat. Le temps passait et il continuait de s’amoindrir. Clive tomba malade, pris de fièvre et de tremblements. Mais chaque heure, chaque jour, les parasites quittaient son corps. La vingt-deuxième fois, la vieille mena son rituel jusqu’à la fin sans que le corps du militaire ne réagisse. C’est là qu’il connut, pour la toute première fois, un sentiment d’apaisement et de fin. Darren en pleura avant de retomber dans l’inconscience aussitôt.

Quand il ouvrit les yeux, sa première réaction fut de se crisper à la recherche de cette odeur tant redoutée. Mais cette fois, non, elle n’y était pas. L’intérieur de la tente avait changé. Clive se trouvait dans un lit sommaire fait à base de branches enchevêtrées. Quelqu’un avait fourré un sac à dos militaire avec de la paille pour lui faire un oreiller de fortune. Quant à la couverture, c’était un assemblage de vestes d’Atlantis. L’endroit était relativement à l’abri du vent et du temps. Sans même connaître le secteur, il sentait qu’on lui avait fait une fleur en l’installant là. Ce n’est pas tout le monde qui avait la chance de dormir sous un toit sur cette planète.
L’air d’un après-midi ensoleillé passait au travers de l’entrée, là où on avait laissé la toile ouverte pour aérer. Darren fronça les sourcils, la respiration s’accélérant. Il voyait passer des femmes de différents habits, munies d’armes de fortune. Des fourches, des pics en bois, quelques archères. Mais beaucoup d’armes de poing hétéroclites. Des massues, des marteaux de forgerons, des pics, des pioches et des tridents de pêche.

« AAaahhAaah...elqu’un... » bredouilla Darren avant de tousser.
Il avait la gorge en feu. Son regard tomba sur un petit mobilier juste à côté de lui. Il reconnut son portefeuille, bien posé en évidence. Il coinçait la photographie de l’Amazone, celle qu’il avait toujours dans la poche intérieure de sa veste.

Lyanna !

Cette pensée l’obsédait désormais. Encore déboussolé, il étirait mollement son bras vers la photo sans parvenir à s’en emparer. Il semblait persuadé que pouvoir la prendre ramènerait sa belle auprès de lui. S’il ne se souvenait plus de rien après avoir été affecté par le parasite, il se rappelait parfaitement de la menace d’Ishey. La terreur assaillait son regard tourné vers cette photo qu’il ne parvenait pas à prendre.
Il espérait de tout son coeur, de tout son être, il suppliait de toutes ses fibres...de ne pas avoir commis l’irréparable.



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Lyanna

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Ven 30 Avr - 2:15

Lyanna

La ruine d’Amarielle
Darren & Lyanna

De son côté, Lyanna était à l’extérieur de la tente, avec Nyméria. L'après-midi était déjà bien avancé, et elle patientait, elle guettait le réveil de son compagnon. Ces dernières heures avaient été très éprouvantes pour la jeune femme qui avait vu Darren souffrir terriblement à cause de ces bestioles. Mais la chamane lui avait expliqué que c’était terminé, qu’il était débarrassé de ces saloperies, et qu’il avait besoin de repos. Une attente bien angoissante car le soldat dormait depuis un moment déjà. Et c’était insoutenable pour la guerrière qui avait fini par quitter son chevet, ayant besoin d’air. La voilà avec son instructrice comme pour chercher du réconfort. Ou pour tout simplement oublier. Nyméria ressentait toute cette angoisse chez son élève sans parvenir à le comprendre.
« On te croirait inondée du sang d’une Soeur mourante. » lui avait-elle dit sur un semblant de reproche. Mais en voyant que Lyanna n’allait pas bien, et qu’elle ne se défendait même pas, cela la rendit sensible à son état. Plus qu’à celui de Darren en tout cas. Alors, elle accepta de faire une brève concession.
« Tu le récupéreras très vite. » lui promit-elle, comme si la certitude d’une instructrice valait garantie. Une main demeurant sur la garde de son épée, elle donna un coup de menton vers la tente.
« Tu as choisi ce mâle de ton plein gré, sans ensorcellement d’aucune sorte, alors il ne peut pas être commun. Tu as forcément choisi un mâle solide et résistant. Il te reviendra, cesse tes tourments. »

Lyanna regarda Nyméria, cherchant une lueur de moquerie dans son regard après ce qu’elle venait de dire. Mais non, son instructrice avait l’air sincère, bien que n’en revenant visiblement pas de ses paroles. La guerrière acquiesça d’un hochement de tête, c’était difficile de cesser de s’en faire pour Darren. Elle soupira, à bout de forces depuis le début de cette histoire. Après leur arrivée dans ce campement Rebelle, Lyanna dormait et mangeait peu, trop préoccupée par son compagnon.

"Je n’ai pas envie de le perdre !" dit-elle dans un murmure.

Pendant ce temps, une jeune adolescente passa devant la tente, portant un panier qui contenait des habits. Son regard fut alors attiré à l’intérieur, avant qu’elle ne se fige, apeurée. Le mâle allongé sur la paillasse était en train de bouger, ses yeux étaient ouverts. L’adolescente laissa tomber son panier, et courut vers Lyanna et Nyméria. Les instructions étaient claires : si le mâle se réveillait, il fallait avertir l’Amazone.

"Il a ouvert les yeux !"

Sans attendre, Lyanna laissa Nyméria et se dirigea à grands pas vers la tente. Elle ne prit même pas la peine de répondre à son instructrice qui était bien sûr contrariée par son envie pressante de retrouver Darren. Cette dernière leva les yeux au ciel, se demandant si la folle dépendance de sa Soeur envers ce mâle représentait sa divine punition. La rédemption pour ses crimes. Elle crevait d’envie de lui dire tout ce qui lui passait par la tête pour la faire changer d’avis. Elle essayait subtilement chaque jour, avec finesse, pour lui faire ouvrir les yeux. Lyanna entra sous la tente sans un regard en arrière, avant de s’arrêter en regardant Darren qui tentait désespérément de prendre la photo qui se trouvait avec son portefeuille. En le voyant, le coeur de la jeune femme fit un bond dans sa poitrine. Un petit sourire commença à apparaître sur son visage. Mais elle ressentit également de la crainte vu ce qui venait de se passer avec la chamane. Elle n’osait croire au retour de son compagnon.

"Darren ..."

Lyanna resta debout devant l’entrée de la tente, n’osant pas approcher comme si elle avait peur que tout ceci ne soit qu’un rêve. Le militaire se figea, lui aussi pensait avoir rêvé cette voix, cette forme qui se dessinait à l’entrée. Le bras encore tendu, Darren tira sur ses abdos par réaction soudaine mais ne parvint pas à se lever. Il posa donc un coude en béquille tout en l’observant, essayant de déterminer s’il lui avait fait du mal, comme le lui avait promis Ishey. Ce n’était pas si simple à déduire.

La femme pleine d’énergie et de colère, toujours chargée à bloc, n’avait plus du tout la même allure maintenant. Elle semblait émaciée et mal nourrie, en manque de sommeil. A croire qu’elle avait fait un tour dans le passé, sur Héstevic, lorsqu’il l’avait sorti de sous ces décombres d’un éboulement de toit. Darren déduisait qu’elle avait sauté les repas, comme si sa maladie du matin était revenue. Ou qu’elle s’y était complètement désintéressée. Elle avait des cernes. L’Amazone n’avait dû s’autoriser que quelques poignées d’heures de sommeil par-ci par-là.
Mais pourtant, en la regardant bien, elle n’avait pas l’air effrayée. Elle ne semblait pas lui en vouloir. L’Amazone avait l’air...soulagée. Comme si elle avait longuement attendu ce moment et que c’est la disparition de toute cette pression qui révélait son épuisement.

Des milliers de pensées se bousculaient dans sa tête. Plusieurs phrases voulaient sortir de sa bouche en même temps. A commencer par le fameux “je t’aime”. Mais de toutes les choses à dire, il y en avait bien une qui prenait toute son importance dans sa tête.

« Est-ce que... »
Il se racla la gorge. Diable, ce que ça brûlait. Il avait perdu son timbre habituel.
« Est-ce que je t’ai blessé ? » lui demanda-t-il, l’angoisse voilant son regard.

Lyanna secoua la tête, elle garda son sourire malgré les circonstances. Elle garda le silence quelques secondes, avant de répondre à Darren qui semblait être terrifié par ce qu’elle allait lui révéler.

"Non … tu ne m’as rien fait ..."

La jeune femme aurait pu lui expliquer qu’il avait tenté de la violer, poussé par ces créatures, mais elle n’en fit rien. Ce n’était pas le moment, elle lui raconterait plus tard. Sans attendre, Lyanna s’approcha de Darren, et vint s’asseoir à ses côtés, le prenant dans ses bras pour le serrer contre elle. Son contact lui fit énormément de bien, et elle se retint de pleurer alors qu’elle en avait très envie.

"Tu m’as tant manqué, Darren ! Je suis heureuse de te retrouver, si tu savais !"

Le soldat avait senti ce soubresaut dans son corps, cette façon qu’elle avait de ravaler une larme parce qu’elle s’y refusait. Là, se disait-il, il avait vraiment dû revenir de loin. Il profita de l’étreinte de Lyanna pour la cerner de ses bras et se tenir contre elle. Darren posa sa joue contre la sienne et lui murmura en réponse :
« Je suis désolé de t’avoir fait peur. Je suis là. Ton mâle exaspérant et fourbe, en un morceau. »
Il s’écarta un peu et observa son visage. Il posa une main bien à plat sur sa joue, dessinant la virgule de ses lèvres avec son pouce.
« Chérie...tu tires une de ces têtes. »
Lyanna posa sa main sur celle de Darren, et le regarda dans les yeux. Elle fut amusée par sa remarque, cela lui fit du bien.

"Désolée, ces derniers temps ont été très éprouvants. Je n’ai pas beaucoup mangé, et j’ai peu dormi. Tu me manquais trop, et je n’aimais pas te voir dans cet état".
« Cet état... »
Il savait que ce sujet arriverait fatalement. Il valait mieux en parler maintenant que de traîner ça trop longtemps. Faire l’autruche n’avait jamais été un bon remède. Dans son esprit, l’image de ces hommes réduits à l’état de bête, tenus par une laisse enroulée autour des attributs, le harcelait. Avait-il vraiment été comme ça ?
« Je me suis comporté...comme eux ? » demanda-t-il avec un mélange d’émotions paradoxales.
D’un côté, il aurait aimé qu’elle lui mente et lui dise qu’il n’était pas tombé aussi bas. Et de l’autre, il comptait sur son honnêteté pour combler ce vide atroce dans ses souvenirs.

Lyanna détourna les yeux en se mordant la lèvre. Elle réfléchit à ce qu’elle allait dévoiler à Darren. Devait-elle lui dire la vérité ? Ou lui mentir ? Aucune de ces deux suppositions ne lui convenait, mais elle n’avait pas vraiment le choix. Elle ne pouvait pas laisser son compagnon dans l’ignorance. La jeune femme respira profondément, et affronta Darren du regard, cherchant ses mots.

"Et bien … disons que ..."

Lyanna hésita, mais elle décida de ne rien lui cacher.

"Cette garce d’Ishey t’a infecté avec des parasites, comme les autres mâles. Je t’ai retrouvé, tu étais nu, et tu avais cette laisse. Tu ne me reconnaissais pas. Tu as lutté, mais ça n’a pas suffit. Tu m’as sauté dessus pour essayer de me ..."

La guerrière se tut, ne parvenant pas à terminer sa phrase. Ses paroles allaient sans doute blesser Darren, alors elle caressa doucement la joue du militaire pour essayer de le rassurer.

"Mais tu ne l’as pas fait. Je t’ai supplié, et tu t’es arrêté, comme si tu me reconnaissais. Tu t’es battu à mes côtés, d’où ta blessure à l’épaule. Tu ne m’as jamais fait de mal".

Ces explications devaient être traumatisantes pour Darren, et la jeune femme essayait de lui démontrer qu’elle était là, avec lui.

"C’était comme si ma présence te rassurait et te tranquillisait. Tu n’étais pas comme ces mâles. Tu étais absent, et je n’aimais pas te voir comme ça, aussi … simplet. Mais tu n’étais pas comme eux".

Lyanna soupira, puis elle revint se blottir dans les bras de Darren.

"Je tuerais Ishey, je te le jure !"

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Darren Clive

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Mar 4 Mai - 2:14

Darren Clive

La ruine d’Amarielle
Darren & Lyanna

Darren se retrouva rapidement confronté à des sentiments paradoxaux. Il eut beaucoup de gratitude à l’adresse de sa compagne qui acceptait de lui dire la vérité. Mais la vérité, c’est justement ce qui fait le plus mal. Il sentit ses tripes se tordre brutalement lorsqu’il comprit l’avoir agressé. Et même si Lyanna s’empressait de lui dire combien il avait résisté et qu’elle n’avait pas été touchée, il n’empêche qu’il avait fait le geste. Il avait porté le coup, l’intention de malveillance. Être privé de ses moyens n’était pas une excuse selon lui.

Darren acquiesçait mollement, le visage contrit de tristesse. Il avait du mal à la regarder tandis qu’elle poursuivait son explication. L’Amazone cachait ses traumatismes profondément derrière un masque de guerrière indestructible et puissante. Le passé l’avait tout de même profondément marqué et Darren estimait qu’elle n’oublierait pas ce qu’il avait fait. Malgré les circonstances atténuantes, la situation légitime qui le dédouanait, la guerrière n’oublierait pas de quoi il était capable, privé de ses moyens. Cette perte de confiance lui faisait bien plus mal que ces saletés sorties de son corps. Il se rappelait avoir demandé cette balle qu’on lui avait refusée.

Un peu par réflexe, le militaire porta sa main à l’épaule. La douleur n’y était pas, endormie sous l’effet de certaines plantes anesthésiantes qu’on lui avait collé sur la plaie. Ca ne faisait que tirer, tout au plus.

Les mots étaient là, tournant dans sa tête, le harcelant. Il était comme les autres mâles mais différent. Un simplet réduit à l’état de bête, conditionné à des réactions primaires. Malgré des efforts silencieux, Darren ne parvint pas à l’encaisser. Il ressentit une profonde haine, une terrible rancœur. Et quand sa compagne vint se loger dans ses bras, lui promettant de lui apporter la tête d’Ishey, le militaire réalisa qu’il se fichait complètement d’elle.

Il s’en voulait surtout à lui. Il se détestait pour s’être fait prendre au piège.
Depuis toujours, il affectionnait l’idée d’avoir su apprivoiser la belle guerrière. Lui avoir fait prendre goût à la vie, aux manières Atlantes. Tout cela s’était accompagné d’assurance et de force. Darren était resté sourd à ses menaces d’agression et de mort. Aux premiers pas de leur histoire, il s’était bâti une image d’homme solide et sûr de lui.

Cette image avait été brisée et réduite en miettes. Maintenant, Lyanna l’avait observé dans un état de faiblesse particulièrement humiliant. La mort du charisme par injection létale. L’étreinte qu’elle lui offrait, qui avait pour but manifeste de le soutenir, lui brûlait la peau. Il ne ressentait pas la sollicitude de sa femme mais de la pitié, ce qui le dégouta davantage contre lui-même.

« Non non non non... » lâcha-t-il avec une montée de frayeur. « C’est...c’est pas possible. Tu ne m’as pas vue comme...comme ça ! »

Par simple élan de virilité, Clive chercha à se lever. Il avait déjà écarté Lyanna d’un geste simple, repoussé le “drap” de vestes militaires. Pas question de rester comme ça, prostré dans ce lit, dans cette position de faible. C’était lui, l’homme, bon sang !
Sa jambe le porta l’espace d’une seconde et il s’écroula lamentablement sur le sol.
« Putain ! » cracha-t-il, plus par tristesse que par colère. « Je peux pas ! Je peux pas avoir été comme eux ! A poil...avec cette chose autour de mes... »
Clive s’appuya sur le lit mais il ne parvenait qu’à s’y adosser.
C’était clair, il resterait dans un état de faiblesse un petit moment. Si dur a accepter, si dur de chasser cette image de ces hommes. Ce qu’ils faisaient sur la place publique. Le militaire se couvrit le visage d’une main pour qu’elle ne le voit pas. Qu’elle ne comprenne pas les efforts qu’il faisait pour s’empêcher de pleurer. Il ne voyait pas encore tout le chemin qu’elle avait fait pour le ramener.


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Lyanna

√ Arrivée le : 14/07/2018
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Mar 4 Mai - 2:33

Lyanna

La ruine d’Amarielle
Darren & Lyanna

Lyanna s’était doutée que ses paroles allaient choquer Darren, que tout lui dire n’allait pas lui faire du bien, au contraire. Mais elle ne s’était pas attendue à ce que le soldat la repousse, et tente de partir en la laissant assise sur le lit. Comme s’il la fuyait elle. Ce constat blessa la guerrière qui regarda son compagnon se lever, impuissante. Et lorsque le soldat s’écroula sur le sol, la jeune femme alla aussitôt à son secours. Mais elle fut encore une fois repoussée.

Lyanna se mordit la lèvre, ne sachant pas quoi faire. Voir Darren dans cet état était tout aussi déchirant que lorsqu’il était contaminé par les créatures. Pendant quelques instants, elle resta immobile. Puis, elle finit par se mettre à genoux devant le soldat, voyant à quel point cette situation lui faisait du mal.

"Mais tu n’étais pas comme eux … tu n’as pas fait les mêmes choses qu’eux ..."

La guerrière ignorait comment calmer les craintes de Darren. Et bien que son agression était ancrée dans sa mémoire, elle ne pouvait pas oublier son amour pour lui.

"Crois moi, eux sont des animaux. Des bêtes. Mais pas toi !"

La main qui servait d’écran s’écarta, venant se reposer au sol. Darren avait le regard chargé, humide. Un simple tressaillement suffirait à faire rouler quelques larmes et il s’employait à l’en empêcher de toutes ses forces.
« Ouais. J’ai juste été un connard à poil guidé par ses bas instincts. » maugréa-t-il. « Tu as oublié de me préciser le nombre de fois que j’ai essayé de te monter comme du bétail... »
Il secoua la tête, pris de regrets.
"Je te l’ai dit, tu as essayé une seule fois, avant que tu me reconnaisses. Tu n’as plus eu ce comportement par la suite".

Lyanna soupira, car elle ressentait de la culpabilité.

"C’est ma faute si on en est arrivé là. Je n’aurais pas dû te laisser là bas ! J’aurais dû dire à Nyméria que tu restais avec moi ! Je n’aurais jamais dû laisser Ishey t’approcher ! Tout est de ma faute !" lui lança la guerrière, ses yeux brillants de larmes.
« Laisse-moi... » lâcha finalement Darren après quelques secondes.
Il la regarda et remarqua son état. La raison voudrait qu’il la prenne dans ses bras et qu’il la rassure. Qu’il lui dise que ce n’était pas de sa faute, ce qu’il pensait vraiment. Le problème, c’est qu’il se sentait mal tant qu’elle restait là à le regarder.
« J’ai...j’ai besoin d’un peu de temps. »

Lyanna ouvrit la bouche pour rétorquer quelque chose. Bien sûr que non, elle ne voulait pas le laisser tout seul. Mais l’attitude du soldat ne lui laissa pas vraiment le choix, et cela fit beaucoup de mal à la jeune femme. Celle-ci secoua la tête, et finit par se lever et quitter la tente, fondant en larmes. Enfin, s’enfuir était un meilleur terme. Elle s’éloigna et alla s’isoler dans un coin pour pleurer d’avoir été rejetée par son compagnon. Nyméria l’avait vu partir avec un regard surpris. Elle se retrouva devant une opportunité unique de supprimer cet impudent pour le mal qu’il venait de lui causer sous ses yeux. Elle poussa le battant de la tente pour discerner la silhouette avachie du militaire, l’arme presque sortie du fourreau, puis elle réprima un renvoi de bile. Le tuer reviendrait à perdre sa sœur. Ce type se débrouillait très bien pour la renvoyer vers son instructrice et un chemin plus pur. Pourtant, elle ressentait beaucoup de peine, de compassion, à avoir vu l’état de son élève.
Elle n’en détestait Darren que davantage.

« Que la honte t’étouffe, mâle. » lâcha-t-elle avant de refermer le morceau de la tente.

Nyméria bouillait intérieurement. Son amie n’était plus en vue mais elle savait très bien ce qu’elle faisait. Il y avait eu des antécédents dans son enfance. Lyanna fuyait de la sorte pour que personne ne la voit pleurer. A cause d’injustice le plus souvent. La retrouver ne serait pas bien difficile mais que dirait-elle ? Comment réconforter quelqu’un qui se complait auprès des mâles ?

L’idée lui aurait été impensable quelques instants plus tôt. Mais pour le bien de Lyanna, et seulement pour ça, elle préféra aller à la rencontre d’April. C’est comme ça que le D4 apprit le retour de Darren et que quelque chose clochait. Tandis que Jim s’occupait de son ami, April et Max recherchaient l’Amazone.

Cette dernière était adossée contre un tronc d’arbre, à l’abri des regards. Les résistantes avaient fait de ce coin la zone à charbon. Plusieurs souches permettant la coupe et le brûlage du bois offrait un paysage lunaire à côté d’un bosquet bien entamé. Les travailleuses étaient parties distribuer le charbon en divers endroits du camp, ce qui laissait à l’Amazone une bonne occasion de disparaître. Pour l’occasion, April détourna la communication par gestuelle des militaires afin d’avertir son équipier. Ils approchèrent sournoisement par l’arrière, ayant préparé à la volée un plan pour que la guerrière ne se sauve pas. Quand Lyanna entendit une brindille craquer, c’était trop tard. Quelques pas rapides remplacèrent immédiatement cette indiscrétion et April se laissa tomber lourdement contre elle. Elle n’était pas bien guérie, ce qui la rendait un peu gauche dans ses déplacements. Heureusement, elle bénéficiait du même calmant naturel que Darren. April n’avait donc pas mal lorsqu’elle entoura Lyanna d’un bras pour la ramener contre elle.

« Allez, viens-là, ma chérie. » murmura doucement la militaire en la serrant contre elle. « C’est rien. »

Si la présence d’April ne dérangeait pas Lyanna, ce ne fut pas le cas avec Max. En le voyant, la guerrière ne put s’empêcher de se crisper, en séchant rapidement ses larmes, comme pour éviter qu’un mâle ne voit sa souffrance. Max se plaça en face pour lui couper toute possibilité de fuite. Il s’agenouilla tranquillement et ne lâcha pas un seul mot. C’est ce qu’April lui avait demandé, histoire que la guerrière ne se focalise pas sur la présence d’un homme. Au lieu de ça, il sortit sa gourde qu’il déboucha. Max le renifla d’un geste vif, s’assurant que l’eau était bonne, et il lui offrit le contenant pour qu’elle puisse se soulager la gorge. Lyanna n’avait envie de rien, alors elle secoua la tête. Elle avait beau être épuisée et un peu sous alimentée depuis qu’elle veillait sur Darren pendant sa convalescence, ce qui venait de se passer lui avait coupé toute envie d’aller mieux. Un peu déçu, le concerné rangea sa gourde sans dire un mot.

« Tu pensais qu’il te reviendrait d’emblée fringuant, avec la queue qui frétille, et un sourire de charmeur ? » demanda April en déguisant sa question sous un ton plein d’humour. Elle laissait sous-entendre qu’il fallait s’y attendre et qu’il n’y avait rien de si grave que ça. La militaire voulait minimiser la façon sinistre dont Lyanna voyait la situation. Y ajouter de la couleur.

"Non, bien sûr que non … mais ..."

Lyanna ne voulait pas à nouveau se laisser aller à sa tristesse face à Max. Alors, elle ramena ses genoux à elle, dissimulant son visage pour qu’il ne la voit pas.

"Je ne pensais pas qu’il me rejetterait !"
« Oula, te rejeter, comme tu y vas... »
"Mais c’est vrai … il m’a dit de le laisser ! Il a voulu que je parte !" lança Lyanna qui ne comprenait pas que le comportement de Darren n’était pas vraiment ce qu’elle s’imaginait, elle qui n’était pas habituée à ce genre d’attitude venant de lui.
La militaire lui massa les épaules dans le but de la soulager de sa tristesse.
« Tu viens de vivre pour la première fois le fossé qui sépare l’homme de la femme. C’est pas trop tôt. Depuis le temps que vous vous tripotez... »
Elle pencha la tête pour essayer de capter son regard. Mais puisqu’elle l’enfouissait pour cacher sa peine, elle s’y prit différemment.
« Allez, je te sens pas bien alors je vais t’offrir un nouveau cours. Le proverbe ! Max, d’où vient Darren ? »
« De Mars !! » répondit-il sans hésiter, ayant compris l’allusion.
« Et Lyanna ? »
« De Vénus ! »

April était sûre de capter son intérêt. La curiosité mélangée au sujet qui lui tenait à cœur, le couple Lyanna/Darren, ne pouvait que lui faire quitter sa morosité. Et cela fonctionna, la militaire le savait bien. Lentement, Lyanna tourna la tête dans sa direction, intriguée car elle ignorait ce que voulait dire “Mars” et “Vénus”
« Deux planètes de notre système, près de notre foyer natal. Elles orbitent autour du même soleil. Dans les croyances, Mars était le Dieu de la guerre. Vénus, déesse de l’Amour. En grandissant, nous le voyons de façon moins religieuse et plus imagée. »
« Ouais. Mars pour les hommes, la force, la virilité, la guerre. Vénus pour l’élégance, la beauté, l’amour, la sensibilité. »
« Ajoute la supériorité dans le lot. »
Max ouvrit la bouche pour rétorquer. Son équipière lui fit les gros yeux avant de désigner Lyanna d’un coup de menton. Noté, il fallait la caresser dans le sens du poil. Heureusement, la guerrière n’avait pas remarqué ce petit geste.

« Vénus, supérieure, oui. » admit-il difficilement.
« Donc. » reprit April avec enthousiasme. Elle lui sourit. « Tu penses bien que c’est une image, ce n’est pas la vérité. On est tous de la Terre. Mais c’est une façon bien dessinée pour te montrer qu’un homme ne réfléchit pas comme une femme. Et inversement. C’est un proverbe. »
« Darren, il te rejette pas ! » amorça Max. « Il se réveille et il apprend qu’il jouait le bestiau. Moi j’aurai ma louve qui m’accueille dans cet état, je me sentirai hyper mal. »
April se pencha à son oreille.
« Écoute-le. Pour une fois, c’est bien d’avoir la réponse de la bouche d’un homme, vu que c’est une affaire d’homme. » lui conseilla-t-elle dans un murmure.
Difficilement, Lyanna consentit à dévier son regard pour le poser sur Max, et l’écouter.
« Fini l’image du mec badass. La virilité aux chiottes ! C’est dur à encaisser. Et quand ça arrive, ben c’est mieux quand on te regarde pas. C’est pas une question de se faire rejeter ou pas. »
Max la regarda et acquiesça longuement.
« J’me ferais humilier comme ça. Je préfère rester seul dans mon coin le temps de me refaire. Et puis ensuite, je reviens plus fort. »
« Ça reflète assez bien la mentalité de notre pote. »
April tourna son regard vers l’Amazone.
« Tu préfères quelle hypothèse ? Le mec qui a déserté son unité par amour pour toi qui te jette comme un déchet ? Ou bien le mec qui veut être tout seul pour lécher ses plaies suintantes, l’animal ! »

Lyanna réfléchit quelques instants en baissant les yeux. Elle tentait de comprendre les paroles d’April et de Max, et les analysait. Puis, elle tourna la tête pour regarder la militaire.

"La deuxième ..."
« La deuxième. » confirma April avec plus d’entrain et de certitude.

La guerrière se mordit la lèvre, avant de poursuivre.

"Ca veut dire qu’il voudra que je revienne vers lui ?"

Les deux équipiers du D4 éclatèrent de rire simultanément. On n’y trouvait aucune moquerie dans la réaction. L’innocence sincère de l’Amazone les amusaient.
« Ma chérie. » glissa la militaire en la secouant légèrement dans ses bras. « Ce mec est raide dingue de toi. Bien sûr qu’il veut te revoir. »
« Tout ce qu’il lui faut, c’est un peu de temps. Tu devrais attendre qu’il revienne vers toi, plutôt... »
April claqua des doigts, l’air de souligner ce fait comme un avantage.
« Non seulement tu sauras que sa crise de virilité est passée. Et si tu as l’humeur un peu taquine, tu pourras te permettre de lui faire la gueule. Le faire cavaler un peu... »
« Ouaip, carrément. Il voudra se rattraper. Il se pliera en quatre pour se faire pardonner. » chuchota Max. Il regarda légèrement par-dessus son épaule puis se pencha vers Lyanna pour ajouter, sur le ton de la confidence :
« Lui dit pas que j’conspire contre lui... »
Lyanna regarda le militaire, et fronça les sourcils, ne comprenant pas sa demande.
"Pourquoi est-ce que je ne dois pas lui dire que tu conspires contre Darren, alors que tu es en train de conspirer contre lui ?"
« Parce que les mecs se soutiennent entre eux et qu’il vient de te livrer un moyen de pression sur son pote. C’est moche ! »

Max lui répondit par une grimace d’enfant. Malgré la relation généralement conflictuelle qu’il avait avec l’Amazone, toujours vexé qu’elle ne l’aide pas à conquérir la louve, le soldat était toujours en quête d’un terrain d’entente. Il n’espérait pas se faire aimer un jour d’une guerrière aussi impulsive et acariâtre. Mais s’il pouvait gagner un morceau de sa confiance et établir un terrain d’entente, ça lui plairait. Il œuvrait pour ça.

La guerrière soupira discrètement, et réfléchit à la proposition des deux Atlantes. Effectivement, faire croire à Darren qu’elle cherchait également à mettre de la distance entre eux, vu ce qui s’était passé sous la tente, pour le pousser à faire tout ce qu’il pouvait pour se faire pardonner, c’était très tentant. Diabolique. Et digne d’une Kiranienne. L’idée eut au moins le mérite de calmer l’angoisse et la tristesse de Lyanna, qui finit par acquiescer d’un hochement de tête en regardant April.

"D’accord, je vais attendre qu’il revienne. Et ensuite, je vais lui en faire baver." lui dit-elle avec un petit sourire taquin.
« Voilà ! » s’exclama April en lui bourrant l’épaule. « Je la retrouve ma barbare sanguinaire, qui arrache les couilles avec ses dents ! C’est quand même pas un mec qui va te transformer en brebis, non ? »
Elle se pencha, malicieuse.
« Béééééé ! Je suis Lyanna. Béééééé ! »

En entendant April imiter une brebis, Lyanna se mit alors à rire, chassant définitivement ses peurs et sa tristesse. Max se trouva très étonné de ce que son visage donnait en ce rare moment et il comprit un peu mieux ce qui avait plu chez Darren. Il entrevoyait pour la première fois la Lyanna que son frère d’arme aimait.

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